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Full text of "Adriano Lemmi chef suprême des francs-maçons - Domenico Margiotta"

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Souvenirs d’un Trente-Troisième 


&DRIAN0 LEMMI 

CHEF SUPRÊME 

DES FRANCS-MAÇONS 

PAR 

DOMENICO MARGIQTTA 

Ex-Secrétaire de la Loge Savonarola, de Florence ; ex-Vénérable de la Loge Giordano Bruno, 

de Palmî ; 

Ex-Souverain grand inspecteur général, 33* degré, du rite écossais ancien et accepté; 
Ex-Souverain Prince de l'Ordre (33® 90* 95° du Rite de Memphis et Mïsraïm ; 

Ex-Membre Effectif du Souverain Sanctuaire de l’Ordre Oriental de Memphis et Misraïm, 

de Naples ; 

Ex-Inspecteur des Ateliers Misraïmites des Calabres et de la Sicile ; 

Ex-Membre d’Honneur du Grand Orient National d’Haïti et son Garant d'Amitié 
près le Souverain Sanctuaire de Naples ; 

EX-MEMBRE ACTIF DU SUPRÊME CONSEIL FÉDÉRAL DE NAPLES (Rite Ecossais Ancien et Accepté); 
Ex-Inspecteur Général de toutes les Loges Maçonniques des 3 Calabres ; 

Ex-Grand-Maître ad vitant de l'Ordre Maçonnique Oriental de Misraïm ou d'Egypte (90 .*.)> 

de Paris; 

Ex-Commandeur de l’Ordre des Chevaliers Défenseurs de la Maçonnerie Universelle; 
Ei-Mcmbre d’Ilonneur ad vilain du Suprême Conseil Général de la Fédération italienne, de Païenne ; 
Ex-Inspecteur Permanent et Souverain Délégué 

DU GRAND DIRECTOIRE CENTRAL DE NAPLES, POUR L’EUROPE 
(HAUTE-MAÇON N ESI R UNIVERSELLE) 


« Si je n’étais Italien, je 
voudrais être Prussien. J’ai 
deux haines au cœur : Dieu et 
la France. » 

{Paroles <*’Adriano Lemmi, dans 
/'un de ses discours après son élection 
frauduleuse au Souverain Pontificat de 
la Franc-Maçonnerie Universelle.) 


DELHOMME ET BRIQUET, ÉDITEURS 

PARIS | LYON 

83 , RUE DE RENNES, 83 13 , AVENUE DE L’ARCHEVÊCHÉ, 3 

Droits de reproduction et traduction réservés . 







http://www.liberius.net 

© Bibliothèque Saint Libère 2007. 
Toute reproduction à but non lucratif est autorisée. 





ADRIANO LEMM1 


CHEF SUPRÊME DES . FRANCS-MAÇONS 




EN PRÉPARATION : 

LE SATANISME 

DANS 

LA HAUTE-MAÇONNERIE 

CONFESSIONS D’UN TRENTE-TROISIÈME 

PAR 

D. MARGIOTXA 


Un grand volume in-octavo 




PRESENTATION 


UN NOUVEAU COMPAGNON D’ARMES 


Ce titre est celui que Mgr Fava n’hésite pas à donner à M. Domenico 
Margiotta, tout récemment encore haut-maçon, aujourd’hui démission¬ 
naire et converti. Suivant l’exemple du vaillant évêque de Grenoble, 
nous traiterons désormais, nous aussi, l’ex-Fr.\ Margiotta en ami et en 
compagnon d’armes. 

Il fut Fun des camarades de lutte de miss Vaughan contre Lemmi, au 
lendemain du Convent secret du palais Borghèse; mais alors, encore 
dans les ténèbres de l’erreur, il n’avait en vue que de faire prévaloir 
contre Adriano-Simon, qualifié d’usurpateur de la direction suprême de 
la haute-maçonnerie, les droits maçonniques des indépendants des loges, 
des arrière-loges et des triangle*. 11 secouait le joug d’un fripon, d’un 
scélérat, mais sans s’affranchir de la domination de FAutre, mais en 
restant, le malheureux, esclave de Satan. 

Il croyait encore à son Grand Architecte de l'Univers; il voyait en lui 
le Dieu-Bon ; il trouvait Lucifer mal représenté par le signor Lemmi. 

Quand les Suprêmes Conseils de Palerme et de Naples, se révoltant 
contre FElu du 20 septembre 1893, firent leur union avec les hauts-. 
maçons américains sécessionnistes et se rallièrent au Comité Protesta¬ 
taire de Londres, c’est lui qui fut chargé par le grand-maitre Paolo 
Figlia, député de Palerme et l’un des plus notables adversaires de 
Lemmi, de rédiger un rapport sur la situation, d’indiquer la voie à 
suivre aux hauts-maçons italiens indépendants et désireux de soutenir 
le Sanctum Regnum de Gharleston contre l’intrus du palais Borghèse. 
A raison de l’ancienne amitié qui existait entre miss Diana Vaughan et 
lui, il reçut, du Suprême Conseil Général de la Fédération maçonnique 
italienne, le mandat do sceller l’alliance, les maçons italiens indé¬ 
pendants ayant décerné à la grande-maitresse de New-York les honneurs 
que l’on sait : ils la nommèrent Membre d’Honneur et Protectrice des 
Suprêmes Conseils de Palerme, de Naples et de Florence, ils décrétèrent 
que le nom de la S.\ Vaughan serait inscrit en tête du Livre d’Or de 
chaque loge, chapitre et aréopage appartenant à la fédération, et l’on 
se souvient que la grande-maîtresse américaine refusa ces honneurs et 
dignités, parce qu’elle venait de donner sa démission complète et irré¬ 
vocable de la maçonnerie et qu’elle préférait se renfermer dans la 
retraite, abdiquer tout rôle désormais, tout en conservant, disait-elle, 
ses croyances inébranlables. 

% M. Margiotta a fait mieux que miss Vaughan, et il est allé plus loin. 
Il n’a pas repoussé la grâce dont Dieu Fa tout à coup comblé, par un de 



VI 


ces mystères que notre intelligence humaine ne peut pénétrer* Il a 
ouvert les yeux» 

L’erreur*à laquelle il s’était abandonné si longtemps, l’a épouvanté; 
il l’a abjurée avec horreur, se demandant comment il avait pu être à ce 
point aveugle. . * 

Et, à présent, cet homme qui, il n’y a pas longtemps encore, invo¬ 
quait comme divinité le prince de l’orgueil se taisant passer à ses yeux 
pour « grand architecte de l’univers », à présent il se prosterne hum¬ 
blement devant Dieu, le seul vrai et unique Dieu, son Créateur et son 
Rédempteur ; il le supplie, dans sa prière quotidienne, d’éclairer à leur 
tour ses frères et ses sœurs de maçonnerie et de çalladisme demeurés 
dans les ténèbres ; et son vœu le plus cher serait de voir, avant de 
mourir, la conversion de celle qui fut son amie et sa camarade de lutte 
contre le misérable chef suprême de la secte. 

C’est une histoire bien intéressante que la vie de M* Margiotta. Tous 
ses nouveaux amis lui ont conseillé d’écrire ses Confessions de Trente- 
Troisième , et il les écrira, pour tâcher d’arracher des âmes à l’abîme. 
Appartenant à une excellente famille, très catholique, ayant un de ses 
frères dans le clergé, propriétaire dans son pays, où il est, en outre, 
fort estimé comme homme privé et très goûté comme littérateur, 
comme poêle italien, il s’était laissé séduire et tromper par le démon. 
Gardant néanmoins au fond du cœur des instincts honnêtes, il se sentait 
parfois écœuré en constatant l’i m probité de ses complices ; et chaque 
fois qu’il rencontrait dans les loges un acte contraire à l’honneur, il 
changeait de rite, passant de l’écossisme au misraimisme, puis revenant 
à l’écossisme, lorsque se créa la fédération indépendante de Lemmi. 11 
alla et vint ainsi pendant longtemps, piétinant sur place dans l’obscu¬ 
rité, jusqu’au jour béni où la lumière divine l’a inondé et où il a 
compris que, bien que chef, s’il commandait à des hommes, il n’était 
qu’un instrument, et de qui? du roi des enfers ! 

Ah ! il nous arrive de bien loin, ce nouveau compagnon d’armes. 
Mais aussi il est une nouvelle preuve,bien éclatante, de l’infinie miséri¬ 
corde de Dieu. 

Sa conversion encouragera nos amis à prier, plus ardemment que 
jamais, pour ceux et celles dont les âmes restent encore à sauver. 

Docteur BATAILLE. 


(Revue Mensuelle, religieuse , politique , scientifique. — N° d’août 1894.) 



LETTRE DE Mgr FAVA 

ÉVÊQUE DE GRENOBLE 


ÉVÊCHÉ Grenoble, le 8 août 1894. 

DE 

GRENOBLE 

Cher Monsieur Margiôtta, 

Votre passage à Grenoble m’a fait grand plaisir, et, s’il 
plaisait à miss Diana Vaughan, dont vous m’écrivez, de vous 
imiter, je lui ferais bon accueil comme à vous. 

Mon Divin Maître m’a montré comment il faut recevoir les 
âmes qui reviennent à Lui. 

Vous parlez maintenant du F.*. Lemmi ; vous révélerez 
ensuite le Palladisme, où Satan est chez lui : hélas ! vous les 
connaissez bien. 

Vos lecteurs auront peine à vous croire. Cependant, la sin¬ 
cérité qui respire dans vos écrits, et les documents que vous 
apportez à l’appui de ce que vous dites, ne manqueront pas 
de les frapper. 

On dira que vous vous vengez. Non, Monsieur, ce que vous 
faites n’est point de la vengeance ; vous remplissez un devoir. 
Car il est écrit : Qui diligitis Domimm, odile malum. Non, on 
ne peut pas aimer Dieu sans haïr le mal ; et si vraiment on hait 
le mal, qui est l’ennemi de Dieu, on le combat hardiment et 
vaillamment, afin de faire triompher la vérité. 

Courage donc, cher compagnon d’armes, et ne remeUons le 
glaive au fourreau que faute de sectaires à éclairer. 

Tout vôtre. 


-h Amand-Joseph, 

Ecèque de Grenoble. 



MES DEMISSIONS 


I 

Bruxelles G septembre ISOt. 

A Afoasienr Adriuno L cm mi, à Home. 

Vous savez que, dès le lendemain même de votre élection vénale et 
frauduleuse, j’ai refusé de vous reconnaître comme Souverain Pontife 
de la Maçonnerie Universelle. 

Vous savez que je vous méprise depuis le jour ou j’ai connu votre 
honteux passé. 

Vous savez que j’ai abandonné une première fois le Rite Écossais 
Ancien et Accepté, lorsque, pour tripoter à votre aise les finances de la 
Maçonnerie italienne, vous avez acheté les démissions de Tamajo et 
de Riboîi, et que j’ai cru, — autre grande erreur, — trouver l'honnêteté 
dans un autre rite. 

Vous savez que j’ai toujours été de ceux qui, à aucun prix, n’ont 
voulu vous subir, et que j’ai tout tenté pour vous faire vomir par la 
Maçonnerie. Mais vous lui* convenez, et elle vous garde, et elle a fait de 
vous son Chef Suprême î 

Vous savez que, les scrutins du 20 septembre 1893 étant le plu& 
monstrueux défi à l’indépendance et la plus vulgaire probité, j’ai 
adhéré, avec empressement, à la rébellion des hauts-maçons américains, 
et que j’ai fait, moi en Italie, campagne contre vous avec eux et avec 
tous les maçons qui vous méprisent. 

Enfin, vous savez que la transaction Findel ne m’a pas fait dupe, pas 
plus que les congratulations que vous vous adressez réciproquement, 
vous et votre compère Carducci. 

Mais ce que vous ne savez pas, le voici : 

En vous envoyant par cette lettre ma démission générale, complète? 
et irrévocable, de tous grades et fonctions maçonniques, en vous l'en¬ 
voyant, à vous que les Triangles ont maintenu chef de la Haute-Maçon- 
nerie, par adoption de la transaction Findel, j’ai le bonheur de vous 
apprendre que je suis allé plus loin que miss Yauglian. Puisque vous 
ÎLcarnez l’Ordre définitivement, quiconque, maçon, se respecte, ne peut 
que s’en retirer; car il faut être bien avili pour accepter votre joug. 
Mais aussi il faut être bien aveugle pour maintenant ne pas ouvrir les 
yeux* 

J'ai vu, et je vois. 

Vous pouvez faire brûler mon nom entre les colonnes. Vous pouvez 
me vouer à toutes les malédictions infernales. Trop heureux je suis 
d’avoir brisé les chaînes que votre Grand Architecte impose; trop de 
joie j’ai i\ vous déclarer que je suis plus que démissionnaire, car j’ai 
renoncé au Palladisme et me suis converti. 

Chantez, avec vos dignes collègues, le Genndith-Mcnngog et VHymne 
<y tint an. Faites-moi rayer sur le Livre d’Or du Grand Directoire Central 
de Naples ; je n’inspecterai plus jamais ni Loges ni Triangles ; comment, 
je me le demande, ai-je pu ne pas être asphyxié par les miasmes 
empoisonnés de ces antres ténébreux ? 

Domenico Margiottà, ex-33 e , 
Ex-I.\ P.*. S.\ D.\ (1394). 



— IX — 

II 

Bruxelles, G septembre 1894. 

A Monsieur le Chevalier Antonio Marando , des ducs d f Ardorc t 
Grand-Maitrc du Suprême Conseil Fédéral , à Naples. 

Vous êtes un ami sincère, un bon cœur, et le plus honnête de tous les 
hauts-maçons que j’ai connus ; — parce que vous êtes le digne fils d’un 
grand homme : Rosario Marando, duc d’Ardore, était l’honneur de la 
Calabre. 

Cependant, ayant décidé de rompre définitivement avec la Franc- 
Maçonnerie, je vous envoie, par la présente, ma démission complète et 
irrévocable de « Membre actif du Suprême Conseil du Rite Ecossais 
Ancien et Accepté », que vous présidez, de « Souverain Grand Inspec¬ 
teur Général, 33 e » et de « Inspecteur Général de toutes les Loges 
maçonniques des Trois Calabres ». 

Agréez mes salutations d’ami sincère. 

Domenico Margiotta, ex-33 e . 


III 

Bruxelles, G septembre 1804. 

A VHonorable Monsieur Paolo Figlia, 
député au Parlement Italien, Grand-Maître général de la Fédération 
Maçonnique Italienne , Grand Commandeur du Suprême Conseil 
de Palerme , 

à Palerme . 

Je vous envoie, par la présente, ma démission complète et irrévocable 
de « Membre d’honneur ad vitam du Suprême Conseil Général de la 
Fédération Italienne ». 

Après le Convent de septembre 1893, toute la boue maçonnique m’a 
dégoûté, et je me retire définitivement de la Maçonnerie. 

Agréez mes salutations empressées. 

Domenico Margiotta, ex-33 e . 

IV 

Bruxelles, G septembre 1804. 

A Monsieur Fénelon Duplessis , 
ministre de Vinstruction publique, Grand-Maître 
du Grand Orient National d’Haiti , 

à Port-au-Prince, 

Je fus fier du titre de Membre d’honneur du Grand Orient National 
d’Uaiti -, et, lorsque, il y a un an, eurent lieu les réunions préparatoires 
de la Haute-Maçonnerie pour délibérer sur la proposition de transférer 
la direction centrale, j’avais vu avec plaisir la province triangulaire de 
Port-au-Prince se prononcer pour le maintien de la Suprématie à 
Charleston. Aussi, j’ai eu une grande surprise en constatant que le 
délégué, une fois rendu au palais Borghèse, avait voté contrairement à 
l’opinion de sa province. Mais ce qui m’a plus péniblement surpris 
encore, c’est qu’il n’ait pas été désavoué. 

Cependant, après la réception de la Voûte de Protestation émanée du 
Comité d’Oxfort-Street de Londres, on n’a pas pu ignorer chez vous 
quelles ont été les manœuvres déloyales employées par le sieur Lemmi. 
Vous vous êtes donc, tous, ralliés à. lui, en ratifiant le vote du 20 sep- 



X — 


tembrc 1893. C'est là un changement d’opinion qui, vous me permet¬ 
trez de le dire, ne donne pas aux hauts-maçons de votre province le 
droit de s’en glorifier devant les honnêtes gens. 

Déjà, lorsque j’étais Garant d’Amitié du Grand Orient National 
d’Haïti auprès du Souverain Sanctuaire de l’Antique et Primitif Rite 
Oriental de Memphis et Misraïm, de Naples, j’ai pu me convaincre, 
apres quelque temps, que l’illustre grand-maître impérial ($t>) et sou¬ 
verain grand hiérophante (sic) de ce rite, le sieur Giambattista Pessina, 
n’était qu’un charlatan do la pire espèce, un imposteur et un vulgaire 
escroc, bien digne de représenter son roi des marionnettes, Achille I er , 
autre charlatan. Aussi, j’avais cessé de remplir les fonctions dont vous 
m’aviez charge, et honorablement j’avais quitté le Pessina, en lui don¬ 
nant la leçon qu’il méritait. 

Mais, maintenant que le déshonneur a submergé tout dans l’Ordre 
maçonnique, c’est-à-dire qu’il a envahi jusqu’à la direction centrale et 
suprême, mon devoir est de me retirer définitivement de la Haute- 
Maçonnerie. Et ma retraite, je la fais non seulement avec le sentiment 
de me dégager de cette marce de boue qui monte si haut, mais aussi 
avec la certitude que l’orthodoxie maçonnique elle-même est la plus 
monstrueuse des erreurs. C’est là un de ces changements d’opinion qui 
honorent ; car reconnaître et proclamer la vérité après l’avoir méconnue, 
est un acte d’honnêteté et de loyale conscience. 

C’est pourquoi, vous voudrez bien me considérer désormais comme 
tout à fait étranger au Grand Orient National d’Haïti. Ma démission de 
toutes dignités et fonctions maçonniques est irrévocable. 

Je vous salue. 

Domenico MxnGtOTTA, ex-33*. 

V 

Bruxelles, C septembre 1894. 

À Monsieur Jules Osselin , 

Grand Président de VOrdre Maçonnique Oriental de Misrabn 
ou d'Egypte, et Grand-Maître de VOrdre des Chevaliers 
défenseurs de la Franc-Maçonnerie Universelle , 

à Paris . 

Vous avez été très aimable envers moi; mais, ayant pris l’irrévo¬ 
cable détermination de me retirer de la Maçonnerie, je vous envoie, par 
la présente, ma démission solennelle de « Commandeur de l’Ordre des 
Chevaliers défenseurs de la Franc-Maçonnerie Universelle », ainsi quede 
« Grand-Maître ad vitam (9U e .*.) de l’Ordre Maçonnique Oriental de 
Misraïm ou d’Egypte », dont vous êtes le Grand Président. 

Par la même occasion, je crois devoir vous dire que, au point de vue 
de l’honneur, tel qu’il doit être compris par tout homme, en dehors de 
toute opinion politique ou religieuse, le Misraïmisme français qui vous 
a pour chef, devrait rompre absolument avec le Rite de Memphis et 
Misraïm de Naples, lequel n’a pas raison d’exister; car c’est une honte 
d’appartenir à cette obédience, lorsqu’on sait que le chef de son Souve¬ 
rain Sanctuaire est un vulgaire flibustier. 

" Arrivé à la Grande-Maîtrise par la tromperie, le sieur Giambattista 
Pessina est un simple trafiquant, qui fait argent de tout En outre, je 
dois vous signaler qu’il a pour agent secret à Paris, vous espionnant et 
espionnant aussi les catholiques, un individu de la plus vile espèce. 
C’est le nommé Luigi-Fortunato de Grandi, prêtre ayant apostasie en 
Italie devenu secrétaire de Giambattista Pessina à Naples ; là, pour 
dix francs, pour cinq francs, pour un franc, pour une consommation 



- XI - 


au café, il consacrait les hosties nécessaires aux profanations des 
Triangles palladiques ; à Paris, où Pessina Ta envoyé, il continue ces 
infamies certainement, mais il s’y fait passer pour repenti de sa chute 
et trompe encore tout le monde ; car il sait pénétrer auprès des ecclé¬ 
siastiques, comme se faire admettre comme visiteur dans les Loges. Je 
sais qu’il traîne dans la capitale française une vie abominable, se 
saoulant avec les dernières créatures, les plus immondes; vous pouvez 
vérifier ce fait, et vous jugerez par là ce que vaut le Pessina qui 
l’emploie. 

Dans l’Ordre Oriental de Misraïm de Paris, je n’ai connu que d’hon¬ 
nêtes frères, et vous, je vous sais honnête homme. L’Ordre de Misraïm 
de Naples est, au contraire, des plus méprisables; car le chef est un 
bandit. 

Pour cette raison et pour d’autres, je quitte la Haute-Maçonnerie. 

Agréez mes salutations d'ami, 

Domenico Màrgiotta, ex-33 e -90*. 

VI 

Bruxelles, C septembre 1894. 

A Monsieur Giambattista Pessina , 
se /lisant Grand-Maître Impérial de ù’Antique et Primitif 
Rite Oriental de Memphis et Misraïm, 

à Naples . 

Quand, après la trahison de Riboli, j’ai eu mon premier écœurement 
dans la Maçonnerie, on m’engagea à entrer dans le Rite de Memphis et 
Misraïm; je crus y trouver l’honnêteté.Des lettres m’affirmaient que le 
chef du rite était le frère de l’illustre jurisconsulte et sénateur Enrico 
Pe'Sina, une des gloires de lTialie. Plus tard, j’ai eu la preuve que 
j’avais été trompé; et qui m’avait trompé? qui m’avait menti? Toi- 
même, Giambattista Pessina ; car c’est toi, imposteur, qui me sollicitas 
et qui m’écrivis les lettres auxquelles je fais allusion. 

Entre le jurisconsulte Enrico Pessina et le chenapan du Rite de 
Memphis et Misraïm de Naples, il n’y a aucun lien de famille; et, je 
l’ai su ensuite, toi, fripon, tu es né à Messine en 1833, et ton père était 
un cantinier, du nom de Carlo Pessina. 

Tu es le dernier des misérables; et, pour édifier le public, je mettrai 
au jour tous les documents de tes coquineries, avec toutes tes lettres 
contre Lemmi, Crispi et tutti quand. 11 sera intéressant de voir 
comment dans la Haute-Maçonnerie on s’estime mutuellement les uns 
les autres. 

Outre remplie de fiel et de venin, bandit digne de t’interner dans les 
bois de la Sila, tu as tenté de me nuire dans l’esprit de mes amis, 
lorsque je t’ai jeté ma démission comme un crachat à la tête, ayant 
découvert tes infamies et tes filouteries. En essayant de m’éclabousser 
de ta boue, tu oubliais qu’en 1888, candidat au Parlement Italien, j’ai 
obtenu l’unanimité des suffrages dans ma ville natale, chef-lieu de la 
2 e circonscription électorale de Reggio-Calabres, sans parler d'un nombre 
considérable de voix dans les 48 autres communes. Et tu n’ignores pas 
que, si je ne lus pas élu, cela tint uniquement aux manœuvres gouver¬ 
nementales du trigame et gaîlophobe Crispi, qui, d’accord comme tou¬ 
jours avec son compère Lemmi et me sachant leur adversaire impla¬ 
cable, employa l’argent de la Banque Romaine en distribution dans les 
campagnes, menaça de destitution, si j’étais nommé, le préfet, le sous- 
préfet et les maires, parce qu’au programme du candidat officiel, prô- 



— xu 


nant la Triplice, j’ai opposé, moi, le programme de l’union avec la 
France, notre chère sœur latine, contre l'Allemagne, et je marchai 
avec Gavallotti, Imbriani et tous mes amis antiprussiens. Crispi et 
Lemmi avaient juré d’avoir une majorité parlementaire antifrançaise, 
et ce n’est qu’à grand’peine, en intimidant mes électeurs des cam¬ 
pagnes, qu’ils réussirent à faire passer le candidat triplicien, le docteur 
Patamia. 

Maintenant, après avoir démissionné déjà de ton rite, je me retire 
tout à fait de la Maçonnerie ; car je vois que là, n’importe où Ton 
navigue, on tombe de Oharyhde en Scylla, d’un fripon à un coquin, d’un 
bandit à un brigand, d’ùn Pessina à un Lemmi. À de trop rares 
exceptions près, c’est partout de l’ordure ; si l’on y reste, on s’y 
enfonce. 

Pour cela, je te renouvelle ma démission, et je t’annonce que je 
publierai ma lettre, et qu’aprcs avoir fait connaître Lemmi, je te pré¬ 
senterai au public; on saura ton satanisme, tes intrigues et tes escro¬ 
queries. 

Domenico Margiotta, ex-33 e -90 e -95 e 

VII 

Bruxelles, 6 septembre 1804. 

A Monsieur G. J5., 18 e (Rose-Croix)^ 

Premier Surveillant de la Loge « Giordano Bruno » 

à Palmi, 

Mon cher ami, je vous ai simplement dit que je partais en voyage, 
lorsque j’ai quitté Palmi, en vous laissant le soin de me suppléer. 
C’était vrai, je partais ; mais aujourd’hui j’ai le devoir de vous dire 
que, si jamais je reviens en ma ville natale, ce ne sera plus un maçon, 
mais un bon catholique que vous reverrez. 

A ce titre, ayant eu le bonheur de retrouver la foi de mon enfance 
comme résultat des profondes tristesses éprouvées en voyant tant de 
scélératesses dans la Haute-Maçonnerie, je vous envoie, pour la commu¬ 
niquer à tous les frères de notre Atelier, ma démission de Vénérable 
de cette Loge Giordano Bruno , dont vous êtes l’un des premiers 
fondateurs. 

Réunissez-vous à votre gré ; les affaires de la Loge ne me regardent 
plus. Nommez un autre Vénérable,, si vous voulez maintenir l’indépen¬ 
dance avec le drapeau de îa Fédération dont le Conseil général est à 
Palerme. Mais, si votre ami lié veut écouter un loyal conseil, suivez mon 
exemple et renoncez à la Maçonnerie. 

Oui, maintenant, je ne dois plus vous le cacher, vous êtes, mon cher 
ami, ainsi que mes ex-frôres de Palmi, sous un joug que vous ne 
soupçonnez pas. Quelques hauts-maçons, af/iliés à un rite suprême, vous 
dirigent en vous influençant à votre insu. Ne m’en veuillez pas d’avoir 
agi ainsi souvent sur vous ; car je croyais, en Vrai Elu et Parfait 
Initié, que c’était l’intérêt de notre institution. Mais apprenez-le et 
mettez à profit ce que vous déclare sur l’honneur un ami qui s’est 
converti et qui a eu îa connaissance réservée des nombres mystérieux 
77 et 066 : la Maçonnerie n’est pas autre chose que la religion de Satan, 
et c’est lui que nous adorions sous la formule de Grand Architecte de 
l’Un i vers. 

Vous avez du cœur ; abandonnez, comme moi, la secte, et je ferai tout 
mon possible pour vous aider à cela, en ami sincère. 

Domenico Margiotta, ex-33\ 



PAROLES D’AMITIÉ ET DE RAISON 


A Miss Diana Vaughan 

Ex-Grande-Maîtresse du Parfait Triangle Phëbè-la-Rose, de New-York. 


Ma chère amie, 

Ce volume, — j'ai prismes mesures pour qu’il vous parvienne, sans 
que son envoi dévoile votre retraite, — vous confirmera ce que je vous 
ai fait dire \je me suis converti. 

Ne protestez pas, et écoutez mes explications. 

Vous savez combien je vous suis dévoué et avec quel zèle je me suis 
employé, en Italie, à seconder vos courageux efforts dans votre lutte 
contre l’in famé Adriano Lemmi. 

Dès que vous avez levé l’étendard de la révolte avec Palacios et 
Graveson, les maçons italiens antilemmistes ont constitué une Fédéra¬ 
tion Nationale des Loges Indépendantes, avec Suprême Conseil Général 
à Palerme ; et nous avons répandu dans toute la péninsule, — moi 
personnellement, autant qu’il m’a été possible, — la Voûte de Protes¬ 
tation du Comité permanent de Londres, ce document si vibrant d’indi¬ 
gnation et si flétrissant pour l’intrus du palais Borghèse. 

Vous reconnaissez, n’est-ce pas ? que toujours j’ai agi en maçon 
honnête. Réglant ma conduite sur la vôtre, j’étais fidèle à l’orthodoxie; 
j’avais à cœur de faire triompher la cause de Charleston ; je ne voyais 
alors qu’une chose ; à tout prix il fallait sauver la Maçonnerie de la 
direction suprême d’un voleur, il fallait éviter aux Triangles la lutea 
pcriclüatio , l’épreuve boueuse. 

Maintenant, je vous le demande, ma chère amie : Est-ce que nous ne 
nous trompions pas gravement , vous , moi , tous nos collègues„ frères et 
sœurs en indépendance? 

Oh ! pas au sujet d’Adriano-Simon, bien entendu !... 

Nous avions le bon droit, l’équité, l’honnêteté pour nous ; je parle ici 
en ne nous plaçant pour l’instant qu’au point de vue de la justice en 
maçonnerie. Ce sont nos adversaires qui ont violé les Grandes Consti¬ 
tutions du Palladium, qui ont fraudé les scrutins, et qui, — vous le 
savez encore mieux que moi, — n’ont pas reculé devant le crime pour 
empêcher de venir au Convent Souverain plusieurs délégués opposés à 
leurs perfides projets. Du côté de vous et de tous vos amis, il n’y a eu, 
au contraire, que loyauté et observation rigoureuse de la loi suprême 
de l’Ordre. 

Eh bien, malgré le bon droit maçonnique, qui a triomphé dans la 
Haute-Maçonnerie?— Le voleur. 

Grâce à la combinaison Findel, qui a vaincu les résistances des 
maçons honnêtes? — L’assassin. 

Car c’est pour nous une défaite écrasante ; vous l’avez écrit vous- 
même en toutes lettres, lors de votre démission : « Il y aurait grande 
« illusion à ne pas s'avouer la défaite ; la vraie Maçonnerie est morte ; 
h entendez les acclamations à la gloire du- crime pontifiant ! ce sera là 
« toute Voraison funèbre de Vassassinée ! » 



— XIV — 


Partout on s’est incliné devant l’affreux juif livoumais, malgré qu’on 
ait reconnu partout qu’il était l’élu de la corruption et de la tricherie. 
Graveson Jui-mome s’est rallié, « pour ne pas prolonger, a-t-il dit, un 
schisme qui réjouissait les cléricaux » ; et Palacios, sans doute à contre¬ 
cœur, a déclaré ne pas faire opposition au vote des provinces triangu¬ 
laires, ratifiant le projet de transaction imaginé par Findel et adopté 
provisoirement au Souverain Directoire Administratif de Berlin ; à 
contre-cœur, dis-je, mais enfin 11 s’est incliné, lui aussi. 

En face de Lemmi, reste seulement la Fédération italienne qui marche 
sous la bannière rie Figlia ; et même, tant la victoire du scélérat est 
complète, le Suprême Conseil de Paris et le Grand Oiûent de France, 
ayant à choisir entre le groupe de Figlia, composé de maçons amis de 
leur patrie, et Lemmi et ses acolytes, qui en sont les ennemis jurés, 
n’ont pas eu la pudeur de profiter de cette circonstance pour se séparer 
de l’intrus du Palais Borghèse ; au contraire, eux maçons français, ils 
se déclarent pour les maçons italiens gallophobes, ils reconnaissent 
Pautorité du voleur de Marseille, de ce bandit qui a inscrit dans le 
programme politique de la Haute-Maçonnerie un nouveau démembre¬ 
ment de la France, et ils ont refusé formellement, parce que Lemmi le 
leur a défendu, de constituer des garants d’amitié auprès des Suprêmes 
Conseils qui ont élu Figlia pour chef. 

jYussi, Lemmi a dit que la rébellion de Païenne est sans importance, 
et que, une fois l’agitation calmée, Figlia restera presque seul, « avec 
une poignée de moucherons dans la main ». 

Donc, la victoire d’Adriauo-Simon est complète. 

Or, ma chère amie, réfléchissez, interrogez votre conscience, comme 
moi je Fai fait. Si Lucifer est vraiment le Dieu-Bon et YMxcelsus 
Excelsior, comment, et pourquoi, dans sa providence toujours vigilante 
pour les intérêts de sa chère Franc-Maçonnerie, en aurait-il assuré la 
direction suprême à un méprisé personnage qui est le dernier des 
coquins? — Non, miss, vous aurez beau déclarer vos croyances inébran¬ 
lables, malgré la honte des faits récents qui ont causé votre démission ; 
non, vous ne pourrez pas à la fois proclamer la bonté et la toute-puis¬ 
sance du Grand Architecte de l’Univers, et expliquer sa prédilection si 
marquée pour Adriano Lemmi. 

Voilà ce que je me suis dit, chère amie, et c’est le calme examen de la 
situation qui m’a fait douter de l’excellence du dieu du Palladisme. 
Puis, la lumière a éclairé, illuminé tout à coup mon âme, et j’ai vu — 
oh 1 ne vous fâchez pas ! — Lucifer et son vicaire en tout se ressem¬ 
blant. N’est-ce pas Lui qui, du temps même de Pilce, inspirait tout, 
dirigeait tout ? Ne dites pas non. Et, à part le fait que Pike a sacrifié 
d’abord beaucoup de son argent à sa cause, tandis que Lemmi vole 
meme les maçons, où est la dilférence pour tout le reste ? 

Je vous en conjure, vous qui êtes bonne au plus haut degré, vous dont 
le cœur a toujours débordé de la vraie charité la plus ardente, réflé¬ 
chissez. La vérité, je l’ai comprise : c’est que le Dieu des catholiques 
est le seul vrai Dieu; c’est que Lucifer, loin d’ètre son rival qui l’en- 
chainera un jour en Saturne (mensonge du Livre Apadno), n’est que 
l’archange déchu, selon la tradition véridique de la Bible ; qu’il ne fait 
que ce que le seul vrai Dieu lui permet de faire; et que, lorsque le 
Tout-Puissant Dieu des catholiques lui lâche la bride pour donner aux 
hommes plus de mérite à gagner le ciel, il cède à ses mauvais iustincts, 
à sa méchanceté; et c'est alors qu’il montre son âme noire éternelle¬ 
ment damnée, en se complaisant à favoriser le triomphe des Lemmi. 

Oui, c’est Dieu qui, en voyant la Haute-Maçonnerie s’agiter et préparer 



le Oonvent secret du palais Borgbèse, a dit à Satan : < Faii, ce que tu 
veux » ; et Lui ; il a donué le souverain pontificat de son occulte église à 
l’homme qui était le plus pervers, le plus indigne, le plus criminel. 
Voilà la logique des faits qui se sont passés. Dieu, le seul vrai Dieu, 
a permis cela, pour que la Maçonnerie se montre bien telle qu’elle est, 
pour que la turpitude de sa direction éclate à tous les yeux, et‘pour 
que les égarés honnêtes s'en retirent et reviennent à la vérité. 

Reconnaissant mon erreur , je Vai abjurée avec joie devant le Saint- 
Office, et je vous assure, ma chère amie , que j f ai eu la conscience sou¬ 
lagée d f un lourd poids . Au Vatican, les cardinaux Rampolla et Parocchi 
m’ont fait le meilleur accueil; depuis, j’ai fait une retraite chez des 
religieux qui sont les vivants modèles de toutes les vertus ; le bon 
évêque de Grenoble m’a dirigé dans la voie de la réparation, en me 
prodiguant les conseils de sa grande connaissance des âmes et ces 
encourageantes paroles qui donnent la paix. 

Oh ! chère amie, si vous le connaissiez, ce saint évêque, si, dans un 
sentiment d’abandonner un moment tout parti-pris, vous vouliez 
mettre le pied sur vos scrupules et venir entendre la voix qui sait si 
bien convaincre, j'en suis sur, vous comprendriez qui est le Saint des 
Saints, à votre tour ; vous vous prosterneriez devant notre Créateur, 
notre Père, qui, Lui, ne veut que notre bien. Quelle allégresse vous 
donneriez à toutes les pieuses âmes qui prient pour vous, qui ont prié 
pour moi, et à qui je dois l’inoubliable bienfait de ma conversion ! 

De tout mon cœur, je souhaite, ma bonne et chère amie, que le vrai 
Dieu, par vous et par moi ensemble si longtemps méconnu, daigne 
faire briller aussi devant vos yeux la lumière pure et éblouissante de la 
vérité. Et dans ce doux espoir, je vous serre bien cordialement la 
main, vous priant d’agréer une accolade fraternelle, non plus l’accolade 
maçonnique, mais celle qui unit tous les humains à notre divin Maître. 

Votre ami sincère et ancien F.\ 

Professeur Domenico Margiotta. 



MESURE DE PRÉCAUTION 


Maintenant que je me suis mis à l’abri des vengeances directes de 
îa secte, ü est bien avisé de prévoir le cas où Lemmi me riposterait 
parla calomnie, ne pouvant pas m’atteindre autrement. 

Aussi, je publie les pièces suivantes qui établissent mon identité et 
ma parfaite honorabilité, c’est-à-dire : 1° mon acte de naissance; 
2° un certificat officiel de bonnes vie et moeurs; 3° l’extrait de mon 
casier judiciaire. 


I 


L’officier de T Etat-Civil de la ville de Palmi : 

Vu Tarie inscrit au n° d’ordre 35 du Registre des Naissances de 
Tannée 1858 ; 

Certifie : 

Que Monsieur Margiotta, Domenico, est né en cette ville le 12 février 
1858, fils des époux légitimes Monsieur Margiotfa Antonino (fils de feu 
Francesco) et Madame Maria Mangione (fille de feu Antonio). 

Palmi, 15 août 1801. L’olfioier de l’Etat-Civil : 


(Sceau de li Mairie {Signe) S. Barbaro. 

et timbre de 
l'enregistrement) 

II 

Le Maire de la ville de Palmi 
Cerf i fie 

Que Monsieur le Commandeur professeur Domenico Margiotta, fils 
de feu Monsieur Antonino et de Madame Maria née Mangione, de cette 
commune, a toujours garde une conduite morale , digne d'éloge sous 
tous les rapports. 


En foi de quoi. 
Palmi, 29 mai 1834. 

(Sceau de la Mairie) 


Ue Maire : 

(Signé) S. Impioubato. 


III 


N° 4121 1t. O. Le Greffier du Tribunal de Palmi 

Certifie 

Qu’ayant effectué les plus diligentes recherches dans le casier judi¬ 
ciaire "avec l’aide du registre de conirolc, au nom de Monsieur le 
Commandeur Domenico Margiotta, professeur ôs-letlres et philosophie, 
né à Palmi le 12 février 1858, 

RIEN NE RÉSULTE 

(formule équivalant à celle ; néant, usitée en France). 

Palmi, 29 mai 1894. 

Le Greffier: 

N“ 30G (Signe) : Farciolo. 

Vu : le Procureur du Roi (Sceau de la chancellerie du Tribunal) 

(Signé) Va ce A 

{Sceau du Procureur du Roi) 



Ijes débuts d’un Grand Maçon 


Giuseppe- Antonio- Adriano- Léonida Leirmii est né à 
Livourne (Toscane), le 30 avril 1822, fils du sieur Fortunato 
Lemmi et de la dame Teresa Merlini, époux légitimes et 
catholiques. 

En Italie, à cette époque-là, l’état-civil était tenu par la 
principale église de la ville ; l’acte de baptême tenait donc 
lieu d’acte de naissance. Aussi, c’est, sur les fonts sacrés de 
la Cathédrale que le baptême d’Adriano a été célébré le 
2 mai 1822, et il a eu pour parrain le sieur Nicolas Lemmi, 
frère de son père, assisté par le sieur Joseph Sandifort, de 
Manchester (Angleterre). 

Après Florence, Livourne est la ville la plus importante 
de l’ancien Grand-Duché de Toscane. Au xni c siècle, elle 
n’était qu’un village ; mais les Médicis l’ont fait prospérer. 
Appartenant d’abord aux Génois, Florence l’acheta en 1421 
pour s’en faire un port sur la Méditerranée et devenir ainsi 
une puissance maritime. C’est une ville très industrielle, et 
grand est son commerce avec le Levant, la France et l’An¬ 
gleterre. Il y a là aujourd’hui un évêché, une église des 
grecs-unis, une synagogue, et plusieurs loges maçonniques 
où l’on ne fait que conspirer, car c'est la terre révolution¬ 
naire par excellence. 

Lemmi, en grandissant, devint le désespoir de ses parents, 
car il s’était enfoncé de bonne heure dans le vice et la 
débauche, se liant d’amitié avec quelques jeunes juifs ; leur 
compagnie lui était plus agréable que celle de scs corrcli- 
gionnaires. 



— 2 — 


En 1843, il n’avait pas quitte sa ville natale. A cette 
époque la Jeune-Italie , fondée à Marseille en 1831 par 
Giuseppe Mazzini, était puissante et prospère ; et Mazzini, 
qui, après les mouvements insurrectionnels du Piémont de 
1833-1834, s’était réfugié à Londres, organisait, de loin, sur 
tout le territoire italien des complots qui avaient pour but 
de renverser par la force les gouvernements constitués et 
de détruire la papauté. 

Les jeunes gens de la presqu’île, enflammés par les 
théories révolutionnaires de Mazzini se rangeaient sous le 
drapeau de la Jeune-Italie : partout en Italie le parti mazzi- 
nicn tend à la l'évolution, et les années 1843-1844 sont 
mémorables par une tentative d’insurrection à Bologne, au 
mois d’août, et une autre à Rimini, tentatives qui furent 
bientôt écrasées ; c’est à cette époque que se signala l’audace 
d’Altilio et Emilio Bandiera.. Ces deux frères, nés à Venise 
en 1817-1819, avaient servi d’abord dans la marine autri¬ 
chienne; puis, s’étant mis en relation avec Giuseppe Mazzini, 
ils résolurent de prendre part au mouvement insurrec- 
fionnel, et après avoir inutilement tenté une descente en 
Sicile, iis en tentèrent une deuxième dans les Calabres, unis 
à une borde de jeunes ardents et fanatiques, déterminés à 
pousser jusqu’à l’assassinat leur haine féroce contre les 
Bourbons. Mais, sur la dénonciation d’un ami de l’ordre, ils 
furent arrêtés, et ensuite condamnés à mort comme révo- 
uiionnaircs et fusillés le 9 juillet 1844 à San-Giovanni-del- 
Fiore, près de Coscnza. 

Àdriano, qui a une âme éminemment haineuse et qui 
n’est pas capable de s’élever dans les horizons de la vertu 
et de l’honneur ; Adriano, qui a l’esprit méchant et avide 
d’aventures, à celte époque tumultueuse, le 29 décembre 
1843. quitta le toit paternel et la Toscane, sans que personne 
pût jamais savoir les vrais motifs de son départ. 

Et il n’est pas possible d’attribuer ce départ subit à une 



— 3 


cause politique, d’abord parce que Lemmi n’avait pas alors 
l’étoffe d’un conspirateur. D’autre part, s’il avait été agent 
de Mazzini, il aurait eu les moyens nécessaires pour vivre, 
et il se serait rendu dans le Piémont, où tous les conspi¬ 
rateurs trouvaient appui et protection à la cour, ou bien dans 
n’importe quelle autre contrée de l’Italie. 

Cependant, personne ne le vit circuler en Italie, et il est 
bien établi qu’Àdriano, en quittant la Toscane, n’a pas 
songé à Fun des autres pays de la presqu’île. 

Mais, où est-il donc allé en partant de Livourne?... A 
Marseille !... Cela prouve bien que ce n’est pas comme 
conspirateur politique que, le 29 décembre, il s’éloigna de sa 
ville natale; car les mazziniens n’avaient pas à aller sou¬ 
lever Marseille, et quand la police de leurs pays les pour¬ 
suivait, ils se sauvaient en Angleterre ou en Suisse. 

Ce qui est certain, c’est que c’est au sol français seul qu’il 
songea. Donc, le 2 janvier 1844, il débarquait à Marseille, 
ayant pour toute richesse la somme de 300 francs dans sa 
poche et une lettre qu’il s’était fabriquée lui-mcme sur une 
feuille de papier à en-tête de la maison Falconnet et C ie , de 
Naples, laquelle lui annonçait « qu’un crédit allait lui être 
ouvrit sur ki maison Pastré frères, banquiers à Marseille ». 

II se servait de cette fausse lettre pour faire des dupes- : 
il empruntait à tort et à travers à ses compatriotes qui sont 
nombreux à Marseille ; car, comme on sait, il y eut de tout 
temps dans cette ville une forte colonie italienne, mêlée 
d’honnêles travailleurs et de mauvais garnements. En 
lisant cette lettre, qui faisait beaucoup espérer, personne 
n’hésitait à lui faire crédit ; les restaurateurs ne lui 
refusaient pas une place à leurs tables, ni son logeur sa 
plus belle chambre. Mais Lemmi ne payait nulle part, sc 
couvrait de dettes jusqu’à la racine de ses cheveux, et ne se 
préoccupait aucunement d’aller à droite et à gauche chercher 
du travail pour vivre honnêtement à la sueur de son tront. 



— 4 — 


comme aoit faire tout homme qui a de Bamour-propre, 
C’est bien là ce qui prouve qu’il n’agissait pas en politicien, 
mais en vulgaire escroc. 

On l'este étonné quand on pense qu’arrivé à Marseille, 
le 2 janvier, avec trois cents francs, il est endetté au bout de 
huit jours. Un honnête homme sait dépenser l’argent raison¬ 
nablement et attendre avec patience, sans se livrer à des 
actions déshonorantes ; donc, Lcmmi, pour se trouver au 
bout do peu de jours dans la condition de duper tout le 
monde, a dû follement gaspiller sa monnaie dans les temples 
de Vénus et sur les autels de Bacchus, deux divinités aux¬ 
quelles il sacrifie encore le plus aujourd’hui, quoique vieux 
et bien détérioré, et qui forment un trio, unies à sa haine 
mortelle contre l’Eglise. 

Dans cette vie d’escroqueries, il lit un jour la connais¬ 
sance d’un docteur Grand-Boubagne ; il sut si bien manœu¬ 
vrer qu’il s’insinua dans sa famille et se rendit intéressant 
en faisant croire que, quoique momentanément gêné, il 
possédait un patrimoine considérable, lui revenant de la 
succession d'un oncle, et qui lui ferait une rente de 
20.000 fr., lorsqu’il pourrait le toucher. 

Il était donc reçu eu ami intime chez le docteur, lequel 
ne lui refusait jamais son aide et sa protection, toutes les 
fois que Lcmmi lui demandait quelque somme à titre de 
prêt; il était considéré comme un membre de la famille; 
souvent il y dînait, y passait les soirées, et on prenait 
plaisir à sa conversation, car il se monlruil bon enfant et 
avait toujours le mot pour rire. 

Le 3 février 18H, le docteur venait de sortir, quand 
Àdriano arrive lui rendre visile. Madame était toute seule à 
la maison. Ils commencent à causer; mais, au beau milieu 
du discours, Lemmi se plaint d’une indisposition subite, et 
prie la dame de le secourir. La bonne dame, no soupçonnant 
pas un piège, court vile à la cuisine lui préparer une 





tisane* La maladie était simulée pour éloigner M nie Grand- 
Boubagne. Aussi, Àdriano profite de ce moment d’absence 
pour ouvrir le secrétaire, où il avait déjà remarqué une 
bourse en perles vertes. 11 s’empare de cette bourse, qui 
contenait 300 francs en or, et file avec. La dame retourne 
dans son appartement, une tasse de tisane de tilleul dans la 
main, espérant soulager l’ami souffrant; mais pas d’ami, 
la salle était vide ! Elle ne s’expliquait pas la fuite du pré¬ 
tendu malade; quand ses regards se portent sur le secré¬ 
taire ouvert, elle commence à comprendre, et, ayant 
vérifié le contenu du tiroir où elle renfermait son argent,' 
elle constate que la bourse avait disparu. Elle ne pouvait 
qu’inculper Lemmi, car il était la seule personne qu’elle 
avait reçue dans son appartement, et je vous laisse à penser 
sa colère d’avoir si bien placé sa confiance ! 

Aussitôt le docteur rentré, sa dame le met au courant de 
ce qui s’est passé. En proie à la stupéfaction d’avoir été 
filoutés aussi indignement, ils comprennent qu’il ne faut 
pas perdre du temps, et immédiatement ils se rendent chr* 
le commissaire du quartier. Les agents sont mis à la 
recherche du fripon et le surprennent dans une auberge, où 
il venait à peine de commencer à dépenser les 300 francs 
volés. 

Mis en état d’arrestation, Lemmi n’oppose pas de résis¬ 
tance aux deux anges gardiens qui lui mettent les menottes 
et remmènent au poste, escorté par une foule de gamins 
qui sifflent et crient au voleur. 

Il n’y avait pas moyen de nier ; en effet, on avait saisi 
dans ses poches le corps du délit. Détail curieux, qui lui 
interdisait tout mensonge, c’est que, dans sa précipitation, 
il avait pris non-seulement l’argent avec la bourse qui le 
contenait et qui fut reconnue, mais môme un papier sans 
valeur, de l’écriture de M ,ne Grand-Boubagne, qu’il avait 
empoché à tout hasard, et qui n’était qu’une recette pour la 
confection de la confiture de coings. 



— 6 — 


Après avoir subi le premier interrogatoire au commis¬ 
sariat de police, il est envoyé en prison et écroué. Il ne tarde 
pas longtemps à comparaître devant M. le juge d’instruction,, 
auquel il n’essaye pas de nier le vol commis, l’ayant déjà 
avoué au commissaire. 

Sur interrogation du juge, il déclare être venu de Livourne ; 
on vérifie et on constate qu’il avait dit la vérité; il avait 
exactement indiqué le nom du bateau qui, le 2 janvier, 
Lavait amené à Marseille. La police constate aussi son séjour 
dans les auberges qu’il indique ; ce qui fait découvrir ses 
escroqueries à l’égard de plusieurs personnes. On lui con¬ 
fisque sa fameuse lettre de Ja maison Faleonnet et C ie , de 
Naples, dont on reconnaît la fausseté* 

Mais le voleur est jeune et implore la pitié du juge d’ins¬ 
truction. Il ne paraît pas cire un criminel invétéré, et on ne 
veut pas prolonger sa détention préventive. Son arrestation 
avait suivi de près le vol, qui était, comme nous avons dit, 
du H février, et l’instruction dura jusqu’au 18 mars, jour 
auquel le juge d’instruction rendit contre Lemmi une double 
ordonnance, le renvoyant : i° devant le Tribunal Correc¬ 
tionnel de Marseille, pour le vol des 300 francs, et 2° devant 
la Chambre des mises en accusation de Ja Cour d’Àssises 
des Rouchcs-du-Rhône, pour le taux commis avec la pré¬ 
tendue lettre Faleonnet. 

Le 22 mars 1844, Àdriano comparaît à l’audience publique 
du Tribunal Correctionnel et se confond plus que jamais en 
excuses. 11 se défend humblement; il plaide la tentation, en 
disant que cette bourse lui avait parue dodue (textuel), 
l’avait fasciné, et qu’il n’avait pas pu résister. 11 fait un 
meà culpâ solennel, verse des larmes abondantes, se déso¬ 
lant à la pensée que sa honte portera un coup terrible à sa 
bonne et honorable famille ; il s’était qualifié Tcx-négo- 
ciant ; en un mot, il réussit à attendrir les magistrats, qui, 
comme nous verrons, furent pris de pitié et h;i évitèrent la 
Cour d'Assises. 



— 7 — 


Mais tout cela n’était qu'une pure comédie. Adriano était 
un rusé compère, quoique jeune, et son but était de courber 
le front d’avance devant une condamnation impossible à 
éviter, en se ménageant un moyen de la nier plus lard. 

En effet, à l’interrogatoire, il se dit né à Florence ;car il 
n’ignorait pas que beaucoup de familles Lcmmi habitaient 
la capitale du grand-duché de Toscane, et il espérait que 
dans le nombre il se trouverait bien un Adriano quelconque 
sur lequel pourrait en l’avenir retomber l’infamie de sa faute, 
si par hasard la condamnation venait à être découverte. 

Les juges ne soupçonnant pas la malice ne firent pas sur¬ 
seoir au jugement du procès pour vérifier son état-civil, et 
la condamnation mentionne donc : « Adriano Lemmi, âgé de 
vingt-deux ans, venant de Livourne, se disant ex-négociant 
et né à Florence. » 

On le condamna à un an et un jour de prison, aux dépens 
avec contrainte par corps, et à cinq ans de surveillance de 
la haute police après l’expiration de la peine. Cette con¬ 
damnation fut jugée suffisante pour servir de leçon au jeune 
voleur, et comme, en définitive, la fausse lettre Falconnet 
n’avait pas été employée à extorquer de l’argent à Paslré 
frères, on le jugea ainsi assez puni pour le vol Grand-Bou- 
bagne et les petites escroqueries aux logeurs et aux restau¬ 
rateurs. D’où, abandon de poursuites devant la Cour d’As- 
sises. 

Lemmi fait sa prison. Mais le climat de la France lui 
paraît bien nuisible à sa santé ; et, ma foi, il juge que les 
entrevues qu’il devra avoir de temps en temps avec les com¬ 
missaires de la haute police, froisseront énormément son 
amour-propre. Aussi, sans tambour ni trompette, il se met 
en rupture de ban, et, sitôt sorti de prison, il a soin de 
mettre entre lui et la France les monts et les mers, prend 
le paquebot et part furtivement pour se réfugier à Cons¬ 
tantinople. 



— 8 — 


Il y a environ cinquante ans de cela ; la capitale de 
l'Empire Ottoman avait alors 180.000 habitants de moins 
qu’aujourd’hui : elle était cependant une immense ville, si 
Ton compte scs faubourgs, ainsi qu’on a toujours coutume 
de le faire pour les statistiques de Constantinople. Sur 
695.000 habitants, en 1845, il y avait 400.000 musulmans, 
120.000 arméniens, presque autant de grecs, 33.000 juifs, à 
peine 12.000 catholiques, et le reste se composait de sujets 
étrangers appartenant à diverses nations, parmi lesquels 
une petite colonie italienne en voie de formation, et un 
assez grand nombre de polonais qui s'étaient révoltés contre 
le tsar et avaient trouvé un refuge aux bords du Bosphore. 
La majorité des italiens, à celte époque, avait choisi pour 
domicile le quartier des Blaquernes qui est aux pieds des 
ruines majestueuses de l'ancien palais de Constantin ; là 
aussi sc trouve le quartier de Balata, toujours sale et puant, 
où de tout temps les juifs ont grouillé, comme une vermine 
humaine. 4 

Donc, dans les premiers jours d'avril 1845, un paquebot 
en provenance de Marseille entrait dans la Corne-d’Or, 
amenant, parmi scs passagers, le jeune Adriano. Pendant 
son séjour forcé entre quatre murs, il avait été obligé d& 
travailler, et, quoique le travail des prisons soit très peu 
payé, il lui était resté quelques économies, car il lui avait 
été impossible de dépenser; mais c’est vrai aussi que les 
frais du voyage avaient entamé sa petite épargne. Avec ce 
qui lui restait, il s'offrit immédiatement un logement pro¬ 
visoire dans un de ces grands établissements appelés khans 
ou caravansérails, qui sont des hôtelleries à très bon 
marché pour les innombrables voyageurs et petits mar¬ 
chands étrangers; toutefois, on n’y a guère autre chose 
que le lit et l’eau. Adriano dut se résigner, se logea comme 
il put, et se mit aussitôt à la recherche de quelques compa¬ 
triotes, afin de les apitoyer sur son triste sort. 



— 9 — 


ACTE DE BAPTÊME 

D’ADRIANO LEMMI 


Fac-similé d’un extrait authentique 
des Archives de la Cathédrale de Livourne . 


ARCHIVIO DELIA CATTEDRALE 


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7 





Le document ci-dcssus, que je puis reproduire grâce à l'obligeante communica¬ 
tion de la courageuse revue la Franc-Maçonnerie démasquée, est d’une très 
grande importance. 

En effet, il établit authentiquement : 1° que le juif Aririano Lemmi n’est pas né 
dans Ja religion d’Israël, mais a été baptisé à sa naissance» étant /ils de père et 
mère catholiques, et que par conséquent il e3t un renégat; 2° quil est réellement 
né en 1822, e, non pas en 1820. comme il a essayé — on le verra plu= loin — de le 
faire croire, afin de pouvoir rejeter la condamnation du Tribunal correctionnel de 
Marseille qui s’appliquait vraiment à lui {âgé de vingt-deux a is, dit le iufrement 
du 22 mars 1844). Jà 


Traduction du document : 

ARCHIVES DE LA CATHÉDRALE 

Livourne, le 14 février 1893, 

II est attesté par moi soussigné curé de là cathédrale que, du livre des Bap- 
ti-és de l’an 1822, il résulte que le 30 avril 1822 est né Joseph-Anloine-Adrien- 
Léonidas, fils de M. Fortuné (fils de M. Jacques-Esprit Lemmi), et de Mme Thé¬ 
rèse {tille de M. Gaëtan Meriini), mariés, de Livourne. Il fut baptisé le 2 mai 1822 
et fut parrain : M. Nicolas Lemmi. 

En toi de quoi : — Timbre des archives de la cathédrale; — et sigaature de 
M. l’abbé Pietro Boccaci, vicaire de la cathédrale, préposé aux archives' 



— 10 — 


On raconte qu’au quartier des Blaquernes il finit par 
rencontrer un sicilien qui tenait une cuisine à l’usage des 
pauvres gens ; il leur vcndail pour une menue pièce de 
monnaie des ragoûts faits avec des tètes de mouton, et 
c’était là tout ce qui entrait dans la composition des mets 
confectionnés par sa cuisine. Adriano s’était proposé pour 
aider le restaurateur sicilien ; il allait chez les boucliers 
chercher les têtes de mouton, après qu’on en avait enlevé 
la cervelle, et il lavait la vaisselle et les ustensiles de la 
cuisine ; en paiement, il avait la nourriture et le logement. 

Pourtant, il ne garda pas longtemps cette situation ; la 
tête de mouton ne convenait plus à son estomac ; du moins 
il faut le croire, car il quitta son compatriote pour se mettre 
au service d’un vieil herboriste et marchand de pommades 
de Balata. Chez celui-ci, la nourriture était meilleure, et 
le patron .donnait de l’argent à son employé lorsqu’il avait 
fait de bonnes ventes dans la journée, en allant crier dans 
les rues la marchandise de l’olïicine. Adriano, portant une 
tablette suspendue au cou, offrait des pâtes épilatoires, à la 
porte des établissements de bains, ou bien des pastilles, du 
«ahat-loukoura (confiture sèche parfumée), aux environs du 
grand bazar. 

Certainement, il aurait préféré faire un autre métier ; 
mais il avait remarqué que le vieil herboriste prenait 
quelque intérêt à lui ; il recevait de lui parfois des bonnes 
gratifications. D’autre part, la boutique de son patron était 
fréquentée par un rabbin polonais, condamné en Russie 
pour conspiration, lequel s’était évadé. Ce rabbin prit 
Adriano en amitié, à cause de ce que le jeune homme 
blasphémait volontiers contre le Christ. Lemmi, pour se 
faire bien voir des juifs de Balata, demanda un jour si 
on ne l’admettrait pas dans la religion de Moïse ; il était 
prêt à renier son baptême et à se faire circoncire. Ce fut 
une grande joie pour le rabbin polonais et pour le vieil 



herboriste. Les deux juifs, contents et fiers d’avoir un 
néophyte, lui enseignèrent le Talmud, après que le rabbin 
eut, dans cette circonstance, montré son habileté de chirur¬ 
gien sacré. 

Dès lors, la position d’Adriano fut beaucoup adoucie* 
C’est le 14 janvier 1846 qu’il était devenu définitivement 
israélile par l’effet de la liturgique opération ; et il ne 
s’était pas converti par supercherie. Oh ! non, il avait été 
heureux d’associer sa haine contre l’Eglise à celle des juifs 
de Balata. Parmi les italiens habitant Constantinople, il y 
en avait plusieurs qui appartenaient à la religion mosaïque* 
notamment un certain Abraham Maggioro, dont Lemmi a 
toujours parlé avec de grands éloges, tant son nom était 
cher à son cœur. 

Abraham Maggioro et le rabbin polonais, dont on n’a pas 
Je nom, étaient versés dans les mystères de la cabale ; c’est 
eux qui initièrent Adriano aux secrets de la magie, et 
celui-ci fut un excellent élève. Il apprenait par cœur, avec 
une grande facilité, toutes les formules de l’occultisme, 
même les plus baroques et les plus incompréhensibles. Un 
de ses grands plaisirs était d’aller, la nuit, en compagnie de 
son patron l’herboriste et du rabbin polonais, passer quelques 
instants aux pieds de la Colonne Brûlée, qui avait servi de 
piédestal jadis à une statue de Julien T Apostat, s’il faut 
croire la légende : là, nos juifs cabalistes se livraient à 
leurs salamalecs. Chaque jour, il se perfectionnait dans la 
science maudite ; car il s’était donné à son étude avec 
passion. Quant à voir sa position devenir brillante, il n’en 
était pas encore là. À Constantinople, les juifs sont en géné¬ 
ral peu fortunés ; ceux qui réussissent à s’eni'ichir à force 
de fraudes et d’usure quittent le pays, pour fuir le grand 
mépris dans lequel ils sont tenus par les Turcs. 

Le vieil herboriste vint à mourir vers la fin de 1847. Un 
parent accourut pour recueillir son héritage, vendit tou^e 



— 12 ~ 


la marchandise pour réaliser de l'argent, et Âdriano sc 
trouva sans place. Le rabbin polonais avait quitté Constan¬ 
tinople trois mois auparavant. Lemmi fut quelque temps à 
la charge de son ami Abraham Maggioro. 

- On a dit aussi que le futur grand chef de la maçonnerie 
avait été masseur dans un établissement de bains de Péra. 
Si le fait est vrai, ce serait aux premiers mois de 1848 
qu’il aurait exercé cette profession. D'une façon plus cer¬ 
taine, on sait qu’il fit, à cette époque, la connaissance d’un 
anglais, à Péra, venant de Londres, lequel était lié avec 
Mazzini. 

En ce tcraps-là, les quelques francs-maçons qui se trou¬ 
vaient à Constantinople étaient presque tous des anglais. 
L’association avait été introduite en Turquie vers 1738; 
mais, jusqu’à l’époque de la guerre de Crimée, elle subit 
mille vicissitudes; les affiliés, qui dépendaient de la Grande 
Loge d’Angleterre, voyaient sans cesse leurs loges dispa¬ 
raître, par manque de membres actifs, carie gouvernement 
alors ne les favorisait pas. Aujourd’hui, au contraire, la 
maçonnerie prospère à Constantinople. 11 y a trois loges 
anglaises : la L.*. Jiulwer, la 1,.*. Oriental, et la L.*. 
Lrinster ; et en outre la L. # . Y Etoile du Bosphore (française), 
la L.*. Scr (arménienne), la L.*. Proodos (grecque), et la 
L.*. Yltalia Risorta (italienne), qui toutes donnent fréquem¬ 
ment des fêtes et reçoivent des FF.*, mushafirs (invités). 

Quoiqu’il en soit, c’est, dit-on, en 1848, qu’Adriano 
Lemmi fut initié à la maçonnerie par des FF.*, anglais ; 
mais cette initiation ne paraît pas avoir été d’une régula¬ 
rité parfaite, et notre héros dut sc faire régulariser dans la 
suite. Lemmi a laissé assez obscure cette période de son 
existence ; cela l’humilie, maintenant qu’il est millionnaire, 
d’avouer les professions de bas étage qu’il a été réduit à 
exercer ti Stamboul. Comme vous le verrez plus loin, sou¬ 
vent il a été interpellé et mis en demeure de déclarer, avec 



— 13 — 


des preuves à l’appui, quelle a été sa situation en Turquie 
usqu’au jour où il fut recueilli par Kossuth ; mais il a pré¬ 
féré se dérober aux exigences de ses interrogateurs, et il en 
est résulté qu’il a été assez difficile de reconstituer l’état de 
ses occupations. Il est certain, seulement, qu’il a fait un peu 
tous les métiers, y compris la vente des pâtes épilatoires ; 
en 1849, il tenait un petit kiosque sur la promenade des 
Kaux-Douces, où il débitait aux oisifs la limonade et le- 
rahat-loukoum. 

Enfin, voilà l’ère des tribulations qui semble finir pour 
lui. C’est en 1849 que Kossuth arrive à Constantinople, et il 
vient fort à propos pour Adriano, à qui la limonade n’avait 
pas mieux réussi que les pâtes épilatoires. 

Kossuth, cet agitateur qu’on peut bien appeler le Mazzinr 
de la Hongrie, est né à Monok, d’une ancienne famille 
croate, dans laquelle était héréditaire la trahison. Reçu 
avocat en 1826, il fut admis en 1830 comme homme 
d'affaires chez la comtesse Szapary, envers laquelle il se 
comporta indignement. Etant parvenu à se faire aimer 
de la comtesse, il puisa en secret dans son coffre-fort 
pour payer ses personnelles dépenses. Celle-ci découvrit 
l'indélicatesse de son gérant; mais Kossuth, pour se pré¬ 
server d’une condamnation, remit aux magistrats les lettres 
intimes que la comtesse Szapary lui avait écrites dans un 
moment de faiblesse, et afin d’éviter le scandale qui allait 
résulter de ces preuves d’adultère d’une si grande dame, la 
justice aima mieux ensevelir l’affaire dans l’oubli. Kossuth 
lut obligé de quitter le pays, étant déconsidéré, et il alla se 
fixer à Pesth. 

Dans sa vie révolutionnaire, arrêté et exilé plusieurs 
fois, il devint l’homme politique à la mode et causa beau¬ 
coup d’ennuis au gouvernement autrichien. 

Comme je ne dois pas retracer ici la vie du grand 
maçon madgyar, je laisse aux historiens libres et honnêtes 



le soin de refaire la véritable biographie de l'agitateur, 
auquel la franc-maçonnerie a élevé un monument de gloire 
nullement mérité. Quant à moi, qu’il me suffise de dire 
que la terrible guerre civile par lui provoquée n’ayant pas 
abouti, il gagna enfin la frontière de Turquie ; et le voilà 
à Constantinople, à la grande joie de Lemmi. 

Le filou de Marseille était bien fait pour s’entendre avec 
le voleur de la comtesse Szapary ; mais ce dernier était, 
en outre, un personnage politique. Adriano réussit, par scs 
amis maçons anglais, à avoir une lettre de recommanda¬ 
tion de Mazzini pour Kossuth ; l’agitateur hongrois l’agréa. 

En vérité, Kossuth ne songea tout d’abord qu’à l’em- 
pèchcr de mourir de faim. Il le prit simplement à son 
service en qualité do copiste, de facchino , de domestique 
à petits gages ; et, peu à peu, entrant dans les bonnes grâces 
de son patron, Adriano en devint enfin le secrétaire, tou¬ 
jours sur la recommandation de Mazzini, avec qui déjà il 
correspondait* 

Quand Kossuth, au mois d’octobre 1851, quitta la 
Turquie pour se rendre aux Etats-Unis, au but de faire 
propagande active en faveur des patriotes hongrois, Lemmi 
l’accompagna. Mais, arrivés à Marseille sur le paquebot 
américain le Mississipi y Kossuth y descendit pour deman¬ 
der aux autorités la permission, qui lui fut refusée, de 
traverser la France pour se rendre à Londres. Lemmi, 
lui qui avait rompu son ban en s’évitant, par la fuite, les 
cinq ans de surveillance de la haute police française, 
auxquels il avait été condamné, se garda bien d’accom¬ 
pagner son patron en ville, et resta caché à bord du 
navire américain, protégé du pavillon des Etats-Unis. 

Kossuth fut donc forcé de retourner sur le Mississipi, et, 
après un court arrêt à Gibraltar, il se rendit à Londres et 
enfin à New-York, toujours en compagnie du digne secré¬ 
taire, qui était devenu son ombre. C’est aux Etats-Unis, à 



— 15 — 

Cincinnati, dans la Loge n° 133, que Kossuth reçut l’ini¬ 
tiation maçonnique. 

Mais le 2 décembre 1851 arrive. Le prince Louis-Napo¬ 
léon, alors président de la République française, annoncé 
au peuple et à l’armée qu’il va soumettre aux suffrages de 
tous les citoyens les bases d’une constitution, renouvelée 
du système de l’Empereur, son oncle ; c’était un coup 
d’Etat. A cette nouvelle, Lemmi quitte Kossuth en Amé¬ 
rique et vient rejoindre Mazzini à Londres, où arrivait 
d’autre part Ledru-Rollin, qui, avec Mazzini et Kossuth, y 
devait, plus tard, former un triumvirat international ei 
démocratique, pour réveiller en Europe le mouvement 
insurrectionnel entravé par les évènements. 

Dès ce moment, Lemmi commence à jouer un rôle très 
important dans tous les assassinats politico-maçonniques 
et dans tous les soulèvements populaires dont l’Italie fut 
le théâtre sanglant. Il entretient, de la part de Mazzini, 
des intelligences avec les révolutionnaires de Toscane, ses 
compatriotes ; et c’est lui qui inspira, le 21 octobre 1852, 
la tentative d’assassinat, en plein jour, sur le président du 
conseil du grand-duc, le ministre Baldasscroni. 

Le 6 février 1853, il y eut un commencement d’insur¬ 
rection à Milan, alors sous la domination autrichienne, à 
la suite d’une proclamation signée de Mazzini et de Kossuth, 
et c’est Lemmi qui l’a envoyée de Suisse aux révolution¬ 
naires lombards ; le fait est notoire dans la maçonnerie 
italienne. 

Les gouvernements helvétique et piémontais s’efforcent 
de ne pas paraître complices ; ils l’étaient bien, tout au 
contraire. De nombreux émigrés de la Haute-Italie, réfugiés 
en Suisse ou dans le Piémont, suivaient les instructions de 
Mazzini, transmises par Lemmi. 

Le Piémont, assisté de l’Angleterre (qui soutenait en 
secret la maçonnerie et Mazzini), s'efforce de conjurer 



— 16 — 


l'exécution d’un décret de l’empereur d’Autriche pour la 
confiscation des biens des révolutionnaires émigrés ; mais, 
le 18 février, sur les ordres de Kossuth et de Mazzini, un 
fanatique révolutionnaire a attenté à la vie de l’empereur 
pour le punir de ce décret, et Lemmi fut choisi pour armer 
le bras de l’assassin, qui était un hongrois, ami commun 
de Kossuth et de lui, Lemmi. 

La Suisse (preuve de la gravité des évènements) est alors 
sommée d’expulser tous les émigrés indistinctement, sous 
menace de rompre les relations diplomatiques. 

Nous voici maintenant à la guerre de Crimée, dont la 
véritable cause est connue des chefs de la franc-maçon¬ 
nerie seuls. Si on veut examiner les faits, à présent que 
de nombreuses années ont passé et qu’on n’est plus sous 
l'influence des événements, on comprendra facilement que 
les raisons qui ont été invoquées alors étaient des pré¬ 
textes, et rien autre. L’Angleterre et le Piémont firent 
naître la querelle, au sujet de la Turquie contre la Russie, 
à propos d’une lutte d’influence à Jérusalem entre les 
chrétiens de l’Jïglise grecque et ceux de l’Eglise romaine. 
Or, cette rivalité était bien ce qui préoccupait le moins 
l’Angleterre, on le reconnaîtra sans peine, ci quant au 
Piémont, c’était bien aussi pour lui un souci des plus 
médiocres. Les deux puissances entraînèrent avec elles la 
France contre la Russie, sous le prétexte de protéger la 
Turquie. 

La vérité, c’est que depuis longtemps, bien avant l’in¬ 
surrection hongroise de Kossuth, les chefs secrets de la 
maçonnerie, lord Palmerston à leur tête, avaient arrête 
un plan : on avait décidé l'élévation de la Prusse et 
rabaissement de l’Autriche, Limité de l’Allemagne au prolit 
delà monarchie prussienne, l’unité de l’Italie au prolit de 
la maison de Savoie, et la création d’un Etat polonais- 
madgyar. Mais la Russie avait mis entrave à l’exécution 



de ce projet, qu’elle ignorait pourtant; craignant avec 
raison que l’insurrection hongroise vienne à s’étendre à 
ses provinces polonaises, le tsar s’était allié à l’empereur 
d’Autriche pour la répression et avait fortement contribué 
à la défaite définitive des révolutionnaires madgyars. De 
cela la conséquence avait été une communauté d’intérêts 
monarchiques établie entre la Russie et l’Autriche, et il 
fallait que les chefs secrets de la maçonnerie commencent 
par briser cette entente; sans quoi ce qui était projeté au 
sujet de l’unité allemande au profit de la Prusse et au sujet 
de l’unité italienne n’aurait pas pu jamais être réalisé. On 
voit que l’Autriche a été bien dupée à l’occasion de cette 
guerre. Pour la France, il fallait lui faire faire campagne 
avec l’armée piémontaise ; cela préparerait l'opinion pu¬ 
blique dans les deux pays, en vue d’une autre action com¬ 
mune, la fois suivante contre l’Autriche. 

Tout cela avait été combiné par lord Palmerston, qui, 
comme maçon de la plus haute importance, savait s’imposer 
à tous les chefs secrets, même à Mazzini. Kossuth était tout 
naturellement favorable à ce programme, car il en voulait 
à mort au tsar de lui avoir fait perdre sa situation en 
Hongrie. 

On comprend aussi combien il fut facile d’entraîner 
Napoléon III ; les chefs de la secte lui rappelèrent ses 
serments de carbonaro, et en outre on lui montra des lau¬ 
riers à cueillir ; le nouvel empire devait aisément se laisser 
tenter par la gloire. 

Mazzini et Kossuth poussèrent donc à la guerre de Crimée, 
de toutes leurs forces, et ils firent un pompeux éloge de la 
France, et ils semblaient même demander aux révolution¬ 
naires leurs sympathies pour jon gouvernement. Cette 
conduite aurait dû ouvrir les yeux de tout le monde ; ca 
on savait bien que Mazzini et Kossuth n’aimaient pas la 
France et encore moins Napoléon III. Mais les gouverne- 



- 18 — 


monts et les peuples furent aveugles ; les habiletés de la 
diplomatie britannique réussirent à empocher l'Autriche de 
joindre sa cause à celle de la Russie. Dès lors, celle puis¬ 
sance, ayant à la fois contre elle la France, l’Angleterre, le 
Piémont et la Turquie, devait fatalement être vaincue. C’est 
ce qui arriva, après une guerre de plus de deux ans pour¬ 
tant ; et l’Autriche fut détachée de la Russie à tout jamais, 
et elle fut tellement punie de son ingratitude que, même 
sans attendre la lin de la guerre de Crimée, les chefs maçons 
qui s’étaient si bien joués d’elle travaillèrent déjà à la 
révolutionner, comme nous allons le voir tout à l’heure. 

Je viens de m’expliquer sur ces points peu connus de la 
guerre de Crimée, d’abord parce qu’il était intéressant de 
les mettre en lumière, ensuite parce qu’il est bon de 
montrer Lcmmi commençant à s’enrichir à la faveur de 
celte guerre. 

En effet, que fait notre héros pendant que les nations se 
battent en Orient ? 

Lcmmi, qui, par ses z’elations avec Mazzini et Kossuth, 
est bien vu des gouvernants maçonniques du Piémont, 
obtient des fournitures pour les ambulances ilalicnnes en 
Crimée, il sc transporte à Genève d’où il expédie à l’armée. 
Il encaisse d’une part la bonne monnaie, et il paie en taux 
chèques d’autre part. Ce sont ses premiers vols en grand ! 
Le petit voleur de Marseille ayant progressé a voulu se 
faire une renommée aussi comme faussaire. 

La falsification découverte, il sc sauve à Malle ; mais cela 
n empêche pas qu’il soit condamné par contumace par la 
justice helvétique, avec ses deux associés fraudeurs. 

Mais, pendant que les armées combattent en Orient, le 
politique des ennemis de l’Eglise ne chôme pas néanmoins. 
C’est dans l’année 1815i que le gouvernement piémontais, 
complice des Mazzini, Lcmmi cl consorts, se montre très 
anticlérical. Le 10 mars, les biens du séminaire de Turin 



— 19 — 


«ont arbitrairement confisques. Déjà la maçonnerie avait 
imposé un rapprochement à deux hommes d’Etat italiens 
qui longtemps s’étaient montrés adversaires, le F.-. Cavour 
et le F.\ Rattazzi. La paix ayant été faite entre eux, on 
nomma cette union politique le connubio (le mariage). En 
1852, le connubio avait déjà valu à Rattazzi la présidence 
de la Chambre; en 1854*, il lui valut le’ministère de la 
justice dans le cabinet présidé par Cavour. Aussi, au 28 
novembre, est déposé un projet de loi pour la suppression 
dos communautés et congrégations religieuses, dont le gou¬ 
vernement piémontais convoite les richesses. Mais par un 
hasard singulier et très douloureux, la discussion de cette loi 
fut trois fois interrompue, à cause de morts et d’enterre¬ 
ments. La première loi se discutait à Turin en janvier 1855. 
Le président de la Chambre était alors Carlo Buoncompagni 
(mort subitement à Turin le 14 décembre 1880), l’un des 
hommes dédiés corps et âme à la révolution italienne et 
célèbre par ses violences contre l’Eglise. Or, celui-ci, dans la 
séance du 12 janvier, annonçait aux députés la mort de la 
mère bicn-aimée de Victor-Emmanuel II, Marie-Thérèse- 
Françoise de Toscane, archiduchesse d’Autriche. Les funé¬ 
railles terminées, on reprenait la discussion contrôles cou¬ 
vents et les cloîtres ; lorsque voilà que le 21 janvier, le pré¬ 
sident annonce aux députés encore un très grand malheur : 
Sa Majesté Marie-Adélaïde, bonne et aimable reine, le jour 
précédent avait rendu sa belle âme en Dieu, à l’âge de 
33 ans. On continue la discussion de la loi, et un nouveau 
malheur s'adjoint aux malheurs passés : la nuit du 11 
février meurt le duc de Gènes, qui n’avait pas encore 
32 ans ! Les honorables, pour la troisième fois, dans l'espace 
d’un mois, sont forcés d’accompagner au cimetière la mère, 
la femme, le frère du roi de Sardaigne. Tant dc'tnalhcurs 
brisaient le cœur de toutes les personnes honnêtes ; mais 
le monarque ne comprenait pas les terribles avertissements 
du ciel. 



— 20 — 


Pendant ce temps-là, Mazzini ne perdait pas de vue les 
petits Etats italiens où la maçonnerie avait décidé de subs¬ 
tituer la maison de Savoie aux souverains légitimes, en 
attendant de faire la République italienne. 

Le 4 janvier, le chef du Comité Central Européen, — 
c’est le titre que Mazzini avait pris vis-u-vis de la Jeune- 
Europe, — avait réuni cinq de ses complices à Londres, et 
l’on avait admis, en outre, a la réunion le F,*. Félix Pyat, 
autre réfugié, qui était appelé président du groupe de la 
Commune Révolutionnaire* Ces deux comités correspon¬ 
daient avec vu comité bruxellois, un comité établi à Jersey, 
et il y en avait un cinquième h Genève, qui eut pour prési¬ 
dent le F.*. Eugène Sue. Ce sont la des choses connues de 
tous les maçons mêlés aux évènements de cette époque. A 
la réunion du 4 janvier, on mit en discussion qui devait 
être assassiné, du duc de Parme ou du duc de Modène. Ce 
dernier, François V, fut l’objet d’un réquisitoire très 
violent prononcé par Félix Pyat, qui lui reprochait sur¬ 
tout d’avoir rappelé les Jésuites et « d’être le frère de la 
comtesse de Chambord ». Mais Kossulh entraîna le vole 
contre le duc de Panne, Charles 111, qu’il représenta comme 
le plus dangereux aux révolutionnaires par son caractère 
brutal et violent, dit-il ; ü lit la comparaison entre lui et son 
père, prince faible qu’on avait fait tomber dans le pi'otcs- 
tantisme pendant quelque temps et qui songeait plus à ses 
plaisirs qu’à la politique. Kossulh lut à la réunion un rap¬ 
port do son ancien secrétaire, Gemini, qui dénonçait des 
« menées autrichiennes » de Charles III. 

Donc, la mort du duc de Parme fut votée à Funanimité, 
moins le suffrage de Pyat. Mazzini envoya à Lcmmi un 
passeport au nom de « Lewis Broom », et notre héros 
quitta aussilôt Malte pour se rendre dans le duché à l’abri 
de ces faux papiers. Il débarqua à la Spczia, se îxmdit de là 
à Sarzana, cl gagna Parme par la route de Pontremoli 



Fornovo. Mais il eut le soin de ne séjourner à Parme qu’un 
seul jour, prenant seulement le temps de voir en particulier 
les mazziniens de la ville et de leur fixer un rendez-vous à 
Caslel-Guelfo. Les conjurés se réunirent le 25 mars dans une 
petite maison de campagne, située près du pont du Taro; la 
séance fut présidée par Lemmi, qui fit jurer le secret; un 
nommé Lippi avait confectionné un mannequin, sur lequel 
fut enseignée la manière de donner les coups de poignard 
les plus terribles, et l’on tira au sort l’assassin. Adriano lui 
dit : « C’est aujourd’hui la fête des jésuites et des nonnes ; 
ils célèbrent l’apparition d’un ange à leur madone pour lui 
annoncer le Messie et qu’elle en serait la mère. Eh bien, 
mon frère, moi, je t’annonce que tu seras le Messie de la 
Révolution à Parme. Je te consacre libérateur des opprimés, 
sauveur des hommes aujourd’hui tyrannisés. Frappe le 
despote, sans que ta main tremble. Notre Dieu, qui n’est 
pas celui des prêtres, te protégera ! » 

Le surlendemain, Charles III tombait sous le coup du 
sicaire, dont Lemmi avait ainsi stimulé le fanatisme. On 
sait que l’assassin (nommé Antonio Carra) réussit à s’en¬ 
fuir ; et les circonstances du complot sont connues, parce que 
Lemmi s’en est souvent vanté auprès de Frapolli et de plu¬ 
sieurs autres qui ont répété le récit. Adriano fut toujours 
glorieux d’avoir été l’émissaire de Mazzini dans un grand 
nombre de meurtres, et Mazzini disait volontiers : « Mon 
petit juif vaut dix bons diables, tant il est habile pour choisir 
les hommes qu’il faut dans les importantes actions et pour 
leur inspirer l’énergie nécessaire pour l’accomplissement du 
devoir. » 

L’affaire de Parme fit beaucoup grandir Adriano dans 
l’estime de Mazzini, de Kossuth et des autres principaux chefs. 

L’audace de Lemmi était si forte, qu'après le crime, il né 
se pressa pas de quitter le duché ; il demeura plusieurs jours 
incognito à Sant’Ilario ; mais la révolution ne se fit pas, 



— 22 — 


comme il l’avait espéré. Le crime causa de l’horreur, et la 
ouve de Charles III, fille du duc de Berry, fut proclamée 
.‘éveille, pour gouverner sous le nom de son fils Robert, 
qui était un enfant de six ans. 

Lcmmi, toujours sous le faux nom de Lewis Broom, alla à 
Reggio, puis h Modène; il revint dans le duché de Parme, 
dans les derniers jours de juin, et c’est à lui qu’est due la 
tentative d’insurrection du 22 juillet, qui fut bientôt 
réprimée. 

Cette fois, il quitta le centre et se sauva h Turin 
Le gouvernement piémontais, en janvier 1855, suppri¬ 
mait 331 maisons de religieux et religieuses, mais laissait 
tranquilles les sociétés révolutionnaires, qui, grâce à cette 
complicité sous forme de tolérance, sc développaient et ma¬ 
chinaient des crimes épouvantables. 

Notre bon Lcmmi, qui avait h sa disposition autant de 
faux-papiers qu’il en avait besoin pour ses missions sécrétés, 
avait changé encore de nom en cette annéc-lu (1855). Muni 
d’un passeport, hongrois, appartenant à un des séides de 
Kossuth, il put se rendre à Borne sous le nom do « lîlrik 
Putsch, cuisinier » ; et le 12 juin, il y ont une tentative 
d’assassinat sur le cardinal Anlonelli !... Il repart aussitôt 
pour Gènes, où, le 30 du meme mois, il y eut publication 
d’un manifeste de Mazzini pour pousser le peuple ïi l’insur- 
rcelion 11 est notoire que c’est Lcmmi qui l’a répandu dans 
plusieurs villes et même a Rome, où coïncidence bizarre, le 
9 juillet, le même jour qu’il est retourné dans la ville des 
papes, il y eut uni 1 tentative d’assassinat sur le Père Berkx, 
général des jésuites. 

L’activité de Le ni ni i pour le mal est surprenante. II est 
vraiment rinearnation de Satan!.,. Dans tous les mouve¬ 
ments, dans tous les crimes, s’il n’y a pas toujours son liras, 
il y a toujours le bras de ses amis. 

Lcmmi et Orsini, — agent, ce dernier, de Mazzini, lui 



aussi, — avaient transmis au comité révolutionnaire de Milan 
les instructions de Mazzini, en vue d’une insurrection pro¬ 
chaine ; elle devait commencer par le massacre de tous les 
officiers de la garnison. Ces instructions données, Orsini et 
Lemmi se retirèrent, celui-ci, rentrant en Suisse, avec son 
passeport hongrois, tandis qu’Orsini, sous le nom de 
« Georges Ilernagh », se rendait en Autriche et parcourait la 
Hongrie dans le but d’organiser un soulèvement qui aurait 
coïncidé avec celui de la Lombardie. 

Orsini fut arrêté à Hermanstadt, en Transylvanie, ramené 
à Vienne, puis transféré à Mantoue, où il fut jugé et condamné 
à mort, pour crime de haute trahison, le 20 août 1855. 

Renfermé au château Saint-Georges, il s’en évade dans la 
nuit du 29 mars 1846, d’une manière très curieuse. Une 
femme affectionnée avait réussi à lui faire parvenir, dans la 
forteresse, une lime par laquelle Orsini, dans 24 jours, scia 
huit barreaux. Puis, formant une sorte de corde avec des 
draps de lit, il se laissa aller le long du troisième étage où 
était sa cellule ; mais il eut le malheur de tomber de la 
hauteur de 6 mètres et de se blesser à un pied cl au genou. 
Malgré cela, il eut la force de se traîner jusqu’au bas des 
fortifications entourant la forteresse, et, au point du jour, 
quelques passants charitables le retirèrent de ce tombeau 
au moment où il se croyait perdu. 

Le 13 novembre de la même année, deux autres agents 
de Mazzini sont pris à Rome. 

L’Angleterre, ou pour mieux dire, lord Palmerston, d’ac¬ 
cord avec Mazzini, prend prétexte de ce que le roi de Naples 
observe une stricte neutralité entre les puissances occident 
talcs et la Russie, l’accuse de sympathies envers la Russie 
(c’était vrai, Mazzini avait fait voler des papiers confidentiels) 
et obtient ta disgrâce du directeur de la police Mazza, très 
dévoué au roi de Naples et son protecteur contre les sociétés, 
secrètes. 



L'Angleterre, toujours bru Iule envers le roi de Naples, 
exerce une nouvelle pression sur lui en 1856 ; le gouver¬ 
nement français se joint à elle. Aux mois de juin et de sep¬ 
tembre, ces deux puissances menacent d’envoyer une 
escadre dans les eaux de Naples. On a su depuis que Napo¬ 
léon s’était laissé entraîner par lord Palmerston, qui, en sa 
qualité de patriarche do la maçonnerie européenne, avait 
favorablement accneilli un projet de l’empereur français ; 
ce projet était d’inslnlier à Naples le prince Murat, grand- 
maître du Grand Orient de France, comme roi en remplace¬ 
ment du Bourbon des Deux-Sicilcs. Ce complot avorta, la 
Russie, dont la guerre de Crimée était finie, ayant protesté 
contre cette intervention au sujet de la politique intérieure 
du roi de Naples. 

Le 3 mai, le gouvernement français public la statistique 
de la guerre de Crimée, dans laquelle l'influence britan¬ 
nique, c’est-à-dire la diplomatie maçonnique, avait entraîné 
la France. Cette guerre absurde a coûté la vie de 95.000 
français, morts par blessures ou par maladies, et à la 
Sardaigne une dépense de 30 millions. 

La fin de cette année 1856 est marquée par les opéra- 
lions mazziniennes dans le royaume de Naples. Un agent de 
Cavour, nommé Henri Misley, haut maçon, avait présenté, 
quelques années auparavant, à Mazzini, à Londres, le baron 
Benlivcgna, sicilien aflilié aux loges. Crispi, de son côté, 
avait accrédité Bentivegna par une lettre à Lemmi, dont 
Mazzini, depuis quelque temps, prenait assez souvent con¬ 
seil, voyant qu’il était habile aussi bien qu’homme d’action. 
Le baron se lia d’amitié avec Adriano, et ils étaient devenus 
lousdeux très intimes. C’est alors, vers le mois de septembre, 
que le Comité Central Européen décida qu’on assassinerait 
le roi de Naples, en même temps qu’on ferait une insurrec- 
lion en Sicile. 

Bentivegna fut désigné pour fomenter l’émeute, et 



Lemmi se chargea de l’assassinat. Dans le projet, on 
devait faire sauter Ferdinand II au moyen d’une bombe 
qu’un affilié fanatique, pour le choix duquel Mazzini s’en 
rapportait à Adriano, jetterait sous la voiture royale, pen¬ 
dant une promenade publique de Sa Majesté, C est un juif 
lombard, nommé Giosuc Possagno, qui avait trouvé les com- 
posilions chimiques de l’appareil explosif ; il fabriqua deux 
bombes, mais en les laissant inachevées, quant atix poudres 
à y introduire. 

Lemmi, lorsqu’il fut muni des deux bombes, dont le 
transport n’offrait aucun danger, et qui avait la recette de 
Possagno pour compléter l’infernale machine au moment 
voulu, alla d’abord rejoindre Bcntivegna qui l’attendait à 
Palcrme. Afin de circuler librement dans le royaume et 
sans se faire connaître pour qui il était, il avait reçu un 
passeport français au nom de « Jacques Lathuile, négo¬ 
ciant », que Ledru-Rollin s’était procuré pour lui par un 
de ses amis. Le but prétexté du voyage de Lemmi-Lathuile 
était des achats de vins pour une maison de Cette, qui ven¬ 
dait non seulement les produits de l’Hérault, mais qui im¬ 
portait aussi les vins d’Espagne et de l’Italie méridionale; 
en outre, Lemmi-Lathuile était censé venir acheter en Sicile 
des sumacs pour les tanneries de Marseille. 

Notre héros trouva à Palerme que tout était bien préparé 
pour l’émeute, et il écrivit à Mazzini, par un des messagers 
du comité londonien, que « les affaires seront fructueuses en 
Sicile ». Puis, il se rendit à Naples. L’assassinat du roi était 
fixé pour le 22 novembre, et le môme jour éclaterait l’in¬ 
surrection sicilienne. Bcntivegna avait dit qu’il ne fallait 
pas compter sur un napolitain ; aussi, il avait fourni à 
Adriano un jeune homme des environs de Messine, nommé 
Filippo Carabi, qui fut son compagnon de voyage. Ce jeune 
homme paraissait bien décidé ; en outre, on comprend sans 
peine que Lemmi-Lathuile ne manqua pas de lui faire la 
leçon et de l’exctier pendant le voyage. 



— 26 — 


À Naples, ils logèrent séparément. Lemmi acheva de 
garnir une des deux bombes, en se conformant aux indica¬ 
tions de Giosué Possagno, et les deux complices s’enten¬ 
dirent pour se rencontrer, un dimanche de très bon matin, 
à la première messe du couvent des Camaldulcs, qui est aux 
environs de la ville et où les touristes vont volontiers, 
pai’ce que du haut de la montagne on a une des plus belles 
vues d’Italie. Lemmi avait passé la nuit à Soccavo, et Carabi 
à NazareL A la messe des Camaldulcs, notre héros avait sa 
bombe dans la poche. Ensuite, ils descendirent ensemble à 
Pianura, qui est au pied de la montagne et où il y a de 
grandes carrières de pierres. C’est là. que fut faite l’expé- 
rienco; il n'y avait, personne au travail dans les carrières, 
puisque c’était dimanche; dans le cas où quelque touriste 
aurait cnlendu l’explosion et serait descendu des hauteurs 
du mont des Camaldulcs jusqu’aux carrières, les deux com¬ 
plices auraient eu le temps de s’en aller, et l’on aurait cru 
que c’était un accident par suite d'un oubli de quelque car¬ 
touche de mineur; mais Adriano et Filippo ne furent dé¬ 
rangés par personne. 

Ils disposèrent la bombe et l’allumèrent à distance au 
moyen d’une longue mèche brûlant lentement. L’explosion 
fui terrible ; elle, fut si destructive, brisant un énorme bloc 
do rocher, que le jeune Carabi comprit que, s’il jetait la se¬ 
conde bombe en préparation sous la voiture royale, il était 
certain d’être tué en mille morceaux en même temps que 
Ferdinand II. Sans doute, ce jeune homme voulait bien ris¬ 
quer sa vie pour tuer le roi; mais il s’était dit, comme tous 
ceux qui font dos coups do ce genre, qu’il aurait peut-être 
la chance*d’échapper au massacre. L’expérience aux car¬ 
rières de Pianura venait de lui prouver qu’il n’avail aucun 
espoir de s’en tirer sain et sauf; peut-être aussi il réfléchit 
alors que son compagnon Lathuile se servait de lui comme* 
instrument ci le sacrifiait en s'arrangeant non seulement 



— 27 — 


pour ne courir aucun risque, lui, mais pour ne pas môme 
se compromettre. Quoiqu'il en soit, le lendemain, Filippo 
Carabi dit à son compagnon qu’il ne fallait pas compter sur 
lui, qu’il avait beaucoup réfléchi, qu’il était le seul soutien 
de sa vieille mère et de ses deux sœurs, et qu’il lui conseil¬ 
lait de chercher un autre exécuteur de la sentence de Maz- 
zini ou bien qu’il fasse lui-même sauter le roi : il lui jura 
de garder le secret, et quitta Naples immédiatement. 

Lcmmi était beaucoup contrarié de cette défection inat¬ 
tendue. C’était trop tard alors pour qu’il puisse recruter un 
autre exécuteur de la sentence mazzinicnne ; car les choix 
de ce genre sont délicats à faire, et, une fois qu’on a choisi 
l’homme, il faut encore le sermonner pendant quelque 
temps. D’autre part, pour faire le coup lui-même, Adriano 
n’était pas d’un caractère à s’y décider ; il tenait bien trop 
à sa précieuse existence. 

Il so promit de châtier plus tard le sicilien désobéissant ; 
en effet, Filippo Carabi fut assassiné, cinq ans après, dans 
une loge de Naples, un jour qu’il y était venu sans méfiance, 
et ce crime a été accompli avec autant de férocité que 
d’adresse; les archives du Directoire de Naples contiennent 
les détails de l’affaire, la séquestration de Carabi en 1861, 
sa mise en accusation devant un tribunal secret, la torture 
épouvantable qu’on lui a fait subir, et le dernier supplice 
exécuté dans le plus grand mystère. 

Pour revenir au complot de 18o6 contre Ferdinand II, 
j’ajoute que Lemmi, malgré qu’il fût désappointé, resta à 
Naples, dans l’espérance de découvrir un nouvel instrument, 
mais en abandonnant le projet de faire coïncider le crime 
avec l’insurrection. 

Au jour convenu, le 22 novembre, Bentivegna leva l’éten¬ 
dard de la révolte contre le roi, à Cefalù, à l’est de Palerme, 
et il y eut alors une grande agitation en Sicile. D’autre 
part, le faux Jacques Lathuilc s’était mis en rapports directs 



— 28 — 


avec quelques hauts maçons napolitains, qui lui conseil¬ 
lèrent de renoncer à utiliser sa deuxième bombe, et on 
choisit une autre arme de meurtre : le fer, au lieu de la 
poudre. Dans Tannée royale, on avait des affiliés; deux 
jeunes soldats, Giuseppe Locuii et Agésilas Milano, furent 
présentés h Lcmmi Je l décembre, dans la maison d'un 
inazzinien, à Torre-dcl-Grcco, pendant que Tinsurrcction se 
développait en Sicile. L’émissaire du comité de Londres 
désigna Milano. 

Le 8 décembre, au moment où Ferdinand II passait en 
revue ses troupes de Naples, le soldat Agésilas Milano se 
détacha tout à coup des rangs et porta deux violents coups 
de sa baïonnette au roi, en le frappant en pleine poitrine. 
Par bonheur pour Ferdinand II, la baïonnette plia, et il ne 
fut pas blessé. Milano, arrêté sur Tinslanl, fut jugé, con¬ 
damné à mort et exécuté le quatrième jour après son 
attentat. Muzzini fit faire une médaille commémorative, en 
l'honneur de ce criminel, qualifié « martyr ». 

En Sicile, Tinsurrcction finit par être réprimée; la majo¬ 
rité du peuple désapprouvait la révolte, et les appels des 
émeuiiers ne trouvaient plus d’écho. Bcnlivcgna fut fait 
prisonnier; le 20 décembre, il était fusillé. Quant à Jacques 
Lalhuilc, il avait quitté le royaume, dès qu’il eût constaté 
que les affaires de la révolution tournaient à mal. 

On admirera ici avec quelle habileté notre héros sut 
reürer son épingle du jeu ; Adriano n’est pas le premier 
venu, comme on le voit. Le gouvernement royal eut la 
preuve de l'existence d’un complot ; on soupçonna que tout 
avait été organisé par le comité de Londres ; la présence 
d’un émissaire de Mazzini lut constatée par la police, mais 
quand l’oiseau s’était envolé et sans qu’on put découvrir 
jamais qui c’était. Los maçons eux-mêmes, sauf le seul 
Bentivogna, ignorèrent la véritable personnalité du mysté¬ 
rieux Lai huile ; elle n’est établie aujourd’hui encore que 



par la relation officielle, mais secrète, du procès maçon¬ 
nique de Filippo Carabi, aux archives du Directoire de 
Naples. Malgré l’évidence, et jusqu’à leur exécution, en 
dépit de toutes les sollicitations, Bcntivegna et Milano 
nièrent avoir eu un complice ni même un inspirateur, Fun 
comme promoteur de l’insurrection, l’autre comme régicide. 

En 1857, il y eut une superbe comédie jouée par la poli¬ 
tique piémonlaise. C’est aujourd’hui prouvé, plutôt mille 
fois qu’une, que Cavour et Rattazzi étaient d’accord avec les 
mazziniens et les garibaldiens pour faire l’unité de FItalie ai» 
profit de la maison de Savoie, c’est-à-dire déposséder les 
souverains légitimes des duchés de Toscane, Parme, Modène, 
des Etats-Pontificaux et du royaume des Deux-Siciles, et 
reprendre à l’Autriche les pays de Lombardie et Vénétie ; 
mais devant les yeux des monarques européens qui n’étaient 
pas dans le secret, le Piémont voulait avoir l’air innocent 
du complot et paraître se faire forcer la main. Seuls, parmi 
la diplomatie européenne, quelques hommes d’Etat francs- 
maçons, anglais, français et prussiens, savaient ce qui se 
tramait. Or, le Comité international de Londres décréta 
pour l’année 1857 un soulèvement en Toscane et dans 
FItalie méridionale. Alors, afin que le Piémont ne soit pas 
soupçonné de complicité, on décréta qu’une émeute aurait 
lieu, en outre, dans ce royaume; et c’est cela qui fut une 
comédie. Mazzini vint lui-même secrètement à Gènes, tandis 
que Lcmmi se rendait en Toscane. La triple insurrection 
des mazziniens et garibaldiens éclata : le 29 juin, à Gênes ; 
le 30 juin, à Livourne ; le l ep juillet, à Naples. Cette fois 
encore le coup contre les trônes de Ferdinand II et du grand- 
duc de Toscane fut manqué. La preuve que l’émeute de 
Gènes était une farce, c'est que Mazzini ne fut pas inquiété 
par la police piémonlaise et qu’il put retourner tranquil¬ 
lement à son poste de conspiration internationale. 

Dans la même année, Mazzini avait fomenté un complot 



— 30 — 


contre Napoléon III ; cc n’élait pas le premier. On trouvait 
que l’empereur français ne sc lui lait pas assez d’agir pour 
l'unité italienne, et on avait résolu de Y y forcer par la 
terreur. C’est aujourd’hui reconnu que les révolutionnaires 
francs-maçons ne reculèrent pas devant une telle extrémité. 
A Mazzini, à Kossuih et à Lcdru-Rollin, s’étaient adjoints 
dans le comité de Londres, Ilcrzen, Bakounine, Turr et 
Klapka. Plus particulièrement et plus d’une fois déjà, les 
noms de Mazzini et Lcdru-Rollin s’étaient trouvés mêlés à 
des projets d’assassinat contre Napoléon III. Donc, dès le 
commencement de 1857, Paolo Tibaldi, Giuseppe Bartolotti 
et Paolo Grilli avaient été choisis par Mazzini et Ledru- 
Rollin, dans un complot à Londres, pour assassiner Napoléon. 
Ils reçurent de Massarcnti, autre affilié de Mazzini, 50 napo¬ 
léons d'or, et partirent pour Paris commettre leur crime. 
Mazzini, avant leur départ, leur avait dit : « Vous étudierez 
les habitudes de l’Empereur, et vous ferez votre coup quand 
vous trouverez l’occasion favorable. » Massarcnti, Campa- 
nella, Tibaldi, Grilli et Bartolotti, instruments actifs du 
complot, étaient des amis personnels de Lemmi. Mazzini et 
Lcdru-Rollin étaient les chefs de tous les complots ayant 
pour but l’assassinai, comme a dit le Procureur impérial 
dans l'audience de la Cour d'assises de Paris,du 7 août 1857, 
où Grilli fut condamné à la déporlalion, ci Tibaldi et Bar- 
tololti à la délenlion. Mazzini el Lcdru-Rollin montèrent en 
colère quand la tentative d’assassinat avorta. 

Cette année encore, une bande tic mazziniens débarqua à 
Sapri, près de Policastro, au nord des Calabres, ayant à sa 
tête le F.*. Carlo Pisacanc, ami in lime de Lemmi et Crispi ; 
mais ils furent vaincus. 

Le 14 janvier 1858, a Paris, aux portes de l’Opéra, il y 
eut un nouvel attentat contre la vie de Napoléon III. Trois 
bombes fulminantes blessèrent 150 personnes et en tuèrent 8. 
Quelques-uns des coupables furent arrêtés ; mais beaucoup 



— 31 — 


s’étaient dispersés dans la foule. Au nombre de ces der¬ 
niers, il n’est pas téméraire de compter notre héros Adriano; 
car, c’est exactement vers cette époque qu’il vint à Paris 
sous le nom de « James Mac-Grégor », cela sous prétexte de 
rendre visite à Giuseppe Mazzoni, son compatriote toscan, 
alors professeur de langues dans la capitale française. 
Orsini, Pierri, Rudio, auteurs principaux du crime, furent 
condamnés à mort; les deux premiers furent exécutés; 
Rudio fut commué en travaux forcés à perpétuité, peine qui 
avait été infligée à Gomez, domestique d’Orsini. Tous les 
quatre étaient francs-maçons et mazziniens ; Orsini était 
venu à Paris sous le nom de « Allsop ». Les complices, qui 
purent filer hors de France, regagnèrent Londres, pour y 
perpétrer de nouveaux attentats. Il ne faut pas oublier que 
le 9 janvier, cinq jours avant le crime, Mazzini avait publié, 
à Gênes, un manifeste sanguinaire. 

Tandis que l'on était sous le coup de l'indignation causée 
par l’acte exécrable d’Orsini, le gouvernement français, 
ému, avait envoyé, en février, aux puissances, un projet 
de loi sur les conspirations contre les souverains et sur la 
manière de les punir. Le Piémont fit un étrange accueil à 
cette note ; la commission de la Chambre des députés la 
rejeta, avec 5 voix contre 2, le 13 mars, même après des 
modifications; mais le Conseil Fédéral de Berne, après une 
note française assez menaçante du 20 janvier, prescrivit 
une enquête à Genève où des complices de Mazzini s’étaient 
établis. Le gouvernement de Genève, n’osant pas aller 
contre les instructions du Conseil Fédéral, proclama la 
dissolution d’une société italienne de secours mutuels, et, 
au mois de mars, il expulsa 12 mazziniens français et 
17 mazziniens italiens. 

Dans ce même mois, en Toscane, on jugea ceux des 
insurgés de Livourne qui avaient été pris les armes h la 
main, le 30 juin de l’année précédente ; dix-huit de ces 



— 32 — 


révolutionnaires, dont le crime était surtout d'avoir proie 
Forci Ile aux excitations de leur compatriote Lemmi, émis¬ 
saire de Mazzini, furent condamnés, et huit desquels h 
mort. 

Le comité international maçonnique de Londres essaya 
de prendre dans la Lombardie nne revanche de scs échecs, 
en commençant une propagande auprès des étudiants. Il y 
eut donc une grande agitation parmi la jeunesse univer¬ 
sitaire. Le résultat fut que rUnivcrsité de Pavie dut être 
fermée. À Milan, les étudiants criaient ; « Vive l’Italie ! 
vive Victor-Emmanuel î » Ce mouvement, qui se produisit 
en décembre, était la préface, de la guerre qui allait bientôt 
éclater. On voit que le plan de lord Palmcrslon se réalisait 
peu à peu. 

de n’ai pas l’intention d’écrire ici, même en abrégé, 
l’histoire de la guerre d’Italie; tout le monde la connaît. 
Cependant, je veux rappeler que Napoléon 111 avait été liés 
impressionné par Patientât d’Orsini. L’homme qui avait 
voulu l’assassiner ne lui était pas inconnu; ensemble ils 
avaient fait partie de la Vente de Ccscna, car l’Empereur, 
dans sa jeunesse, s’était affilié aux carbonari. On sait, par 
les révélations qui ont été publiées en J874 par le Gionulle, 
di Pirenzr*, que Napoléon alla voir Orsini dans sa prison, 
et que celui-ci lui déclara que d’autres bombes lui étaient 
réservées s’il ne tenait pas immédiatement sa promesse de 
contribuer à l’imité italienne. Napoléon courba la tête et ne 
résista plus, et l’on vit le fameux testament de Fclice Orsini 
publié par le Moniteur, journal officiel de l’Empire. C’est 
ce qui permit à l’honorable député français, M. Keller, de 
dire au Corps Législatif, dans la séance du 13 mars 1861, 
que « la guerre d’Ilalic avait été l'exécution du testament 
d’Orsini ». 

Mais on sait aussi que, si le parti piémontais fut désap¬ 
pointé parla paix hâtive de Yillafranca, d’autre part, pen 



— 33 — 


dant cette guerre qui dura du 29 avril au 8 juillet 1839, 
les révolutionnaires en arrivèrent à leurs fins pour ce qui 
concernait la Toscane, les duchés de Parme et de Modène, 
les Légations et les Romagnes (ces dernières contrées ap¬ 
partenant aux Etats Pontificaux). On n’osa pas déposséder 
entièrement le Pape du premier coup. Quant au royaume 
des Deux-Siciles, la révolution n’y réussit pas encore cette 
année-là. 

Voyons pourtant quelles furent les manœuvres des 
mazziniens dans ce royaume en 1839. Il est intéressant 
d’en parler, parce qu’ici nous allons avoir en scène un des 
plus intimes amis de Lcmmi : le gallophobe Francesco 
Crispi. 

C’est, en effet, Crispi qui fut chargé, cette fois, par 
Mazzini, d’aller tenter le soulèvement contre Ferdinand II, 
puisque Bcntivegna et Lemmi n’avaient pas réussi aupara¬ 
vant. Né en Sicile, le 4 octobre 1819, Francesco Crispi 
avait pris part dans sa jeunesse à toutes les insurrections 
contre le gouvernement bourbonien. Franc-maçon de bonne 
heure, il était de ceux qui célébraient avec enthousiasme 
la devise de l’un des grades capitulaires de l’Ecossisme : 
« Lilia Destrue Pedibus, détruis les lys en les foulant aux 
pieds. » Après la restauration de 1849, il s’éUit réiugié en 
France, où il vécut obscur pendant neuf ans. Expulsé par 
la police impériale après l’attentat d’Orsini, il alla rejoindre 
Mazzini à Londres. C’est là que le chef du comité interna¬ 
tional maçonnique apprit la réussite d’un crime depuis bien 
longtemps couvé : ayant manqué Ferdinand II par le fer 
d’Agésilas Milano, on l’avait attaqué en secret par le poison. 

Oui, c’est là le crime infernal qui a été commis, et dans 
mon pays le nom de l’empoisonneur est connu de tous ; 
mais je n’ose l’imprimer, par crainte du scandale que cette 
révélation ferait chez les catholiques. Je me contenterai de 
dire que cet homme infâme avait su capter la confiance du 



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roî et qu’il était franc-maçon, affilié à l’une des branches 
les plus scélérates de la secte, celle qui est dite des 
« Sublimes Maîtres Parfaits » (1). Moins que personne cet 
homme-Jù n’aurait dû être franc-maçon !... 

Il se fit l'instrument de Mazzini, et l’infortuné Ferdi¬ 
nand II, qui ne pouvait sc méfier d’un homme considéré 
comme des plus respectables par toute la cour, fut empoi¬ 
sonné par l’infâme, dans une tranche de melon. Le poison 
qui avait été ainsi administré était de ceux qui produisent 
leur effet au bout de quelque temps, mais dont cet effet est 
des plus terribles. Le corps du roi se couvrit de plaies d’où 
jaillissait une affreuse vermine, se multipliant toujours 
davantage, quoique les serviteurs avaient soin de l’enlever 
tout le temps avec de la ouate. Aussi il mourut dans les 
plus atroces souffrances, le 22 mai 1859. 

La franc-maçonnerie avait obtenu son but; Mazzini, 
Lemmi, Crispi et les autres savaient bien que le roi Fran¬ 
çois 11, qui succéda à son père, était trop jeune, plein 
d’inexpérience, et qu’il se confiait aveuglément à ses géné¬ 
raux, on particulier à Numianto (2), qui, Tannée suivante, 
le trahit sans vergogne, sc vendant lâchement h l’ennemi. 


(1) Le mot sacré de cette secte était Oteroba, qui signifie : Occide 
tyrannum , et récupéra omnia bona antigua . Lo sens de ce mot sacré est 
très clair, c’est-à-dire que le régicide est le vrai moyen de ramener Vcige 
d'or ! 

Le Grand Firmament (synonyme du Grand Orient de la Maçonnerie) 
s’érigeait en tribunal souverain, prononçant sur la vie ou la mort 
d’individus qui n’avaient pas môme la satisfaction de connaître ni les 
juges qui les condamnaient, ni les lois d’après lesquelles ils étaient 
condamnés. Les assassinats, si souvent commis par ordre de ce Grand 
Firmament, prouvent assez qu’on ne se bornait pas à de simples 
menaces. Cette secte imposait à ses adeptes de fomenter partout 
l'incendie des révolutions qui sont l'unique moyen de résurrection /// 

(2) Alessandro Nunziantc, duc de Mignano, depuis lors lieutenant 
général de l’armée italienne et sénateur du royaume, fut l’un des héros 
de la révolution napolitaine de 1860. 11 était lils de Vito Nunziante et 
frère de Ferdinand, qui avaient donné maintes preuves de fidélité et de 
loyauté au trône des Bourbons. De bien humble origine, il était monté 



— 35 — 

Donc, après la nouvelle de la réussite de l'empoisonne- 
ment, les mazziniens tinrent conseil à Londres, et Crispi 
fut désigné. Bientôt, on apprit la brusque suspension d’ar¬ 
mes ordonnée par Napoléon III à Villafranca (8 juillet) ; 
Mazzini jugea qu’il ne fallait plus attendre. Crispi partit de 
Londres le 16 juillet pour la Sicile, sous le nom d’« Ema- 
nuele Pareda ». 

Pendant plusieurs semaines, Crispi parcourut la Sicile* 
vivant la vie agitée des conspirateurs; il apprenait à ses 
complices à manier les matières explosives qu’on leur avait 
envoyées du continent ; il leur enseignait la fabrication de 
bombes infaillibles, dont il donnait le modèle en terre 
glaise. Aux découragés, il prêchait le soulèvement univer¬ 
sel comme moyen de salut ; il assurait que, François II 
n’ayant qu’une armée faible et ne pouvant plus compter sur 
aucun secours de la part de l’Autriche récemment vaincue 
h Magenta et à Solférino, le succès d’une insurrection gêné- 


à un haut état, toujours à coté de Ferdinand II, militaire et courtisan 
eu même temps, comme écrit Giacinto De Sivo dans son Histoire des 
Deux-Siciles , Il franchit rapidement les grades de la milice, commanda 
brillamment les bataillons de chasseurs napolitains et en fut récompensé 
par des honneurs et des faveurs de ces Bourbons qu’il allait trahir. 

En effet, aussitôt qu’éclata en 1860 la révolution en Sicile, Nunziante 
y alla en qualité de commissaire royal, avec pleins pouvoirs de son Coi 
Ferdinand II ; mais déjà le traître s’était lié d’amitié avec le comte 
de Saburow, envoyé piémontais, et avec son successeur Yillamarina, et 
il était tout à Elliot, ministre anglais ; il travaillait pour la révolution. 
Il se rendit ensuite à Païenne et persuada le roi d’abandonner lés 
mesures de précaution et de défense qu’on avait prudemment adoptées 
contre l’invasion garibaldienne ; il prétendait, le fourbe, avoir un 
meilleur système pour empêcher tout débarquement. 

Destiné, le 8 juin 1860, à commander en chef un corps de 24.000 
hommes pour défendre les Pouilles et les Calabres, il promettait monts 
et merveilles ; mais, tout d’un coup, il quitta le service et se rendit à 
Turin, où il eut une entrevue avec le comte de Cavour, et après il 
retourna sur la frégate du roi de Sardaigne Maria-Pia. 

«Il prit congé de son armée avec un ordre du jour par lequel il 
exhortait les soldats à abandonner leur roi : « Je vous laisse, disait-il, 
en saint témoignage de mon amour, l’exhortation de vous montrer 
soldats de la glorieuse patrie italienne, vaillants contre les ennemis de 



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raie élail main tenant certain. Il allait ainsi de Messine à 
Cutané, à Syracuse, et vice-versa ; il aurait voulu voir 
Païenne donner le signal de la révolution. 

Le 22 septembre, Crispi retournait à Londres pour rendre 
compte de sa mission à Mazzini. Après quoi, eut lieu un 
second voyage, qu’il accomplit sous le faux nom de « Tohy 
(ilivan ». Ayant été informé par Giorgio Tamajo que la date 
du soulèvement était fixée au 12 octobre, il partit le 6, et il 
arrivait à Messine le H; mais le mouvement ne put pas 
rire effectué, la population était réfractaire à ces excitations. 

Mais nous ne devons pas perdre de vue notre Lcmmi. 
Pendant la guerre d’Italie, il s’était tenu en observation, 
tjuaml, après les préliminaires de Villafranca, le ministère 
Laveur lit place au ministère Rallazzi (19 juillet), Lcmmi 
fut chargé de surveiller en secret les intérêts mazziniens 
dans l’Ilalic Centrale, pendant que le compère Crispi se ren¬ 
dait de Londres en Sicile. En Toscane, malgré l’abdication 
forcée du grand-duc, l’opinion publique inclinait phi lot 
pour l’autonomie que pour l’annexion au Piémont; à 


l’Italie, et généreux dans le nouveau cliemin de gloire destiné par la 
Providence à tous les enfants de la grande patrie commune. » 

Les soldats, frémissant de colère, déchirèrent ce message; mais 
l’exemple était donné, la défection de Nunziante fut très nuisible ; 
car étant considéré comme grand connaisseur de se^ propres intérêts, 
en le voyant passer de la plus humble eourtisanerie aux insultes les 
plus insolentes contre son souverain légitime, on conclut que la chute 
du trône des Bourbons était certaine. Le gouvernement de Turin 
récompensa Nunziante avec grades, honneurs et argent; mais il n’a 
pas eu le pouvoir de le purifier de la honteuse réputation de traître à 
son roi. 

11 fut le premier des officiers napolitains qui, en 1866, ait arboré la 
devise de l’armée de Sardaigne. Pendant qu’il commandait une division 
du corps d’armée Oialdini, il dirigea l’attaque de Borgoforte-sur-Po, 
dont il s’empara seulement après que les Autrichiens eurent décampé. 

Il fut député et sénateur, commanda longtemps la division militaire 
de Milan ; mais il n’eut jamais réputation ni comme politicien, ni 
comme militaire. 

Il est mort fou, le 7 mars 1881, dans une villa du Yomoro, près de 
Naples, sans que personne ait plaint ce traître de haute marque. 



— 37 — 


Parme, à Modène et dans les Légations, on était d’avis de 
former une ligue des Etats de l’Italie Centrale. Mais, à la 
faveur des troubles, le docteur Farini, franc-maçon, était 
devenu dictateur, et il agissait contre le gré des popula¬ 
tions. Lemmi, allant et venant, transmettait aux chefs 
locaux révolutionnaires les instructions du Comité de Lon¬ 
dres, et toujours il excitait la populace contre les prêtres 
et les partisans des princes dépossédés, chaque fois que 
l’occasion se présentait. Son rôle secret fut très actif pen¬ 
dant les votes des diverses assemblées, où partout les repré¬ 
sentants vendus ou terrorisés se prononcèrent en faveur de 
l’annexion, malgré les vœux de la grande majorité des 
citoyens. 

Lorsque Mazzini décida le second voyage de Crispi en 
Sicile, notre Adriano eut mission d’aller le l’ejoindre à 
Palerme, pour l'aider à révolutionner l’île ; mais il ne 
quitta pas l’Italie Centrale sans faire verser le sang inno¬ 
cent. C’est à ses menées ténébreuses qu’on doit les désor¬ 
dres qui éclatèrent à Parme au commencement d’octobre 
cl où trouva la mort un officier bon catholique qui, à 
l’époque de l’assassinat du duc Charles III, avait publique¬ 
ment déclaré que ce crime était dû à la franc-maçonnerie. 
Ce brave et loyal officier était le colonel Anviti. Lemmi, 
par ses affidés, ameuta contre lui la populace ; une poignée 
de coquins lui chercha querelle dans la rue, et il fut mas¬ 
sacré par cette bande scélérate (6 octobi'e). Farini se garda 
bien défaire arrêter et punir les coupables. 

De Parme, l’émissaire de Mazzini se rend en hâte à 
Palerme; il y arrive presque en même temps que Crispi. 
L’insurrection, pi’ojetée pour le 12 octobre, rate tout à fait. 
Francesco considère la partie perdue et se met à l’abri; 
mais Adriano ne désespère pas, tout en manœuvrant dans 
l’ombre. Le directeur général de la police, Maniscalco, 
ouvre une enquête pour découvrir le mystérieux agitateur, 



— 38 — 


qui semble se jouer du gouvernement. On est déjà en 
novembre. Le haut fonctionna ire de François II reçoit une 
lettre insolente, laquelle lui enjoint de quitter immédiate¬ 
ment la Sicile et qui est signée J. L., initiales d'un des faux 
noms adoptés par Lcmmi. Comme vous pensez, le directeur 
général de la police ne se laisse pas intimider par cet auda¬ 
cieux défi. 

Trois jours après, Maniscalco, revenant de la promenade 
de la Favorite, marchait à pied parmi la foule, selon son 
habitude, dans la rue Maqucda C'est l’usage à Païenne ; à 
la promenade, toutes les classes se confondent, et les 
plébéiens coudoient les patriciens. Comme toujours, Ja 
foule était compacte. Tout à coup, du sein de celle houle 
humaine, un homme se rapproche de Maniscalco; la lame 
d'un poignard brille dans l'air et va se plonger dans le 
cœur du directeur général de la police ; il tombe, on se 
précipite autour de lui ; la foule est en désordre, les fem¬ 
mes poussent mille cris. Pans le tumulte, l'assassin déchire 
d'un seul mouvement l’habit de papier qui le couvrait (le la 
tète aux pieds, en jette les débris par terre et se perd 
comme par enchantement parmi le peuple, c’est-à-dire 
parmi ses complices inconnus qui jouent la. surprise, l’indi¬ 
gnation, crient plus fort que tout le monde et favorisent sa 
fuite. C’est un fait, qu’il fut impossible de le retrouver. 
Mais, dirai-je, la main de Lcmmi était-elle étrangère à cet 
assassinat? 

L’année mémorable de 1860 arrive. Garibaldi, grand- 
maître général du rite maçonnique de Memphis et Misraïm, 
trouva le terrain tout préparé on Sicile par le travail sou¬ 
terrain de la secte, quand le 11 mai il débarqua à Marsala. 
Mais encoi'e son expédition n'aurait pas réussi, si la plu¬ 
part des généraux et des principaux fonctionnaires de 
François 11 n avaient pas été achetés par l’or piémonlais. 

Je nai pas l’intention d’en dire long, ni môme de 



résumer, à propos de cette aventure qu’on appelle la 
campagne des Mille. Par de nombreuses révélations déjà 
faites, on sait que là encore c’était une comédie jouée par 
Cavour devant l’Europe (1). L’expédition de Garibaldi, 
organisée à Gênes par le docteur Bertani, censément était 
un acte de l’initiative du fameux condottiere, et le gou- 

(1) Il n’est pas mauvais que je donne ici au lecteur quelques petits 
détails sur Cavour, lesquels sont le vrai portrait de l’homme. 

L’historien libéral Zini avoue que Cavour ne voulait que des garni- 
ments autour de lui. Il tolérait les intrigants, mais éloignait les désin¬ 
téressés et les modestes. Au commencement de son gouvernement, il 
songeait si peu à l'indépendance et à l’unité d’Italie, que du Congrès 
de Paris il écrivait à Rattazzi : « J’ai vu Daniele Manin, qui m’a parlé 
de Vunité et de pareilles moqueries. > 

De la Rive, dans son éloge à Cavour, dit ses soins pour propager 
Vèglise protestante et vaincre la résistance des évêques, particulière¬ 
ment ceux de la Savoie. Le Code punissait la vente des Bibles et la 
prédication hérétique ; mais Cavour < mettait un sèle infini à sauver 
les accuses , il en entreprenait la défense , la traitait presque lui-même 
près les magistrats et les interprètes de la loi. » 

Cesare Balbo appliquait à Cavour une épithète pas du tout propre. 
Massimo d’Azeglio écrivait à Persano que Cavour a dit : « Si nous 
faisions pour dous ce que nous faisons pour l'Italie, nous serions des 
grands fous. » Et ailleurs : « Les aflîrmations de Cavour personne ne les 
prend au sérieux ; ce cher homme est arrivé au point que la seule chose 
qu'on croit impossible c'est précisément celle qu'il affirme... 11 a des 
instruments, pas des collaborateurs. » Et à Torelli, en juin 1851, 
d’Azeglio écrivait : « Cavour avait créé le vide autour de lui, et tout se 
faisait par lui seul, moyennant des instruments. » 

Le « journal de Mazzini le dénonçait : « Sceptique , méprisant des 
principes, charlatan de paroles , propre à faire le mal par tous les 
moyens du mal . » Le socialiste Proudhon (Correspondance, vol. IX) dit: 

« Cavour me paraît un grand fripon, qui met le feu à l’Europe pour se 
soustraire à la banqueroute. » 

^Le comte de Bignon, maire de Turin, en un discours au roi, a dit : 

« Qui a fait VItalie? Cavour. » Mais Cavour avait déjà dit à la Chambre 
Subalpine que VItalie c'est Garibaldi qui Vavait faite ; Garibaldi à son 
tour reconnaissait que c’était Mazzini le facteur de l’Italie. 

Qu’est-ce que nous devons en conclure? Que lTtalie moderne a été 
faite par la ruse unie à la trahison, par la force effrénée et par les 
sectes, par trois hommes qui ne connurent jamais les premiers éléments 
de la moralité, de la justice et de l’ordre, par trois hommes qui furent 
le vrai châtiment de Dieu pour lTtalie qui a voulu non seulement les 
subir, mais les glorifier? C’est vrai que les peuples ont les gouverne¬ 
ments qu'ils méritent. 



— 40 — 


vernemcnl de Victor-Emmanuel publiquement le dé¬ 
savouait. En réalité, Cavouv fournissait l'argent par des 
mandais sur M. Bombrini, directeur de la Banque. 

Une preuve irréfutable, c’est celle-ci : 

Au mois de juin (18G0), le commodore américain William 
de Rohan, qui sc joignait à Fenlrcprise, avait conduit en 
Sicile une seconde expédition de 3.400 volontaires, venant 
renforcer les Mille de Garibaldi. Puis, il retourna à 
Gènes pour prendre encore des hommes et les transporter 
à Païenne; c’était le navire le Washington , qui devait 
faire celle troisième expédition, mais Bertani déclara au 
commodore qu’il n’avait plus d'argent. Celui-ci prend 
Fox press pour Turin, voit Victor-Emmanuel en personne, 
cl le roi demande à en référer à Cavour. Une heure après, 
im aide de camp de S. M. apportait au commodore la lettre 
suivante : 


27 juin 1860. 


Commandant, 

Je vous renvoie ci-inclus les deux lettres de Médici (général 
garibaldien), que vous mettrez dans d’autres enveloppes et 
livrerez à Cavour. 

J’ai déjà donné trois millions à Bertani. 

Retournez immédiatement à Palerme pour dire à Garibaldi que 
je lui enverrai Valerio en place de La Farina; et QU’IL S'AVANCE 
IMMÉDIATEMENT SUR MESSINE, F rancesco (le roi de 
Naples) étant sur le point de donner une constitution aux Napo¬ 
litains. 


Votre ami, 


Victor-Emmanuel. 


La publication de ce documenta été faite ii Rome môme, 
et en 1881, c’est-à-dire le fils de Victor-Emmanuel régnant 
dans la Ville Eternelle, par le journal Fanfalla , qui insérait 
une relation du commodore William de Rohan, racontant 
tous ccs faits et produisant les documents a l’appui de son 
dire. Or, puisque le gouvernement italien a toujours nié que 



Garibaldi ait été son instrument, et puisque ce document 
prouve ce que vaut cette négation, on pense que le FanfuUa 
aurait été saisi et son directeur mis en jugement, s'il avait 
publié une pièce fausse. Mais le gouvernement n’a pas pro¬ 
testé, n’a rien dit, parce qu’il était obligé de s’incliner 
devant l’apparition de la vérité aussi évidente. 

Je crois qu’après l’insertion de cette lettre dans mon livre 
il n’y a plus guère besoin de rien diré sur la connivence 
du roi et de Cavour avec Garibaldi (1). Victor-Emmanuel ne 
s est nullement laissé faire violence, comme les journalistes 
olïiciels l’ont répété sur tous les tons. Tout ce qui s’est passé 
en 1860 était réglé d’avance ; mais ce qu’il fallait, c’était 


(1) Toutefois, je crois devoir rappeler, du moins en note, qu’il y a 
d’autres preuves de cette connivence. 

Ainsi, on possède une lettre de Garibaldi à l’amiral Persano, écrite 
parce que celui-ci, amiral du royaume piémontais, lui annonçait qu’il 
venait le seconder. G’est Persano lui-même qui a publié cette lettre et 
les suivantes, dans un jour de dépit contre le gouvernement italien 


« Palerme, 15 juin 1860. 

« Amiral, 

« Vous m’avez donné, en vérité, une bien agréable nouvelle, et je 
vous en atteste toute ma gratitude*, sous votre égide toute-puissante, je 
suis tranquille. — Je crois, comme vous, qu’il vaut mieux que la flo- 
tille vienne directement ici. 

« J’ordonne donc à Médici d’entrei immédiatement dans le petit port, 
où je l’attendrai. 

< Garibaldi. » 


Le prince Eugène de Savoie-Car. gnan, de son côté, machinait contre 
François II, ainsi que cela résulte de la lettre suivante adressée de 
Turin au même Persano, sous la date du I e * août 1860 
« Mon cher Persano, 

« Je me réjouis avec vous et je vous fais mes comp A .ments pour la 
manière distinguée dont vous avez rempli l’importante et difficile 
mission qui vous était confiée, et en même temps je vous remercie de 
m’avoir tenu au courant des évènements politique en Sicile. 

« J’espère que tout ira bien, même à Naples. 

« J’ai écrit au comte de Spanense qu’il plaçât toute sa confiance en vous 
comme en un ami intime. 

« Le baron Nisco se présentera certainement à vous, avec un billet 
d’introduction de ma part. Je vous le recommande. Au besoin,protégez- 
le, et offrez-lui un refuge sur l’un de vos navires. — J’ai l’entier espoir 
que tout se terminera par le triomphe de la cause de l’unité et de l’inde- 



— 42 — 


sauvegarder les apparences et tromper la diplomatie russe 
et autrichienne qui if était pas dans le secret, et c’est pour 
cela que Cavour s’est servi de Gavibaldi, qui jouait (peut- 
être inconsciemment) le rôle d’un révolutionnaire indisci¬ 
pliné et prenant pour lui seul la îTsponsabilité de ses 
aventures. 

Quant aux Napolitains qui ont trahi leur roi, c’est un 
fait avéré. Les uns ont agi par ambition et cupidité, comme 
Nunziante qui a reçu quatre millions ; les autres étaient 
déjà acquis secrètement à la révolution, comme Liborio 
Romano, ministre de François II, lequel fut sans la moindre 
honte le ministre de l’intérieur du cabinet formé à Naples 

pendance italienne. Mais, pour cela, il faut de la prudence et une cer¬ 
taine discrétion. 

« Eugène de Savoie. » 

Cavour, en mémo temps et sous la meme date, écrivait lui aussi à 
l’amiral Persauo une lettre ainsi conçue : 

« Monsieur l’amiral, 

« Ainsi que je vous l’avais fait savoir par le télégraphe, le gouver¬ 
nement désire que, si une révolution éclatait à Naples, vous acceptiez 
la dictature, dans le cas où elle vous serait offerte par 3e peuple. Si 
l’offre était faite à Villamarina, ce qui serait un ma), Viilamarina 
devrait également accepter, afin d’éviter le plus grand des périls, celui 
de voir tomber le pouvoir entre des mains faibles ou infidèles. 

« Que vous ayez ou non la dictature, vous devrez assumer immédia¬ 
tement le commandement de la flotte napolitaine et occuper les forts 
avec les bersaglierï et l'infanterie de marine, et assumer au besoin, pro¬ 
visoirement, le commandement de l’armée. 

« Vous rassemblerez à Naples ou dans Je voisinage de cette ville, toute 
la flotte napolitaine, en cloitjnant tous les officiers dévoués au roi et en 
les remplaçant par des libéraux éprouvés. 

« Devant expédier immédiatement une division piémontaise composée 
des brigades d’A os ta-Pie mon te à Naples, vous aurez soin d’envoyer à 
Gênes un certain nombre de bâtiments napolitains et de nos navires pour 
la transporter. *» 

* u Si Ja révolution ne se fait pas avant l’arrivée de Garibaldi, nous 
nous trouverons dans une situation des plus graves. Mais ne nous 
décourageons pas pour cela. Vous vous emparerez, si vous pouvez, de 
tous les forts, vous réunirez la flotte napolitaine et la flotte sicilienne, 
vous donnerez à tous les offleiers des brevets, vous leur ferez prêter 
serment au roi et au statut, et puis nous verrons. — Amiral, le roi, le 
pays et le ministère ont pleine confiance en vous. Suivez, autant que 



— 43 — 


par Garibaldi. Liborio Romano était depuis longtemps un 
des chefs de la maçonnerie dans les Dcux-S icilcs, et il pré¬ 
sidait le Consistoire Ecossais de Naples, quand il mourut 
en 1868 ; on comprend par là combien il était d’accord dès 
le début avec le grand-maître Cavour, le grand-maître 
Garibaldi et le grand-maître Mazzini. 

Voici ce qui a été écrit par un franc-maçon désabusé, 
Pietro Borelli, sous le pseudonyme de Flaminio, dans la 
Deutsche Rundschauj en octobre 1882 ; 

« Il ne faut pas qu’on croie en Europe que l’unité italienne 
avait besoin, pour se réaliser, d’une nullité intellectuelle comme 
Garibaldi. Les initiés savent bien que toute la révolution de 
Sicile a été faite par Cavour, dont les émissaires militaires, 
habillés en colporteurs, parcouraient l’île et achetaient à prix 
d’or les personnes les plus influentes. Le général, qui comman- 

possible, les instructions que je vous envoie; mais, s’il arrivait des 
cas imprévus, faites pour le mieux, afin d’atteindre le but supi'cme que 
nous nous proposons ; constituer l’Italie sans nous laisser vaincre parla 
révolution. 

< Cavour. » 

Voyons maintenant une lettre très curieuse envoyée de Naples par 
Persano au comte de Cavour, en date du 31 août 1860 : 

« Excellence, 

« J’ai dû distribuer d’autre argent! Vingt mille ducats à Devin- 
cenzi, deux mille ducats au consul Fasciotti, sur l’ordre du marquis de 
Villamarina, et quatre mille ducats au comité. Bien que tout cela soit 
exécuté d'après les mesures que j’ai établies, sans qu’un seul sou passe 
par nos mains, cette question d’argent a fini cependant par me fatiguer. 
Eu vérité, ce n'est pas mon affaire. Je me suis vu forcé de me disputer 
avec Devincenzi en présence de Villamarina ; il me demandait plus de 
vingt mille ducats, et je ne voulais pas même lui en donner autant. » 

Cette comédie de. l’unité d’Italie s’est accomplie à force de trahisons, 
de lâchetés, d’infamies de toute sorte, d’argent dépensé sans compte pour 
payer les prétendues manifestations spontanées des populations ; et 
François II, le grand-duc de Toscane, le duc de Parme, le Souverain 
Pontife, ont tous été victimes des complots sortis de la pensée infernale 
de Mazzini, de Cavour, de Garibaldi et compagnie. 

* Cavour, dans sa lettre à Persano, fait mention du marquis de Villa- 
marina. Ce Villamarina, en 1860, était ambassadeur du roi de Piémont 
à la cour du roi François II de ^Naples qu’il trahissait ignoblement ; 
e’était partout le rôle des ambassadeurs piémontais. 



— 44 — 

dail la flotte et l'armée devant Palerme, fut corrompu. Celui qui 
commandait à Naples reçut pour sa part deux millions. L’expé¬ 
dition de Garibaîdi, avec scs fameux Mille dont le mauvais équi¬ 
pement n'était pas capable d’un engagement sérieux, ne fut pas 
autre chose qu’une comédie grotesque que l’on joua devant 
l’Europe pour décharger la responsabilité du gouvernement pié¬ 
montais. Garibaldi lui-mômc avait perdu tout courage à la ba¬ 
taille du Volturne et fut trouvé par Nino Bixio caché dans un 
tombeau. « Aujourd’hui, lui dit celui-ci, il faut vaincre ou 
« mourir. » L’arrivée des bersaglieri piémontais le sauva et 
gagna la bataille. »> 

Mais je crois que ce qui montrera le mieux ce qu’a été 
runiftcalion de l’Italie, non seulement pour la prétendue 
conquête des Deux-Siciles, mais pour toutes les annexions, 
c’est le témoignage désintéressé de Carlctti. 

Carlctti était le principal agent de Cavour. Après Villa- 
franca, Cavour le donna à son compère Farini, le médecin 
improvisé dictateur à Modône et à Parme, pour être le chef 
do sa police politique. Carletti resta attaché à Farini, quand 
celui-ci devint ministre de l’intérieur, et il le précéda à 
Naples, toujours comme chef de la police politique, lorsqu’il, 
y fut envoyé avec le titre de lieutenant du roi d’Italie. 
Donc, Carletti a été un haut fonctionnaire et un de ceux les 
mieux placés pour savoir beaucoup de choses, puisqu’il 
avait à agir lui-même. Ce qu’il a fait dans l'accomplis¬ 
sement de sa fonction n’est pas beau ; mais, en étant mêlé 
à toutes ces machinations, il est arrivé à se convaincre, par 
tout ce qu’il a vu, que les populations n’élaient pas vraiment 
dévouées h l’idée de l’uniücation et qu’ci!es' préféraient au 
contraire l’ancien système des pays autonomes, quitte à se 
mettre en fédération. Et c’est là l’avenir réel de l’Italie ; 
car l’unité a été imposée aux peuples par la ferce du gou¬ 
vernement piémontais, s’appuyant sur les minorités infimes 
des révolutionnaires capables de tous les crimes. 

Honnêtement, Carlctti a donné sa démission de chef de 



la police politique, une fois convaincu qu’il avait prêté ia 
main à une politique sectaire allant contre les véritables 
vœux du pays, et il a écrit ses mémoires, dont une partie 
a été réimprimée par le rédacteur en chef du Contempo- 
reano, de Florence. À ce sujet, je répète ce que je disais 
tout à l’heure ; également, ces révélations-là n’ont pas été 
poursuivies par le gouvernement italien, et rien même n’a 
été démenti. 

Je vais en citer quelques passages, d’autant mieux que 
cela me dispensera de parler, après la question de Naples, 
de celle des Marches et de l’Ombrie ; on sait que c’est dans 
la même année (1860) que le Piémont a encore arraché ces 
deux provinces au Patrimoine du Saint-Siège, sans l’ombre 
d’un prétexte. Récemment, je lisais un beau livre de M. le 
marquis de Ségur, intitulé les Martyrs de Castelfidardo / j’ai 
vu par là que la vérité n’est pas encore bien connue en 
France sur la mort du général de Pimodan à cette bataille. 

L’extrait que je donne nous édifiera d’abord sur la ma¬ 
nière dont les élections et les plébiscites ont été faits sur 
la question de l’annexion des divers Etats au royaume pié- 
montais : 

« Nous nous étions fait remettre les registres des paroisses 
pour dresser les listes des électeurs. Nous préparâmes tous les 
bulletins, pour les élections des parlements locaux, comme plus 
tard pour le vote de l’annexion. Un petit nombre d’électeurs se 
présentèrent pour y prendre part ; mais, au moment de la clô¬ 
ture des urnes, nous y jetions les bulletins, naturellement dans 
le sens piémontais, de ceux qui s’étaient abstenus ; non pas tous 
pourtant, cela va sans dire, nous en laissions un certain nombre 
suivant la population du collège. Il fallait bien sauver les appa¬ 
rences, du moins vis-à-vis de l’étranger, car sur les lieux on 
savait à quoi s’en tenir. 

« Qu’on ne se récrie pas ; je n’exagère rien, tout cela est de la 
plus scrupuleuse exactitude. Eh ! mon Dieu ! en France, où le 
peuple est habitué au fonctionnement électoral, où la formation 
du bureau est à peu près sérieuse, de semblables altérations du 



— 46 — 


scrutin n’ont pas été rares et ne le sont pas encore. On s’ex¬ 
plique donc sans peine la facilité avec laquelle ont pu réussir de 
telles manœuvres dans des pays tout neufs à l’exercice du suf¬ 
frage universel, et dont l’indifférence et l’abstention servaient 
merveilleusement la fraude, en faisant disparaître tout contrôle. 
Nous nous y prenions du reste de façon a rendre parfaitement 
illusoires les garanties de publicité et les moyens de surveil¬ 
lance. Dès avant l’ouverture du vote, des carabiniers encom¬ 
braient les salles du scrutin et leurs abords. C’était toujours 
parmi eux que se choisissaient le président du bureau et les 
scrutateurs. Nous n’étions donc pas gênés de ce côté-la. Dans 
certains collèges, celte introduction en masse, dans Furnc, des 
bulletins des absents, — nous appelions cela compléter le vote, 
— se fit avec si peu d’attention que le dépouillement du scrutin 
donna plus de votants que d’électeurs inscrits. On en fut quitte 
pour une rectification au procès-verbal. 

« Pour les bulletins négatifs ou hostiles au Piémont, néces¬ 
saires pour donner au vole un air de sincérité, nous nous en 
rapportions aux électeurs eux-mêmes. 

« En ce qui concerne Modènc, je puis parler savamment de 
tout cela, puisque cela se fit sous mes j eux et ma direction. Les 
choses du reste ne se passèrent pas autrement à Parme et à 
Florence. De son côté, le dictateur (Farini) avait pris, lors des 
élections, toutes les mesures pour être sûr du parlement. Il 
obligea les candidats à signer d’avance deux décrets qu'il avait 
préparés. Le premier prononçait la déchéance de la maison 
d’Este ; le second prorogeait indéfiniment les pouvoirs du dicta¬ 
teur. Deux hommes seulement se refusèrent a signer : le ban¬ 
quier Amadeo Livi et le professeur Paglia ; ils ne furent pas 
nommes, c’est facile à comprendre. 

« Lorsque Farini annexa, par un décret, les Romagncs h son 
gouvernement, qui prit alors le nom de province d’Emilie, 
Pcpoli et Montanari se débarrassèrent de Cipriani, qu’ils avaient 
appelés eux-mêmes au gouvernement. — Le père de ce Cipriani 
avait fait faillite à Balegna (Corse); son frère avait failli à 
Livourne, et lui-même avait fait banqueroute en Amérique : 
voila l'homme appelé au gouvernement des Romagncs, à k 
place du légat du pape 1 — On prit, pour s’en débarrasser, le 
prétexte d’un déficit de 20.000 francs, dont il était parfaitement 
innocent, mais que Pcpoli, ministre des finances à Bologne, 



- il — 


avait remis tout simplement à Montanari, ministre de l'inférieur, 
pour ses dépenses de police. 

« Le but de ces annexions successives de Parme et des 
Romagnes au gouvernement de Farini n’a jamais été nettement 
expliqué. Voici en deux mots le vrai motif : le gouvernement 
français affectait une grande répugnance à laisser annexer les 
Romagnes au Piémont ; mais on savait qu’il ne s’opposerait pas 
à l’annexion de l’Emilie. Question de mots ! Et, pour cette 
annexion au Piémont de toutes ces provinces ainsi habilement 
groupées sous le seul nom d’Emilie, ce que j’ai dit plus haut 
des élections aux parlements locaux s’applique exactement à ce 
second appel au suffrage universel. Plus des quatre cinquièmes 
des payants de l’Emilie ne se sont jamais approchés de l’urne î 
C’est là un fait tellement notoire dans l’Italie centrale, que 
j’aurais pu me dispenser de le signaler, si je n’avais écrit que 
pour être lu au delà des Alpes. 

« Du reste, les manifestations qui précédèrent ou accompa¬ 
gnèrent le vote dans les villes, furent également organisées par 
nous. Tous les écriteaux dont les journaux piémontais firent 
grand bruit, et qui portaient, les uns : Vive l'indépendance 
d'Italie ! d’autres : Nous voulons pour roi légitime Victor-Emma¬ 
nuel ! étaient envoyés tout imprimés de Turin, et nous les 
placions nous-mêmes à tous les balcons, à toutes les fenêtres ; 
et, malgré la liberté des suffrages, personne n’aurait osé les 
enlever. Pour les illuminations, on stimulait le zèle des habitants 
à peu près comme on faisait à Paris, en 1818, avec cette diffé¬ 
rence que les bandes n’étaient pas tirées du peuple, mais bien 
des agents piémontais et la plupart étrangers, payés et remplis¬ 
sant une consigne ; et gare aux vitres de ceux qui n’obéissaient 
pas assez vite aux cris impératifs de lumil lierai ! L’archevêque de 
Naples en sait quelque chose. 

« Après le vote de l’annexion, je suivis à Turin Farini, qui prit 
le portefeuille de l’intérieur. Dès le lendemain même de mon 
arrivée, il me faisait partir pour Rome, avec la mission de 
pousser à l’action le comité révolutionnaire de cette ville ; sur 
mes conseils, une démonstration fut organisée pour le 19 mars, 
à l’occasion de la Saint-Joseph (1). Nous ne dissimulons pas que 

(1) Il y eut, en effet, des troubles à Rome ce jour-là. Sous prétexte de 
fêter la Saint-Joseph, les perturbateurs célébraient Giuseppe Garibaldi. 



— 48 — 


nous n’avions aucune chance de succès dans une lut(o, les Fran¬ 
çais fussent-ils restés larme au bras ; mais nous espérions inti¬ 
mider le pape, en l’abusant sur notre véritable force, et l’amener 
peut-être à quitter Rome, ce qui aurait entraîné le départ de 
l’armée française et assuré le succès. Mais la cour de Rome 
résista, et nous n aboutîmes qu’a une échauflourée ridicule. 

« Malgré cet échec, mon voyage ne fut pas perdu entièrement ; 
j’avais amené de Turin deux agents fort adroits, Biamhilla et 
Bondinelli, que je parvins à faire entrer dans l’armée pontificale. 
Au moyen d’un système cryptographique convenu, ils devaient 
nous tenir au courant de ce qui se passait à Rome. Un peu plus 
lard et à diverses reprises, je fis entrer un certain nombre de 
carabiniers piémonlais dans l'armée que créait alors le général 
de Lamoricière ; ils nous furent d'un grand secours à Castel li- 
dardo. 

« A mon retour de Rome, Farini me chargea, en sa qualité de 
ministre de l’intérieur, d'aller préparer la réception du roi» qui 
devait visiter officiellement « ses nouvelles provinces ». Je partis 
quelques jours avant la cour, avec cinquante carabiniers habilles 
i\ la française; je crois fort inutile d'entrer dans les détails de ce 
voyage ; on a pu les lire tout au long dans les journaux de 
l’époque, dont les récits sont à peu près exacts, si l'on tient 
compte de l’illusion théâtrale. Et qu’on ne s’imagine pas que ces 
derniers mots ne fassent allusion qu’à nous-mêmes, humbles, 
mais utiles comparses qui figurions le peuple dans ces représen¬ 
tations officielles; les principaux 'rôles eux-mêmes étaient parfois 
tenus par des personnages qui n*claient rien moins qu’officiels. 
Ainsi, à Bologne, l’archevêque, Mgr Vialeprela, s’étant obstiné¬ 
ment refusé à chanter le Te Dcuw qu’on lui demandait, et ayant 
pris, pour couper court aux dispositions plus modérées du cha¬ 
pitre, le parti énergique d’en suspendre tous les membres à 
divinis , trois aumôniers de régiments et douze élèves du sémi¬ 
naire de la Sapicnza prirent la place du clergé épiscopal, et 
précédés de bannières pontificales qu’on s’élait fait livrer par la 
sacristie, ils vinrent recevoir le roi sous le porche de la cathé¬ 
drale de San-Pétronio. 

« Cependant, malgré tout notre zèle, nous ne pûmes empê¬ 
cher qu’à Parme quelques cris de Vivo la République ! et à Pisloïa 
des cris assez persistants Du pain! n’arrivassent jusqu’aux 
oreilles duroi. Ces deux manifestations intempestives amenèrent 



— 49 — 


une cinquantaine d’arrestations, qui furent du reste les seuls 
incidents désagréables du voyage. 

« Quelques jours après, je fus envoyé à Ancône pour engager 
d’autres carabiniers dans l’armée du pape, où nous en avions 
déjà un certain nombre; ce à quoi je réussis. Les instructions 
qu’avaient nos agents portaient sur trois points principaux : en 
garnison, provoquer le plus grand nombre possible de désertions 
à prix d’argent (ils avaient à cet effet caisse ouverte chez les 
consuls piémontais) ; en campagne et au combat, crier Sauve qui 
peut ! et se débarrasser des officiers pendant l’action. On sait 
comment ils remplirent leurs instnictions à Castelfidardo ! 

« D’Ancône, je me rendis à Florence pour y organiser en 
comité les romains exilés à la suite de l’affaire du 19 mars. Ce 
comité fut installé dans l’hôtel de New-York, où les émigrés 
élaient hébergés aux frais du gouvernement de Toscane. Cette 
organisation se rattachait à l'envahissement des Marches et de 
TOmbric, qu'on préparait déjà. 

« On sait quelle clameur souleva le départ de Garibaldi pour 
la Sicile. On sait que les Tuileries adressèrent au Piémont une 
demande d’explication (lettre de M. Thouvenel, ministre des 
afîaires étrangères de Napoléon III), Le ministre Cavour se 
défendit avec énergie d’avoir dorme les mains à l'expédition de 
Sicile ; il soutint qu elle avait été organisée à son insu, et que 
Garibaldi s’était emparé, par la force, des deux bâtiments sur 
lesquels il s’était embarqué. Enfin, à l’appui de ses affirmations, 
il publia la fameuse lettre de Garibaldi qui se terminait par ces 
mots : « Sire, je ne vous désobéirai plus. » La France voulut 
bien prendre au sérieux ces explications. Fut-elle vraiment 
dupe ? Je l'ignore. Mais bref... veut-on la réalité des choses ? 

« Les deux bâtiments à vapeur ne furent pas enlevés de force, 
mais bien achetés par Garibaldi. Voici dans quelles conditions : 
Medici avait négocié l'affaire avec le propriétaire Rubattino (1). 
On était tombé d’accord sur le prix; mais Rubattino, à qui l’on 
n’avait pas caché la destination des vapeurs, se refusait à les 
livrer, sans paiement, sur la seule signature de Garibaldi (2). 
L’acte de vente fut dressé chez le notaire royal M e Badigni, rue 

(1) M. Rubattino est le directeur de l’importante compagnie de navi¬ 
gation italienne de ce nom. 

(2) Bien connu pour n’avoir pas le sou. 



— 50 — 


du Pô, à Turin, et signé par le général Medici pour Garibaldi, 
Saint-Frond pour le roi de Piémont, Riccardi pour le ministre de 
l'intérieur Farini ; et, comme on manquait de munitions de 
guerre, on fit voile pour Talamone, où le gouverneur du fort 
remit poudre, cartouches et armes, sur un ordre écrit du 
ministre de la guerre, Fanti (1). Enfin, lorsqu’arriva la note 
Thouvenel, on manda en toute hâte Riccardi, chef de cabinet et 
gendre de Farini, auprès de Garibaldi, pour le prier de se 
déclarer indépendant ; ce qu’il fit par la lettre à Victor-Emma¬ 
nuel dont nous venons de parler, et qui fut pendant plusieurs 
jours le sujet des commentaires inspirés des journaux piémon- 
tais. Je me borne à raconter. 

« Garibaldi, alors maître de la Sicile, avait dirigé sur Livourne 
un certain nombre d’hommes sans aveu, que la révolution sici¬ 
lienne avait fait apparaître, et qu’il ne pouvait parvenir à plier à 
aucune discipline; le cabinet piémontais les campa à Ponte-d’Era 
(Toscane), et mit à la disposition de Nicotera, prêtre apostat 
qui les commandait, plusieurs officiers pour les instruire. Ce 
camp parut menaçant pour la tranquillité du pape ; la France en 
demanda la dissolution. Que fit-on ? Quelques jours après, on 
voyait arriver à Livourne par le chemin de fer, Nicotera en tête, 
un régiment revêtu de 1 uniforme garibaldien, qu’escortait la 
garde nationale ; on l’embarqua immédiatement pour Palerme. 
C’était encore une mystification ; les Tuileries étaient satisfaites ; 
mais pas un homme n’avait quitté le camp de Ponte-d’Era. C’était 
bel et bien un régiment de l’armée régulière que l’on venait 
d’expédier en Sicile, sous les couleurs garibaldiennes. Nicotera 
avait reçu le brevet de colonel et 30.000 fr. pour se taire, au lieu 


(I) Dans sa relation de l’expédition des Mille, Garibaldi écrit : « Nous 
obtînmes à Talamone tout ce qui était disponible : Je commandant du 
fort, Giorgini, en nous donnant toutes facilités, a bien mérité de la 
patrie. » 11 est vrai que, pour masquer la connivence du roi, on infligea 
une réprimande publique au commandant Giorgini, qui pourtant n'avait 
livré les armes à Garibaldi que parce qu’il en avait reçu l’ordre (secret) 
du ministre de la guerre. Quelle comédie ï... 

Garibaldi écrit encore : « Tout près de Talamone, à San-Stefano, il y 
avait un autre fort, gardé par un bataillon de bersagiieri ; le général 
Türr (un des Mille) y fut envoyé et put compléter ainsi nos munitions 
de guerre. » Il est évident que là aussi le commandant du foi't avait 
reçu des ordres du ministre piémontais. 



— Si 


de 40.000 qui lui avaient été promis (1). Aussi ne se tut-il pas, et 
Ton n’a pas oublié les scènes scandaleuses du parlement de 
Turin. 

« Pendant que, sous la casaque rouge, un régiment piémontais 
portait un puissant secours à l’expédition, le camp de Ponte- 
d’Era continuait à s’organiser, et, sitôt que tout fut prêt, les 
hommes qui le formaient pénétraient sur le territoire pontifical, 
ayant à leur tôte le comité romain de Florence. Ils s’avancèrent 
en trois colonnes : la première sur Pérouse, sous les ordres de 
Sant-Angeli et Silvestrelli ; la seconde sur Urbino, avec Mustri- 
cola et Riquetti pour chefs ; la troisième sur Pesaro, commandée 
par Silvani et Trittoni. 

« D'après le plan primitivement arrêté, les piémontais devaient 
attendre que les hommes qu’ils lançaient en avant eussent révolu¬ 
tionné les Marches et l’Ombrie et les appelassent pour y rétablir 


(1) Nicotera est mon compatriote calabrais-, il est né à San-Biagio, le 
9 septembre 1828. Il avait participé d’abord au soulèvement des Calabres 
en 1848 : puis il passa dans l’armée de la révolution romaine, où Maz- 
zini l’improvisa officier ; il fut blessé dans un combat contre l’armée 
française. Quand Pie IX rentra à Rome, il se réfugia à Turin, où il 
vécut obscurément jusqu’en 1857. A cette époque, sur l’ordre de 
Mazzini, il se joignit à Pisacane pour la tentative d’insurrection dont 
j’ai parlé plus haut. Fait prisonnier par l’armée de Ferdinand II 
à Sanza, il passa devant le conseil de guerre, fut condamné à mort ; 
mais le roi de Naples commua sa peine en celle des travaux forcés 
à perpétuité. II la subissait dans l’ile de Favignana, sur les côtes 
de Sicile, lorsqu’il fut rendu à la liberté par Garibaldi après la 
reddition de Palerme (6 juin 1860). On vient de voir, par l’extrait des 
mémoires de Oarletti, quel fut son rôle à ce moment. Plus tard, il fit 
avec Garibaldi la campagne du Tyrol (1866); le colonel de Victor- 
Emmanuel était alors devenu aide de camp du général condottiere ; il 
commanda les volontaires de Naples, lors de l’expédition contre Rome 
(1867). Au parlement italien, il a été député de Salerne ; Victor- 
Emmanuel l’a créé baron. Il siégeait d’abord à l’extrème-gauclie, puis 
à gauche où il était chef d’un groupe qui portait son nom. En mars 1876, 
il a eu le ministère de l’intérieur dans le cabinet formé par Depretis, 
franc-maçon comme lui et trente-troisième. C’est â Depretis que j’ai 
succédé dans le Suprême Conseil du Rite Ecossais. Nicotera a ensuite 
quitté le ministère en décembre 1877. Deux ans après, lui et Cairoli, le 
fameux garibaldien, renversaient Depretis. On sait que, depuis lors, 
pendant plusieurs années, les partis Cairoli et Depretis se remplacèrent 
successivement au pouvoir ; c’était, à tour de rôle, la mise en action de 
la devise ; < Ote-toi de là que je m’y mette >. Nicotera ost mort 
le 13 juin 1894, â Vico-Equense, près de Salerne. 



— 52 — 


Tordre. Mais, la situation de Oaribaldi devenant inquiétante, la 
nécessité d’une prompte diversion fit mettre de côté des ména¬ 
gements qu’on n’avait gardés jusqu’alors que pour satisfaire 
l’empereur (Napoléon III), désireux de ne pas froisser trop 
violemment l’opinion publique. L’armée piémontaise passa donc 
immédiatement la frontière. 

« Le cabinet de Turin navail pas, du reste,— est-il nécessaire 
de le dire ? — pris une résoluiion aussi grave, sans s’etrc assuré 
que le gouvernement français continuerait de le couvrir du prin¬ 
cipe de non-intervention. La mission que Farini et Gialdini 
venaient do remplir à Chambéry avait eu pour objet cette délicate 
négociation (1). Napoléon III, il est vrai, n’avait pas caché, en 


(1) Cet incident de la visite de Farini et Gialdini à Napoléon III, à. 
Chambéry, est une des nombreuses preuves de la véracité de Carletti. 

Napoléon 111 s’était arreté en pleine victoire, dans la guerre d’Italie, 
et il avait signé brusquement, sans consulter son allié, la paix de Villa- 
franca, qui mécontenta beaucoup les Italiens. Il pensait qu’en aidant le 
roi de Piémont à prendre la Lombardie, la Toscane, les duchés de 
Parme et Modène, les Romagnes et les Légations, il avait exécuté 
d’une manière suffisante le testament d’Orsini, son frère à la Vente de 
Cesena; mais, depuis lors, Mazzini lui avait fait savoir que la haute- 
maconnerie ne le tenait pas quitte. Alors, il fallait bien qu’il laissât 
faire, sous peine de nouvelles bombes. D'autre part, Napoléon 111, qui 
avait à ménager les conservateurs catholiques, ne voulait plus paraître 
encoimager les autres annexions méditées par le Piémont. On lui promit 
la vie sauve. C’est pour cela qu’il a jusqu’à la iin joué la comédie, lui 
aussi, et quand il désavouait publiquement les actes de la révolution 
en Italie, les mazziniens ne lui gardaient pas rancune ; car ils savaient 
à quoi s’entemr, c’est-à-dire que c’étaient simplement des paroles pour la 
galerie catholique. A Porno, Pie IX et Àutoaelli n’étaient, pas dupes de 
la comédie*, mais ils ne pouvaient qu’on gémir. Le plan satanique de la 
secte internationale antiehrétienne s’accomplissait. 

Le Moniteur, journal de l’Empire français, n’a pas raconté ce qui s’est 
passé à l’entrevue de Chambéry entre l'empereur et les deux envoyés de 
Cavour. Napoléon 111 était venu au chef-lieu de la Savoie pour recevoir 
les hommages de ses nouveaux sujets ; Gialdini et Farini, de leur côté, 
lui apportaient les salutations de Victor-Emmanuel ; cela, c’était le 
prétexte de l’entrevue. La vérité, c’est que le monarque piérnontais 
voulait s’assurer que l’empereur ne donnerait aucun ordre sérieux à 
l’armée française de Rome pour s’opposer à l'envahissement des Marches 
et de l’Ombrie qui allait s’elfectuer. Et, en effet, à peine de retour de 
l'entrevue, Gialdini se mit à la tète de l’armée piémontaise et attaqua 
les faibles troupes pontificales, commandées par Lamoricière etPimodan. 

« Le 11 ou 12 septembre, a écrit M. de Quatrebarbes, gouverneur 
d’Ancône pour le pape, lorsque le brave colonel pontifical Sapi se 



accordant une réponse favorable, que, pour décliner toute soli¬ 
darité, il pourrait se voir dans la nécessité de rompre diploma¬ 
tiquement avec Victor-Emmanuel ; mais cette éventualité 
n’inquiétait guère Turin ; et, à peine Cavour était-il rassuré du 
coté des Alpes que, le jour même oii l’armée pénétrait dans les 
Marches, la Gazette officielle publiait des décrets nommant Pepoli 
et Valerio commissaires royaux des Marches et de l’Ombrie, 
Sant-Angeli général de la garde nationale, Silvestrelli intendant 
à Rieti, Mastricola sous-commissaire à Ancône, Silvani sous- 
commissaire à Orvieto, Riquetti sous-commissaire à Pérouse, 
et Tittoni sous-commissaire à Pesaro; ces six derniers étaient 
des révolutionnaires expulsés des Etats pontificaux après l’alTaire 
du 19 mars. 

« Je n’ai pas à faire l’histoire de cette courte campagne des 
Marches, dont l’issue ne pouvait être douteuse avec la supériorité 
de nos forces et les éléments de décomposition que nous avions 
glissés dans l’armée pontificale. Je me borne à mettre au grand 

défendait héroïquement à Pesaro dans une ville ouverte, un contre 
vingt, en face de l’armée piémontaise, le consul de France à Ancône, 
M. de Courcy, accourut en toute hâte au palais de la délégation que 
j’habitais. Il tenait à la main une dépêche télégraphique qu’il venait 
de recevoir, signée du duc de Grammont, ambassadeur français à Rome, 
et cette dépêche disait : « L'empereur ne tolérera pas la coupable 
«invasion des Etats pontificaux par le gouvernement pièmontais 
Je me rendis sur le champ avec M. de Courcy au palais consulaire, et 
nous convînmes que, pour arrêter l’effusion du sang qui coulait à flots 
dans une lutte inégale et impie, un des employés du consulat se rendrait 
immédiatement en poste à Pesaro, pour communiquer la dépêche de 
l’ambassadeur au général en chef de l’armée piémontaise. Quelques 
heures plus tard, le représentant du consul de France remettait 
effectivement cette dépêche au général pièmontais, qui se contentait 
d’en donner un simple reçu, puis marchait en avant sans autre souci de 
la défense du gouvernement français. 

c Je ne redirai pas ici les paroles attribuées aux généraux Fanti et 
Cialdini pour expliquer leur audace. VIndépendance Belge les a fait 
en partie connaître, et elles m’ont été répétées par les témoins les plus 
dignes de foi* Je ne veux affirmer ici que les choses que j’ai vues et 
entendues, et aucun démenti au monde ne peut empêcher le récit d’être 
vrai. » 

Aucun démenti ne fut opposé à M. de Quatrebarbes. ^ 

Quant à ce qui a été dit par Napoléon III à Chambéry, parlant 4 
Cialdini et Farini, on le sait fort bien. M. de Beedelièvre, colonel des 
zouaves pontificaux, fut un des prisonniers de l’armée piémontaise à 
cette époque. Interné à Recanati, après la capitulation de Lorette, il eut 



— 54 — 

jour un fait connu de quelques-uns, soupçonné de quelques 
autres, complètement ignoré du plus grand nombre : Oui, le 
général de Pimodan est mort assassiné. Au 

moment où il s’élançait à la tête de quelques hommes qu’il avait 
ralliés, pour charger une colonne piémontaise, un soldat, placé 
derrière lui, lui tira à bout portant un coup de fusil qui l'atteignit 
dans le dos. Ce soldat était ce Biambilla, que j’avais, quelques 
mois avant, fait engager à Rome. Il fut, arrivé au camp piémon- 
tais, nommé maréchal des logis dans les carabiniers, et il est 
aujourd’hui en garnison à Milan. 11 n’avait fait du reste qu’obéir 
aux instructions de ses chefs. 

« Quelques semaines avant l’entrée des Piémontais dans les 
Marches, j'avais été envoyé à Naples. Le cabinet de Turin com¬ 
mençait à concevoir une méfiance sourde à l'égard de Garibaldi. 
On savait que les mazziniens se donnaient beaucoup de mou¬ 
vement h Naples, où se trouvaient réunis leurs principaux chefs : 
Mazzini, Àurelio Suffi, Mordini, Alberto Mario. On craignait que 
Garibaldi, sans intelligence politique et plus que médiocre admi¬ 
nistrateur, ne se laissât circonvenir par les menées des républi¬ 
cains, et qu’enfin cette révolution napolitaine, dont les rapides 
résultats, il faut bien le dire, étaient moins dus aux armes de 
l’aventureux général qu’à l’argent du Piémont, ne tournât à la 
confusion de Turin. Bref, le ministère voyait déjà se dresser le 


avec le général Cuggia. qui commandait en second sous les ordres de 
Cialdini, la conversation suivante qu’il rapporte dans son livre Souvenirs 
dû l'armée pontificale : 

«—Ne craignez-vous pas, lui demandai-je (c'est M. de Becdelièvre 
qni parle), que la France ne vous arrête ? N’avez-vous pas lu la dépêche 
du duc <ie Grammont au consul d'Ancône que l'empereur s'opposera par 
la force à vos envahissements ? 

« — Oh ! me répondit Cuggia en riant, nous en savons plus long que 
votre duc. Vendredi dernier, notre général en chef, Cialdini, déjeunait 
à Chambéry, où, après avoir demandé des conseils sur ce qu’il avait à 
faire, il lui fut répondu : <sc Entrez, et faites vite ! »... Aussi, vous le 
voyez, nous allons vite. » 

On ne dira pas après cela que le témoignage de Carletti est sans 
valeur, puisqu’il est victorieusement confirmé. C’élait bon de faire bien 
connaître les mystères de cet épisode de runifieation italienne. Et je 
pense qu’on me saura gré d’avoir publié ces passages trop peu connus 
des mémoires de l’ancien chef de la police politique des Cavour et 
Farini ; on a fait disparaître l’ouvrage qui les publiait, et c’est pour 
cela que j>n réimprime ici des parties très importantes. 



fantôme de Tltalie méridionale constituée en République, sous la 
présidence de Garibaldi. Ces craintes furent, au moins autant que 
la position embarrassée de l’armée méridionale devant Capoue, 
les raisons déterminantes de la brusque invasion des Marches. 
Ma mission était donc de m’assurer du véritable état des choses 
et de combattre les influences qui pourraient détourner Garibaldi 
des intérêts piémontais. 

« Je trouvai Naples dans le plus incroyable désordre, le camp 
de Caserte dans un désordre plus incroyable encore. L’armée 
regorgeait de femmes : milady White (1) et l’amirale Emile en 


(1) Plus exactement, miss Jessie White. 

Garibaldi a raconté, dans sa relation des Mille, comment il fit la 
connaissance de miss Jessie White : 

« Le 1 er octobre, écrit-il, le combat s’était engagé avant l’aube, et T 
dans le fort de la bataille, vers les trois heures après-midi, je me 
trouvais complètement à jeun. Je m’occupais à former les colonnes 
d’attaque des réserves qui m’étaient arrivées de Caserte, pour les lancer 
sur l’ennemi entre Sant-Angelo et Santa-Maria, quand m’apparut un 
ange tutélaire sous les traits gracieux et intrépides de Jessie. Son appa¬ 
rition me frappa et me rappela la généreuse et chevaleresque nation qui 
m’a comblé de tant de marques d’une sympathie au-dessus de mes 
mérites. À mes yeux, elle en était l’emblème, d’autant plus qu’elle se 
présenta accompagnée d’un jeune marin, en uniforme rie la flotte 
anglaise, portant un panier rempli de toutes sortes de provisions. 

« Si ce n’était pas là une bonne fortune, je demande qu’on m’en 
indique de meilleures. A part moi, je me disais : « Ceci est de bon 
« augure ». J’avais grand faim et j’aurais peut-être cédé à la tentation. 
Mais un obus qui éclata à peu de distance, et dont un fragment 
m’atteignit à la cuisse gauche, me rappela à mon devoir. Je remerciai 
la charmante femme et la priai de se retirer; ce qu’elle ne fit qu’a 
regret. » 

Garibaldi ajoute en note : 

« L’escadre anglaise, à l’ancre dans la rade de Naples, compta, ces 
jours-là, plusieurs déserteurs qui venaient grossir nos rangs. Telle était 
la sympathie de cette brave nation pour la liberté italienne. » 

Ainsi, on le voit, non-seulement François II fut trahi par un grand 
nombre de ses généraux, mais encore l’Angleterre se comporta vis-à-vis 
de lui avec perfidie. C’était lord Palmerston qui avait commandé à 
l’escadre anglaise de venir mouiller dans les eaux du golfe napolitain. 
On comprend bien que l’escadre n’avait rien à faire là, puisque le cabinet 
de Londres s’était déclaré neutre. Mais la neutralité était un mensonge. 
Les soldats anglais, c’est Garibaldi qui le reconnaît, quittaient les 
vaisseaux de l’escadre et venaient grossir l’armée révolutionnaire. A qui 
fera-t-on croire que ces soldats étaient réellement déserteurs? Quand 
Garibaldi n’eut plus besoin d’eux, ils rentrèrent tranquillement à leur 



élaient les héroïnes ; les nuits se passaient en orgies. Garibaldi 
n’etait plus reconnaissable quand il ne satisfaisait pas sa passion 
de popularité en se faisant acclamer dans les rues de Naples ; il 
partageait son temps entre milady et Alexandre Dumas (1) qui le 
suivaient partout. 11 ne voyait rien, ne s'occupait de rien, et lais¬ 
sait les choses aller à vau-reau. À la faveur de celte insouciance, 
Naples était l'objet d’une exploitation en règle de la part des 
Conforti, des Scialoja, des Cardona, des Imbriani, des Tefano, 
etc. Je n’enlrcrai pas ici dans des détails ; on les trouvera dans 
la brochure que je prépare sur les affaires de Naples. 

« Au point de vue politique, la situation du royaume de 
Naples était de nature à inspirer de graves inquiétudes au gou¬ 
vernement du Piémont. Les bourboniens, un moment étourdis 
par la brusque et inexplicable apparition de Garibaldi, commen¬ 
çaient à envisager les évènements avec plus de sang-froid et à se 
compter ; on sentait les premiers mouvements des Abruzzes 
prêles à se soulever contre les nouveaux venus. D’un autre coté, 
les mazziniens travaillaient l’esprit faible de Garibaldi, autour de 
qui ils comptaient de nombreux partisans. 

« Des piémonlais, il n’en était plus question. Il suffisait d’un 
mot de Garibaldi, ou d’un avantage de l’armée de François II, 
pour renverser de fond en comble les espérances des piémonlais. 
Devant cette situation que j'exposai longuement au ministère, il 
ne pouvait hésiter, sans manquer à son programme d’unité ita- 


bord, et on n’a jamais entendu dire qu’un seul ait passé devant le 
conseil de guerre de l’Amirauté anglaise. — En 1858, c’était un navire 
anglais qui avait débarqué dans les Calabres la bande de révolution¬ 
naires à la tête de laquelle étaient Pisacane et Nicotera. 

Miss Jessie Whilc lit aussi à Naples la connaissance d’Alberto Mario, 
franc-maçon mazzinien et renommé socialiste, qui l’épousa. Aujourd’hui 
elle est veuve, et elle est M me Jessie MarioAVhite. Elle écrit avec beau¬ 
coup de talent; elle était l’inspiratrice de son mari, et grand nombre 
des articles de la Lcga délia Bemocrazia , signés de lui, étaient d’elle en 
en réalité. 

(1) Alexandre Dumas père était ce que, dans l’argot bouîevardier 
parisien, on appelle « un bon gobeur ». 11 s’était de Garibaldi enthou¬ 
siasmé à outrance, et, lorsqu’il apprit l’expédition des Mille, il arriva 
vite avec son yacht; bien entendu, à son arrivée, Paîerme s’éîait déjà 
rendue aux troupes du condottiere. Le bon gros Dumas joua dès lors le 
rôle de mouche du coche. A Naples, il était l’organisateur de tous les 
grands festins; on sait que la gourmandise était son péché mignon. 



— 57 — 

lienne, qu’il savait au fond avoir payée de son argent ; aussi 
n’hésita-t-il pas. 

« J’étais encore à Naples, lorsque Farini y arriva avec le titre 
de lieutenant du roi ; je demeurai attaché à son administration, 
comme chef de la police politique. L’ancien gouverneur de 
l’Emilie arrivait à Naples plein de foi dans son habileté et dans 
l’avenir ; au bout de peu de mois, il partait désillusionné et pro¬ 
fondément découragé. Après lui, furent bientôt usés et le prince 
de Carignan, et Constantin Nigra, et Ponza di San-Marlino, et 
Victor-Emmanuel lui-même, quoique présenté par Garibaldi, et 
Cialdini, malgré l’appui des mazziniens eux-mêmes. 

« J’ai quitté Naples avec Ponza di San-Martino ; en arrivant à 
Turin, ma démission m’a rendu ma liberté... 

« L’expérience que j’avais acquise avait singulièrement modifié 
mes idées. Kyunt touché les choses du doigt et connaissant 
mieux les besoins et les aspirations de l'Italie, je commençais à 
douter grandement du couronnement de l'édifice, dont les bases 
jetées à Plombières, avaient été si démesurément élargies. Je 
voyais le Piémont accepté avec répugnance et comme une transi¬ 
tion par la Lombardie, s’imposant par la surprise et par des 
manœuvres à Parme, à Modcne et dans lTtalie centrale, et se 
maintenant à grand’peine et à force de sang (I) dans le royaume 
de Naples que quelques hommes venaient de lui vendre. Je 


(1) Pour qu’on ait un aperçu des crimes qui ont été commis en 1860 
dans mon pays, il suffira que je cite un extrait du rapport envoyé à 
toutes les cours par le général marquis d’Ulioa, un des rares royalistes 
qui restèrent fidèles à François II : 

« Les généraux traîtres et étrangers, les Pianelli, les Nerin, les Gala- 
teri, les Fumel, etc., en envahissant les Etats napolitains, annoncèrent 
une guerre d’extermination, dans laquelle la piété était un crime. Cial¬ 
dini, qui peut se glorifier d’avoir ordonné plus de fusillades pendant la 
courte durée de sa lieutenance que tous les pouvoirs antérieurs, adressait, 
le 28 octobre, à tous les officiers sous ses ordres, cette proclamation : 
« Faites publier que je fusille tous les paysans armés que je prends ; j'ai 
« déjà commencé , et partout où les insurgés (défendant leur patrie et 
« leur nationalité contre l’envahisseur) sont tombés entre les mains des 
« Pièmontais , ils ont été fusillés , sommairement et sans miséricorde . » 

« On a vu des sacrifices humains de 40 ou 50 prisonniers à la fois. 
À Monteciffiano, par exemple, sur 80 prisonniers, 47 furent passés par 
les armes ; à. Montefiascone, 50 hommes, réfugiés dans la maison même 
de Dieu, y furent égorgés; à Montecoglioso, un capitaine fit enfermer 
dans une chaumière 12 laboureurs qui ne l’avaient pas bien renseigné 



— 58 — 


n’avais aperçu mille part cet enthousiasme pour l’unité italienne, 
qu’imbu des idées piémontaises je m’étais attendu à voir éclater 
de tous côtés : j’avais, au contraire, retrouvé partout, dans toute 
sa vivacité, l’instinct de l’indépendance locale. Partout enfin le 
Piémont était regardé comme un étranger et un usurpateur. 

« En face de pareils sentiments, j’étais bien obligé de recon¬ 
naître que le véritable drapeau du mouvement italien n’avait pas 
cessé d'ctre l’indépendance et n’avait jamais été l’unifé. » 

Je crois qu'on me saura bon gré d'avoir remplacé le récit 
de la guerre annexionniste de 1860 et la chronologie de ses 
halailles, que tout le monde connaît, par cet exposé docu¬ 
menté des dessous politiques des événements* On sait ce 
qui a éié vu sur le théâtre; mais on ignore ce qui s’est 
passé dans les coulisses. 

Maintenant, le lecteur a bien compris comment était diri¬ 
gée l'action. 


sur la marche des « insurgés » et les brûla vifs en présence de leurs 
familles. 

< Du temps de Garibaldi, des populations entières ont assisté aux 
massacres d’Àriano, de Trasso, de Paduli, de Montemiletto, de Terre- 
cusi, de Panepisi, de San t’Antimo, d’isernia, de Castellacia, de Castel- 
sarraoeno, do Carbone, de Lutronico, pacifiques asiles de l'agriculture 
et de l'industrie. 

« Sous la conquête piomontaise, on a vu la destruction de San-Mareo- 
in-Lunis, de Viesti. de Cotronei, de Spineîlo, de Rignano, de Barrile, de 
Vico-di-Puhna, de Campo-di-Miano, de Guardia-Reggia, à la suite 
d'ignobles scènes de pillages, de viols et de sacrilèges. Qui enfin n’a 
pas entendu l'affreux récit de la destruction et de l'incendie de Ponte- 
landolfo et de Cusalduni ?... 

« D'après les chiffres ofïiciels, communiqués par le ministère de 
l’intérieur de Turin, bien au-dessous de la réalité sans aucun doute, 
et rapportés par le Portafoglio Malte.se , il y aurait trente mille Italiens 
mendiant leur pain sur la terre étrangère à la suite de l’annexion, 
quatre-vingt mille privés de leur position à l'intérieur et réduits à la 
misère ; le nombre des fusillés et massacres, on avoue qu’il s’élèverait 
à plus de dix-huit mille, et les Napolitains emprisonnés en une seule 
année dépasseraient quatorze mille. » 

Ou reconnaîtra qu’une annexion, faite dans ces conditions-là, ne 
saurait être proclamée avoir eu lieu par le vœu des populations. 



Tout s’est opère par la franc-maçonnerie. Les trois prin¬ 
cipaux facteurs sont des grands-maîtres. 

Au-dessus de tous, c’est lord Palmerston, le patriarche de 
la haute-maçonnerie politique, telle qu’elle fonctionnait a 
cette époque, bornant son œuvre à l’Europe et agissant par 
influences personnelles de chefs sur chefs, sans avoir encore 
celle organisation perfectionnée que nous verrons s’établir 
ensuite, en 1870. 

Puis, c’est le travail parallèle du grand-maître Cavour et 
du grand-maître Mazzini, qui représentent l’un et l’autre 
deux courants maçonniques, partis de deux sources diffé¬ 
rentes pour confluer, le premier hypocritement, et le second 
impétueusement, à la destruction de la Papauté, qu’on 
espère submerger par l’unification de l’Italie. 

Cavour veut l’unité, mais en gardant la monarchie, en la 
conservant constitutionnelle, et en implantant pour toujours 
la maison de Savoie d’un bout à l’autre de la péninsule. 

Mazzini, qui a échoué dans scs tentatives de 1848 où il 
voulait républicaniser tous les peuples, et qui, à cause de 
son insuccès, est obligé d’incliner son influence devant celle 
de Palmerston, se résigne à l’acceptation de la monarchie 
piémontaise gouvernant l’Italie unifiée, mais c’est à titre de 
transaction, en attendant que les peuples soient mûrs pour 
la république. 

Le capitaine de la franc-maçonnerie, et par conséquent 
l’instrument de Palmerston, Cavour et Mazzini, c’est Gari- 
baldi, autre grand-maître. 

Quant aux deux monarques, qui jouent leur rôle dans 
cette tragi-comédie, Napoléon III et Victor-Emmanuel II, 
ils cèdent à deux considérations tout à fait différentes dans 
leur action. Le premier ne marche qu’à contre-cœur ; on 
sent qu’il regrette son ancien serment de carbonaro ; il sait 
ce qui se trame, il voudrait bien ne pas être engagé dans 
cette méchante affame ; mais il tient à sa couronne, et par 



— 60 — 


conséquent il lui faut ménager à la fois les mazziniens elles 
conservateurs catholiques; c’est de là que viennent ces pas 
en avant, ces brusques arrêts, ces demi-reculs, qui éton¬ 
nent riiistorien, de là sa conduite pleine d’hésitations et de 
contradictions ; aussi, il n’a pas satisfait les mazziniens cl il 
s’est finalement aliéné les catholiques ; et tout cela pour con¬ 
server son trône! Infortuné Napoléon III, ce n’élail pas fait 
pour lui porter bonheur, son triste régné était marqué par 
Dieu pour aboutir à Sedan... L’autre, Victor-Emmanuel, 
travaille d’un cœur joyeux à Limité italienne, puisqu’elle 
doit se réaliser à son profit ; du moins il le croit; dans sa 
pensée, il se juge habile homme, et gaiement il se fait tirer 
les marrons du feu par Garibaldi; il est convaincu qu'il se 
sert de Mazzini, parce que sa réussite lui vient surtout des 
agitateurs révolutionnaires. Aveugle roi ! il n’a pas vu que 
c’est au contraire la révolution qui s’est servie de lui, et 
qu’à raison meme de Limité italienne accomplie, mainte¬ 
nant la maison de Savoie est prisonnière de la révolution, 
c’csl-à-dire de la franc-maçonnerie. 

Donc, en toute cette action, ceux qui connaissent les der¬ 
niers secrets de la secte aperçoivent, en dehors de l'inspi¬ 
ration du patriarche Palmcrslon, les deux politiques maçon¬ 
niques différentes, mais convergentes vers le même but, de 
Cavour et de Mazzini, et elles marchent d'accord en ce qui 
concerne le premier résultat à obtenir; la preuve en est 
dans ce que Garibaldi est mis en avant aussi bien par 
Cavour que par Mazzini ; tous les deux le poussent, le sou¬ 
tiennent, Lun fournissant l'argent, l'autre les soldats volon¬ 
taires, celui-ci fomentant les émeutes qui serviront de pré¬ 
texte aux envahissements, celui-là payant les trahisons qui 
faciliteront les succès de l’armée annexionniste. 

Mais, tout en travaillant parallèlement à l’unité et en 
s’appuyant Lun sur l’autre, Mazzini et Cavour ont chacun 
une action occulte, personnelle, absolument distincte; et 



les seerç\s* de ccttc action occulte, ils ne se les communi¬ 
quent pas. Chacun, dans l’œuvre mystérieuse, a son agent 
en chef, son homme de confiance. Le principal agent secret 
de Cavour, c’est Carletti; le principal agent secret de 
Mazzini, c’est Lemmi. 

Lemmi, qui avait quitte en décembre 1843 Livourne, sa 
ville natale, non pas comme un conspirateur ayant à 
redouter la main de la police politique, mais comme un 
mauvais sujet qui fuit la maison paternelle pour mener 
une vie de fainéant et de vagabond, Lemmi, depuis sa 
liaison avec Kossuth, ensuite avec Mazzini, était devenu un 
personnage politique ; ses menées et intrigues avaient fini 
par le faire classer dans la catégorie des proscrits. Aussi, 
ce fut comme un exilé qui voit se rouvrir devant lui les 
portes de la patrie qu’il fit sa rentrée officielle en Toscane, 
lorsque le grand-duc en fut chassé par l’annexion piémon- 
taise. C’est à Florence qu’il s’établit. 

Alors, voulant masquer son jeu et en même temps faire 
grande fortune, il se créa banquier. Ses patrons Mazzini et 
Kossuth ne manquaient jamais d’argent, fourni soit par la 
maçonnerie soit par l’Angleterre ; Lemmi auprès d’eux avait 
commencé par se faire une petite part de ressources, scs 
vols à l’époque de la guerre de Crimée avaient ammdi 
encore son capital, et enfin il trouva moyen de l’augmenter 
quand piémontais et révolutionnaires dilapidèrent les ri¬ 
chesses des souverains dépossédés. A Florence, Lemmi 
pratiqua d’abord l’usure, en bon juif qu’il était devenu ; il 
prêtait à cinq et dix pour cent par mois; on a dit même 
jusqu’à 200 et 300 pour cent l’an. Mais il ne négligeait pas 
la politique, et toujours il était pour Mazzini un auxiliaire 
précieux. Il se déplaçait fréquemment, allant et venant 
dans le nouveau royaume. A Naples, il rejoignit Mazzini et 
Garibaldi; Crispi aussi y était, malgré qu'il ne soit pas 
mentionné dans le rapport de Carletti. 



— 62 — 


C’est Lemmi qui, ayant en souvenir sucré sa conspiration 
de 18;i7, inspira à Garibaldi le scandaleux décret par lequel 
le condottiere-dictateur accorda une pension nationale à la 
famille de l’assassin Agésilas Milano. 

A ce momcnHà, Victor-Emmanuel craignit beaucoup, — 
on l’a vu plus haut, — que les révolutionnaires ne fassent 
pas bénéficier la maison de Savoie de la conquête des Dcux- 
Siciles, et c’est pour cela que l’armée régulière se mit de la 
partie; il ne fallait pas laisser s’établir une république 
méridionale, le Piémont qui avait payé les frais de l'expé¬ 
dition garibaldicnnc aurait considéré qu’il élait volé de son 
argent. D’autre part, Victor-Emmanuel jugeait qu’il élait 
prudent, à cause des puissances catholiques, de s’arrêter 
pour l’instant à ce qu’on avait fait, tandis que Garibaldi et 
Mazzini proclamaient qu’il fallait maintenant aller h Rome 
pour parachever l’uni te de l'Italie. 

On raconte, à ce propos, que Garibaldi dit alors, un jour, 
chez Bertani, dont l'influence commençait à effacer celle de 
Liborio llomano ; 

— Tant que nous n’avons pas Rome, nous n’avons rien 
fait. Nous devons aller jusqu’au bout et nous inspirer de 
Dante, qui a écrit : « Nous ferons l’Italie, môme avec l’aide 
du diable ! » 

Lemnii, qui élait présent, ajouta à haute voix, avec une 
sombre énergie : 

— Surtout avec l’aide du diable ! 

Depuis longtemps déjà, en effet, Àdriano, fanatique dévot 
de l'occultisme, fervent adepte de la plus noire cabale, était 
devenu salanistc à outrance ; j’aurai beaucoup de choses à 
dire là-dessus dans l’ouvrage que je prépare sur le Satanisme 
dans la llanlc-Maçonncric. 

On sait que le gouvernement piémonlais finit par empê¬ 
cher les révolutionnaires d’aller à ce moment jusqu’au bout 
de leur programme. M. Pal] av ici no Trivulzio, nommé pro- 



— 63 — 


dictateur par Victor-Emmanuel et qui était le représentant 
du parti modéré, invita Mazzini à quitter Naples et même en 
fit sortir Francesco Crispi. 

Quant à Lcmmi, il ne fut pas inquiété. Cavour s’était 
demandé ce qu’était ce petit juivaillon remuant ; il avait 
ordonné une enquête sur son compte, et il avait bien com¬ 
pris que notre héros était l’agent secret de Mazzini. Dés 
lors, il le fit surveiller de près, mais sans le tracasser. 
Cavour, excellent diplomate, avait exactement jugé l’homme. 
Le découvrant plus cupide qu’ambitieux de gloire politique, 
il s’était dit qu’il le tiendrait, lui aussi, à sa façon, c’est-à- 
dire en ne pas entravant ses spéculations, ses tripotages 
financiers ; et voilà pourquoi le gouvernement piémonlais 
ferma les yeux sur les usures et autres malhonnêtetés au 
moyen desquelles Adriano édifiait sa fortune. On sait que 
plus tard le gouvernement de Victor-Emmanuel le fit 
co-intéressé à la Régie clcs Tabacs. 

Seulement, comme Lcmmi continuait à être très dévoué 
à Mazzini, Cavour voulut s’assurer contre toute action anti¬ 
monarchiste de sa part. Dans son enquête, le ministre avait 
appris ce qu’Adriano avait fait à son départ de Livourne en 
décembre 1813, ses exploits à Marseille contre divers 
porte-monnaie, notamment contre celui du docteur Grand- 
Boubagne, et sa condamnation infamante par le Tribunal 
Correctionnel. Alors, Cavour, afin d’avoir une épée de 
Damoclès à tenir suspendue sur la tête d’Adriano, avait 
demandé au gouvernement de Napoléon III de lui faire 
délivrer une copie officielle authentique du jugement du 
22 mars 1814; il l’avait reçue par voie diplomatique, en 
bonne et due forme, transcrite par le greffe de Marseille et 
portant le cachet du procureur impérial. 

Ce texte officiel de l'infamante condamnation a été une 
arme terrible qui a longtemps servi à Victor-Emmanuel et 
à son successeur à maintenir Lcmmi dans une prudente 



— 64 — 


réserve, et il est reste jusqu’en 1893 dans les archives du 
ministère de l’intérieur du gouvernement italien. Je dirai 
plus loin comment son existence fut connue d’un député 
indépendant, qui alors en parla à la tribune, ce qui n’em¬ 
pêcha pas Lcmmi de nier, car il savait que le gouvernement 
à qui il avait donné des gages ne le publierait pas. 

Je dirai aussi comment Àdriano, ennuyé de voir cette 
preuve de son indignité subsister, s’entendit avec son 
compère Crispi pour la faire disparaître, et comment miss 
Diana Vaughan, l’implacable adversaire de Lcmmi, ayant 
eu le vent de celte manœuvre, la déjoua en s’emparant 
elle-même du fameux document; car c’cst elle qui aujour¬ 
d’hui le possède, et ce n'est pas le seul papier important 
sur lequel elle a réussi à mettre la main. 

Aussi, j’ai le devoir de dire que c’est à l’obligeance de 
miss Diana Vaughan que je dois de pouvoir publier dans ce 
volume le fac-similé photographique du jugement de 
condamnation d’Âdrieno Lcmmi, tel que Cavour l’a reçu du 
gouvernement de Napoléon III, tel qu’il a été conservé 
pendant trente-deux ans dans les archives secrètes de 
Victor-Emmanuel II et d’IIumbert I er , tel que l’original se 
trouve actuellement, je le répète, entre les mains de l’ex- 
grando-maitresse de New-York. 



II 


Création et fonctionnement de la Haute-Maçonnerie 


En 1869, nous trouvons Lemmi déjà riche. Le voleur du 
docteur Grand-Boubagne, installé à Florence, est en pleine 
prospérité ; il a acheté des maisons dans l’ancienne capitale 
de la Toscane; il y est gros propriétaire. 

On ne reconnaîtrait plus maintenant le maigriot mar¬ 
chand de rahat-loukoum et de pâtes épilatoires de Stamboul ; 
car son ventre s’est beaucoup arrondi, son visage autrefois 
pâle a pris des couleurs, et sur son gilet une grosse chaîne 
d’or s’étale, surchargée par des breloques massives. 

Pourtant, au milieu de sa fortune, il a un souci : il soup¬ 
çonne qu’on peut savoir ses débuts marqués d’infamie, il 
craint que quelque jour un adversaire vienne les lui repro¬ 
cher publiquement. 

Que faire?... 

Il s’est fait délivrer son acte d’état-civil, qui inscrit sa 
naissance en l’an 1822, et là-dessus, après avoir gratté le 
dernier chiffre, il a mis un 0 à la place ; ainsi, il s’est fait 
être né en 1820 au lieu de 1822. Partout oii il est nécessaire 
de justifier ses nom, prénoms, âge et lieu de naissance, il 
produit cet acte falsifié ; il se vieillit de deux années. 

Il trompe ainsi, quand il s’affilie d'une loge à une autre, 
quand il est admis à la régie des tabacs, quand il passe 
des actes pour acheter ou revendre un immeuble; jamais il 
ne laisse échapper une occasion de se donner deux ans de 
plus qu’il en a en réalité. 



— 66 — 

Mes lecteurs comprendront facilement le but de cette 
manœuvre, Lemmi, qui avait dit devant le tribunal de 
Marse ille qu’il était né à Florence, n’avait pas songé — on 
ne pense pas à tout — à se dire âgé autrement que de 
vingt-deux ans (en 18il), comme il l’était vraiment alors. 
Voilà pourquoi ensuite, lorsqu’il s’est établi en Toscane, il 
a eu soin partout de se dire né en 1820 ; c’était pour réparer 
son oubli et avoir une autre manière de faire croire à un 
second Adriano Lcmmi. 

Si quelqu’un viendrait un jour lui dire : « Ne seriez-vous 
pas cet Adriano Lcmmi qui a été condamné comme voleur 
à Marseille et qui y a subi un an et un jour de prison? 
voici un extrait du jugement » ; il répondrait : « Vous vous 
trompez, ce n’est pas moi ; cet homonyme avait vingt-deux 
ans en 1814, ainsi que le dit la condamnation, et moi, à 
celle époque, j’en avais vingt-quatre. » 

Aussi, je le répète, il ne manqua jamais, depuis que la 
fortune avait fait de lui un personnage, de se vieillir de 
deux années, dans les actes privés, et mémo dans les actes 
publics, tellement grande est son audace. 

Eu voici une preuve authentique : 

Le 1 er et le 3 juillet 1809, Adriano Lcmmi était appelé 
devant la Commission d’enquète parlementaire comme 
témoin, afin de déposer sur certains faits au sujet de la 
Régie des Tabacs ; car il y avait déjà des tripotages. Le procès- 
verbal de sa deuxième comparution mentionne quel âge il a 
dit avoir, et il s’est bien donné comme ayant quarante-neuf 
ans, tandis qu’il n’en avait en réalité que quarante-sept en 
1809 ; il n’a pas craint de faire cette fausse déclaration et de 
la signer. 

Sur le document qui est à la Chambre des Députés, et qui 
a été publié pour les membres du Parlement par la com¬ 
mission présidée par l’honorable Pisanelli, on lit : 



- 67 - 


CHAMBRE DES DÉPUTÉS 

Actes de la Commission d’enquête parlementaire touchant les faits 
de la Régie co-intéressée des Tabacs . 

Séance publique du 3 juillet 1869. 

Déposition du sieur Lemmi (page 180 du document). 

Est introduit le témoin Adriano Lemmi, fils de Fortunato, âgé 
de quarante-neuf ans, né à Livourne, domicilié à Flo¬ 
rence, propriétaire. 

Le président. — Vous avez été appelé ici avant-hier et vous 
avez déjà été averti de votre devoir de dire la vérité ; faites-ea 
encore le serment. 

Le témoin. — Oui, monsieur. 

Rtc., etc. 

On voit que c’est bien de notre Adriano Lemmi qu’il 
s’agit ; d’ailleurs, reportez-vous à l’acte de naissance que j’ai 
publié plus haut (page 9) ; cet acte le dit bien fils de Fortu¬ 
nato, mais né en 2822. Au surplus, quiconque en douterait 
n’a qu’à adresser la demande soit à l’état-civil de Livourne 
soit aux archives de la cathédrale ; les actes de naissance, 
n’importe qui peut s’en faire délivrer un extrait, et on n’a 
pas le droit de vous le refuser ; ce n’est pas comme le casier 
judiciaire que l’intéressé seul peut demander ou bien le chef 
du parquet, mais personne autre. Ainsi, tout le monde peut 
constater le mensonge de Lemmi, déposant sous la foi du 
serment. 

Mais, dira-t-on peut-être, comment l’exactitude de ce 
procès-verbal ci-dessus est-elle constatée ? 

Elle est constatée ainsi : 

Déclaration de la Commission parlementaire 

(Page S20 du document) 

« Les présents procès-verbaux, qui constituent les comptes 
rendus sténographiques des six séances publiques de la Commis¬ 
sion d'enquête parlementaire, correspondent aux originaux, qui 



68 — 


sc trouvent dans les actes, et qui sont signes par la personne exa¬ 
minée et interrogée y ainsi que par le Président et le Secrétaire de 
la Commission, 

« Signé : — le Président, Pisaneixi ; 

< le Secrétaire, G. Zana rdelli, » 

Il est compréhensible que le fait de mentir comme 
témoin, parce que le mensonge était son intérêt, ne devait 
pas faire hésiter un homme qui avait tant d’autres crimes 
horribles sur la conscience. 

Mais nous allons laisser cet incident ; uniquement j’ai 
voulu le rapporter ici, parce qu’il dévoile les manœuvres de 
Leiunii en vue de la négation future de l’infamie de sa 
jeunesse. 

Je reprends mon récit. 

D’abord, pour ne pas oublier doux crimes a la charge des 
mazziniens, il faut rappeler les morts subites, qui eurent lieu 
coup sur coup, des deux oncles du roi François II ; le comte 
de Syracuse, empoisonné à Piso (4* décembre 1860), et le 
prince de Capouc, empoisonné à Turin (21 avril 1861). 
Lcmmi ne paraît pas avoir été employé au second empoi¬ 
sonnement; mais il est très suspect d’etre l’inspirateur du 
premier, car il s’élail rendu à Pise peu de jours avant la 
mort subite du comte de Syracuse. 

Le 6 mai 1861. Kossulh, l'ancien patron de noire héros, 
s’inslalle à Turin, et aussitôt la question hongroise devient 
en faveur chez les gouvernants piémonlais. 

Le 18 mai, le député napolitain Kiccumli, ami de Lcmmi, 
demande la confiscation, pour J’Elal et les communes, de 
tons les biens de l’Eglise. Celle motion avait été préparée de 
longue main par les loges. 

J’ai montre Lcmmi s'enrichissant par l’usure et la fraude ; 
mais j’ai dit aussi que ses Iripolagos ne lYmpcdi aient pas 
de jouer son rôle de principal agent secret de Mazzini en 
Italie. C’est à ce titre qu'il a été, en 1867, négociateur d’un 



accord, entre celui-ci et le F.*, comte de Bismarck. En effet, 
c’est de cette époque que datent les premiers projets d’alliance 
définitive entre l’Italie et la Prusse. Malgré que Victor-Emma¬ 
nuel avait pu prendre la Vénétie grâce à la guerre entre la 
Prusse et l’Autriche, il y avait encore beaucoup d’italiens 
qui était reconnaissants envers la France. Or, Lemmi hait 
la France, comme son patron Mazzini la haïssait, et il n’est 
pas étonnant de le trouver dans les intrigues entre Mazzini 
et Bismarck. 

Le ministre prussien envoya donc à Mazzini une note, 
dans laquelle il exposait les arguments que le parti national 
italien (ainsi les francs-maçons et les révolutionnaires s’in¬ 
titulaient) aurait à développer et à faire valoir auprès des 
populations de la péninsule, pour les détacher de leurs bons 
sentiments envers la France et les amener à désirer une 
ferme et définitive alliance envers la Prusse. 

Voici cet important document : 

Les affinités de langage et de race, les analogies de tempérament 
moral et de mœurs importent peu en fait d’alliances. Les alliances ne 
reposent que sur l’intérêt et ne sont déterminées que par les avan¬ 
tages qu’elles procurent. Quand deux Etats ont une situation géogra¬ 
phique telle, qu’ils peuvent développer leur propre système d’action et 
augmenter indéfiniment leur puissance par l’industrie, le commerce et 
la guerre , sans que la puissance de l’un puisse jamais en aucune 
manière mettre obstacle à celle de l’autre, qu’au contraire la force de 
l’un accroît celle de l’autre, ces deux Etats sont et doivent être des 
alliés naturels. Au contraire, quand deux Etats ont une situation 
géographique telle que l’un ne puisse étendre sa sphère d’action sans 
nuire à l’autre ; quand le commerce de l’un ne peut prospérer qu'au 
détriment de celui de l’autre; quand, en un mot, le but à atteindre 
pour arriver au plein développement de leur puissance est le même 
pour tous les deux, en sorte que, si l’un d’eux y atteint, l’autre n’y 
atteindra jamais, et sera par conséquent dans la dépendance du pre¬ 
mier, non seulement il n’y a pas d’alliance naturelle entre ces deux 
Etats, mais il y a entre eux une rivalité nécessaire qui, à tout moment, 
peut et doit en faire des ennemis. 

En partant de ces principes, les seuls conformes à la raison, il est 
facile de dire quelle est l’alliée naturelle de l’Italie et quelle est sa 
rivale naturelle. 



L’allice naturelle de Vîtalie est VAllemagne. La rivale naturelle de 
VItahe est la France. 

Supposons l’Italie entièrement maîtresse d’elle-même, forte de son 
unité politique, devenue l’entrepôt de ses propres produits si variés et 
de tous ceux du midi ; supposons l'Allemagne forte aussi de son unité 
politique, devenue l’entrepôt de scs propres produits et de ceux du 
nord ; l’Italie maîtresse de la Méditerranée, l’Allemagne matoesse de la 
Baltique ; ces deux puissances, quoi qu’on en dise, les plus intelligentes 
et les plus civilisées, qui partagent l’Eui'ope en deux et qui en forment 
le centre, ces deux puissances dotées de frontières si précises et si 
nettement délimitées, si différentes de langue et de tempérament, 
exerçant leur action dans des sens si divers, que jamais Htalie ne 
pourra aspirer à dominer dans la Baltique, ni l’Allemagne songer à 
dominer dans la Méditerranée, et demandons-nous si elles peuvent 
faire autrement que de s’entr’aider mutuellement et de s’aimer cordia¬ 
lement. 

L’Italie et l’Allemagne sont entourées de peuples qui aspirent à 
s’agrandir à leurs dépens. Au nord, l’Angleterre pèse sur l’Allemagne, 
et un jour l’orient arrivera à peser sur l’Italie, Au sud, au sud seule¬ 
ment, brille pour toutes deux l’étoile de l’avenir; au sud, où l’Alle¬ 
magne s’appuie sur l’Italie, où l’Italie a devant elle la Méditerranée 
qui peut redevenir un lac italien. 

Le peuple qui a fait 1814, 1848 et 1SGG est le véritable allié de celui 
qui a fait 1848, 1849 et 1860. 

A la fin de l’année, l’Allemagne devra former un seul Etat puissant, • 
s’étendant de la Baltique aux Alpes, du Bliin à la Vistule et à la Drave; 
FItalie ne devra plus avoir de provinces aux mains de l’étranger ; ou 
bien ni l’une ni Fautre n’auront compris leur situation réciproque. 

Quant à l’Italie et à la France, la configuration du globe terrestre 
ne pouvant pas être changée, elles seront toujours rivales et souvent 
ennemies. La nature a jeté entre elles une pomme de discorde qu’elles 
ne cesseront de se disputer : la Mediterranée, rade admirable au centre 
de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, canal entre l’Atlantique et le 
Pacifique, bassin entouré des terres les plus favorisées du ciel. 

Ne serait-ce pas folie de penser que la France peut n’ètre pas jalouse 
de l’Italie qui s’avance si loin dans la Méditerranée, qui en possède les 
côtes les plus belles, les plus peuplées et les plus riches, de l’Italie qui 
est la voie directe entre l’Europe, l’Orient et les Indes? 

Tout le monde sait la joie qu’ont ressentie les Français à la nouvelle 
du désastre de Lissa. La France y a vu pour elle un grand avantage. 
Si, en 1859, elle a témoigné quelques sympathies à l’Italie, ce n’a été 
que par mode ou par amour-propre national. Si môme, à cette date,, on 
étudié attentivement la vraie opinion française, on verra que tout se 
bornait aux éloges, de trois ou quatre journaux parisiens payés pour 



— 71 — 


les insérer. Et quand nous parlons de la France, nous entendons la 
France teiie que sa situation géographique Ta faite, la nation fran¬ 
çaise. 

D'un autre côté, il est impossible à lTtalie de souffrir que là France 
menace à tout moment de s’emparer de Tunis, comme elle l'a fait 
récemment : de Tunis qui ne serait pour elle qu’une étape pour 
atteindre la Sardaigne. Il est indispensable à l'Italie de se constituer 
de telle façon qu'elle n’ait pas à trembler pour ses côtes, pour son 
commerce, pour ses provinces, à chaque froncement de sourcil du Jupiter 
français. 

La France maîtresse de la Méditerranée? La France avec les fron¬ 
tières du Rhin ? Non : lTtalie et l’Allemagne ne doivent à aucun prix 
le permettre. C’est pour elles une question de vie ou de mort. Et qu'on 
ne vienne pas parler de la reconnaissance de l’Italie envers la France. 
L’Italie ne doit rien à la France. 

Voici le bilan de l’une et de l’autoe. Il montre clairement quelle est 
îa créancière. 

La France a perdu, sur les champs de bataille italiens, dans l’intérêt 
de l’Italie, vingt mille soldats. Et c’est tout. 

Pour le profit qu’elle a tiré de l’intervention française, l’Italie a 
donné Nice, la Savoie et 60 millions. Et c'est assez. 

Mais qu’on jette un regard en arrière et qu’on se rappelle les années 
écoulées de 1797 à 1815; qu’on se rappelle le sang d’un million de 
soldats italiens vei'sé au profit et pour la gloire de la France qui, 
pouvant faire lTtalie libre et grande, la fit esclave; qu’on se rappelle 
les millions payés par milliers à la France ou dépensés pour elle, et 
les incomparables trésors artistiques dérobés par la France à l’Italie et 
qui ornent encore aujourd’hui le Louvre ! 

La France, dans la guerre de 1859, n’a fait que payer à lTtalie une 
partie de sa dette. 

LTtalie et la France ne peuvent s’associer pour exploiter en commun 
la Méditerranée. Cette mer n’est pas un héritage à partager entre 
parents. 

L’empire de la Méditerranée appartient incontestablement à l’Italie, 
qui possède sur cette mer des côtes douze fois plus étendues que celles 
de la France. Marseille et Toulon ne peuvent entrer en comparaison 
avec Gènes, Livourne, Naples, Palerme, Ancône, Venise et Trieste. 

L'empire de la Méditerranée doit être îa pensée constante de l’Italie, 
le but à poursuivre par les ministres italiens, la base de la politique 
italienne. 

Un homme d’Etat prussien persuadé de ces vérités a eu l’idée de 
faire l’unité de l’Allemagne en s'appuyant sur l’alliance de l’Italie. La 
Prusse et lTtalie auraient pu dicter la paix à Vienne en rejetant dans 
les pays slaves la dynastie des Habsbourg, qui, devenant ainsi up. 



danger pour h Rassie, cessait d’en être un pour l'Allemagne et pour 
ritalie. La Prusse aurait pu alors achever l’unité de l’Allemagne. Eu 
même temps que l’Italie et l’Allemagne continuaient ensemble leur 
unité, elles obtenaient la prépondérance en Europe. Et, bien que l’An¬ 
gleterre et la Russie n'aiment pas à voir l’Allemagne constituer son 
unité, elles s’y seraient résignées, si cette unité avait eu pour consé¬ 
quence de faire disparaître de la scène du monde une autre prépondé¬ 
rance. 

L’occasion perdue se représentera. L’Italie et la Prusse étroitement 
liées peuvent la faire naître à leur gré. 

Conséquence : Nécessité de l’alliance de l’Italie et de la Prusse par 
voie diplomatique. Ou bien : Alliance stratégique de la Prusse avec le 
parti national italien. 

C’était utile de publier un tel document dans ce livre, 
parce qu’il permet de voir quelles mauvaises raisons les- 
italiens gallophobes (Crispi, Lemmi et consorts) invoquent, 
même encore aujourd’hui, pour expliquer leur amour de 
la Prusse et leur haine de la France. 

Poursuivons, d’une marche rapide, la revue des événe¬ 
ments. 

Dès le commencement d’avril 1867, deux sociétés secrètes, 
adeptes de Garibaldi à Rome, le Comité central d’insurrec¬ 
tion et le Comité national romain , ayant des ramifications 
à Florence et a Naples, préparent quelques mouvements, 
dont PAnic est Lemmi, cl c'est lui qui dirige la propaga¬ 
tion du manifeste de Garibaldi à tous les ennemis de la 
Papauté, daté du 9 septembre. 

Mais, une des années les plus chères à Adriano, avant 
la brèche de la Porla-Pia, c’est 1868, on il se rendit à Home, 
pour donner le mot d’ordre aux révolutionnaires garibal¬ 
diens cl mazziniens, qui, peu de temps après sa visite, 
ont produit l’incendie et la dévastation de la caserne de 
Serristori, dont l'explosion a causé la mort de vingt-cinq 
zouaves, blessé un grand nombre de personnes, des enfants 
et fdes femmes. Ce crime exécrable a soulevé un cri 
d’indignation universel ; Mon fi et Tognetti, exécuteurs 



— 73 — 


matériels de Tordre de Mazzini, furent condamnés à mort 
et exécutés le 24 novembre ; mais l'intermédiaire de Tor- 
donnateur du crime, Thomme qui, après Mazzini, en a 
été Fauteur moral et Tinspirateur, Lemmi, ne se fit pas 
prendre et trouva le moyen de s’éloigner de Rome sain et 
sauf. Depuis, il a toujours glorifié les deux assassins, et 
Tun des proches parents de Tognetti est un de scs intimes 
amis. D’ailleurs, la Chambre des dépufés de Florence, 
ayant à sa tete le ministre Menabrea, a fait l’apothéose des 
scélérats Monti et Tognetti et les acclama frères et enfants 
de la glorieuse patrie italienne. Déjà, il y a trente ans, le 
23 janvier 1864, Francesco Crispi avait glorifié Agésilas 
Milano : « J’applaudis, dit-il, à la mémoire de ce héros. » 
Pour ces gens, les assassins s’appellent patriotes, mais pas 
lorsqu'ils commettent des attentats contre eux. Maintenant 
que M. Crispi est ministre, lui qui distribuait des bombes 
en 1860, il n’admet plus qu’on attente aux jours des 
ministres royaux, et il faisait écrire, il y a peu de jours, 
dans son journal la Ri forma : « Les assassins politiques 
pouvaient se comprendre aux temps de la tyrannie, mais 
non pas maintenant que le soleil de la liberté éclaire notre 
peuple! » 

On sait qu'un dernier fragment des Etats de l’Eglise 
existait encore jusqu’en 1870 par la politique de Napo¬ 
léon III ; car la convention du 15 septembre 1864 avait établi 
que Rome et ses environs devaient rester distincts du 
royaume d’Italie. Il s’agissait maintenant de s’emparer 
tout à fait de Rome et d’abolir le pouvoir temporel. 
Mazzini, vers 1865, avait organisé une association pour 
l’unité d’Italie, qui avait pour but d’accomplir cette unité 
avec Rome pour capitale, selon le programme de Garibaldi, 
et avec le concours des armes des citoyens. Mais l’Italie 
avait peur d’aller à Rome sans le consentement de la 



— 74 — 


France, et à ce propos Bcttino Ricasoli, en plein parlement 
piémonlais, proclamait quel était le véritable but de la 
Révolution. 

« Oui, disait-il, nous voulons aller à Rome ! Rome, séparée 
politiquement du reste de fltalie, demeurera le centre d’intrigues 
et de conspirations, une menace permanente contre l’ordre 
public (? !). Donc, aller à Rome est pour les Italiens non seu¬ 
lement un droit, mais une inexorable nécessité. Mais comment 
devons-nous y aller ? Sur ce point, plus que sur tout autre, le 
gouvernement du Roi sera ouvert et précis. Nous ne voulons pas 
aller à Rome à l'aide de mouvements insurrectionnels, intem¬ 
pestifs, téméraires, qui puissent mettre en péril les acquisitions 
laites et compromettre l’œuvre nationale. Nous voulons aller à 
Rome de concert avec la France. » 

Mazzini voulait la destruction du pouvoir temporel du 
Pape, mais disait qu’il ne voulait et qu’il ne pouvait obtenir 
ce résultat que par la révolution, car il haïssait la France 
et Napoléon III qui s’y opposaient. Bismarck se servait de 
Mazzini pour rompre l'alliance de fllalie et de la France, 
et profiter de la guerre entre la Prusse et la France pour 
forcer le gouvernement italien à s'emparer de Rome, malgré 
la volonté de Victor-Emmanuel. Voilà pourquoi Fltalie, en 
1870 abandonna la France à sa propre destinée ! Bismarck 
était donc allie avec Mazzini et avec la franc-maçonnerie 
italienne pour la prise de Rome sans le vouloir de la 
nation française. 

La monarchie de Savoie, en 1870, est-elle allée à Rome 
de sa volonté, ou y fut-cllc forcée ? 

Personne n’ignorc les négociations d’alliance entamées, en 
18G9, entre la France, l'Autriche et fltalie, négociations 
qui n'ont pas abouti ; car Napoléon ne voulut pas adhérer 
à la proposition du ministre autrichien de Beust tendant à 
laisser à fltalie toute liberté daller à Rome. 

Ayant éclaté cependant en 1870 la guerre entre la France 
et la Prusse, et le sort des armes ayant paru, dès les 



— 75 — 


premiers moments, favorable aux armées allemandes, le 
général Cialdini se leva au Sénat, porte-voix de Victor- 
Emmanuel, pour démontrer la nécessité de courir ail secours 
de l’empire, tandis que le parti populaire poussé par la 
lVanc-maçonnerie faisait du tapage pour qu’on allât à Rome. 
Au parlement, le pai'ti d’opposition, composé des plus 
ardents révolutionnaires, déclara énergiquement que tout 
retard à occuper Rome était une trahison envers le pays 
Mais le ministre Lanza fit repousser par la majorité tous 
les ordi'cs du jour demandant l’occupation de Rome, non 
seulement; mais il renouvela, sans le concours du par¬ 
lement, la convention du 15 septembre, laquelle établissait 
de renoncer à Rome. 

Eh bien, vu que les ordres du jour et les discours à la 
Chambre n’aboutissaient à rien cl qu'on craignait encore 
d’aller à Rome, on commença à agiter le pays contre une 
alliance avec la France et à tenir des réunions secrètes. 

Peu de jours après que la guerre entre la France et la 
Prusse avait éclaté, les révolutionnaires de la péninsule 
ont tenu un comice au théâtre de Milan, auquel intervinrent 
plus de trente mille personnes occupant le théâtre et les 
rues avoisinantes, personnes ayant à leur tête les agitateurs 
les plus renommés et redoutés. 

Après ce comice public, il y eut un conciliabule politique 
secret composé de 15 hauts-maçons de la presqu’île. Et 
qu’on ne vienne pas nier cette réunion secrète de juillet 
1870 ; car je suis en mesure de donner tous les noms des 
frères 33 es qui y étaient présents. C’est le général Nicolas 
Fabrizi qui raconta l’affaire à mon ami Oreste Cccclii, capi¬ 
taine garibaldien et membre du Suprême Conseil de Turin, 
qui est entré lui aussi à Rome par la brèche de la Porta-Pia. 
Voici donc les quinze 33 cs qui ont fait le conciliabule de Milan : 
docteur Timoteo Riboli, Francesco Crispi, colonel Cucchi, 
Asproni, Bertani, Fabrizi, Frapolli, Cairoli, Rattazzi, Scismil- 



— 76 — 

Doda,Morclli, Sineo, Coscnlini, Mancini et le general Raflaele 
Gadorna, dans le but de s’entendre sur les déterminations 
à prendre en cas de défaite de Farinée de Napoléon. Alors 
il a été décidé d’envoyer Cucchi auprès de Bismarck pour 
obtenir du gouvernement prussien les armes nécessaires 
pour aller contre Rome, si par hasard Victor-Emmanuel 
avait continué à hésiter. Cucchi remplit sa mission mysté¬ 
rieuse, laquelle ne s'est pas répandue alors dans le monde 
profane ; et Bismarck, en échange d’une agitation italienne 
pour empocher une alliance avec la nation française, promit 
et fournit aux révolutionnaires de l’Italie les fusils de¬ 
mandés par Cucchi et môme 1 argent pour payer la populace. 

A près que le parti du complot eut dans scs mains les 
fusils de Bismarck, les députés de la gauche, présents à 
Florence, parmi lesquels il y en avait de ceux qui avaient 
pris part au conciliabule de Milan, vu que le courant popu¬ 
laire était créé par l’argent fourni par le trésor prussien, 
se réunirent cl se déclarèrent en permanence, pour être 
avec le peuple si le gouvernement avait encore hésité, et 
adresseront au Conseil des ministres la sommation suivante 
que je produis textuellement : 

Aux Ministres du Roi, 

La catastrophe aujourd’hui annoncée (Sedan) trace au gouvernement 
le facile accomplissement de son devoir : l’immédiate occupation de 
Rome. Au nom de la Patrie, nous vous supplions de prononcer le mot 
qu’elle invoque *, qu’elle sache au moins que maintenant, éloignés les 
obstacles à la revendication de ses droits, vous n’avez pas hésité. 

Ne discutons pas sur les retards inexplicables des jours passés, en 
cette heure qu’agite le sort de l’avenir ; mais le retard qui jusqu’à 
aujourd’hui pouvait être considéré comme une faute inexcusable, 
demain serait considéré comme un crime de lèse-nation, de trahison ! 

Ne veuillez pas avoir une responsabilité qui serait condamnée par 
votre conscience, avant de l’ètre par l’histoire. Hn tout cas, nous ne 
voulons pas l’avoir devant le pays. 

Songez que, si le soleil de demain se levait sans que Tltaiie sache que 
son drapeau va s’arborer dans sa capitale, sur le Capitole, elle pourrait 



— 77 — 

pourvoir à son propre salut, se voyant abandonnée par vous, et voyant 
rompu le lien des plébiscites. 

Citoyens amis du pays et dépositaires du mandat de nos autres collè¬ 
gues, nous ne voulons pas en ces moments suprêmes manquer à notre 
devoir, espérant que vous ne serez pas inférieurs au vôtre 

Florence, 3 septembre 1870. 7 

Signé : Asproni, Bertani, Botta, Cairoli, Corrado, Cosentini, Crispi, 
Cucchi, Damiani, De Boni, Del Zio, Fabrizi, Frapolli, Greco, La Porta, 
Lovito, Mancini, Marolda-Petilîi, Melissari, Miceli, Morelli Salvatore, 
Oliva, Rattazzi, Ripari, Seismit-Doda, Sineo. 

Comme on le voit, tous les noms des 33 cs présents à la 
réunion secrète de Milan, figurent parmi les signataires de 
la sommation aux ministres du Roi ; les autres signataires 
sont tous aussi des noms des francs-maçons occultistes du 
trente-troisième grade. 

Aux députés qui sont allés consigner cette adresse, il fut 
demandé ce qu’ils auraient fait, si le ministère s’était refusé 
à obéir. Ils ont répondu : Nous ferons les barricades , et unis 
au peuple nous irons à Rome sans vous ! Ces paroles épou¬ 
vantèrent le gouvernement, qui ne voulait pas brusquer 
l’occupation de Rome ; mais, quand Mazzini, à son tour, 
d’accord avec les francs-maçons de Milan, fit entendre, lui 
aussi, ses menaces et fit môme commencer un soulèvement 
républicain en Sicile, le ministère se décida à s’emparer de 
Rome, et ordre fut donné à Cadorna de marcher contre la 
Ville Sainte. 

Mais Cadorna avait été déjà désigné, par la franc-maçon¬ 
nerie, au commandement de Varmée populaire à diriger sur 
Rome, si le gouvernement ne voulait pas l’envoyer offi¬ 
ciellement ,. 

Victor-Emmanuel, qui, comme j’ai dit, ne voulait pas 
encore l’occupation de Rome, eut soin d’écrire le 8 Sep¬ 
tembre une lettre à Pie IX, dans laquelle il mettait en avant 
le prétexte de ne pas laisser s’accomplir contre l’Eglise et 



la monarchie une révolution menaçante. II y disait, entra 
autres choses : 

Un orage plein de dangers menace l’Europe. Encouragé par la guerre 
qui désole le centre du continent, le parti de la révolution cosmopolite 
augmente d’audace et prépare, particulièrement en Italie et dans les Pro¬ 
vinces gouvernées par Votre Sainteté, les dernières offenses à la Mo¬ 
narchie et à la Papauté. Je vois donc la nécessité absolue, pour la sécu¬ 
rité de Pltalie et du Saint-Siège, que mes troupes, placées déjà à la 
garde des frontières, s’avancent afin d’occuper les positions qui seront 
indispensables pour la sécurité de Votre Sainteté et pour le maintien de 
l’ordre. 

Votre Sainteté daignera de ne pas voir en cette démarche de pré¬ 
caution un acte hostile. Mon gouvernement et mes forces se limiteront 
absolument à une action conservatrice et à sauvegarder les droits, faci¬ 
lement conciliables, des populations romaines avec l’inviolabilité du 
Souverain Pontife et de son autorité spirituelle, ainsi qu’avec l’indé¬ 
pendance du Saint Siège. 

Votre Sainteté veuille me permettre d’espérer encore que le moment 
actuel ajoute efficacité à ces sentiments de conciliation que je me suis 
toujours étudié, avec une infatigable persévérance, de traduire en acte, 
afin que, satisfaisant aux aspirations nationales, le Chef de la catho¬ 
licité conservât sur les bords du Tibre un siège glorieux et indépendant 
de toute souveraineté humaine. 

Comme on voit, le gouvernement de Victor-Emmanuel 
affirmait ne pas vouloir détruire tout à fait le pouvoir tem¬ 
porel : mais il ne faisait plus au Pape la proposition de 
Menabrea, de lui laisser Rome et Civita-Veechia. 

Quand les révolutionnaires virent enfin que Victor- 
Emmanuel se décidait à marcher contre Rome, les fusils 
fournis par Bismarck furent distribués secrètement dans 
Rome même, par les émissaires du général Cadorna avec 
la complicité du baron d’Arnim, ambassadeur de Prusse 
près du Vatican, pour aider à une insurrection contre le 
Saint-Siège, laquelle pût servir de prétexte à une interven¬ 
tion basée sur la nécessité de rétablir l’ordre. Mais, une 
insurrection ne s’étant pas produite, on marcha quand 
même contre la Ville Eternelle. Rafiaëlc Cadorna, simple 



— 79 — 


général piémontais, n’avait d’autre mérite que d’avoir 
contribué à l’organisation de l’armée toscane en 1859; mais 
il avait un mérite indiscutable maçonnique. C’est pourquoi 
il fut choisi et imposé par la franc-maçonnerie à Victor- 
Emmanuel comme général en chef de l’armée chargée de 
s’emparer violemment de l’état pontifical. La maçonnerie 
imposa le choix de Cadorna ; elle savait bien qu’elle pou¬ 
vait avoir toute confiance en lui, car il avait donné en 
maintes circonstances des preuves lumineuses de sa férocité 
et de sa haine contre la papauté ! 11 avait fait des carnages 
en Sicile, quand on l’y envoya pour réprimer le prétendu 
brigandage, une première fois, et une deuxième fois pour 
réprimer le soulèvement de Palerme au mois de septembre 
1866. Donc la franc-maçonnerie était certaine que son élu 
ferait du carnage à Rome contre les soldats du Pape et 
contre les inoffensifs citoyens, coupables seulement d’aimer 
leur Souverain Pontife. On a mis sous ses ordres soixante 
mille hommes, dont une division sous le commandement de 
Nino Bixio, célèbre pour avoir dit que les catholiques 
étaient des ennemis point dignes de haine, mais de mépris, 
et pour avoir lancé, le 23 novembre 1862, publiquement, 
dans la Chambre des députés, la terrible phrase : qu'il espé¬ 
rait que les Romains perdraient patience et qve y s'emparant 
du Pape et des Cardinaux , ils les jetteraient dans le Tibre . 

De l’armée assaillante faisait aussi partie le rénégat Sir- 
tori. Ce misérable avait été ordonné prêtre à 25 ans; mais 
en 1840, il jeta le froc aux orties pour se livrer librement à 
la débauche, et il devint soldat de la révolution italienne. 
C’était l’un des meilleurs soldats de Garibaldi, qui le nomma 
chef de son état-major quand il envahit la Sicile; il fut 
élevé au grade de général en même temps que Nino Bixio, 
lorsque l’armée garibaldicnne fut admise à fusionner dans 
celle d’Italie. 

Cadorna, Bixio et Sirtori, cette trinité d’ignobles scélé- 



— 80 — 


rats, voilà bien les gens qu’il fallait, les dignes lïancs- 
maçons qui allaient se livrer à l’infamie d’assaillir la petite 
armée du Pape composée en tout de 8.000 soldats comman¬ 
dés par le général Kanzler. 

Les opérations de guerre commencent. Le 15 septembre, 
Cadorna adressa une lettre à Kanzler, lui demandant, au 
nom de Victor-Emmanuel, d’ouvrir les portes de Rome et 
d’y laisser passer librement les troupes du Piémont pour y 
maintenir l'ordre. Naturellement Kanzler refusa de céder à 
l’intimation; car l’ordre n’avait pas été troublé, et il ne 
voulait pas trahir lâchement son souverain. Le 16 sep¬ 
tembre, Civita-Vocchia fut envahie par l’armée italienne, 
et ce même jour, le baron d’Arnim, qui, sur l’ordre de Bis¬ 
marck, trahissait, au bénéfice des révolutionnaires, la puis¬ 
sance près laquelle il était accrédité, convoqua le corps 
diplomatique, et essaya de le décider à envoyer au Saint- 
Père une adresse, le suppliant hypocritement de donner 
ordre d’ouvrir les portes de la Ville Sainte aux troupes ita¬ 
liennes. En meme temps, il entretenait une très active cor¬ 
respondance avec le général en chef italien! Le 20 sep¬ 
tembre enün, à 5 heures du matin, les bombes de l’infâme 
Bixio et les canons du lâche Cadorna dénouaient par la 
force la question romaine. La brèche de la Porla-Pia est 
ouverte. Le sacrifice est accompli. La franc-maçonnerie a 
triomphé. 

« Le baron d'Àrniin (ditM. le comte d'ïdeville, témoin oculaire ), 
lui aussi fit son entrée triomphale par la brèche, monté sur le 
cheval d’un soldat italien ; le pacte était scellé entre la Prusse et 
la Révolution italienne... Rome offrit alors le spectacle de Paris 
aux grands jours de la Révolution. Rien n'y manquait ; les hom¬ 
mes à figures sinistres, armés de fusils enlevés aux prisonniers 
pontificaux ; d'autres, armés de piques et de poignards ; puis des 
démonstrations, des cris, une vraie orgie révolutionnaire qui ne 
fait que croître et embellir. Nous y sommes en fin, et cette finis 
pour toujours , disaient les soi-disant libéraux. La canaille est 



— 81 


complètement maîtresse d’une ville occupée par une armée de 
60.00(5 hommes. On a assassiné des zouaves pontificaux qui 
tentaient de rentrer dans les logements qu'ils occupaient en 
ville, pour enlever leurs bagages; on a assassiné des prêtres, de 
pauvres gendarmes vêtus en bourgeois ; on a tenté de piller le 
palais Lancellotti ; on bâtonne et on insulte dans les rues les 
jeunes gens ayant appartenu à la garde urbaine ; et lorsqu’on 
rend compte de ces crimes au général Cadorna, il répond philo¬ 
sophiquement : « Lasciate il popolo sfogarsi î Laissez le peuple 
se dégonfler ! » 

Us furent innombrables, les assassinats, les profanations, 
les actes les plus odieux de violence commis ce jour-là dans 
la ville des Papes par une bande de bandits soi-disant émi¬ 
grés politiques venant de tous les points d’Iiaiie et intro¬ 
duits à Rome par Cadorna. Le jour du 21 septembre, le 
général envahisseur lit au peuple romain la proclamation 
suivante, qui fut affichée dans tous les coins de Rome : 

Romains ! 

La bonté du droit et la vaillance de Tannée m’ont, en peu 
d'heures, amené parmi vous, pour vous rendre à la liberté ! 

Désormais, votre avenir, celui de la nation, est dans vos mains. 
Forte de vos suffrages, Fllalie aura la gloire de résoudre enfin le 
grand problème qui fatigue si douloureusement la société mo¬ 
derne ! 

Merci, Romains, au nom de l’armée, pour le joyeux accueil 
que vous nous avez fait. L’ordre, si admirablement gardé, conti¬ 
nuez à l'observer; car sans ordre il n’y a pas de liberté. 

Romains î 

La matinée du 20 septembre 1870 marque une des plus mémo 
râbles dates de notre histoire. 

Rome, encore une fois, et maintenant pour toujours, est rede¬ 
venue la grande capitale d'une grande nation ! 

Vive le Roi ! Vive l’Italie! 

Le général en chef, gouverneur de Rome ; 

Raffuële Cadorna 

Parmi les prétendus émigrés politiques rentrés à Rome, 

Û 



— 82 — 


il y en avait beaucoup qui, jadis, s’élaient sauves pour 
délits et crimes de droit commun, et un nombre considé¬ 
rable de francs-maçons. Alors le Grand Orient d'Italie, déjà 
installé à Florence, fit, lui aussi, son entrée officielle sous 
les auspices du frère général en ebef, et adressa aussitôt 
aux logt-s italiennes la circulaire suivante : 

Très chers Frères, 

Le gouvernement italien vient de prendre possession de home. 

Le Grand Orient delà Maçonnerie en Italie et dans les colonies 
décide donc de s'y établir sans retard. 

Nous avons, en conséquence, transmis nos ordres pour la 
translation de Florence à Home, capitale délinitive de la Nation. 

Or/, de Rome, le 22 septembre 1870 (K/. Y/.) 

Le Grand-Maître Adjoint, Le Souverain Grand-Maître, 

L. Mazzoni, 33 e /. (t) L. Fkapolli, 33 e .*. 

Maintenant qu'on sait comment les choses se sont pas¬ 
sées, à qui doit-on le 20 septembre ? Le frère Giosué Car- 
ducci, Fauteur célèbre de XHymne à Sa/an, répond à notre 
interrogation : 

« Ohî rentrée à Rome ! Le gouvernement d’Italie monta la 
voie triomphale, comme si c’était la Scala-Santa, h genoux, la 
cordc au cou, faisant des bras en croix à droite et à gauche, et 
implorant pitié : « Je ne puis pas faire le contraire, je ne puis 
pas; on ma poussé à coups de pieds par derrière. » 

De son côté, la JUrisla délia Massnneria ilaliana dit, par 
la plume d’un frère athée (car dans la secte il y a des 
athées aussi bien que des salanistos) : 

« La Révolution est allée à Rome pour combattre le D ape face 
h face ; pour assembler, sous la coupole de Saint-Pierre, les 
champions de la raison ; pour donner à la franc-maçonnerie des 

(1) Dans Pouvrage que je prépare, le Satanisme dans la Haute-Maçon- 
ne rie, j’aurai l'occasion de parler des deux grands-maîtres Mazzoni et 
Frapolli. 



— 83 — 


proportions gigantesques dans le cœur même de Rome, la capi¬ 
tale de l’Univers. Elle y attaquera sans pitié les religions qui ont 
pour poin* commun la croyance en Dieu et en l’immortalité de 
l*âme. » 

Et Francesco Crispi, à son tour : 

« Nous sommes allés à Rome pour abattre cet arbre dix-huit 
fois séculaire du catholicisme. » 

C’est donc bien la franc-maçonnerie qui a effectué la 
prise de Rome pour abattre non le pouvoir temporel du 
Pape seulement, mais la religion catholique elle-même, et 
pour y établir, dès qu’il serait possible, son siège supi'ême 
en face du Vatican. 

Et la meilleure preuve encore, c’est la circulaire 
qu’Àdriano Lemmi envoya à toutes les Loges d’Italie le 
3 décembre 1887, où il est dit : 

« L’anniversaire du 20 septembre, du jour où. Rome est deve¬ 
nue capitale de l’Italie, et où le pouvoir temporel du pape a été 
renversé, regarde exclusivement la franc-maçonnerie. Il est un 
anniversaire, une fête purement et simplement maçonnique, 
puisque il marque la date de l’arrivée de la franc-maçonnerie 
italienne à Rome, but qu’elle visait depuis de si longues années. » 

Ici, je demande pardon aux lecteurs d’être obligé d'in- 
lerrompre mon récit, pour leur présenter un nouveau per¬ 
sonnage, très important, mais qui n’est pas un italien. 

En effet, la date du 20 septembre 1870 n’est pas seule¬ 
ment une date italienne ; c'est aussi surtout une grande date 
maçonnique. Elle marque à la fois la suppression du pou¬ 
voir temporel de la Papauté et l’organisation d’un rite 
suprême introduit dans la maçonnerie pour donner le carac¬ 
tère satanique à la divinité vague, plus ou moins bien con¬ 
nue sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. 

Mazziui, dans les dernières années qui ont précédé la prise 
de Rome, s'était mis en rapport avec un chef maçon du 



Rile écossais, le F Albert Piko, président du Suprême 
Conseil de Charleston (Etats-Unis), grand cabaliste, person¬ 
nage livré avec passion à toutes les études de Foccultisme, 
et qui jouissait d'une grande influence au point de vue 
doctrinaire. Alazzini avait compris que la franc-maçonnerie 
était un levier puissant pour révolutionner le monde entier; 
mais il la voyait divisée en de nombreux rites, souvent 
rivaux et mémo hostiles entre eux. De même qu’il avait 
voulu F unité de Tltalie pour abaU.ro la puissance temporelle 
du Saint-Siège, de même il rêvait 1 unité de toute la maçon¬ 
nerie du monde pour détruire l’Eglise elle-même comme 
puissance spirituelle (1). 

Pourquoi s'adressa-t-il à Albert Piko, plutôt qu’à un autre 
chef de Grand Orient ou de Suprême Conseil ? C’est parce que 
le Hile Ecossais Ancien et Accepté, s’il n’est pas le plus 
important comme nombre d’adeptes, est du moins celui qui 
est pratiqué dans le plus grand nombre de pays, et parce 


(1) Mazzini n’a pas été le premier à rêver l’unification de la franc- 
maçonnerie. Le F.*. Ragon, que les maçons français appellent leur 
auteur sacré, a écrit dans son livre l'Orthodoxie Maçonnique % paru en 
&53, à la page 354 t 

« On a dit ; La fraternité universelle engendrera Funité. Qu’est-ce 
*éelïement que la fraternité universelle, si ce n’est la franc-maçonnerie, 
dont les membres épars chez tous les peuples du globe, tendent à n’en 
aire un jour qu’une seule famille de frères, pour arriver à l’unité de 
'humanité ? 

«Mais celte unité hominaie ne peut se réaliser que lorsque l’unité 
maçonnique existera véritablement, c'est-à-dire lorsqu'elle émanera d’un 
rentre unique, immense conqrcs supérieur qui donnera Vimpulsion intellec¬ 
tuelle et administrât)cc au centre unique secondaire de chaque Etat ou 
nation,.. Four atteindre ce but, conçu depuis des siècles, c’est-à-dire 
pour parvenir à la formation d’uN centre unique universel, il faut 
indispensablement, qu’il n'v ait qu’une seule direction dans chaque Etat, 
et comme îl n’y a qu’une maçonnerie, il ne peut exister qu’un seul 
foyer. » 

Mais Ragon et Mazzini ne pensaient pas au meme moyen de procéder 
pour réaliser 1 unification. De l’avis de Eagon, il fallait que dans chaque 
pays il n’y ait qu’une seule fédération d’ateliers, et, par conséquent, un 
seul rite pour toute la maçonnerie du globe ; mais cela ne pouvait être 
réalisable. Au contraire, Mazzini, qui avait un esprit très pratique, s*était 



— 85 ~ 

qu’Albert Pike était parvenu à exercer une prépondérance 
considérable sur tous les Suprêmes Conseils nationaux de 
ce rite, dont on le reconnaissait comme le plus haut chef, 
mais jusqu’alors en ce qui concernait surtout la question 
liturgique et dogmatique, il est juste de le dire. 

En effet, sans qu’il soit nécessaire de remonter aux 
origines de la franc-maçonnerie, il est utile d’expliquer, en 
quelques mots, l'importance du Rite Ecossais Ancien et 
Accepté, qui procède du rite dit Ecossais de Perfection ou 
d’Hérodom, en 25 degrés, très pratiqué au xvm c siècle pâl¬ 
ies maçons se vouant à l’occultisme en Europe. C’est en 1701 
([ne le juif Stéphen Morin, délégué par le Conseil des 
Souverains Princes Maçons siégeant à Paris, reçut la mission 
de propager en Amérique le système d'IIérodom, et il 
débarqua à Saint-Domingue ; là il s’adjoignit Moïse Ilayes 
et Francken, chargeant le premier de créer des ateliers dans 
l’Amérique du Nord et le second dans la Jamaïque. Ilayos 
fonda à Boston une Sublime Loge de Perfection, dont il fut 
le grand-maître, et donna une mission à un de scscorreli- 
gionnaire et frère maçon, Isaac Dacosta, pour la Caroline 
du Sud ; ce qui amena la création d’une deuxième Sublime 
Loge de Perfection, établie à Chu ries ton en 1763, avec ledit 
F.*. Dacosta pour grand-maître, auquel le F.*. Joseph Myers 
succéda. Les deux puissances maçonniques de Boston et de 
Charleston créèrent de nombreuses loges et arrière-loges 

dit qu’il ne fallait pas songer à supprimer tous les rites au profit d’un 
seul, qui serait devenu le rite unique, selon la pensée de Ragon; lui, 
Mazzini, il disait : « Laissons subsister toutes les fédérations telles qu’olîrs 
sont, gardons tous les rites qui existent avec leurs systèmes, leurs 
autorités centrales et leurs modes divers de correspondance entre hauts- 
gradés du même rite; mais créons un rite suprême, qui restera inconnu 
et dans lequel nous appellerons les hauts-maçons de notre choix,en leur 
imposant le’ plus rigoureux secret vis-à-vis de leurs autres frères des 
rites ordinaires. Par ce rite suprême, nous gouvernerons toute la franc- 
maçonnerie ; en lui sera le centre unique universel, d’autant plus puis¬ 
sant pour la direction qu’il sera plus ignoré. > ( Lettre de Mazzini. à 
Albert Pikej du 22 janvier 1870, de Londres.) 



aux Etats-Unis, cl ollcs-mômcs s’claicnt donné le litre de 
Moi 'os-Logcs du Monde Unies. Tout ceci est très utile à 
rappeler, pour qu'on comprenne bien plusieurs documents 
que j'aurai à insérer plus loin. 

Les députés des grands-maîtres, en recevant la mission do 
fonder des ateliers et de visiter les régions où ils avaient 
haute juridiction, étaient désignés sous le titre de Souverains 
Princes de Jérusalem ; il y en avait un pour chaque région ; 
donc, c’élail une fonction, et non pas un degré d’initiation. 
Le 15 mai 1781, eut lieu à Philadelphie un convcnt de ces 
députés inspecteurs, réunis sur la convocation de Ilaycs et 
Myers. A celle assemblée, fut créé un nouveau député 
inspecteur, Moïse Cohen, pour la Jamaïque, attendu que 
Franckcn, primitivement nommé par Stephen Morin, avait 
négligé sou mandat. Bientôt vint a la Jamaïque un autre 
juif franc-maçon, le F.*. Isaac Long, qui devait jouer un 
grand rôle dans la secte, ainsi qu'on va le voir. 

Le convcnt de Philadelphie avait décidé qu’à l'avenir il 
pourrait y avoir plusieurs Souverains Princes de Jérusalem 
par région. En vertu de celle décision, Moïse Cohen institua 
Isaac Long à ce litre ; et celui-ci, qui trouvait son champ 
d’action trop limité à la Jamaïque cl qui projetait de grands 
desseins, passa à Charleslon. C’était un homme très actif ; 
non seulement il créa de nouvelles loges, mais il amenait 
encore les loges d’autres rites ((elles que celles du Boval- 
Arche) a sc réunira la Mère-Loge de Üharicsio», à se ranger 
sous son obédience. Par contre, la Mère-Loge de Boston 
n’était pas en prospérité. 

Néanmoins, quand on pense à l’immensité du territoire 
des Elals-Unis, on comprend que les ateliers, à cette époque 
de début, sc trouvaient bien clairsemés ; c’est ce qui a l’ail 
dire que, malgré l’activité de quelques grands-maîtres, la 
maçonnerie végéta longtemps dans l’Amérique du Nord. 
En 1795, Isaac Long sc dirigea en Europe, en laissant au 



colonel John Mitchell la direction de la Mère-Loge de 
Charleston. 

Puis, six ans plus tard, Isaac Long retourna aux Etats- 
Unis, et cette fois il apportait le plan de la réalisation de sa 
grande idée, qui était la création d'un rite en 33 degrés, 
destiné à devenir vraiment universel. Avec le colonel John 
Mitchell, le docteur Frédéric Daicho, Abraham Alexander, 
Isaac Auld et Emmanuel de la Motta, tous les cinq ayant le 
titre de Souverains Princes de Jérusalem, il fabriqua ce 
rite, prenant les 23 degrés du système d’IIérodom et y 
ajoutant 6 grades templiers, qui complétaient 4 degrés 
empruntés à rilluminismc allemand d’Adam Weishaupt, et 
deux grades dits d’administration, dont le dernier remplaça 
la fonction de député inspecteur (Souverain Prince de Jéru¬ 
salem) et prit le titre de Souverain Grand Inspecteur Général, 
33 e et dernier degré ; c’était le couronnement du nouveau 
système (1). Isaac Long donna à son œuvre le nom de Rite 
Ecossais Ancien et Accepté ; les premières grandes consti¬ 
tutions furent signées à Charleston, le 31 mai 1801. 

Afin d’assurer une grande vogue à ce rite, Isaac Long le 
rattacha directement aux Templiers par une légende mysté¬ 
rieuse. Déjà, tous les hauts grades des autres rites avaient 
imaginé de prétendre, dans le cérémonial de certaines 
initiations, venger les Templiers condamnés au moyen-âge 
par la Papauté et la Monarchie ; c’était un prétexte pour 
jurer haine à mort à la royauté et au catholicisme. Mais 
Isaac Long avait trouvé beaucoup mieux que cela. D’après 
la tradition, c’est en Ecosse que se réfugièrent les chevaliers 
du Temple qui réussirent à échapper aux poursuites 

(1) Dans le Diable au XIX e Siècle, au II e volume, pages 495 et sui¬ 
vantes, M. le docteur Bataille, qui a appartenu comme moi à la hauie- 
maconnerie et dont je suis heureux de confirmer grand nombre de 
révélations, a exposé, dans un résumé très clair, l'origine de chacun des 
33 degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté. 



— 88 — 


ordonnées contre leur ordre, convaincu de secrets complots 
et d’occultisme poussé aux dernières limites de l’impiété. 
On prétend meme que les fugitifs étaient parvenus à acheter 
au bourreau la 161e du grand-maître Jacques-Bourguignon 
de Molay, détachée du corps et soustraite au bûcher ; en 
outre, ils avaient mis en lieu sûr la monstrueuse idole, 
appelée Baphomct, à laquelle ils rendaient les honneurs 
divins dans leurs secrètes assemblées. En arrivant à Char¬ 
les Ion en 1801, Isaac Long y transporta le Baphomct qu'il 
affirmait avoir retrouvé, ainsi qu’un crâne qu’il déclarait 
être celui du grand-maître Molay. C’étaient les insignes 
reliques 1 les saintes choses ! et Long assurait que le vrai 
Dieu-Bon en personne lui avait juré qu’à ces précieux restes 
la victoire était attachée contre le catholicisme. Le Baphomet 
templier était le Palladium qui ferait triompher la franc- 
maçonnerie à jamais. 

C’est on le plaçant sous un pareil patronage que le F.*. 
Isaac Long proclama le Rite Ecossais Ancien et Accepté le 
plus parfait de tous les rites mfiçonniques ; en effet, il était 
appelé à prendre une très grande extension. La Mère-Loge 
de Boston avait cessé son fonctionnement depuis quelques 
années. Celle de Charleston, reconstituée selon le nouveau 
système d’écossismo en 33 degrés, devint la racine de l’arbre 
maudit qui allait étendre ses rameaux sur le monde entier. 
L’atelier supérieur des Souverains Grands Inspecteurs 
Généraux dans chaque contrée s'appellerait « Suprême 
Conseil », et c’est du Suprême Conseil de Charleston que 
procéderaient Lous les autres ; il serait ainsi le Premier 
Suprême Conseil du Globe. 

Voilà donc l hisloirc résumée 1 des origines de ce rite qui 
avait le plus spécialement attiré Pallenlion de Mazzini ; car, 
dans les années qui précédèrent l’usurpation de Rome par 
les Piémontais, il pouvait conslalcr que les prévisions d’Isaac 
Long s’élaient réalisées. Or, coL Albert Pikc, à qui le grand 



— 89 — 


conspirateur révolutionnaire avait songé pour en faire son 
allié dans l’œuvre de destruction totale de l’Eglise, était à 
celle époque le successeur d’Isaac Long môme, c’est-à-dire 
le Souverain Commandeur Grand-Maître du Suprême Conseil 
de Charleston. 

Maintenant, si on veut se rendre compte que Mazzini ne 
se trompait pas sur l’importance du Rite Ecossais Ancien 
et Accepté pour ce qui touche l’extension acquise, il suffira 
de parcourir le tableau officiel que je reproduis et qui est un 
document dont personne, pas môme Lemmi, aujourd’hui 
successeur de Mazzini et de Pike, ne pourra contester la 
parfaite exactitude. — Du reste, toutes les pièces que je 
produis sont officielles. 


TABLEAU DE LA GÉNÉALOGIE 

nrs Suprêmes Conseils du Rite Ecossais Ancien Accepté (1). 

A. Le Suprême Conseil de Charleston , Premier Suprême 
Conseil du Globe, créé le 31 mai ISO! sous le 33 e degré de lati¬ 
tude nord, dans la Caroline du Sud, aux Etats-Unis d’Amérique, 
a engendré : 

1° Le 22 septembre 1804, le Suprême Conseil de Francs, sié¬ 
geant à Paris ; 

2° Le 5 mars 1803, le Suprême Conseil d’Italie, siégeant à 
Rome ; 

3° Le 4 juillet 1811, le Suprême Conseil d’Espagne, siégeant à 
Madrid, aujourd’hui séparé de la Confédération, quoique prati¬ 
quant le Rite Ecossais Ancien Accepté en 33 degrés ; 

4° Le 5 aoitt 1813, le Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amé¬ 
rique (juridiction nord), s’égeant a Boston ; 

(1) Ce tableau, dressé par Albert Pike en 1889, fait partie de la cir¬ 
culaire intitulée Instructions du Sup.\ Cons.'. de Charleston aux 23 
Supr. Consr. Confédérés, laquelle porte la date du 14 juillet 1889. 
Cette circulaire se trouve dans le Recueil des Instructions secrètes aux 
Suprêmes Conseils , Grandes Loges et Gt'ands Orients recueil imprimé 
à Charleston, en 1890. Le document original est en anglais ; ceci en est 
l’exacte traduction. 



— 90 — 


5° Le Il juin 1820, le Suprême Conseil d'Irlande, siégeant à 
Dublin ; 

0° Le 24 juin 1850, le Suprême Conseil de Colon et Cuba, sié¬ 
geant à La Havane. 

B. Le Suprême Conseil de France, lils du Suprême Conseil de 
Charles!on, a engendré : 

1° Le il mai 1817, le Suprême Conseil de Belgique, siégeant à 
Bruxelles ; 

2° Le G mai 1840, le Suprême Conseil d'Ecosse, siégeant à 
Edimbourg ; 

8° Le 25 novembre 1871, le Suprême Conseil de Hongrie, sié¬ 
geant h Bitda-Peslh, lequel dirige la Cran de Loge Symbolique de 
ce pays ; 

4° Le 80 mai J878, le Suprême Conseil de Suisse, siégeant à 
Lausanne. 

C. Le Suprême Conseil de Boston ou des Etats-Unis d'Amé¬ 
rique (juridiction nord), 111s du Suprême Conseil de Charleston, 
a engendré : 

Le 2 février 1850, le Suprême Conseil d'Angleterre, siégeant à 
Londres. 

I>. Le Suprême Conseil de Belgique, petit-fils du Suprême 
Conseil de Charleston, a engendré : 

Le IG novembre 1829, le Suprême Conseil du Brésil , siégeant h 
ltio-de-Janeiro. 

E. Le Suprême Conseil du Brésil, arrière-petit-fils du Suprême 
Conseil de Charleston, a engendré : 

1° Le G mai 1842, le Suprême Conseil du Portugal, siégeant à 
Lisbonne (1) ; 

2° Le 20 septembre 185G, le Suprême Conseil de VUruguay, 
siégeant à Montevideo. 

F. Le Suprême Conseil d’Angleterre, petit-fils du Suprême 
Conseil de Charleston, a engendré : 

Le IG octobre 1874, le Suprême Conseil du Canada, siégeant à 
Hamilton. 

(1) Dans la Gaceia Maeonica, organe de la G.\ L.\ < Fortaleza > 
de Lisbonne, on lit : « Lo 28 février lXSo, a été investie du 88° gr.\ 
notre T. 4 . C. 4 . S. 4 . Felippa da Vilhena. connue par les profanes pour 
Doua Maria Salomé da Cmiecieao et Sou s.sa, Yen.*. Maîtresse de la 
Iv.\ L.\ de Su»urs sous la dénomination de Felippa da Vilhena. C’est la 
première Soeur qui ait obtenu un grade aussi élevé et honorifique. » 



— 91 — 


Cr. Le Suprême Conseil de l’Uruguay, arrière-petit-fils du 
Suprême Conseil de Charleston, a engendré : 

Le 15 décembre 1858, le Suprême Conseil de la République 
Argentine, siégeant à Buenos-Ayres. 

IL En outre, le Suprême Conseil de Charleston a adopté : 

1° Le Suprême Conseil du Pérou, siégeant à Lima, lequel s'est 
constitué de lui-même, le 23 mars 1830, et s’est rallié au Centre 
du Rite Ecossais Ancien Accepté ; 

2° Le Suprême Conseil de Colombie, siégeant à Bogota, lequel 
s'est constitué de lui-même, le 18 février 1833, et s’est rallié au 
Centre du Rite Ecossais Ancien Accepté ; 

3° Le Suprême Conseil de la République Dominicaine, siégeant 
à Saint-Domingue, qui s’est constitué de lui-même, le 13 dé¬ 
cembre 1801, et s’est rallié au Centre du Rite Ecossais Ancien 
Accepté ; 

4° Le Suprême Conseil du Venezuela, siégeant a Caracas, lequel 
s’est constitué de lui-même , le 3 mai 1861, et s’est rallié au 
1 entre du Rite Ecossais Ancien Accepté ; 

5° Le Suprême Conseil de Grèce, siégeant h Athènes, lequel 
s'est constitué de lui-même, le 25 janvier 18G7, et s’est rallié au 
Centre du Rite Ecossais Ancien Accepté ; 

6 n Le Suprême Conseil du Chili , siégeant à Yalpnraiso, lequel 
s’est constitué de lui-même, le 19 août 1870, et s'est rallié au 
Centre du Rite Ecossais Ancien Accepté ; 

7° Le Suprême Conseil du Mexique ? siégeant à Mexico, lequel 
s'est constitué de lui-même, le 8 novembre 1878, et s’est rallié 
au Centre du Rite Ecossais Ancien Accepté. 

I. Le Suprême Conseil du Venezuela, fils adoptif du Suprême 
Conseil de Charleston, a engendré : 

Le 26 novembre 1870, le Suprême Conseil de VAmérique Cen¬ 
trale, siégeant à Cosîa-Rica, 

J. Enfin, le Suprême Conseil d'Italie, fils du Suprême Conseil 
de Charleston, a engendré : 

1° Le 25 janvier 1878, le Suprême Conseil d'Egypte, siégeant 
au Caire ; 

2° Le 11 mai 1880, le Suprême Conseil de Tunisie, siégeant à 
Tunis ; 

Mais ces deux Suprêmes Conseils, demeurant sous la dépen¬ 
dance immédiate et directe du Suprême Conseil d’Italie, ne se 
rattachent qu’indirectement au Suprême Conseil de Charleston 
par la pratique du Rite Ecossais Ancien Accepté. 



— 92 — 


Ainsi } le Suprême Conseil de Charlesion a engendre lui-même ou 
fait engendrer, par les Suprêmes Conseils scs fils et descendants, 
20 Suprêmes Conseils , dont 3 ne sont pas rattachés à lui; et 
Vunion des autres Suprêmes Conseils avec lui constitue sur le 

globe la Confédération Souveraine de la Franc-Maçonnerie du Rite 
Ecossais Ancien Accepté, répandu et pratiqué de la sorte dans le 
plus grand nombre de pays des deux hémisphères, 

[Au surplus, ajoute le F.*. Albert Pike, le Suprême Conseil de Char- 
leston entretient, comme Souveraine Puissance Maçonnique, des 
relations d’arnitié fraternelle avec les Grands Orients et Grandes Loges 
de tous les Rites, qui veulent bien faire appel à ses lumières eu vue de 
l’entente commune et de la direction du mouvement maçonnique pour 
l’anéantissement final de l’ennemi.] 

Ainsi, à F époque où Mnzzini forma le projet d'unifier la 
franc-maçonnerie, non pas de la manière rêvée par Ragon 
et beaucoup d'autres, mais en créant une direction centrale 
universelle, basée sur l’inslitulion d’un Rile Suprême secret 
demeurant réservé à un petit nombre de hauts-maçons 
choisis avec le plus grand soin, c'est sur Albert Pike qu'il 
jeta son regard pour contracter avec lui une alliance dans 
ce but. 

Albert Pike naquit à Boston le 29 décembre 1809, Ses 
parents, d'une condition très modeste, furent obligés de 
recourir a de valides protections pour obtenir en faveur du 
jeune Albert une place dans le Iïavvard-Collège, d’où il ne 
sortit qu'à l'Age de vingt ans avec le diplôme de mnîtro-ès- 
arts, après y avoir reçu une instruction bien solide. 

Eu 1883, il obtint d'entrer dans la franc-maçonnerie. 
EVsi dans la Grande-Loge de LiUle-Bock (Arkansas) qu'il 
fut initié par le frère Léonidas Polk, pasteur protestant 
d'abord, et après évêque de la Louisiane, général du 
2 e corps d’armée des confédérés esclavagistes, qui trouva la 
mort dans la bataille de OhaUanooga le 5 mai 18Gi, pen¬ 
dant la sanglante guerre de la Sécession, où les esclava¬ 
gistes sc livrèrent à des crimes épouvantables. 



— 93 — 


Vers la fin de 1833, il fut reçu Maître (3 e degré). Le 
docteur Gallatin Mackey, qui l’avait pris en affection, le 
créa Prince du Liban (22 e degré), à Cliarleston, en 1856. A 
la Nouvelle-Orléans, il reçut la sublime lumière du 
33 e degré, en 1857, et aussitôt après il fut élevé à la haute 
dignité de membre effectif du Suprême Conseil de Char- 
lésion, dont Pâme était alors le grand secrétaire Gallatin 
Mackey, son ami, et dont le souverain commandeur grand- 
maître était le F.*. John Honour. 

Vers cette époque, Pikc et Mackey reçurent la visite de 
Longfellow. Ce Longfellow était un maçon écossais qui, en 
1837, s’élant fixé aux Etats-Unis, devint l’ami et le secrétaire 
particulier du F.*. Moïse Ilolhrook, alors souverain comman¬ 
deur grand-maître du Suprême Conseil de Cliarleston. L’in- 
Iimité entre Longfellow et Ilolhrook s’était établie aussitôt 
d'une manière sérieuse : parce que tous les deux avaient 
étudié à fond les sciences occultes, ils aimaient a s’entre¬ 
tenir souvent sur Jes mystères de la cabale. Aussi, quand 
Longfellow avait demandé à son grand-maître l'autorisation 
de s’affilier à l’ordre des Odd-Fcllows, pour en étudier l’or¬ 
ganisme, celui-ci ne lui refusa pas de cumuler les rites. 

Odd-Fcllows est le nom adopté par les membres d'une 
société, fondée à Londres vers 1788. Ils faisaient bande h 
part, ainsi que le nom l’indique, aimaient s’amuser et 
s’aidaient mutuellement. Le lieu de leurs réunions s’appelait 
loge, comme en maçonnerie, et plusieurs en surgirent 
bientôt dans le Royaume-Uni ; beaucoup furent dissoutes 
sur le soupçon que leur but était séditieux. Mais la société, 
changeant de nom et de siège, continua à exister dans une 
sorte de condition moribonde, lorsqu’en 1809 divers membres 
fondèrent à Manchester une nouvelle Loge ; puis certains 
d’entre eux s’en séparèrent en 1813 pour former l’Ordre 
Indépendant des Odd-Fcllows, dont les Membres du 
Conseil Central devaient tous avoir leur résidence à Man- 



clicslcr. L’ordre fut introduit eu Amérique en 1819 par le 
forgeron Wildey, qui fonda à Baltimore la Loge Washington 
N° /. Celle ville devint le quartier général des Odd-Fcllows 
américains composant le Canada et les Etats-Unis ; et grâce 
à l’énergie de Wildey, l’ordre gagna aussitôt une consis¬ 
tance solide et ses principes se répandirent avec une grande 
rapidité. 

Longfellow et Ilolbrook, en échangeant leurs vues entait 
de cabale, avaient formé le projet de créer un rite satanisle, 
où les adoptes seraient instruits des pratiques de la magie 
noire ; niais la mort d’IIolbrook, qui avait déjà composé, à 
cet effet, des rituels ol une messe sacrilège, dite Messe Ado- 
naicule, avait relardé l'accomplissement de leur projet. 
Après la mort de son patron, Longfellow quitta Charlcston, 
el en 1854 il s’élait rendu à Ilamilton, où ayant soumis, 
avec raulorisation de Wildey, à une réunion secrète d’Odd- 
Fellows les rituels manuscrits de Ilolbrook, on décida de 
greffer sur celte société florissante une deuxième classe 
d adeptes, pratiquant le satanisme, secrète et ignorée des 
adeptes de la première classe. Mais Wildey devint jaloux 
et refusa les locaux aux adeptes de la deuxième classe. 
Longfellow, non découragé par les entraves de Wildey, 
alla donc en 1857 à Charlcslon, où, comme je viens de le 
dire, il eut des entrevues avec Pikc et Maekey, auxquels il 
exposa son plan. L’innovation de Longfellow fut réputée 
merveilleuse ; mais Pikc, qui rêvait déjà d’introduire, lui, le 
luciféminisme dans les arrière-loges écossaises, ne so pro¬ 
nonça pas définitivement, et Longfellow s'adressa direc¬ 
tement au grand-maître de Charlcston, le F.*. John Ilonour, 
qui lut négatif sous le prétexte qu’on ne pouvait pas intro¬ 
duire le satanisme dans le Suprême Conseil Ecossais à l’insu 
de son lieutenant-commandeur Charles Furman, lequel, 
déclara-t-il, n’était pas porté pour des innovations de ce 
genre. Enfin, Longfellow obtint de Wildey raulorisation de 



— 95 — 


sc servir secrètement de l’Ordre des Odd-Fcllows pour les 
initiations de la 2 e classe, laquelle devait former un rite 
absolument secret et avoir son siège central à Ilamilton. 
Aussi les adeptes de la 2 e classe d’Odd-Fellows pratiquant 
le satanisme, prirent le nom de Rc-Thêurgistes~Optimales et 
Longfellow celui de Grand-Prêtre du Nouveau Mâgisme 
Evocateur . 

Dans mon ouvrage le Satanisme dans la Haute-Maçon¬ 
nerie, je parlerai plus longuement de l’ordre des Odd- 
Fellows. 

Albert Pikc, qui s’était élevé petit à petit, le G janvier 
1859 fut élu, sans concurrents, souverain commandeur 
grand-maître du Suprême Conseil de Charlcslon, grâce à 
l’influence de son ami Gallatin Mackey qui avait proposé 
son nom aux suffrages des membres du Suprême Conseil. 
Pike, une fois grand-maître, rétablit la prépondérance de 
son Suprême Conseil et arriva progressivement à devenir 
un important personnage maçonnique et le chef réel du 
Rite Ecossais. C’est une justice à lui rendre qu’il était un 
grand organisateur et qu’il savait faire respecter son auto¬ 
rité. Il avait relevé le Rile Ecossais aux Etats-Unis et 
n'entendait pas que les autres Suprêmes Conseils, « étant 
fils et petit-fils du sien », comme il disait, s’abstiennent de 
reconnaître sa supériorité dans le rite. Sa lutte contre un 
certain écossisme dissident, qu’un français, nommé Joseph 
Cerneau, joaillier, avait établi en 1806 à New-York avec les 
mêmes 33 degrés d’initiation, et que plus tard le F.*. 
Foulhouze, américain, remit en vigueur, est une lutte qui 
est restée légendaire dans les annales de la franc-maçon¬ 
nerie ; car il faut voir avec quelle abondance d’épithètes 
terribles le F.\ Albert Pike excommuniait les ccrnéauïstes 
et foulhouzistes rebelles à sa loi! En un mot, le grand- 
maître américain Pike était bien l’homme qu'il fallait à 
Mazzini pour réaliser son important projet de centralisation 
de la haute-maçonnerie universelle. 



— % — 


D’après dos lettres éparses dans diverses archives maçon¬ 
niques, c’est à partir de 18G6 que Mazzini avait formé 
ce projet. Lord Palmcrston venait de mourir, le grand 
patriarche delà secte en Europe. Mazzini s’était convaincu 
que Palmcrston avait imposé sa direction uniquement par 
effet d’influence personnelle sur les uns et les autres prin¬ 
cipaux chefs ; il n’y avait là aucune organisation effective, 
et ainsi ce n’était pas une œuvre durable. Mazzini étudia 
longuement ce qu’il y avait à faire; il mil quatre ans à 
combiner la réalisation du dernier rêve de sa vie. 

On peut dire qu’Alborl Pike cl lui se rencontrèrent dans 
une communauté do vues, et ils étaient bien faits pour s’en¬ 
tendre. Sur la première initiative, les opinions sont diffé¬ 
rentes : beaucoup pensent que c’est Pike. Il faudrait avoir 
les premières lettres des deux grands-maîtres pour se 
prononcer. 

Ce qui est certain, c’est qu’en 1870 tous les deux étaient 
tombés tout à fait d’accord pour la création d’un Pii te 
Suprême et l’organisation d’une haute-maçonnerie centrale, 
La guerre entre la France et la Prusse, qui, ainsi que je 
viens de le rappeler, permit au roi de Piémont, déjà intitulé 
roi d’Italie, de s’emparer de Rome, favorisa donc l’abolition 
du pouvoir temporel de la Papauté. A ce moment, la consti¬ 
tution de la haule-niaçonneric centrale fut décrétée et signée 
entre Albert Pike el Giuseppe Mazzini : que ce soit la vérité 
du fait, ou bien un artifice postérieur, l’acte do création est 
daté du :20 septembre 1870, jour de rentrée de Farinée 
d’invasion commandée par le E.\ Cadorna dans la Ville 
Eternelle. 

Les deux fondateurs sc partagèrent le pouvoir : à Pike fut 
attribuée l'autorité dogmatique, sous le titre de Souverain 
Pontife de la Franc-Maçonnerie Universelle, et à Mazzini, 
l’autorité exécutive sous le titre de Souverain Chef d’Action 
Politique. Mazzini, témoignant une grande déférence envers 



— 97 — 


les lumières du patriarche de Charleston, le pria de rédiger 
lui-même les cahiers des grades du Rite Suprême secret, qui 
serait ainsi le privilège et le lien liturgique des Vrais Élus 
et Parfaits Initiés, membres de la haute - maçonnerie 
centrale. 

Albert Pike, en Phonneur de son diabolique Baphomot 
templier, ce Palladium infernal dont son premier et hislo- 
rique Suprême Conseil avait la garde, intitula la fondation ; 
Rite Palladique Réformé Nouveau (on dit aussi : le Palladium 
Réformé Nouveau). Il fut convenu que l’existence de ce rite 
serait tenue rigoureusement secrète ; qu’il n’y serait fait 
jamais allusion dans les assemblées des loges et arrière- 
loges des autres rites, même lorsque par résultat du hasard, 
la réunion se trouverait composée uniquement de frères 
ayant la parfaite initiation. Pour recruter les adeptes, on se 
servirait de quelques membres des autres rites, mais au 
début, principalement de ceux se livrant déjà à I’opcuI- 
lismc parmi les frères du Rite Écossais Ancien et Accepté ; 
on ne communiquerait donc, d’abord, le secret de la nou¬ 
velle institution qu’avec la plus grande prudence et à très 
peu d’affiliés des hauts-grades ordinaires. C’est une chose 
suc de tout le monde qu’en maçonnerie, à partir du grade 
de Maître inclusivement, on peut, sans être membre d’un 
atelier, assister à scs séances à titre de visiteur, même si 
batelier visité n’est pas de votre rite ni de votre fédération 
nationale, pourvu qu’on soit maçon régulier et actif et qu’on 
se présente dans un atelier travaillant a un degré au moins 
égal au grade le plus élevé que vous possédez personnel¬ 
lement ; ainsi, un Rose-Croix (18 e degré du Rite Ecossais), 
voyageant n’importe dans quel pays, pourra, s’il fréquente 
assidûment sa loge et son chapitre, se présenter n’importe 
à quel atelier d’un degré égal ou d’un degré inférieur et 
assister h la séance, sans qu’on puisse lui en refuser l’entrée, 
mais il ne pourra pas entrer dans un aréopage de Chevaliers 



— 98 — 

Kadosch (30 e degré), meme de son rite. Un 33 e sera bien 
accueilli partout n’importe en quel pays, n’importe dans 
quel aüdicr des rites dont l'existence n’est pas tenue secrète. 
Ainsi, c’était surtout des initiés du 33° degré de PEcossisme, 
ce rite étant répandu dans le plus grand nombre des contrées, 
qui devaient, à la faveur de leur privilège, recruter des 
adeptes pour le Palladisme. C’est pourquoi le rite suprême 
a créé peu à peu scs triangles (nom des ateliers paliadiques) ; 
mais il les établit sur des bases solides, puisque les plus 
inférieurs de ses initiés sont déjà des frères longtemps 
éprouvés dans la maçonnerie ordinaire. 

Un comprendra d’aulanl mieux ces précautions, en sachant 
que le Palladisme est le rile essentiellement luciférien ; sa 
religion est le néo-gnosticismc manichéen, enseignant que 
la divinité est double, et (ju’il y a Lucifer égal d’A douai 
(nom donné en maçonnerie au Dieu des catholiques), mais 
Lucifer, Dieu de Lumière et Dieu du Bien, luttant pour 
l'humanité contre Adonaï , JDieu des Ténèbres et Dieu du 
Mal . En posant ce principe du culte secret des triangles, 
Albert Pi ko n’avait fait que préciser ol retirer le dernier voile 
au dogme des Inuits-grades de loulcs les autres maçonneries; 
car, dans n'importe quel rile, le Grand Architecte de 
l'Univers n'est pas, excepté pour les imbéciles, le dieu 
qu'adorent les chrétiens. 

Pour d'autres motifs, ces précaulions riaient encore 
nécessaires, afin de rendre possible l'exercice d'une suprême 
direction centrale, atteignant tous les rites par Pinlermé- 
diairc des inllucnces personnelles dos Vrais Elus et Parfaits 
Initiés, ceux-ci investis de privilèges et communiquant 
l’impulsion émanant du foyer de la plus haute autorité 
universelle; car, si les frères non initiés aux derniers 
mystères avaient soupçouné Inexistence de cette hante- 
maçonnerie centrale si bien organisée, il est évident que, 
dans leurs loges ordinaires, ils auraient toujours eu des 



— 99 — 


tendances à recalcitrer contre les motions des privilégiés. 

Mazzini s’était réservé l’action politique; c’était dans 
son tempérament. En outre, afin d’assurer mieux la 
création et le bon fonctionnement de cette formidable 
machine du Palladisme, il n’avait pas hésité à s’incliner 
devant le patriarche de Charlcston, qui, par sa prépon¬ 
dérance dans le Rite Ecossais, pouvait, plus facilement que 
lui, infiltrer la nouvelle institution en toutes les contrées 
du globe. Voilà la raison de Mazzini, donnant la supré¬ 
matie à l’autorité dogmatique sur l’autorité politique de 
ln maçonnerie universelle. 

Alors, la Chaire du Dogme fut établie, pour le monde 
entier maçonnique, à Gharleston, cité sainte du Palladium. 
Albert Piko, souverain pontife de Lucifer, fut le président 
du Suprême Directoire Dogmaliqne, composé de lui et de 
dix frères des plus hauts grades qui formèrent son Séré- 
nissime Grand Collège des Maçons Emérites. D’autre part, 
le Souverain Directoire Exécutif de la haute-maçonnerie 
fut établi à Rome, où Mazzini était venu s’installer, après 
sa libération de GaëLe, et où il fonda, en février 1871, son 
fameux journal démocratique, la Jîoma ciel Pojjo/o. Mazzini, 
qui avait scs hommes à lui et qui voyait des rivalités 
entre les divers Suprêmes Conseils existant en Italie, se 
montra peu aux assemblées officielles du Grand Orient de 
Rome, et, pour ne pas éveiller les défiances des liants- 
gradés de la maçonnerie italienne ordinaire, qui la plupart 
étaient jaloux de lui et qu’il n’avait pas mis dans le secret 
de la nouvelle institution, il affecta de s’occuper de socia¬ 
lisme; ainsi, afin de donner le change aux imparfaits 
initiés, il organisa à Rome, en octobre 1871, un congrès 
d’ouvriers. Mais, en examinant la chose de près, on aurait 
pu voir que c’était une habile manœuvre ; car son congrès 
n’avait aucun but pratique et ne donna aucun résultat. 
Par contre, il s’occupait de grouper tous Jes éléments poli- 



tiques de la secte, et, dans ce travail occulte, ce fut son 
agent Àdriano Lcmmi qui l’aida plus que tout autre. 

Lorsque Albert Pike lui envoya une copie de ses rituels 
lucifériens, Mazzini s’en montra passionnément enthou¬ 
siaste; ses articles dans la Borna del Popolo se ressentaient 
de son exaltation; mais le public ne pouvait comprendre 
quel était le son liment intime dont il s’inspirait, quand il 
proclamait l’existence d’une divinité et qu’il combattait 
avec énergie le matérialisme et l’athéisme. Cette fin de 
l'existence de Mazzini a beaucoup étonné. On avait de la 
stupéfaction à voir en cet homme un mystique ; on le 
constatait très religieux, et il se déclarait ennemi juré du 
catholicisme. Rien ne surprit plus que sa lettre à Daniel 
Stern, où il écrivait textuellement : « Non! je ne suis pas 
chrétien ! Je crois h une transformation radicale religieuse, 
qui embrassera à la fois et le culte et meme le dogme ! /> 
Parmi les maçons italiens, Lcmmi et très peu d’autres 
savaient ce qu’il voulait dire par là. 

Enfin, les deux grands chefs secrets complétèrent l’orga¬ 
nisation de la haute-maçonnerie, en instituant quatre 
Grands Directoires Centraux, qui fonctionnèrent dès lors 
pour grouper les informations au profit de Faction politique 
cl de la propagande dogmatique. Ce furent : le Grand Direc¬ 
toire Central pour l’Amérique du Nord, fixé h Washington; 
le Grand Directoire Central pour l’Amérique du Sud, à 
Montevideo ; le Grand Dirccloire Central pour l’Europe, à 
Naples ; le Grand Directoire Central pour l’Asie et l’Océanie, 
à Calcutta. Plus tard, on créa un Sous-Directoire Central 
pour l’Afrique, qui fut fixé à Port-Louis (île Maurice). El, 
après la mort de Mazzini, le chef suprême constitua un 
Souverain Directoire Administratif universel, dont le siège 
fut fixé à Berlin, et qui, dans la hiérarchie, vient après le 
Souverain Directoire Exécutif et avant les quatre Grands 
Directoires Centraux., 



— 101 — 


D après la Constitution fondamentale du Palladium, la 
nomination du Chef d’Àction Politique, président du Sou¬ 
verain Directoire Exécutif, appartient, non pas à l'élection, 
mais au chef suprême ou Souverain Pontife de la Maçon¬ 
nerie Universelle. Lorsque Mazzini se sentit près de 
mourir, il désigna Adriano Lemmi à l’antipape Pike, le 
priant de le choisir pour son successeur exécutif ; à cause 
des rivalités existant entre les différents Suprêmes Conseils 
italiens, il ne voulait pas donner à un membre de Lun cette 
direction, qui aurait pu lui faire adopter un système de 
préférences dans la maçonnerie des rites avoués. La situa¬ 
tion n’élait pas la meme qu’aux Etats-Unis, où Albert Pike 
avait imposé sa loi au sein de l’Ecossisme, même avant la 
création du rite suprême secret. Là, Pike, qui, après avoir 
habité Little-Rock, Memphis et Charleston, s'était fixé 
délinitivement à Washington d’où il dirigeait tout, n’avait 
pas craint d’assumer la responsabilité de la haute direction 
universelle avec celle du Grand Directoire Central pour 
'Amérique du Nord, tout en gardant môme la charge de la 
direction particulière du Rite Écossais; il est vrai qu’à ce 
Suprême Conseil il était suppléé par son fidèle et dévoué 
Gallatin Mackey/qui était, on peut le dire, son bras droit 
et l’âme du mouvement maçonnique, vu qu’il résidait, lui, 
à Charleston même. 

Mazzini mourut le 11 mars 1872, s’étant fait transporter 
de Rome à Pise quand il se sentit mal (1). Albert Pike, se 

(1) A la mort de Giuseppe Mazzini, le Grand Orient d’Italie adressa à 
toutes les loges italiennes une circulaire signée par le grand-maître 
Giuseppe Mazzoni, leur ordonnant de faire les cérémonies de deuil en 
honneur du grand frère. Plus tard, la Maçonnerie a intrigué pour qu’il 
fût élevé à Rome un monument au redoutable conspirateur. Le pro¬ 
moteur de cette glorification posthume était le F.*. Francesco Crispi, 
président du conseil, auquel le roi Humbert a déclaré qu’il voulait, lui 
le premier, contribuer à l’érectiou du monument à Mazzini, à Rome; 
le fils de Victor-Emmanuel a offert à cet effet la somme de cent mille 



— m 


rapportant au choix que le grand conspirateur avait fait, 
nomma Àdriano Lcrnrni son successeur, et le légendaire 
filou de Marseille, quoique n’élant pas encore membre du 
Suprême Conseil de Rome, devint, eu tant que palladisle, 
le chef du Souverain Directoire Exécutif, tenant la corres¬ 
pondance avec Oliarl es ton. 

Adriano, cependant, ne larda pas à penser que l’autorité 
supérieure, mais secrète, qui lui avait élé conférée, serait 
plus efficace en Italie, s’il parvenait à détruire les divers 
Suprêmes Conseils au profil d’un seul ; il déplorait ces 
rivalités et voulait l’unité de la maçonnerie italienne. 
Toutefois, pour réussir dans son projet, il avait besoin 
de mamenvrer sans se presser, de ne pas montrer le bout de 
l'oreille palladisle, de m 1 pas pousser d'abord à la mullipli- 

fïîancs! Le roi Ilumberl avait oublié que le gouvernement italien avait 
fuit expulser Mazzini de Lugano, en mai 1800, et que deux mois après 
Mazzhii dirigeait les préparatifs d’un soulèvement en Sicile; il avait 
oublié que Mazzini, eu 1833, avait organisé un complot en Piémont pour 
abattre la monarchie et faire assassiner son grand-père Charles-Albert. 
Ces 100.000 francs offerts par Humbert lui font un grand tort; et afin 
que le lecteur puisse en juger, je veux produire ici une lettre que Maz- 
zini avait adressée à Federico Campanella, et dont je défie quiconque de 
contester l’authenticité : 

« Cher Federico, 

« Peu de temps avant l'expédition de Savoie, après que les nôtres ont 
été fusillés à Gènes, à Alexandrie, à Chambéry, vers la tin de 1883, un 
soir vint chez moi, à l’hôtel de la Navigation, à Genève, un jeune 
homme inconnu. Il était porteur d’un billet de L.-À. Melegari, aujour¬ 
d’hui professeur, député ministériel à Turin, alors des nôtres, qui me 
recommandait chaleureusement son ami, lequel se sentait fort d’accom¬ 
plir un grand acte et voulait s’entendre avec moi. Lejeune homme 
était Antonio Gallenga.il venaitde la Corse et était unalïiliéà la Jeune- 
Italie. 11 me dit qu’il avait décidé de venger le sang de ses frères et 
d’apprendre aux tyrans une lois pour toujours que le crime était suivi 
de l’expiation; qu’il se sentait appelé à détruire eu Charles-Albert le 
traître de 1821 et le bourreau de ses frères; qu’il avait nourri cette 
idée clans la solitude de la Corse, jusqu’à ce qu’elle se soit faite géante 
et plus forte que lui... Je lui dis c\vl& je jugeais Charles-Albert digne 
de mort. .. J’ai compris que ce jeune homme était un de ces êtres que 
la Providence envoie de temps en temps sur la terre pour apprendre 
aux despotes que Je terme de leur puissance est dans la main d’un seul 
homme. Je lui demandai ce qu’il voulait. « Un passeport et uu peu 



— 103 — 


cation des triangles dans la péninsule : en un mot, il ne lui 
fallait pas heurter aucun des pouvoir rivaux établis dans 
les rites ordinaires. C’était affaire de patience et d’habileté. 

On va voir qu’il pai'vint à son but. 

En juin 1877, il se présenta, comme maçon ordinaire, à 
l’élection du conseil de l’ordre du Grand Orient d’Italie, fixé 
à Rome, et il fut élu. Le Grand-Maître en titre était 
Giuseppe Mazzoni, qui avait remplacé Frapolli. C’est 
seulement le 1 er juin 1883 que Lemmi se fit reconnaître 
comme grand-maître adjoint du Grand Orient ; alors 
Giuseppe Petroni avait succédé à Mazzoni. Ainsi, le rusé 
Adriano ne se hâta pas, malgré toutes les infiuences dont il 
aurait pu disposer plus tôt. 

A celte époque, la division dans l’Ecossisme italien était 
arrivée à l’élai aigu ; les rivaux étaient en sourde hostilité. 
A Rome, le Grand Orient symbolique voulait dominer le 
Suprême Conseil d’Italie siégeant h Turin, dont le docteur 
Timoteo Riboli était le chef légitime, et le Suprême Conseil 
dissident siégeant en la vallée du Tibre, dont le souverain 
grand-maître grand-commandeur était le colonel et sénateur 


d’argent », me répondit-il. Je lui donnai [mille francs et lui dis qu’il 
aurait un passeport en Tessin... 

«Il eut au Tessin un passeport qui fut mis au nom de Mariotti. 
Arrivé à Turin, il eut une entrevue avec un membre du Comité de 
l’Association. L’olïrc fut accueillie. On a pris des accords. Le fait 
s'accomplirait dans un long couloir à la Cour, par où le Roi passait tous 
les dimanches pour aller à la chapelle royale. On admettait quelqu’un 
pour voir le Roi avec un billet privilégié. Le Comité put en avoir un... 
11 fut établi que ledimanche suivant l’acte de châtiment s’accomplirait. 
On envoya uu membre du comité, Sciaudra, me demander une arme 
et me dire le jour ; un poignard, le manche en lapislazuli, était sur 
la table : je le montrai, Sciandra le prit et partit. 


« Giuseppe Mazzini. * 

L’assassinat ne put pas s’accomplir ; mais Mazzini avait donné le poi¬ 
gnard, l’argent, tout. 

Les mille francs donnés à Gallenga ont fructifié au 100 pour 1 
(100.000) sous les auspices du F.*. Francesco Grispi. 





Giorgio Tamajo et le vrai chef Luigi Castellazzo ; Lemmi, 
aide en cachette par ce dernier et par le comte Pianciani, 
surmonta tous les obstacles ; car Tamajo, moyennant la 
somme de 50.000 francs, abdiqua ses droits, et le 21 janvier 
1885, le Suprême Conseil de Rome fut absorbé par le Grand 
Orient d’Italie. 

Pour que la victoire de Lemmi fût complète, il ne lui 
restait qu’à absorber le Suprême Conseil de Turin. Riboli 
ne voulait pas se laisser enlever une source de richesse, ni 
s’incliner, lui, le seul vrai et légitime représentant de 
lu maçonnerie italienne reconnu au Couvent Universel de 
rCeossisme, tenu à Lausanne en 1875, et par toutes les 
puissances maçoniques du monde, lui le médecin titulaire 
de Garibaldi, devant le petit juif de Rome, qui n’était 
investi d’aucune autorité supérieure reconnue des loges ; 
car, aux yeux de la multitude des maçons italiens, c’était 
bien Riboli, et non Lemmi, qui était le plus haut on grade, 
b» plus élevé dans la hiérarchie avouée. Mais Lemmi, qui 
savait bien que son litre secret de chef palladîste lui 
donnerait la victoire, ne se laissa pas décourager par la 
résistance de Riboli. Il s’adressa directement au souverain 
pontife luciférien Albert Pike, auquel il fit valoir que cette 
scission était nuisible à la maçonnerie italienne et que la 
fusion était nécessaire pour la grande lutte contre le 
Vatican. 11 fit valoir que « Rome étant la ville où avait son 
nid le vautour papal de la superstition », cl que Rome étant 
la capitale définitive de lTtalie depuis 1870, il fallait que 
les puissances maçonniques étrangères reconnaissent enfin 
l’autorité de Rome. * 

Les raisons avancées par Lemmi furent appréciées par le 
Souverain Pontife de la maçonnerie universelle, lequel au 
mois de novembre 1886 désarma entièrement Riboli, lui 
promettant une indemnité de 30.000 francs. Riboli s’inclina, 
et la somme lui fut distribuée par la caisse centrale de 



— 105 — 


TOrdre. Qu’on no vienne pas nier le payement de cette 
somme au vieux Riboli ; car, je suis allé à Berlin, et, par un 
frère loyal du Suprême Directoire Administratif de Berlin,*' 
j’ai pu lire, de mes yeux lire le bilan de 1887, où ce versement 
figure au budget dos dépenses, chapitre des frais exceptionnels , 
en ces termes : « Suppression du Supr/. Cons.\ d’Italie 
siégeant à Turin, indemnité extraordinaire attribuée au 
F.-. T. R. sur la proposition du F.*. À. L. et approuvée 
au comité secret du 28 février : 30.000 francs. » 

Le cher frère Timoteo Riboli, avant d’empocher du Sou¬ 
verain Directoire Administratif de Berlin, le 28 février 1887, 
l’indemnité extraordinaire de 30.000 francs sur la proposition 
d’Adriano Lemmi, criait fort contre celui-ci et ne voulait 
pas la fusion du Suprême Conseil de Turin avec celui de 
Rome. Il ignorait qu’en 1885, pour le même motif, le 
F.*. Giorgio Tamajo avait palpé, lui, 50.000 francs, et il 
envoyait des protestations à di'oite et à gauche, sous forme 
de balustres, pour démontrer la légalité du Supi'ême Conseil 
de Turin, et l’illégalité du Centre Romain, en provoquant 
contre celui-ci les colères et les haines. Les documents que 
je produis à ce sujet en disent beaucoup : 

COMMUNICATION DU SUPRÊME CONSEIL ü’iTALIS 
A TOUTES LES LOGES ITALIENNES 

Salut et Fraternité 

Chers Frères, 

La vraie position de droit et de fait du Rite Ecossais Ancien et 
Accepté en Italie est peut-être ignorée, certes pas bien connue de 
la grande majorité des ateliers et des frères. Par là, nous 
rapportant à d’autres planches antérieures, nous croyons accom¬ 
plir un devoir en exposant et faisant connaître cette position 
dans toute sa vérité. 

Le Suprême Conseil siégeant à Turin est le seul légitime 
en Italie, étant le seul reconnu par les puissances maçonniques 
de notre Rite, répandues dans le monde entier, dès le Congrès 



— 106 — 


International de 1875. En ce Congrès il a été établi qu’en chaque 
Elal il ne devra exister qu*un seul Suprême Conseil du Hile 
Ecossais ; que celui-ci aura autorité absolue de juger, décider 
des querelles qui pourraient s’élever entre les corps du même 
Rite ; en/in qu’aucune autre puissance maçonnique nouvelle 
ne pourra s’y introduire. 

Au même Congrès il a été établi aussi que « tout Corps étranger 
au Rite Ecossais, qui ne reconnaîtra pas le Suprême Conseil de 
son pays, ne pourra pas être admis a des relations d’aucune 
espece par aucun des Suprêmes Conseils confédérés, et que les 
maçons, appartenant à des corps non reconnus régulièrement, ne 
pourront pas jouir des privilèges réservés aux membres faisant 
partie de la Confédération, à moins de se mettre sous l'obédience 
du Suprême Conseil Ecossais constitué dans le territoire où ils 
ont leur résidence et d'obtenir la régularisation de leurs titres 
maçonniques à partir du 3 e grade. 

Après avoir fixé ainsi les bases essentielles concernant le 
Lite Ecossais Ancien Accepté, on admit que les autres Rites se 
gouverneraient à leur aise, cl qu'on conserverait avec eux des 
relations d'amitié et de fraternité. Vainement, ensuite, d’autres 
Corps qui prétendaient avoir légitimité et suprématie ont tenté 
do faire consacrer l’une ou l'autre par n'importe quel acte de 
reconnaissance de la part des puissances maçonniques con¬ 
fédérées. 

Sous les auspices de l'illustre F.*. Giuseppe Garibaldi, en 1875 
un traité d'union fut stipulé, lequel, pour le centre Romain porte 
les signatures des FF/. Tamnjo, Caslcîlazzo et Facci. En vertu de 
ce pacte on aurait eu un unique Suprême Conseil siégeant il 
Rome, et quatre sections siégeant respectivement à Turin, a 
Florence, k Naples et à Talonne avec des pouvoirs déterminés et 
très étendus. La section de Sicile restait formée avec le Suprême 
Conseil Grand Orient déjà existant à Talonne et colle de \ uriri 
avec les membres du Suprême Conseil y ayant son siège. 

Le Suprême Conseil qui siégeait encore à Turin, appela les 
F F.\ du Centre Romain à concourir à la formation fies deux 
sections de Florence et de Naples et à établir les règles pour 
les relations officielles avec le Grand Orient du Rite Symbolique ; 
sans quoi il n’était pas possible de procéder aux élections pour 
e futur Suprême Conseil, ni de transférer le siège k Rome. Le 
Centre Romain n’a pris souci que d'une seule chose : ce fut de 



recueillir dans sa main le comble des pouvoirs en tâchant de 
faire échouer le transfert de fait du Suprême Conseil a Rome, et 
il dévoila ses desseins quand il envoya à la sanction du Suprême 
Conseil le Statut et les Règlements rédigés par lui et conlenant 
des principes en opposition ouverte avec ceux du Rite Ecossais. 
11 suffît de rappeler que Ton prétendait constituer à Rome un 
Grand Consistoire au-dessus de tous les autres et que l’on 
voulait soumettre le Suprême Conseil à une autre autorité avec 
le nom de « Gouvernement Suprême de l’Ordre ». Il était clair 
qu’on ne voulait pas la liberté des rites, ni l’égalité et la fraternité 
entre les divers rites, mais la soumission de toute la Maçonnerie 
italienne au Grand Orient Symbolique. 

Le Suprême Conseil refusa sa sanction, comme il en avait le 
devoir sacré. Alors, le Centre Romain, foulant aux pieds le 
traité d’union du 22 août 1875, convoqua une assemblée h Rome 
pour le 16 janvier 1877, au but de nommer les Grands Officiers 
du Suprême Conseil qu’il méditait de constituer. À la violation 
du traité d’union, on ajoutait aussi le clair dessein de vouloir en 
cette assemblée-là vaincre et abuser du pouvoir à tout prix, 
puisque ceux qui avaient le droit d’y prendre part n’avaient pas 
été tous convoqués. Le Suprême Conseil, pour cela, refusa d'v 
participer et déclara que ^obtenant pas le concours du Centre 
Romain pour la formation des sections de Naples et de Païenne, 
il les aurait lui-même constituées, et d’accord, ensuite, fixé le 
siège de la réunion pour constituer le futur Suprême Conseil, 
et décidé de tout ce qui concernait la section. Le Centre Romain 
persista dans son idée de constituer un soi-disant Suprême 
Conseil; et par conséquent celui de Turin, seul légitime et 
reconnu, fut forcé, au 1 er mai 1877, de décréter qu’il considérait 
comme nul et non avenu le traité d’union de 1875 et qu’il cessait 
toute relation avec le Centre Romain, lequel ainsi redevenait 
irrégulier comme avant le pacte d'union. 

Tontes les démarches conduites aussi par le pouvoir exécutif 
des puissances écossaises confédérées siégeant à Lausanne, et 
faites en vue d’obtenir qu’on en revînt au traité d’union de 
1875, furent vaines à cause de l’obstination du Centre Romain 
qui, désormais, content peut-être de l’usurpation accomplie et 
tirant profit de la confusion engendrée entre rite et rite, entre 
Grand Orient et Suprême Conseil, trompait les ateliers, faisant 
croire à une légitimité qu’il n’eut jamais. Et, en effet, malgré 



tous ses efforts, des décrets répétés du pouvoir déjà nommé 
et de chacun des Suprêmes Conseils en particulier reconnurent 
et consacrèrent itérativement, comme le seul légitime, le 
Suprême Conseil de Turin. 

De tous ces faits, il existe la preuve documentée, et enaque 
frère pourra, s’il lui paraît bon, en faire la confrontation au 
siège du Suprême Conseil 

En 1883, l’un de nos chers et puissants frères, de son initiative 
privée, s'adressa aux deux loges de Milan la Ragione et la Cisal- 
pina , peut-être les plus importantes de la Lombardie, certes 
les plus dignes de récompense du Rite Symbolique, afin que, 
unies à lui, elles agissent de façon à faire cesser les dangers 
(pie cet état de choses apportait à la famille italienne. Ces deux 
logos, alors sous l'obédience du Grand Orient de Rome, accueil¬ 
lirent la proposition et prouvèrent « qu'au dessus de tout 
intérêt particulier elles s’inspiraient d’un autre bien majeur, 
c’est-à-dire du suprême intérêt, celui de toute la famille maçon¬ 
nique, celui de la patrie politique, celui de la grande famille 
des maçons, l'humanité. » 

Un Mémorandum, rédigé par l'un de nos FF.*, sur l'invitation 
de ces loges, a été par les mêmes discuté et approuvé. Dans 
cet important document, les loges et le F.\, après avoir exposé 
sommairement la longue série des faits, déclaraient « ne pas 
vouloir s’ériger en juges en aucune façon; être et vouloir être 
des FF.*, qui, déplorant les fraternelles dissensions, voudraient 
voir retourner entre tous les FF,\ la concorde et la paix. » Après 
quoi, clics ont fait des propositions et plus particulièrement : 
qu’on entamât à Milan des pourparlers entre des délégués 
spéciaux des deux parties adverses pour traiter non seulement 
le retour au pacte d’union, mais aussi « pour établir tout de 
suite une sorte de modm vivendi sur la base de uti possi- 
dclis, arrêtant qu’au Congrès de Turin de 1884 on devrait effectuer 
la réunion, avec parité de traitement, de tous les maçons italiens 
et des loges de Tune et l’autre obédience, et que en attendant 
les FF.*, des deux obédiences pourraient se visiter réciproque 
ment. » 

Le mémorandum a été expédié à llome et à nous. A notre 
cher F.*, nous ne pouvions pas donner une réponse explicite et 
immédiate, d’autant plus que le très regretté grand commandeur 
De Milbitz, alors notre chef, était déjà frappé du mal qui nous 



la ravi. Néanmoins, nous avons répondu qu’on était disposé à 
prendre en sérieuse considération les propositions, que les con¬ 
cessions non sans valeur que nous avions faites dans le passé 
en hommage a la concorde et à la paix étaient déjà un gage de 
nos sentiments, et nous rappelâmes qu’aux loges de notre ville 
nous n’avions jamais défendu d’accueillir les FF.*, appartenant 
au Centre Romain, lequel par contre avait défendu sévèrement h 
ses loges de recevoir les frères des ateliers de notre obédience. 

Aux loges de Milan, le Centre Romain répondit avec une dé¬ 
daigneuse fin de non-recevoir. 

Il est inutile que nous ajoutions des commentaires là où les 
faits parlent avec tant d’éloquence. Les ateliers italiens du Rite 
Ecossais qui veulent au-dessus du 3* grade travailler régulière¬ 
ment, qui veulent voir leurs diplômes et leurs frères de n’im¬ 
porte quel grade accueillis à l’étranger dans les loges du même 
rite, savent à quoi s'en tenir. 

On a insinué, par tromperie ou par artifice, que notre Suprême 
Conseil a établi des laxes énormes pour suppléer au luxe des 
grades supérieurs. C’est une erreur et un indigne mensonge. 
Nous n’avons aucun luxe ; pas de locaux fastueux, point de frais 
au delà du simple et strict nécessaire, pas de prébendes plus 
ou moins somptueuses ; donc, nos taxes sont minimes, si 
minimes que, malgré l’augmentafion constante des ateliers, le 
Suprême Conseil se clôture quelquefois par un déficit auquel a 
suppléé la bonne volonté des FF.*, qui en font partie. 

Tout en sauvegardant les droits dont nous ne sommes que 
les dépositaires, jusqu’ici nous avons travaillé et nous travaille¬ 
rons pour réunir les membres encore épars de la maçonnerie 
italienne. Quand l’œuvre sera accomplie, si les ateliers veulent 
et où ils voudront, nous pourrons penser à l’érection d’un 
temple qui soit l’honneur de l’Ordre, digne temple de la vertu 
cl de la concorde. Tant que ce souhait ne sera pas accompli, 
nous nous contenterons de travailler comme nous avons tra¬ 
vaillé jusqu’à ce moment, c’est-à-dire plus que modestement, 
consolés par la conscience tranquille d’avoir fait notre devoir. 

Nous " espérons que ces paroles seront accueilies avec esprit 
fralernel par tous ceux qui aiment nos institutions, et nous nous 
souhaitons que les FF.*, s’inspireront tous uniquement d’un 
seul intérêt et d'une seule pensée : la pensée que la Maçonnerie 
a accompli de grandes œuvres, quand elle fut unie et compacte; 



— MO 


et l’intérêt exclusif de la grande patrie commune, l’humanité, 
laquelle réclame plus que jamais laide des forces convergentes 
et le concours efficace de tous les Enfants de la Veuve. 

Du Grand Orient de Turin, janvier 1880. 

Le Souv.\ Gr.\ Comm.\ Gr.\ Maître : 

Sifjnfi : D r Timoteo Riboli, 33°. 

Ce bn lustre du F.*. Riboli fut comme le mot d'ordre pour 
entreprendre une campagne des plus formidables contre le 
Centre Romain qui, quoique n’étant que Grand Orient 
Symbolique, usurpait les fondions de Suprême Conseil au 
détriment de Turin. Et alors pour abattre le despotisme de 
Lemmi, les maçons restés lidèles h Riboli, au nombre des¬ 
quels j’étais, nous avons commencé une propagande des 
plus actives; nous attirâmes à nous des frères jusqu’alors 
partisans de Lemmi, nous réveillâmes des FF.*, endormis, 
nous fondâmes de nouveaux ateliers sous l’obédience de 
Turin, nous proposâmes et entreprîmes la résistance à 
outrance. 

Riboli était très content de ce mouvement, et il nous 
encourageait en nous prodiguant ses félicitations. 

Un jour, nous nous étions réunis à Florence, chez le 
F.*, Scipionc Fortini, avocat, et la nous avons décidé de 
lancer une proclamation à tous les FF.*, du Rite Ecossais 
Ancien et Accepté dTtâîîe et plus particulièrement a ceux de 
la Vallée de J’Arno. A celte réunion ont pris part : le 
F.*. Edoardo de Rartolomeis, colonel d’artillerie ; le F.*. Too- 
filo Car, docteur en théologie, ministre protestant ; le 
F.* Scipionc Forlini, avocat ; le F.*. Oscar Pio, avocat fiscal 
militaire; le F.*. Guglielmo Fraltigiani, notable commer¬ 
çant; le F.\ Domcnico Margioüa, professeur ; le F.-. Gu¬ 
glielmo Genazzani, négociant juif. 

La proclamation que nous avons lancée est la suivante : 



— 111 — 


A.\ L.\ G/. D.\ G.*. A.*. D.\ LU*. 

In Deo fiducia nostra 

Déus meumque jus Ordo ab Chao 

Orient de Florence, 31 janvier 1886 (E.\ V.*.) 

A tous les frères maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté 
d’Italie et plus particulièrement aux frères de la Vallée de 
i’Àrno. 

Salut ! Prospérité ! Pouvoir ! 

Très chers Frères, 

Tandis que notre Patrie, partagée et piétinée pendant des 
siècles par l’étranger, a enfin conquis son indépendance, grâce 
au sang de ses martyrs, à sa constance dans ses projets, à 
l’union et à la concorde de tous les partis, la Maçonnerie 
italienne qui fournil un contingent aussi grand à la phalange des 
patriotes, continue à donner encore un misérable exemple et un 
triste spectacle de division et de discorde. 

Tandis que partout ailleurs les Maçons se lient en un faisceau 
et restent (suivant les constitutions) sous un seul et unique 
Suprême Conseil National, dans notre pays, ils se divisent en 
deux camps, et s’attachent à deux centres maçonniques rivaux 
qui se disputent la souveraine autorité : c’est-à-dire le Suprême 
Conseil de Turin, et le Centre Romain, ce dernier se donnant de 
lui-même le titre de Suprême Conseil. 

Une telle désunion jette le discrédit sur cette sainte institution 
qui a imprimé en caractères ineffaçables les mots : Liberté, 
Egalité, Fraternité, sur cette institution universelle qui a pour 
base la religion du Vrai, du Juste, de THonnete, le sacrifice de 
soi-même pour le bien des frères et l’émancipation de l’huma- 
nilé du despotisme polilique et du fanatisme religieux. Cette 
lutlc enfin, non seulement est dangereuse aux progrès de l’Ordre; 
mais elle éloigne de ses rangs un bon nombre de frères, soit par 
la lassitude de combattre, soit par l'incertitude sur la vraie et 
absolue légalité du Centre auquel ils appartiennent, soit par ce 
préjugé que la Maçonnerie a désormais fait son temps. Et ici, 
diso:is-le en passant, nous croyons rendre un vrai bénéfice à 
l'humanité en combattant ce faux principe. 

La société est engagée aujourd’hui dans deux grands conflits; 




mais il appartient à îa Maçonnerie d’intervenir pour accomplir 
son œuvre sainte de paix. Une haine mortelle met en opposition 
les riches et les pauvres, et leur choc belliqueux produirait une 
immense ruine. La Maçonnerie peut et doit exercer son influence 
sur les deux camps avec impartialité et fraie miser ces cœurs 
ennemis ; le cri de l’opprimé d’un coté, et de l’autre le sang 
innocent versé par les révolutions, l'excitent à agir, à s'élancer 
pacificatrice parmi ces enfants d’un meme père, nés pour s’aimer, 
et maintenant armés l’un contre l’autre. 

Un autre conflit inhumain se livre dans les cœurs et dans les 
consciences : d’un coté, la superstition, ennemie de la patrie, 
arrivée à son apogée par la proclamation de l’infaillibilité d’un 
homme; de l’autre côté, la négation brutale, le honteux athéisme 
qui réduit l’homme au niveau de îa brute, se disputent la domi¬ 
nation des intelligences, toutes les deux fausses et fatales! 
Bienvenue est ia Maçonnerie, qui relève les âmes abattues, tes 
dirige dans un chemin éloigné également de l’un et de l’autre 
écueil et les conduit au port désiré d'une foi qui convient eu 
même lemps à la pensée, au cœur et à l'amour de la patrie. Oui, 
son œuvre est nécessaire aujourd’hui plus que jamais. Mais pour 
l’accomplir, il faut qu’elle reste fidèle à ses principes, et avant 
tout quelle soit légitime dans son gouvernement ; car il n’y a 
pas de vraie Maçonnerie sans légalité. 

Toutefois, nous croyons faire œuvre très utile â la Maçonnerie 
italienne, en démontrant par des documents inébranlables quelle 
est sa seule suprême autorité légale. 

L’article V des Grandes Constitutions de Frédéric de Prusse, 
promulguées en 1780, dit : « ] n iïurop/e Mmjna quaqueN alloue, 
unoquoqnn Itcgno nul Iwpt'rio unir, uni Su prr nanti Conrilium 
rjusdnm gradua cril. » Nous nous proposons d'examiner briève¬ 
ment et de combattre les raisons omises cl soutenues par le 
Centre de Rome pour attaquer la légalité du Suprême Conseil 
d'Italie siégeant h Turin. 

Nous croyons, avant tout, devoir rappeler à nos frères ces 
points indiscutables ; 

1° Les Grandes Constitutions de 178G et celles revues au 
Couvent universel des Suprêmes Conseils Ecossais réunis a 
Lausanne et adoptées dans sa séance du ±2 septembre 1870, 
auxquelles comme â un dogme les Suprêmes Conseils doivent 
obéir en tout et en chacun de leurs articles, ne prescrivent pas 



113 — 


que le Suprême Conseil d’une Nation, Royaume ou Empire, 
doive siéger en un lieu plutôt qu’en un autre de la région où il a 
juridiction, et par là de préférence dans la capitale du gouverne- 
mont, comme quelques-uns veulent le faire croire. 

2° Le pouvoir exécutif de la confédération des Puissances 
Maçonniques du Rite Ecossais est actuellement confié au Su¬ 
prême Conseil de Suisse, ayant son siège à Lausanne, ville qui 
n’est nullement la capitale helvétique. 

3° Le Suprême Conseil qui n’obéit pas aux Grandes Consti¬ 
tutions et au pouvoir exécutif, est rebelle, et avec lui les corps 
maçonniques qui en dépendent. 

Ces trois points indiscutables fixés comme base,, dans notre 
examen, nous commencerons naturellement en nous reportant à 
la proclamation du Royaume d’Italie (mars 1881). En 1862, les 
LF. *. Ferdinando Ghersi, Federico Piret et Gabxâéle Murin, tous 
trois Souverains Grands Inspecteurs Généraux réguliers, fon¬ 
dèrent le Suprême Conseil d’Italie avec siège à Turin (1). En 
1864, le siège du gouvernement étant passé de Turin à Florence, 
quelques membres du Suprême Conseil, soit comme appar¬ 
tenant au Sénat et au Parlement, soit comme employés du 
gouvernement, soit pour des intérêts privés ou par leur propre 
choix, étant passés eux aussi à Florence, tâchèrent d’y transférer 
le Suprême Conseil. Les FF.* restés à Turin, et composant le 
Suprême Conseil régulier, protestèrent contre cet attentat ; 
mais cela n’a pas empêché les FF. *. de Florence d’y constituer 
un nouveau Suprême Conseil, et à la même époque, à Naples et 
à Palerme, d’autres FF.*, constituèrent d’autres Suprêmes 
Conseils. 

11 ne faut pas être beaucoup versé dans le droit maçonnique, 
ni doté de grande perspicacité, pour reconnaître à première vue 


(1) Dans le Tableau de la généalogie des Suprêmes Conseils que j’ai 
reproduit plus haut, Albert Pike indique le 5 mars 1805 comme date de 
naissance du Suprême Conseil d’Italie siégeant à Rome. Cette date est 
exacte, mais elle ne s’applique pas logiquement au Suprême Conseil 
actuel ; car le Suprême Conseil créé à Rome en 1805 ne vécut que dix 
ans. Quand Pike a dressé son tableau en 1889, il l'attachait, lans sa 
pensée, le Suprême Conseil de Lemmi à celui de la première fondation ; 
mais ce rattachement est arbitraire, vu la trop longue interruption de 
siège a Rome. Aussi, nous, en 1886, alors que Riboli ne s’était pas 
encore vendu à Lemmi, nous avions raison de dire que le Suprême 
Conseil d’Italie datait de 1862 seulement et avait son siège à Turin. 

a 



— 114 — 


la constitution illégale de tels Suprêmes Conseils, du moment 
qu’existait de jure et facto le Suprême Conseil de Turin. Cepen¬ 
dant, à l’égard de ces quatre Suprêmes Conseils, naquirent les 
incertitudes, engendrant des manœuvres, des conflits, des scan¬ 
dales : les loges et les frères étaient attirés chacun dans la 
sphère du pouvoir qui réussissait le mieux à démontrer sa léga¬ 
lité, son importance, etc... Aussi le Suprême Conseil de Turin, 
pour faire cesser toute équivoque, en appela aux Puissances 
Maçonniques régulières du Rite Ecossais, et demanda une 
enquête. 

Cette enquête a été faite par les deux Suprêmes Conseils des 
Etats-Unis d’Amérique et confiée particulièrement au Puissant 
F.*. Albert Goodall, 33% grand-secrétaire, qui s’est rendu deux 
fois en Italie, à Turin, Florence, Naples et Païenne, et le résultat 
fut « une déclaration de régularité en faveur du seul Suprême 
Conseil du 33° et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et 
Accepté, séant à Turin, avec droit de juridiction sur le royaume 
d’Italie. » 

Malgré ce verdict émané de la Mère-Loge du Monde, et auquel 
les Suprêmes Conseils déclarés illégaux devaient se soumettre, 
ils continuèrent à fonctionner, perpétuant l’équivoque et la con¬ 
fusion, et le Centre de Florence s’étant transféré à Rome lors du 
transfert de la capitale, affirma toujours davantage sa légalité 
dans le royaume, et même pour dissiper les doutes qui surgis¬ 
saient dans les rangs mêmes de ses FF.*., il inséra dans son 
journal la Rivisia délia Massoneria italiana, un long article à 
sensation , publié dans le n° 4, vin* année, et ajant pour titre : 
« Lumière, Lumière, Lumière ». Dans cet article, il oubliait 
habilement la mission Goodall en Italie ; mais c’est là un fait 
capital qui de lui-même détruit tout l’édifice du Centre Romain. 

Il serait trop long, et inutile à notre but, de revoir tous les 
actes du Suprême Conseil dTtaîie et du Centre Romain jusqu’à 
1875 (époque dans laquelle se réunit à Lausanne le Convent des 
Puissances Maçonniques du Rite Ecossais), le premier affirmant 
toujours sa légalité avec franchise et loyauté, le second avec 
mille subterfuges. Aux frères qui voudraient suivre cette lutte 
peu féconde, nous conseillons de lire les circulaires émanées du 
Suprême Conseil siégeant à Turin et les Bulletins des travaux 
des Suprêmes Conseils du Monde d’un coté, de l’autre côté les 
circulaires et le journal la Rivisia délia Massoneria italiana, 



— 115 — 


organe du Centre Romain. Nous nous bornerons à constater que 
de la part du Suprême Conseil de France, chargé d’envoyer les 
invitations aux autres Puissances Maçonniques Ecossaises pour 
prendre part au Convent qui devait avoir lieu en septembre 1875 
à Lausanne, le Suprême Conseil d’Italie séant à Turin fut le seul 
appelé à y prendre part comme représentant de la Maçonnerie 
Ecossaise italienne. 

Le Centre Romain certainement s’en préoccupa, puisque, par 
le fait de sa non-invitation au Convent, son illégalité venait de 
se montrer avec le plus haut éclat ; et, en effet, le 24 juillet 1875, 
cest-à-dire un mois et demi avant la réunion du Convent, le 
Suprême Conseil de Suisse reçut, par le grand-maître adjoint du 
Grand Orient d’Italie et grand commandeur du Sublime Consis¬ 
toire de Rome, une demande de renseignements « sur la date 
a laquelle aurait lieu cette réunion et les conditions demandées 
pour que les représentants des divers Suprêmes Conseils du 33* 
degré y soient admis, renseignements qui, disait-il, leur étaient 
indispensables pour régler leur conduite en présence d’un évè¬ 
nement aussi important pour l’avenir du Rite et de l’Ordre en 
général. » 

Le Suprême Conseil de Suisse, dans sa réponse du 4 août 
de ladite année, naturellement renvoya le frère demandeur au 
Suprême Conseil de France qui était chargé de la convocation 
et du programme du Convent. Qu’est-ce que pouvait répondre 
le Suprême Conseil de France, quand, depuis 1874, il avait déjà 
désigné le Suprême Conseil d’Italie séant à Turin pour y prendre 
part ? 

Ce fut alors que, sous les auspices du Fr.'. Giuseppe Gari- 
baldi, furent jetées les bases d’un traité d’union, et un décret du 
Suprême Conseil séant provisoirement à Turin, et daté de Rome 
23 août 1875, annonçait son union au Centre Romain. Ce décret 
portait la signature de sept membres du Suprême Conseil de 
Turin et de ces trois délégués du Centre Romain : Giorgio Tamajo, 
Mauro Macchi, Antonio D. Facci. 

Voici les passages plus importants de ce traité d’union : 

< Le Suprême Conseil siégeant provisoirement à Turin, reconnu par 
les Suprêmes Conseils étrangers et en vertu du décret de 1786 de Fré¬ 
déric II, chargé de la haute autorité maçonnique sur le Rite sus-indiqué 
pour le royaume d’Italie, étant animé d’un esprit de concorde et 
d’amour fraternel, prenant en considération l’utilité et la prospérité des 



— 116 — 


familles maçonniques et désirant affermir et resserrer le faisceau légal 
qui en réunit les membres dispersés, après mûre réflexion faite, a 
décrété les articles suivants : 

< Art. 1, Le Suprême Conseil transporte son siège à Rome, capi¬ 
tale de la nation. 

< Art. 2. — En vertu des grands pouvoirs qui lui furent accordés 
par les Statuts généraux, le Suprême Conseil forme quatre sections du 
même Suprême Conseil en Italie, c’est-à-dire une à Turin, une à Flo¬ 
rence, une à Naples, et une à Païenne. L’étendue du pouvoir territorial 
de chacune de ces sections sera déterminée par un décret ultérieu¬ 
rement établi. 

< Art. 19. — Le Suprême Conseil donnera avis de son transfert de 
Turin à Rome à tous les grands centres maçonniques du monde avec 
lesquels il se trouve en relations d’amitié et de solidarité, en y joi¬ 
gnant le tableau des dignitaires et grands officiers de ses sections res¬ 
pectives qui auront déclaré se mettre sous son obédience. » 

De l'examen de ces passages jaillissent les considérations sui¬ 
vantes : 

1° Le Consistoire Romain admet que le Suprême Conseil séant 
provisoirement à Turin et reconnu par les Suprêmes Conseils 
étrangers, est chargé de la haute autorité sur le Rite Ecossais 
pour le royaume d’Italie. 

â° Il reconnaît que le Suprême Conseil susdit, étant animé de 
Tesprit de concorde et d’amour fraternel, a rendu le décret 
dont l’article l or dit que le Suprême Conseil transporte son siège 
à Rome, capitale de la nation. 

3° L’art. 3 dit que le Suprême Conseil se compose de 4 sec¬ 
tions ; or, c’est à la formation de ces sections, partie intégrante 
du Suprême Conseil, que le Suprême Conseil de Turin a invité 
Iis Centre Romain à coopérer avec lui, afin qu’il pût transporter 
définitivement son siège à Rome. Au reproche fait audit Suprême 
Conseil de ne s’être pas transporté avant la formation des sec¬ 
tions, il y a lieu d’opposer ce fait, que le nouveau Suprême- 
Conseil composé des 4 sections devait former un corps unique 
et indivisible ; donc il étail nécessaire de former d’abord, les 
4 sections pour procéder ensuite, comme prescrivent les Grandes 
Constitutions, à la nomination des dignitaires du pouvoir qui 
devait succéder au Suprême Conseil existant. 

4° Enfin l'art. 19 prouve suffisamment que le Suprême Conseil 
ne pouvait pas, ipso facto, se transporter à Rome ; car en cet 



art. 19 se suppose et se prévoit un certain temps nécessaire pour 
former les sections, attendu qu’il stipule que le Suprême Conseil 
donnera avis de son transfert, etc... 

Voyons, soyons logiques, et surtout, francs. Ceux de Rome 
reconnurent le Suprême Conseil d’Italie séant a Turin et signèrent 
le décret d’union, au seul but d’être admis au Couvent de Lau¬ 
sanne ; en effet, bientôt après, prenant pour prétexte des motifs 
futiles et arguant des vues diverses dans l’exécution du pacte 
d’union, ils le déchirèrent en décembre 1876, et, contrairement 
aux lois et constitutions du Rite Écossais, leur chef assumait lui- 
même la responsabilité de convoquer à Rome une assemblée 
pour le 14 janvier suivant, appelant tous les frères investis du 
33 e degré à venir procéder aux élections des charges du nouveau 
Suprême Conseil. 

Naturellement le Suprême Conseil de Turin, par sa planche du 
7 janvier, refusa l’invitation que, lui aussi, il avait reçu du Centre 
Romain; il protesta contre cette convocation arbitraire et déclara 
l’assemblée du 14 janvier 1877 irrégulière et illégale. En outre, il 
annonçait que, n’ayant pas obtenu le concours du Centre Romain 
pour la formation des 4 Sections, il les avait lui-même consti¬ 
tuées, et qu’en temps opportun et d’accord avec les mêmes, il 
fixerait la date de l’assemblée qui devait nommer le futur 
Suprême Conseil. Malgré cette protestation, l’assemblée annoncée 
eut lieu, et vous, chers Frères, vous pourrez prendre connais¬ 
sance de tout ce qu’il a été dit d’étrange et de tout ce qui y a été 
fait irrégulièrement, en lisant le n° 4 (VIII e année) de la Rivista 
délia Massoneria Italiana . Mais ce qui est ignoré de la généralité 
des frères, c'est le fait suivant que nous nous abstenons de qua¬ 
lifier et que nous vous laissons, chers Frères, le soin de juger. 

Le Centre Romain avait hâte, comme vous le pensez bien, de 
posséder un document du Suprême Conseil de Suisse, pouvoir 
exécutif de la Confédération des Suprêmes Conseil Ecossais, pour 
valider et légaliser sa réunion du 14 janvier. Ici, nous cédons la 
plume à l’autorité maçonnique; c’est-à-dire au même Pouvoir 
Exécutif, en extrayant ce qui suit de la circulaire n° 6 du 9 juin 
1877 adressé? aux Suprêmes Conseils confédérés, page 7, lignes 
12 et suivantes : 

<.Nous nous voyons dans la nécessité d’expliquer comment un 

télégramme émanant du souverain grand commandeur du Suprême 
Conseil de Suisse fut lu et acclamé dans cette réunion. 




— 118 — 


« Le 12 janvier, le Très Illustre F/. Besancon reçut la dépêche suivante: 
« Rome, 1 1 janvier 1877 , 4 h. 30 m. du soir. (Réponse payée.) Jules Be- 
« sançon. Président Suprême Conseil Maçonnique Lausanne . Suprême Con¬ 
tt seil 33 e Italie, siégeant Rome , reconnu Congrès Lausanne d y après votre 
* vublicalion officielle 12 décembre 1875 , est convoqué pour le 14 cou - 
« rant, Nous vous avisons, afin que vous veuillez nous envoyer télégramme 
« enregistrant cet évènement dans les fastes solennels de la Maçonnerie 
« Rite Ecossais. (Signé) Tamajo 33 e . * 

« Notre souverain grand commandeur, intimement convaincu que ie 
F.\ Tamajo, délégué par le Suprême Conseil de Turin au Convent de 
Lausanne, agissait en cette circonstance selon les ordres de son Suprême 
Conseil d’Italie, sous la présidence du légitime souverain grand com¬ 
mandeur, ne fit pas attendre sa réponse, qui, par surcroît de politesse, 
était payée d’avance. Il envoya les félicitations qu’on réclamait de lui 
et reçut en retour le télégramme suivant : « Rome, 15 janvier 1877 , 

< 2h. 40 m. du soir. Jules Besançon^ruc Palucl , 12, Lausanne. Assemblée 
-* générale Suprême Conseil annoncée Rome a eu lieu hier, votre dépêche 

< acclamée. Réunion, splendide. Accord parfait; envoyons compte rendu. 

< (Signé) Tamajo. » 

« Le journal la Vérité se fit l’écho de la joie que ressentaient tous les 
maçons, persuadé que l’union était un fait accompli entre les membres 
de la famille italienne. De nombreuses protestations ne tardèrent pas 
à éclater et notre souverain grand commandeur ne put que déplorer que 
sa bonne foi ait été surprise de cette façon , > 

La réunion du 14 procéda donc à la nomination des officiers 
du Conseil révolutionnaire qu’elle était appelée à créer ; le F. *„ 
Giorgio Tamajo se vit élever illégalement à la dignité de souve¬ 
rain grand commandeur. 

À raison des faits exposés jusqu’ici, le Suprême Conseil de 
Suisse rendit et promulgua sous la date du 4 juin 1877, le décret 
suivant : 

« Le Suprême Conseil du 33® degré pour la Suisse, Pouvoir Exécutif 
de la Confédération des Suprêmes Conseils du Rite Ecossais Ancien 
accepté ; 

« Vu la circulaire du 1 er mai 1877 émanant du Suprême Conseil 
d’Italie, siégeant provisoirement à Turin, et qui demande l’application 
de l’art. Il duTrailé d’Alliance et de Confédération du 22 août 1875; 

« Entendu le rapport de son grand chancelier, pris connaissance de 
toutes les pièces y relatives ; 

« Dans l’obligation où il est de se placer au point de vue de la stricte 
observation de la loi ; 



— 119 — 

« Eq conformité de Part. 14 des Grandes Constitutions révisées da 
§ 4 du préambule au Traité d'Alliance et de Confédération, des art. 10 
et 11 dudit TraitS . 

< Invite les Puissances Maçonniques Ecossaises, faisant partie de la 
Confédération des Suprêmes Conseils du Rite Ecossais Ancien Accepté 
à ne reconnaître comme paissance légitime et régulatrice du Rite Ecos¬ 
sais Ancien Accepté en Italie, que le seul Suprême Conseil confédéré 
siégeant provisoirement à l’orient de Turin. 

« Le souverain grand commandeur : A. Ambehny 33 e . 

* Le grand secrétaire chancelier du Rite : Jules Duchesse, 33*. 

« Par mandement, le chef du Secrétariat général : J. Delacuétaz, 33 e . 

La conséquence naturelle de ce décret a été que le Pouvoir 
Exécutif de la Confédération du Rite Ecossais a résolu ensuite : 
« de priver ledit Centre Maçonnique de Rome des avantages qu’il 
lui avait accordés par le pacte d’union ; de rompre toute 
relation avec lui ; de le déclarer rebelle et de le considérer irré¬ 
gulier comme avant le Pacte d’union. Fidèles aux principes de 
notre Ordre, déclare le Pouvoir Exécutif du Rite, nous faisons 
connaître cette décision à tous les Suprêmes Conseils confédé¬ 
rés par la stricte application de Fart, il du Traité d’Union. v 

Naturellement, très chers Frères, le Centre Romain continua 
ses récriminations contre le Suprême Conseil d’Italie; alors le 
président du Suprême Conseil de Suisse proposa au SuprêmeCon- 
seil d’Italie, d’abord, d’adhérer à une transaction dans l’intérêt de 
l’Ordre, et ensuite de soumettre la question au prochain Congrès 
des Suprêmes Conseils confédérés; mais à cela le même Suprême 
Conseil d’Italie, siégeant à Turin, s’opposa ; la chose étant con¬ 
traire aux Grandes Constitutions, il se tenait fort de son droit. 

Après quoi, à cause des continuelles récriminations du dit 
Centre Romain, basées non sur des faits et des circonstances con¬ 
formes à la vérité, mais sur des captieuses argumentations, le 
Pouvoir Exécutif du Rite Ecossais, espérant mettre terme à un 
conflit qui exposait la Maçonnerie italienne aux moqueries de ses 
adversaires, et croyant pouvoir considérer le Suprême Conseil 
d*Italie comme transféré de Turin à Rome (ce qui n’était jamais 
arrivé ni en fait ni en droit) rendait le décret daté du 18 mars 
1879, par lequel il reconnaissait implicitement l’irrégulier et rebelle 
Centre Romain siégeant à la via de la Valîe comme transformé 
en Suprême Conseil d’Italie. Contre ce décret, le vrai et unique 
Suprême Conseil d’Italie, séant à Turin, protesta auprès de tous 



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REPRODUCTION D UN DES DIPLOMES MAÇONNIQUES DE L'AUTEUR 

( Fac-similé en réduction par la photogravure.) 




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, SOUVERAIN GRAND INSPECTEUR GÉNÉRAL (33 e DEGRÉ) ÜU BITE ÉCOSSAIS ANCIEN ACCEPTÉ, SUPREME CONSEIL FÉDÉRAL DE NAPLES 





































les Suprêmes Conseils Confédérés et non Confédérés y lesquels 
déclarèrent ne faire aucun cas dudit décret et continuer à recon¬ 
naître le Suprême Conseil des 33 cs séant à Turin comme la seule 
et unique autorité Suprême du Rite Écossais Ancien Accepté 
pour tout le royaume d’Italie. 

Enfin, à la suite du rapport documenté de lTllustre F. . Eugène 
Baud, 33 e , délégué du Pouvoir Exécutif du Rite Écossais au 
Congrès convoqué pour le 24 octobre 1881 à Turin, lequel 
rapport faisait ressortir la plus pure vérité sur le conflit entre 
Turin et Rome et ne faisait aucune attention aux récriminations 
continuelles du Centre Romain qui avait trompé le Pouvoir de 
Lausanne, ledit Pouvoir Exécutif du Rite, revenant aux considéra¬ 
tions et au juste jugement qui avaient motivé sa première déci¬ 
sion du 9 juin 1877, en réunion extraordinaire du 29 novembre 
4881, a rendu et promulgué le décret suivant : 

« Le Suprême Conseil de Suisse, Pouvoir Exécutif de la Confédération 
du Rite Ecossais Ancien Accepté, 

« Considérant les observations qui lui ont été présentées par le 
Suprême Conseil d’Italie siégeant à Turin; 

« Vu les articles 8, 10 et 11 du Traité d’Union; 

< Déclare abroger le décret du 18 mars 1879 émanant du susdit 
Suprême Conseil de Suisse, Pouvoir Exécutif de la Confédération des 
Suprêmes Conseils. 

« Le souverain grand commandeur : Amrerny, 33*. - Pour le grand secré¬ 
taire chancelier du Rite : Jui-es Besançon, 33*. — Par mandement : le chef du 
Secrétariat général : J. Delàcrétaz, 33*. » 

Voilà donc exactement, très chers Frères, comment les choses 
se sont passées et quelle est en réalité la situation. Le Suprême 
Conseil siégeant à Turin est le seul reconnu par les Suprêmes 
Conseils confédérés du Rite Écossais Ancien Accepté ; aux yeux 
de tous les maçons du monde, il est la seule légale autorité 
suprême écossaise en Italie et dans ses dépendances. Le Centre 
Romain est considéré comme schismatique et illégal par les 
susdits Suprêmes Conseils et il ne peut avoir des relations à 
l’étranger qu’avec des Centres Maçonniques schismatiques et 
irréguliers. 

Il ne faut pas nous objecter que, le Centre Romain ayant sous 
son obédience plus d’ateliers que le Suprême Conseil de Turin, 
il est par conséquent reconnu par la majorité des maçons 



D’Italie. Réussir à se faire de nombreux adhérents ne transfor¬ 
mera jamais l’illégalité en légalité. En maçonnerie, ce n’est pas 
le nombre des adhérents qui établit la légitimité. Quand même 
le Suprême Conseil de Turin devrait rester réduit à une très 
infime minorité, il ne cesserait jamais pourtant d’être la seule 
légitime autorité maçonnique suprême en Italie pour le Rite 
Écossais Ancien et Accepté. Mais il n’est pas vrai qu’il soit réduit 
à « peu d’intransigeants » comme quelquefois le disent les adhé¬ 
rents de Rome. 

Loin de là, il est dignement constitué, comptant un bon 
nombre de nobles patriotes et d’hommes savants de plusieurs 
contrées de lTtalie ; iî a sa section principale de Turin, digne¬ 
ment organisée avec les charges rituelles (le grand-maître est le 
vénérable médecin de Garibaldi, le docteur Timoteo Riboli) ; il a 
ses sections régulières des Vallées de l’Arno, du Tibre et du 
Sebeto ; il a sous son obédience, dans tous les coins d’Italie, de 
sérieux ateliers, et il voit en ces jours se rapprocher de lui 
beaucoup de loges jusqu’à présent dépendantes du Centre 
Romain, lesquelles, la vérité étant enfin connue, s’empressent 
de rentrer dans la légalité. Nous vous invitons, très chers 
Frères, à imiter ce noble exemple, vous rappelant que la légalité 
de VAutorité Maçonnique de laquelle on dépend est de suprême 
importance) puisque, suivant le Concordat fait au Convent de 
Lausanne, art. 17, § 4. « Les Maçons appartenant à des Corps 
non régulièrement reconnus ne poummt pas jouir des privi¬ 
lèges réservés aux membres faisant partie de la Confédération, à 
moins de se placer sous l’obédience du Suprême Conseil 
Écossais constitué dans le territoire où ils sont fixés, et d’ob¬ 
tenir la régularisation de leurs titres maçonniques à partir du 
3 e grade. » Puisse le G.*. A.*. D.\ L’U.\ couronner nos vœux et 
faire revivre la vraie Maçonnerie en Italie, la faisant rentrer dans 
la légalité, sans laquelle il n’y a pas vraie Maçonnerie! 

Tous d’un commun accord, nous avons fait signer la présente 
proclamation par deux FF.\ 33 es , beaucoup connus de tous les 
maçons italiens. 

Le souverain grand inspecteur général, membre du Suprême Conseil d’Italie * 
Colonel Edoàrdo De Bartoloueis, 33% délégué pour la "Vallée de TArno. 

Le souverain grand inspecteur général, membre du Suprême Conseil d’Italie : 
Docteur Teofilo Gay, 33*. 



— 124 — 


Telle fut notre proclamation, que nous lançâmes par 
milliers d’exemplaires dans toute l’Italie maçonnique ; et, 
pour la faire suivre d’un acte immédiat, nous fondâmes 
la Loge-Modèle sous le titre distinctif de Savonarolc, en en 
faisant le centre d’opposition à Lcmmi pour la Toscane; ce 
qui nous valut les foudres de la Rivista délia Massonerza 
italiana . Mais les injures envenimées du circoncis de Stam¬ 
boul et de son digne secrétaire particulier, le perfide 
Ulisse Bacci, calomniateur de profession, chevalier d’in¬ 
dustrie toujours criblé de dettes, n’étaient pas de nature à 
nous intimider. Certainement Lcmmi avait un grand avan¬ 
tage, celui d’être le Chef d’Àction Politique dans la haute- 
maçonnerie; mais il ne pouvait pas revendiquer son titre 
devant les loges, dont les neuf dixièmes des membres au 
moins sont des imparfaits initiés, et l'existence de la haute- 
maçonnerie centrale universelle doit être tenue rigoureu¬ 
sement secrète, sous peine de mort. D’autre part, ce n’élait 
pas une question de politique anticléricale qui s’agitait, et 
il nous semblait impossible que l’autorité suprême de Char- 
leston prenne parti contre nous, surtout après l’enquête 
du F.*. Goodall, que le souverain pontife Albert Pike avait 
délégué. C'était uniquement une affaire d*écossisme , c’est-à- 
dire une question touchant exclusivement aux intérêts 
du llite Ecossais, pour la sauvegarde desquels le Suprême 
Conseil de Suisse est constitué Pouvoir Exécutif de la 
Confédération Écossaise, et ce pouvoir est distinct du Direc¬ 
toire Exécutif secret de la haute-maçonnerie centrale , lequet 
n'a pour attribution que les affaires politiques d'intérêt 
universel . Donc, il ne pouvait y avoir confusion de pou¬ 
voirs, et celui de Lausanne était pour nous! 

Aussi, nous marchions intrépides à notre but, brisant les 
obstacles de toute sorte que Lcmmi nous suscitait. Et alors, 
nous avons publié le programme du nouveau temple ribolien : 



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À.\ L.\ G.\ D.\ G.\ A.-. D.\ L’U.\ 

Programme de la Resp.\ Loge-Modèle Savonarola de Florence 

Notre atelier a pour but de faire revivre à Florence la vraie et 
légitime Maçonnerie . 

Pour atteindre ce but, nous nous sommes proposé : 

1° De nous constituer sous la dépendance de la seule légitime 
autorité suprême maçonnique d y Italie pour le llite Ecossais 
Ancien et Accepté , laquelle est le Suprême Conseil siégeant à 
Turin . 

2° De faire une propagande active parmi les maçons italiens 
qui, ignorant encore les faits, se trouvent sous la dépendance 
d’un Centre Maçonnique irrégulier et schismatique, afin qu’ils 
passent à l’obédience de l’autorité légale siégeant k Turin. 

3° D’attirer à notre Ordre des profanes donnant de sérieuses 
garanties qu’ils pourront être des éléments de prospérité pour 
notre Institution ; nous ne demanderons pas la quantité, mais la 
qualité. Nous avons la ferme résolution de n’admettre que des 
hommes* qui, comme moralité, intelligence, position sociale et 
dévouement à notre Ordre, pourront procurer à notre Loge 
puissance et honneur. Notre devise sera : « Peu, mais bons. » 

4° Notre œuvre sera la sainte œuvre de la Maçonnerie : la 
fraternité des hommes, le soulagement des malheureux, le 
perfectionnement moral des personnes, le bien de la Patrie. 

5° Nous déclarons nous tenir a l'écart, en tant que Loge, de 
n’importe quelle faciion politique ; néanmoins, nous entendons 
ne rien ménager pour concourir à la bonne allure et a l’amélio¬ 
ration de la chose publique par des moyens légaux et hono¬ 
rables. 

G° La question sociale, si palpitante aujourd'hui, sera l’objectif 
de nos études continuelles et de nos vives préoccupations. Nous 
nous efforcerons par la presse et par des conférences publiques 
de contribuer à l’acheminer vers une solution qui fasse droit k 
toute juste exigence. 

7° Pratiquement, nous travaillerons à cette solution, aussitôt 
que nos moyens nous le permettront, par quelque institution 
bien réglementée au profit de ceux des déshérités à qui les 
autres institutions de bienfaisance n’ont pas encore donné 
assistance. 




— 125 — 


8° Nous croyons qu’il y a impérieuse nécessité pour la Maçon¬ 
nerie, et que c’est sa sublime lâche, de se préoccuper du misé¬ 
rable état de choses provenant du conflit interminable entre 
l’Italie et le Vatican* 

Nos populations sont menacées par deux courants contraires, 
et chacun d’eux est fatal à la Patrie et à la Société : d’un côté r 
des superstitions condamnées par la raison visent à nous- 
ramener au moyen-âge, foulant aux pieds les droits de la Patrie ; 
de l’autre coté, l’athéisme et le matérialisme nous ramèneraient 
encore plus en arrière que le moyen-âge, niant les droits de la 
conscience. Dans ces tristes conditions, en proclamant la liberté 
de conscience, nous aurons la sublime mission de travailler à 
une salutaire solution du problème religieux, laquelle concilie 
les droits de la conscience avec les droits de la patrie. 

Nous implorons sur nos travaux la bénédiction du G.* A.*. D.\ 
l»’U.\, a la gloire duquel nous les entreprenons. 

De la Vallée de l’Arno, Orient de Florence, 2 Février 4886, E.\ V.\ 

Par mandement, le Président : Kdoardo de Bartolomeis.* 
le Secrétaire : Domenico Margiotta.*. 


Neuf mois s’étaient à peine écoulés depuis le moment où 
nous, les opposants contre Lemmi, nous avions créé cette 
agitation qui, aux yeux de tous les FF.*, impartiaux, faisait 
reconnaître le bon droit maçonnique de Riboli,cn qui nous 
avions placé notre confiance. Et voilà que soudain Riboli 
fit volte-face; en novembre 1886 , le Suprême Conseil de 
Turin, qui nous avait pousse à la résistance à outrance y 
capitula de la plus indigne façon, sur l’intervention d’Al¬ 
bert Pikc. Ce n’était vraiment pas la peine que le chet 
suprême ait déclaré, dans la Constitution fondamentale de 
la haute-maçonnerie, que les Constitutions, Statuts et Règle¬ 
ments de chaque rite resteraient toujours respectés par 
Charleslon, pour qu’il vienne un jour, afin d'ètre agréable 
à l’escroc Lemmi, déchirer celles du rite auquel il devait 
être le plus attaché, le Rite Ecossais dont il était le 
patriarche, en meme temps que président du Suprême 
Directoire Dogmatique. 



— 127 — 


Trente mille francs en tout, ainsi que je lai dit plus haut, 
avaient suffi pour fermer la bouche de Tincorruptible 
F.*, Timoteo Riboli. Mais voici comment les choses se sont 
passées. 

Le Suprême Conseil de Lausanne était dans un grand em¬ 
barras ; en tant que pouvoir exécutif particulier pour les 
affaires du Rite Ecossais, il était obligé de reconnaître que 
nous avions raison ; et très fausse était la situation de 
Lemmi, successeur de Pctroni à la grande-maîtrise du 
Grand Orient d’Italie. Le Chef d’Action Poliiiqtie de la 
haute-maçonnerie secrète se trouvait être UN REBELLE, en 
tant que maçon écossais . 

Lemmi demanda donc une nouvelle enquête supérieure, 
voulant faire détruire les effets de celle du F.*. Albert Goodall, 
de New-York. Il avait réussi à mettre dans ses intérêts sept 
hauts-maçons de Charlcston : le F.-. William Humphreys 
et le F.*. Charles Inglcsby, le premier grand-maître adjoint, 
et le second, grand secrétaire de la Grande Loge de la Caro¬ 
line du Sud ; et au Suprême Conseil écossais de Charlcston, 
son grand prieur, le F.'. Crosby Tuckcr, ainsi que Je 
F.*. Samuel Manning-Todd, grand auditeur, le F.*. Browne, 
trésorier général, le F.*. Frédérick Weber, secrétaire géné¬ 
ral, et le F.-. Thomas Caswel, grand ministre d’Etat. Les 
sept proposèrent la nomination d’un délégué enquêteur 
choisi dans le Sérénissime Grand Collège des Maçons Emé¬ 
rites et poussèrent au choix du F.'. Philéas Walder, trop 
lié avec Lemmi pour ne pas lui être favorable, aurait-il eu 
tort un million de fois. 

Voici les points importants du rapport du vieux coquin 
Walder : 

« ... En droit strict, la position est égale pour les deux parties 
adverses, malgré qu’on ait fait militer quelques apparences en 
faveur du Suprême Conseil de Turin. 

« Il n’est pas nécessaire de remonter aux premières années du 



— 128 — 


siècle, puisque les puissances maçonniques constituées en Italie 
à cette époque sont toutes, les unes après les autres, tombées 
en sommeil si long qu’il fut vraiment celui de la mort. Les puis¬ 
sances maçonniques qui existent aujourd’hui sont des créations 
nouvelles. La constitution réelle du Grand Orient Italien est du 
1 er mars 1862 avec le très illustre F.\ Füippo Cordova, député et 
ancien ministre, pour grand-maître, et le très illustre F.\ Bus- 
caglioni, pour grand-maître adjoint, avec siège à Turin ; nous ne 
reconnaissons pas d’autre date de fondation pour Turin; et c’est 
en cette même année 1862 que s’est constitué dans la même ville 
un Suprême Conseil du 33 e degré, alors qu’il y avait seulement 
un Consistoire du 32 e degré jusqu’alors. 

« Mais, d’autre part, et toujours en 1862, des FF.\33 CS apparte¬ 
nant au Consistoire du 32 e degré établi à Livourne (Toscane), y 
constituèrent un Suprême Conseil, et il n’y a pas de motif de le 
considérer comme ayant été de fondation illégitime, alors que 
celui de Turin a été reconnu régulier* À Naples, un autre 
Suprême Conseil avait été constitué, dès l’expulsion des Bour¬ 
bons. Ces deux Suprêmes Conseils de Livourne et de Naples, et 
celui de Turin se sont fondus ensemble, au 23 mai 1864, en un 
seul Suprême Conseil, par obéissance au vote de la 3 e assemblée 
constituante de la Maçonnerie italienne, Convent de Florence, et 
il fut décidé alors que le nouveau et unique Suprême Conseil 
serait fixé à Turin; de ce vote le très illustre F \ Riboli se tient 
fort, opinant qu’il a définitivement tout régularisé. 

« Cependant, on peut objecter que ce n'est point là une raison 
valide, si l’on voulait tout remettre en question. En effet, le 
Convent de Florence (21-24 mai 1864) n’avait pas qualité pour 
trancher lesdilférends relatifs aux choses des ateliers supérieurs 
de l’Écossismc. Nous nous sommes fait représenter les procès- 
verbaux et nous avons constaté que les représentants des ateliers 
maçonniques à ce Convent se répart Essaient ainsi : trente-deux 
loges symboliques y étaient représentées, et seulement douze 
ateliers supérieurs du liite Ecossais. Or, les députés des loges 
symboliques ont pris part aux votes réglant la question du 
Suprême Conseil ! Rien n’est plus illégal. 

« Je cite ces faits uniquement pour montrer qu’il est impru¬ 
dent au très illustre F.*. Riboli de soulever la question d’antério¬ 
rité en faveur du Suprême Conseil dont il est le souverain grand 
commandeur grand-maître, sous prétexte que le Suprême Con- 



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seil de Rome, qui a fusionné avec le Grand Orient d’Italie, dont 
le très illustre F.\ Àdriano Lemmi est grand-maître, n’a été éta¬ 
bli en siège fixe en cette ville qu’aprôs l’abolition du pouvoir tem¬ 
porel de l’infâme Papauté. Le seul argument et le meilleur est 
que le Suprême Conseil de Turin a été reconnu par la Mère- 
Loge du Monde, de Charleston. Mais ne parlons pas de primauté 
de date, quand il s'agit de fondations faites au milieu d’une con¬ 
fusion sans exemple de tous les plus élémentaires principes du 
droit maçonnique. 

« Le Suprême Conseil de Turin a été investi par Charleston de 
l’autorité régulatrice du 33 e degré ; voilà le fait : mais il a été 
investi à une époque où le royaume, on peut le dire, était encore 
plus le Piémont que lTtalie; car, en fait, tant que Venise et 
Rome n’ont pas été réunies, l’Italie n’existait pas encore. La 
première année du Suprême Conseil revendicateur dans le pré¬ 
sent litige est lan 1862, et Turin n’a cessé d'être capitale du 
royaume que par la sanction du vote du parlement, c’est-à-dire 
en décembre 1864, et l’Italie n'a vraiment existé qu’après le 
20 septembre 1870. Or, pendant cette période de 1862 à 1870, un 
Suprême Conseil aurait pu se constituer à Rome, qui appartenait 
alors à un autre territoire que celui où Turin a été capitale. D’un 
rapport du 30 novembre 1862, du très illustre F.-, chevalier 
Fausti, il résulte qu'un nombre suffisant de 32 es étaient fixés à Rome 
en ce temps-là, et, si un Suprême Conseil n’a pas été constitué, 
c’est à cause du péril grave dans lequel nos maçons secrets se trou¬ 
vaient, vu la tyrannie du gouvernement pontifical. Cependant, si 
ce Suprême Conseil avait pu se constituerai y aurait aujourd’hui, 
malgré les Grandes Constitutions du Rite Ecossais Ancien 
Accepté, deux Suprêmes Conseils dans ITtalie-une, et il n’y 
aurait pas de raison de supprimer l'un au profit de l’autre. 

« Il faut considérer la situation d’un regard très au-dessus de 
misérables chicanes. Le territoire que gouvernait maçonnique- 
ment le Suprême Conseil de Turin a eu une transformation telle, 
que, sur le point en litige, les Grandes Constitutions du Rite 
Ecossais ne sont pas applicables dans cette espèce. Ce qu’il faut 
voir, c’est l'intérêt de l’Ecossisme-un dans l’Italie-une... 

« ...Sur le droit, quant au fait des origines, les opinions sont 
partagées chez plusieurs hauts-maçons non italiens à qui j’ai 
exposé le cas ; donc, les arguments émis d’un côté et de l’autre 
sont également soutenables. C’est pourquoi en Italie le droit du 


9 



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Suprême Conseil de Rome a pu paraître légitime à la majorité : 
en effet, en basant le calcul sur les loges, on voit que le Grand 
Orient d'Italie, en union avec le Suprême Conseil de Rome, a 
15.380 frères dans son obédience (181 loges), tandis que le Su¬ 
prême Conseil de Turin a seulement 6,133 frères dans son obé¬ 
dience (44 logés)... 

«... En résumé, les agitations provoquées contre le Suprême 
Conseil de Rome sont un scandale, quil est urgent de faire cesser. 
Nous n’avons pas à nous arrêter aux réclamations de quelques 
jeunes frères à tête chaude, et j’ai la conviction personnelle que 
les anciens entendront la voix de la raison. J’ai vu les princi¬ 
paux d’entre eux; je les ai objurgués ; la pacification est faisable, 
sans découvrir à qui ne doit pas les connaître les rouages de 
notre adminislration suprême. Plusieurs agitateurs ont fort abusé 
de ce que le très illustre F.*. Adriano Lcmmi est tenu de ne pas 
faire acte d'autorité en ce litige et de se limiter à ses droits de 
33 e écossais; cet abus doit avoir un terme, et l’heure est venue 
d’en finir. 

« Pour le surplus de quelques-unes des considérations que 
fai exposées, et en bonne justice, à raison de ce que l’investi- 
iure a été donnée par le pouvoir suprême du Rite en un temps 
où n’était pas prévue la situation actuelle, ce serait à la Fédéra¬ 
tion du Rite Ecossais Ancien Accepté que reviendrait la charge 
de l’indemnité à attribuer au très illustre F/. Timoteo Riboli. 
Néanmoins, les ressources extraordinaires étant aujourd’hui plus 
que suffisantes, je propose au Sérénissime Grand Collège d’impu¬ 
ter les fonds de l'indemnité au chapitre YI1 de la propagande et 
que le versement soit fait, au prochain exercice, par la caisse 
centrale de Berlin. « Signé : Netzaru — 686. » 

« Netzakh » est le pseudonyme palladique de Philéas 
Wiidcr, comme membre du Sérénissime Grand Collège des 
Maçons Emérites; 686 est son nombre nominal secret. 

Et voilà comment et pourquoi Riboli, après s'être montré 
plus indomptable que Giorgio Tamajo, et nous ayant excité 
à 1 :ù lutte, a fait sa soumission à Lemmi. Il ne savait pas la 
somme payée à Tamajo; avec lui, la caisse centrale de 
Berlin a réalisé une bonne économie, puisque Giorgio a 
réussi à se faire donner 20,000 fr. de plus que Timotco. En 



— 131 — 


outre, le docteur grand-maître, sur ce qu’il a palpe, a 616 
obligé de sacrifier un pot-de-vin de 8.000 fi\, qui furent 
partagés entre les honnêtes frères de Barlolomeis et Gay, 
qui avaient crié si fort. 

Le Suprême Conseil de Turin, qui capitula si honteuse- 
ment, se composait dos FF.*. Timoteo Riboli, souverain 
grand commandeur graud-muilre ; Mauricio Berthet, lieute¬ 
nant grand commandeur; Orsini, grand ministre d’Etat; 
Giovanni Cecconi, grand secrétaire chancelier; Tiorelti, 
grand garde des sceaux ; Schiavoni, grand maître des céré¬ 
monies; E. Dumontel, grand trésorier général; Edoardo de 
Barlolomeis, grand capitaine des gardes; Ànsclmo Carpi, 
grand porte-étendard. 

De Barlolomeis et Teofilo Gay furent nommés, dans le 
Suprême Conseil de Lemmi, le premier, grand capitaine 
d’armes, le second, grand orateur. 

Ànselmo Carpi, dont on vient de lire le nom, était un 
intime ami de Lemmi, et c’est lui qui prépara lliboli a 
avoir avec Philéas Waldcr l'entrevue où fut débattu le prix 
de la capitulation. Carpi avait appartenu, dès 1800, au cha¬ 
pitre de Rose-Croix établi à Livourne sous le titre GU Amici 
dei Vcri Virtuosi , dont le Très-Sage (président) était le juif 
Israël Costa, autre ami de Lemmi. Carpi reçut souvent le 
livournais Àdriano dans son appartement du second étage à 
la via délia Pace, n° 14; Isi’aël Costa et lui s’y livraient aux 
plus criminelles pratiques de l'occultisme, et Lemmi porte 
toujours sur lui un talisman qu’Israël Costa lui fabriqua le 
2 octobre 1864, dans des circonstances mémorables. Mazzini 
employait alors Adriano à créer de l’agitation contre la célèbre 
convention du 15 septembre, par laquelle Victor-Emmanuel 
s’était engagé vis-à-vis de Napoléon III à ne pas s’emparer 
de Rome. Le parlement allait se réunir le 5 octobre à Turin, 
et Lemmi était porteur d’une importante lettre de Mazzini 
contre la Papauté. Notre Àdriano rendait visite ce jour-là 



— 132 — 


(le 2) à sa ville nalale ; il y cul importante réunion en son 
honneur chez les Amici Ven Virtuosi, dont le chapitre 
s’était augmenté, depuis deux ans, d’un aréopage de Kadosch. 
En plus de Carpi et des frères restés inconnus, il y avait là 
trois juifs, le professeur de langues Israël Costa, Gabriel de 
Paz, chancelier de l’imiversité israélile, Alvarenga, négo¬ 
ciant livournais, et un cabalisle, renégat très enjuivé, le 
docteur Martine Lli. Le talisman, sous forme de médaille 
heptagonale, fut béni sataniquement pour porter bonheur 
à Lcmmi, et on y grava des signes d’exécration contre la 
Rome papale; on assure que, depuis lors, Àdriano, le portant 
sous sa chemise, ne l’a jamais quitté. 

Pour revenir à l’abdication de Riboli et Tamajo, il est 
bon de dire que ces deux vendus s’imaginèrent cacher leur 
honte en jouant une comédie ; ils simulèrent prendre Lemmi 
comme leur délégué temporaire et reçurent l’honorariat ad 
vitam ; l’honneur était sauvé ! C’est ce que le F.\ de Bar- 
tholomcis, connaissant mon caractère inflexible, mais vou¬ 
lant me ménager ou espérant tromper ma clairvoyance, eut 
le... courage de me notifier en ces termes (le 24 décembre 
188G) que l'union maçonnique en Italie était enfin accomplie 
par la nomination de Riboli comme souverain grand com¬ 
mandeur ad vitam et que Lemmi n’était que souverain grand 
commandeur délégué ! 

Et afm que la farce soit complète, on réunit à Florence, 
les 27 cl 28 janvier 1887, sur convocation de Tamajo et 
Riboli, sept compères de Turin et sept de Rome, qui rati¬ 
fièrent tout, en ayant l’air de voler librement ce qui était 
imposé en secret par Charlcslon ; après quoi, on distribua 
dans tous les ateliers italiens des grades écossais un balus- 
tre contenant les trois documents que voici : 


I. — PROCLAMATION 

Atous les Suprêmes Conseils du 33° et dernier degré du Rite 



Ecossais Ancien et Accepté, régulièrement constitués et reconnus 
dans toutes les parties du monde. 

Très puissants, illustres, vénérés et chers Frères : 

La complète unification de la Maçonnerie Ecossaise pour la 
juridiction italienne est un fait accompli ; un Suprême Conseil 
du 33 e degré existe en Italie à l’état unique et gouverne de Rome, 
la capitale de la nation, tous les corps maçonniques et tous les 
Frères de l’ancien et vénéré Rite Ecossais. 

Comme nous l’avions annoncé dans notre précédent balustre 
du 11 décembre 1886, quatorze frères 33 cs , sept de Turin et sept 
de Rome, se sont réunis les 27 et 28 du mois de janvier dernier, 
dans la vallée de FArno, à Florence, et ont exercé leur mandat 
d élus légitimes et de représentants reconnus, en procédant, avec 
la régularité la plus grande, aux élections de tous les dignitaires 
du Suprême Conseil unique des 33 es . 

Pour le poste élevé de souverain grand commandeur, les 
délégués ont porté leurs suffrages sur notre vénéré et très cher 
Adriano Lemmi, 33 e et grand-maître de l’ordre au Grand Orient 
d'Italie. 

Celui-ci, tout en protestant de sa reconnaissance pour ce grand 
honneur, a voulu que nous, souverains grands commandeurs 
ad vitam, prenant acte du vote des délégués, nous lui conférions 
toute l’autorité pour laquelle ceux-ci lavaient désigné et dont il 
était vraiment digne. Et nous, applaudissant k une aussi sage et 
aussi fraternelle résolution, nous lui avons délégué pour neuf 
années notre souveraine puissance, que lui, avec le titre de 
souverain grand commandeur délégué, il a déjà assumée et qu’il 
exerce en notre nom et par notre mandat. 

Nous vous invitons, en conséquence, très puissants, illustres, 
vénérés et chers Frères, à vouloir bien reconnaître au très puis¬ 
sant Frère Adriano Lemmi, 33 e , l’autorité que nous lui avons 
librement déléguée et k lui transmettre désormais vos communi¬ 
cations officielles. 

En vous faisant part de ce grand évènement, nous vous prions 
de vouloir bien continuer au Suprême Conseil unique des 33 es 
pour la juridiction italienne votre fraternelle bienveillance et le 
concours toujours désiré et toujours si précieux de votre solida¬ 
rité, de vos lumières et de votre amitié. 

Nous nous considérons comme véritablement très heureux d’être 
parvenus, k la satisfaction de nos Frères italiens, à réunir en un 



134 — 


seul corps la Maçonnerie (écossaise) de notre pays ; rendue ainsi 
mieux disciplinée et par conséquent plus forte, elle pourra plus 
efficacement concourir, avec les autres familles-sœurs du monde, 
à la propagation et à la défense des éternels principes et des 
vertus élevées de notre sublime Art-Royal. 

Veuillez agréer, très puissants, illustres, vénérés et chers 
Frères, nos fervents souhaits de force, de paix et de prospérité, 
et noire accolade maçonnique la plus affectueuse. 

Donné au siège du Suprême Conseil des 33 es , dans la vallée du 
Tibre, h Forient de Rome, le 28 e jour du 12 e mois de l'année de la 
Vraie* Lumière 0003880 (ère vulgaire : le 28 février 1887). 

Les Souverains Grands Commandeurs ad Viiam : 

Giorgio Tamajo, 33°. — Timoteo Hibou, 33\ 

IL — DÉLÉGATION 

Nous, souverains grands commandeurs ad viiam du Suprême 
Conseil des 33" s (pour la juridiction italienne), heureusement 
réunis désormais en un corps unique ayant son siège à Rome, 
capitale de la nalion, prenant acte du vote émis par nos repré¬ 
sentants légitimes constitués en congrès, les 27 et 28 janvier 1887, 
h Florence, nous reconnaissons le très puissant Frère grand- 
maître Adriano Lcmmi, 33 e , comme notre délégué souverain 
grand commandeur; et, pour une durée de neuf années, nous lui 
conférons l’autorité la pins ample et la plus illimitée pour repré¬ 
senter et gouverner la Maçonnerie du Rite Écossais Ancien et 
Accepté en Italie et dans les colonies italiennes. 

Donné au siège du Suprême Conseil des 33 rs , dans la vallée du 
Tibre, U l'orient de Rome, le UY jour du 12" mois de l'an de la 
Vraie Lumière 0003880 (ère vulgaire : le 10 février 1887). 

Les Souverains Grands Commandeurs ad Viiam pour la 
juridiction italienne : 

Giorgio Tamajo, 33*. — Timoteo Riboli, 33 e . 

III. — ACCEPTATION !i) 

Je soussigné, Adriano Lcmmi, 33", grand-maître et président 

(1) Caci est le texte complet. Le second alinéa du troisième docu¬ 
ment a été retranché sur les circulaires des ateliers de l'Ecossisme et 
ne figure que sur les circulaires remises aux triangles. La reproduc¬ 
tion des deux premiers documenls a été la meme partout. 



— 135 — 


du conseil de l’ordre au Grand Orient d’Ifoîie, vu le vote émis par 
le congrès de Florence en sa séance du 28 janvier dernier, vu la 
délégation ci-dessus, émanant des souverains grands comman¬ 
deurs ad vitam du Suprême Conseil unique des 33 cs pour la juri¬ 
diction italienne, m’inspirant avant tout de ma foi profonde en 
notre Dieu que je prie de m’éclairer chaque jour davantage et de 
m’accorder les forces nécessaires à l’accompliscement de !a 
mission à moi donnée par la confiance de mes Frères ; 

Voulant de tout mon cœur conduire la digne Maçonnerie Ita¬ 
lienne dans les voies qui sont et seront reconnues les plus pro¬ 
pices à hâter le succès final de notre lutte pour l’écrasement de 
l'infâme vicaire terrestre du haïssable ennemi de notre Dieu, 
j’écris ici, sur ce parchemin consacré selon nos mystères, l’ac¬ 
ceptation loyale que voici, sincèrement et sans arrière-pensée 
aucune, et je la signe de mon sang: 

j’accepte la mission de diriger temporairement les destinées 
du Rite Ecossais en Italie, en qualité de souverain grand com¬ 
mandeur délégué, et je jure de ne jamais faillir à la confiance de 
mes illustres et très puissants Frères 33 es , parfaits initiés, régu¬ 
lièrement élus et saintement éclairés. 

Fait et signé, le 12 e jour du 12 e mois de l’an de la Vraie Lumière 
000388G (ère vulgaire : 12 février 1887), de l’orient de Rome, dans 
la vallée du Tibre, sous la voûte céleste, aux il°54 de latitude et 
10°7 de longitude est de son zénith, au siège du Suprême Con 
seil des souverains grands inspecteurs généraux, chevaliers 
grands élus grands commandeurs du Saint-Empire, du 33 e et 
dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté de la Maçon¬ 
nerie, siégeant à Rome pour la juridiction italienne. 

Le Souverain Grand Commandeur délrguè : 

ÀDRIANO LEMMI, 33 e . 

Comme si cela ne suffisait pas encore, Riboli envoya une 
circulaire à tous les Suprêmes Conseils écossais, confédérés 
ou non, dans laquelle il disait : 

« Le grand mérite de l’acte d’union de la Maçonnerie italienne 
revient à l’illustre Frère Àdriano Lemmi. En ce qui me concerne, 
je m’en tenais, comme mon illustre prédécesseur le comte 
Alexandre de Milbitz, aux résolutions du convent de Lausanne, et 
je n’aurais jamais consenti à l’union sans la noble intervention 
du frère Lemmi. 



136 — 


« D’antre part, l'illustre Frère Albert Pike m’a réconforté ; 
et maintenant, je m’en vais content et fier, non sans transmettre, 
au nom de l'humanité, aux grands dignitaires des Suprêmes 
Conseils confédérés et non confédérés, l’expression de mes 
sentiments de reconnaissance les plus vifs, pour leur fermeté et 
leurs bons conseils. 

« Notre Rite avait besoin, en Italie aussi, de s’élever à la 
hauteur du Grand Facteur que nous vénérons sous la formule 
« grand architecte de Vunivers » ou, Dieu, si on veut l'appeler 
ainsi, lequel Grand Facteur accomplit comme législateur la 
rédemption de. l’humanité, sans que ni les mensonges ni les 
exagérations puissent modifier scs principes ni son but final; 

« Afin donc de rassurer tous les Suprêmes Conseils du 
33 e degré qui sont au monde sur la véritable signification de cet 
évènement, je porte à leur connaissance la présente déclaration, 
et je la joins aux documents officiels relatifs à l’union définitive 
des ateliers de l’écossisme italien. En même temps, je leur 
renouvelle mes salutations fraternelles. 

« D r Timoteo Hibou, 33 e 
ce Souverain Grand Commandeur ad Vifam. » 

Moi, je savais à quoi m’en tenir ; je n’avais pas été la 
dupe des belles phrases du vendu Edoardo de Bartolomcis; 
ci ce qu'il m'avait annoncé dans sa lettre du 24 décembre 1886 
comme chose faite était la preuve que le vote des 27-28 jan¬ 
vier 1887 était une cynique mystification pour les imparfaits 
initiés. 

Cependant, j’ai voulu avoir une entrevue avec le chef 
également vendu Timoleo Riboli ; je suis allé à Turin, je 
lui ai fait visite à son domicile, via Acadcmia Âlbcrlina, 
n° 29, et il m’a dit : 

« — Charlcston n’a été pour rien dans l’arrangement. 
C’est seulement à cause de l'intervention de très puissants 
frères italiens, parmi lesquels Aurclio Suffi et autres, que 
le Suprême Conseil de Turin a consenti à fusionner avec 
celui de Rome, gardant cependant la suprématie nominale, 
si bien qu’Adriano Lemmi n’est grand commandeur du 



— 137 — 


Suprême Conseil que sur ma délégation, et c’est toujours 
moi qui reste au sommet de la pyramide maçonnique : le 
centre de Turin est toujours considéré comme le contre 
suprême pour toute lTtalic, et c’est lui qui reçoit et accepte 
en matière d’Ecossisme les instructions de Charleston, 
Mère-Conseil du Monde. » 

Le vieux traître, après avoir tenté de disculper le bandit 
Àdriano de la fameuse accusation relative à l’affaire des 
Tabacs et du vol cliez le docteur Grand-Boubagne à Mar¬ 
seille, dont quelques-uns déjà avaient entendu parler, m’a 
dit encore : 

« — Mais, mon ami, la Maçonnerie doit être reconnais¬ 
sante à Lemmi ; car c’est lui qui, aidé par le frère Crispi, 
lui a donné l’impulsion d’une hostilité ouverte contre 
le Vatican, déclaran à cet antre de la superstition et de 
l'obscurantisme une guerre sans quartier. Je vous prie, pour 
cela, d’être fidèle à Lemmi, comme vous avez été fidèle 
envers moi ; et rappelez-vous que Jésus-Christ n’était que 
franc-maçon comme nous, et qu’il a conquis le monde avec 
des paroles d’amour et de pardon. C’est vrai, Lemmi a été 
quelquefois coupable ; mais il faut oublier son passé et lui 
pardonner, si nous voulons le triomphe de la famille 
maçonnique. » 

Une telle bassesse, avec tant d’hypocrisie, me répugnait ; 
je me suis levé et suis parti sans même dire adieu à ce 
vieux fourbe vénal. Tout cet égout maçonnique me soulevait 
le cœur. J’étais résolu à me mettre « en sommeil » pour 
toujours, ainsi que plusieurs autres l’ont fait, lesquels n’ont 
pas voulu s'accommoder du nouvel état de choses. 

Mais, après réflexion, je crus devoir me contenter de chan¬ 
ger de rite ; fâcheuse inspiration qui ne devait guère 
m’améliorer dans le sens religieux. Néanmoins, j’ai dû à 
cette décision de ne pas perdre de vue le malfaiteur Lemmi ; 
et je crois aussi avoir bien fait de donner tous ces détails 



— 138 — 


sur la manière dont notre héros satanîstc a manœuvré pour 
parvenir à être, en titre ci en fait, le seul grand-maître de 
l’Ecossisme en Italie, afin d’avoir le champ tout à fait libre 
pour mieux comploter contre l’Eglise et diriger à son gré 
officiellement les loges dans la guerre infernale. 

On verra plus loin qu’il a répété exactement les mêmes 
manœuvres, ruses, perfidies et corruption par l’or, pour 
absorber le souverain pontificat do la maçonnerie universelle, 
en éliminant le chef suprême de Charlcston, comme il 
avait absorbé la souveraine grande-maîtrise de l’Ecossisme 
italien, en éliminant le grand commandeur de Turin, 



III 

Le Congrès maçonnique de Milan 

(28 septembre—3 octobre 1881) 

ET LA PROPAGANDE ANTICLÉRICALE 

Le 20 juin 1881, le Suprême Conseil de Charlcston et la 
Haute-Maçonnerie firent une grande perte. Le docteur 
Gallatin Mackey, Valterego du Chef Suprême, l'homme à qui 
Albert Pike devait sa première importante élévation, cessait 
de vivre à Fortress-Montroe, en paisible villégiature. Il 
était né à Charleston le 11 mars 1807, et avait fait ses 
études au collège de la Caroline du Sud, où il fut reçu 
docteur en médecine en 1832. Pendant toute sa vie, il 
a exercé sa profession à Charleston, où il avait su conquérir 
de nombreuses amitiés ; mais en même temps il ne négligeait 
pas Pétude de l'occultisme, auquel il s'était consacré 
dès 1844. C’est en 1838 que le docteur se lia intimément 
avec Albert Pike : et en 1849 il avait été le fondateur d’un 
organe destiné aux initiés de la vraie lumière, le Southern 
and Western Masonic Miscellany . Ensuite, de concert avec 
Pike, il fonda la Masonic Quartnrly Revnew, revue destinée 
à propager les doctrines maçonniques même dans le monde 
profane. En 1845, il avait publié à New-York 1 e Lexicon of 
Freemasonry , ouvrage qui lui fit une grande renommée 
dans les milieux maçonniques, où il était considéré comme 
Fauteur sacré de la maçonnerie américaine. Il a publié 
aussi d’autres importants ouvrages maçonniques, tels que 
YHistory of Freemasonry in South Caroîina , le Manual of 
the Lodge , le Masonic Ritnalist , le Symbolism of Freemasonry, 
VEncyclopeedia of Freemasonry, ouvrages très fort goûtés 
des francs-maçons et qui ont eu un certain retentissement. 



— 140 — 


La mort de Mackcy plongea Pike dans une profonde 
douleur et le chef suprême voulut attester publiquement la 
grande estime qu’il avait pour son lieutenant, qu’il consi¬ 
dérait comme membre de sa propre famille, comme la 
moitié de son âme : il lui rendit des honneurs funèbres qui 
firent époque ; bien plus, il garda le deuil pendant onze 
mois. 

Or, en celle môme année de la mort de Mackey à Char- 
leston, Àdriano Lcmmi, chef du Souverain Directoire Exécutif 
h Rome, avait commencé à travailler a la déchristianisation 
de l’Italie catholique, donnant, sous sa direction invisible, 
une organisation aux forces éparses des anticléricaux de la 
Péninsule. 

Mazzini ne s’élnil pas trompé sur la valeur de Lcmmi 
pour faire le mal, quand il le désigna comme son successeur 
au Souverain Directoire Exécutif. Lcmmi a déployé toujours 
la plus grande ardeur dans la persécution contre l'Eglise et 
une haine sauvage contre la Papauté, se montrant digne de 
la confiance qu’avait placée en lui le fameux conspirateur. 
Aussi, à cause de son activité extraordinaire, Garibaldi 
disait que sans Lcmmi rien ne pouvait se faire de sérieux 
dans la grande lutte pour la destruction du catholicisme 
romain ; car nous ne devons pas oublier que la Maçonnerie 
ne vise pas le protestantisme qui est un christianisme 
en voie de décomposition. 

L’estime que Garibaldi avait pour le voleur de Marseille, 
résulte de. la lettre qu’il adressa au F.-. Pictro Corsigli 
.sous la date du lo octobre 1880, et dont voici des extraits : 

« Notre organisation gouvernementale est mauvaise ; rabais¬ 
sement physique et moral de notre nation a pou n cause 
l'éducation cléricale. Mais, pour comble de malheur, nous 
sommes dos paresseux, nous no savons pas agir. 11 faut remuer 
le gouvernement, il faut que les loges îe secouent. Mcssineo m’a 
envoyé une longue lettre de Païenne ; il m'invite à rappeler 



— ni — 


à Lemnii qu’il est temps de faire quelque chose en Italie. Je sate 
bien que Lemmi ne peut pas suffire à tout ; il se doit d’abord aux 
intérêts généraux de l’institution ; mais Mazzoni et Petroni ont 
passé l’àge de l’activité, et si Lemmi ne décide rien au sujet 
de notre pays, rien ne se fera. C’est pourtant en Italie qu’il faut 
agir. 

« Je vous résume ainsi la lettre de Messineo, mon cher Pietro r 
et j’ajoute que Messineo a tout à fait raison. 

« Puisque vous allez à Rome le mois prochain, voyez Lemmi * r 
dites-lui que ce qui est nécessaire ne lui sera pas refusé . J’ai 
vu récemment un F/, américain, qui est venu me visiter dans 
ma solitude. Il m’a fait part des bonnes dispositions des Emérites à 
l'égard de Lemmi ; il peut donc marcher . En avant ! toujours en 
avant ! 

« Si l’on ne secoue pas la torpeur du'gouvernement, tout le- 
travail déjà fait sera bientôt perdu ; l’ennemi reprendra peu 
à peu les positions d’où nous l’avons délogé. Vous connaissez le 
vieux dicton : les nonnes, les moines, les prêtres et les poulets 
no sont jamais satisfaits. Le Vatican nous mangera, si nous ne le= 
mangeons pas. 

« Sous peine d'infamie, un peuple ne doit pas consentir à être- 
la risée du monde, et l’on se moque partout de nous, en nous- 
voyant encore si encapucinés. Agissons, agissons ! 

« Nous sommes d’accord, maçons de tous les pays, pour exter¬ 
miner le monstre clérical ; mais alors pourquoi se préoccuper 
d’agir partout, excepté en Italie, où la Maçonnerie maintenant 
s’endort ? Où est le trou, là est la bête. Dites-le bien à Lemmi, 
non pas que son zèle ait besoin d’être stimulé, mais afin de* 
le pousser à diriger tous ses efforts chez nous. Il y a nécessité,, 
ainsi que Messineo le dit très justement. » 

Dans cette lettre Garibaldi parle des bonnes dispositions des 
Emérites à l’égard de Lemmi, et dit : ü peut donc marcher . 
Et, en effet, pour la propagation de la Maçonnerie en Italie 
et pour la guerre contre le « monstre clérical », on n’a pas 
relusé à Lemmi ce qu’il a demandé. Nous savons que 
des sommes considérables ont été envoyées à plusieurs 
reprises, au chef du Souverain Directoire Exécutif, par les 
hauts-maçons anglais et américains, afin qu’il pût fonder 



des nouvelles Logos dans la Péninsule, cl faire « la guerre au 
Pape de la superstition » ; mais Lemmi, qui est un bon juif, a 
pensé de garder une grande part de Pargcnt reçu et le consa¬ 
crer à ses spéculations particulières, le prêtant à usure. Ce 
détournement de Pargcnt anglais et américain, s’élève à 
plus de quatre cent mille francs ; et Lemmi pour faire de 
la propagande s'est dit qu’il valait mieux frapper les loges 
de contributions forcées. Les pauvres loges ne pouvaient 
passe soustraire à cet impôt, si elles voulaient exister; car 
Lemmi, après trois avertissements inutiles, promulguait un 
décret de radiation. De là les plaintes adressées contre 
Lemini, au Suprême Directoire Dogmatique de Charleston ; 
mais Albert Pike n'en a jamais eu connaissance, car le 
vieux Philéas Walder,complice nécessaire de Lemmi, parce 
qu’ils partageaient Pargcnt extorqué à la Maçonnerie, étant 
membre du Sérénissiinc Grand Collège des Maçons Emérites, 
confisquait et supprimait toute plainte envoyée contre son 
ami au Suprême Tribunal. 

Cela prouve une fois de plus que Lemmi est un vulgaire 
iilou, et qu’il a profilé de sa position de chef du Souverain 
Directoire Exécutif pour exploiter tout le monde, non seule¬ 
ment profane, mais aussi maçonnique. 

Cependant Pike avait toujours une confiance absolue en 
Lemmi à cause de Pâme haineuse qu’il possédait; et quand 
Lemmi lui lit savoir qu’il préparait le plan pour un Congrès 
Maçonnique à Milan, le grand-maître suprême, sous la date 
du 5 décembre 1880, lui répondit : 

« J‘approuve le projet de Congrès Maçonnique italien. II est 
indubitable qu’il y a lieu de provoquer une agitalion par les 
Loges de la Péninsule ; mais, d’autre part, calmez l’action en 
Bavière, et consacrez-vous tout entier à faire réussir la réunion 
de Milan. 

« Il faut ruiner à bref délai les influences cléxâcales en Italie ; 
les lois contre les congrégations religieuses n’y sont point obser¬ 
vées. Etait-ce donc la peine de tant travailler à les obtenir ? 



<( Elles écoles? On y donne toujours l'instruction catholique 
Parles Loges, faites protester. Il faudrait même que le Congrès 
émît un vœu en faveur de la création de lycées de filles ; mais 
obtenez cela, en prenant les précautions utiles et en ayant soin 
d’obtenir aussi qu'on n'y place aucun prêtre aumônier. 

« Il sera bon de faire voter un ordre du jour quelconque, témoi¬ 
gnant que les Loges ont à cœur la solution de la question sociale 
dans le sens favorable aux Ouvriers. 

« A raison de cet ordre du jour, vous pourrez publier un 
résumé des travaux du Congrès, et vous mettrez à profit cette 
publication pour opérer en 214 (1). 

« Je m’en rapporte à vous en ce qui concerne l’opportunité ou 
l'inopportunité d’étendre aux Loges l’institution des Messagers. » 

Il ne sera pas inutile pour le lecteur de savoir ce qu'il a 
été décidé par le Congrès Maçonnique qui eut lieu à Milan 
en 1881, pour voir si les ordres d’Albert Pike et les désirs 
de Garibaldi ont été accueillis. 

Les résolutions donc votées furent les suivantes : 

« I. La Franc-Maçonnerie italienne considère que la solution 
de la question sociale mérite non seulement l'étude, mais aussi 
l’action des Loges. Elle constate que le gouvernement n’a pas 
accompli son devoir en ce qui concerne les innombrables œuvres 
dites Œuvres Pies qui ont été fondées par le cléricalisme, pour 
corrompre le peuple, sous l’étiquette menteuse de la charité. 
Les mœurs de la patrie sont ainsi en péril et ont besoin d’être 
réformées, ainsi que les lois. Les Œuvres Pies devront donc être 
transformées par le gouvernement en institutions de prévoyance 
pour la classe ouvrière. 

« II. Sur la demande d’un certain nombre de Frères, le Congrès 
décide que les femmes ne seront plus désormais tenues à l’écart 
de la Franc-Maçonnerie. Des Loges féminines seront constituées 
au plus tôt. 

« III. Le Congrès est d’avis qu’il y a lieu également de consti¬ 
tuer au plus tôt des Loges d’ouvriers, tant à la ville qu a la cam- 

(1) L’expression «opérer en 214 » rappelle lacirculaire n° 214 rédigée en 
1872 par Pike à ia haute-maçonnerie au sujet des Loges de Femmes, dont 
il faisait nier l’existence dans le monde profane et parmi les maçons 
imparfaitement initiés. 



— 144 — 

pagne, et qu’elles devront être organisées de façon à ce que l’ini¬ 
tiation des prolétaires soit le moins coûteuse possible et môme 
gratuite, sauf une cotisation insignifiante pour couvrir les frais 
indispensables. 

« IV. Le Congrès décide que, parles soins de l’autorité maçon¬ 
nique, il sera institué un corps de Messagers secrets, lesquels 
seront choisis parmi les maçons de condition complètement libre 
et dont le dévouement à l’Ordre aura été depuis longtemps 
éprouvé ; ces messagers ne seront inscrits à aucune Loge parti¬ 
culière et relèveront directement de l’autorité centrale de la 
Maçonnerie italienne ; ils auront pour mission de communi¬ 
quer à tous les Ateliers les ordres et les instructions du Chef. 

« V. Il sera créé, d'autre part, un corps de Frères propagan¬ 
distes, dont la fonction sera de voyager de ville en ville, comme 
colporteurs et marchands de toute espèce, pour répandre partout, 
et notamment parmi les populations rurales, des opinions favo¬ 
rables à la Maçonnerie, pour en faire l’éloge adroitement parmi 
les profanes et la défendre contre les préjugés ; ces propagan¬ 
distes, qui ne se feront point connaitre pour maçons et qui, dans 
leurs pérégrinations, s’abstiendront de toute visite aux locaux 
maçonniques, seront dénommés Frères Ambulants . 

« VI. Lorsque l’Ordre aura intérêt à initier un personnage de 
condition sociale très élevée ou qui sera, pour un motif à appré¬ 
cier par le Grand-Maître, dans une situation commandant la 
réserve la plus absolue et le secret le plus rigoureux, son initia¬ 
tion sera connue uniquement du Grand-Maître Adjoint, du Grand- 
Secrétaire et du Grand Trésorier. 

« VII. Le Congrès déclare que la solution de la question 
sociale, dans le sens qui doit donner satisfaction aux revendica¬ 
tions légitimes des travailleurs, est l’objet des constantes études 
et des hautes préoccupations de la Franc-Maçonnerie italienne. 
Les Loges sont autorisées à ouvrir, dans leur sein, des débats 
ayant pour but de trouver les moyens pratiques de faire aboutir 
auprès des pouvoirs publics toute mesure tendant à Fextinction 
du paupérisme et à l’amélioration du sort des classes laborieuses. 

« Ce septième vœu du Congrès, adopté à l’unanimité, sera 
publié (1). » 


(1) L'amélioration du sort des classes laborieuses a été énergique¬ 
ment résolue en Sicile, sur les oi'dres du Frère 33* Francesco Crispi* 



— 145 


« VIH, Le Congrès décide qu’il y a lieu d’organiser secrète¬ 
ment les forces libérales de l’Italie et que les Loges doivent agir 
plus que jamais de telle sorte que la majorité de la représenta¬ 
tion nationale au Parlement soit acquise à la Franc-Maçonnerie. 

« Le Congrès adopte pour l’Italie le règlement édicté par le 
Grand Orient de France en 1818 (Ère Vulgaire), sous le titre 
Règlement maçonnique des mesures à prendre dans les cas d'élec¬ 
tions , » 

« IX. Le Congrès décide que le principal but des efforts 
de la Franc-Maçonnerie italienne sera, pour le présent , d’obtenir 
du gouvernement : 

« a) La régularisation du patrimoine ecclésiastique, dont la 
propriété appartient à l’Etat et dont l’administration appartient 
aux pouvoirs civils ; 

« b) L’application énergique de toutes les lois existantes qui 
assurent à la société civile son indépendance absolue vis-à-vis 
des influences cléricales ; 

« c) L’observation rigoureuse des lois existantes en vertu 
desquelles les congrégations religieuses devraient être supprimées, 
et la proposition de toutes mesures de nature à. empêcher que 
ces lois ne soient éludées ; 

président du conseil des ministres, ministre de l’intérieur et ami intime 
du juif Àdriano Lemmi. 

En effet, le sort des populations siciliennes qui demandaient avec 
■moins d’humilité qu’aux temps passés, du pain, du travail et le droit à 
l'existence, a été tout dernièrement amélioré sur le champ, aux soins 
paternels du gouvernement humanitaire de Crispi,par le fusil et le sabre 
des soldats. 

L’amélioration consiste dans les petites sommes de : 


Morts. 85 

Blessés grièvement.*. 650 

Ecroués. 10.000 

En fuite (chiffre minimum). 5.000 


Dans tous les mouvements révolutionnaires, on n’avait jamais mis en 
prison tant de personnes. 

Le gouvernement autrichien était un tyran , le gouvernement italien 
de Crispi est U père de toutes les libertés . À cette différence, il faut 
s’incliner. 

Dario Papa écrit, dans Yltalia del Popolo , sur le compte de Crispi, 
lequel, pendant son exil, a été toujours agitateur et agité: 

« Jadis vint Crispi même en cachette en Italie, comme il dit dans son 
autobiographie, pour lancer de ces bombes que n’ont pas lancé les 
prétendus socialistes de Sicile, ni les soi-disant anarchistes de la Luni. 
giana, auxquels il app rêta des balles et des menottes. » 







« d) La promulgation de la loi sur les biens des congrégations 
religieuses (confiscation) ; 

« e) La suppression de toute instruction religieuse dans les 
écoles ; 

« f) La création de collèges pour jeunes filles, où celles-ci 
soient à l’abri de toute influence cléricale quelconque. 

« X. Enfin, le Congrès décide que, par l’initiative de l’autorité 
maçonnique, il sera procédé h la création d’un grand parti anti¬ 
clérical, sans distinction d’opinion politique, et dont le but sera 
de combattre et de détruire le cléricalisme par tous les moyens, 
quels qu’ils soient. » 

Àdriano Lemmi a aussitôt obéi aux résolutions du Congrès 
qu’il avait dictées etaux ordres d'Albert Pike, chef suprême 
de la franc-maçonnerie, en fondant, le 13 juillet 1881, 
dans la Ville Sainte, les dix cercles anticléricaux suivants, 
dont les frais d'installation et de location ont été payés par 
la caisse du Souverain Directoire Exécutif de Rome : 

(1. Circolo anticléricale del' rione Ponte (dont fut président le 
F.\ Nino de Andréis, 33*). — 2. Circolo anticléricale del rione 
Monie-Esquilino . — 3. Circolo anticléricale dei rioni Trastevere - 
Sanl’Angelo-Ripa .— 4. Circolo anticléricale del rione Borgo (dont 
fut président le F.*, colonel Achille Maïocchi, député, un des 
lieutenants lucifériens de Lemmi ; ce cercle fut établi à proximité 
du Vatican). — 5. Circolo anticléricale del rione Pigna . —* 
6. Circolo anticléricale del rione Campo-Marzio . — 7. Circolo 
anticléricale del rione Regola . — 8. Circolo anticléricale dei 
rioni Trcm~Colonna (dont fut président le F.* Eltore Ferrari, 
autre lieutenant de Lemmi). — i). Circolo anticléricale del rione 
Monlc-Tcsiaccio . — 10. Circolo anticléricale del rione CampitellL 

L'exemple de Rome fut suivi, par ordre de Lemmi, 
presque dans toutes les villes plus importantes delà Pénin¬ 
sule, à cause du travail des Loges, qui poussaient dans le 
monde profane à l’organisation de cercles anticléricaux. 

Mais le travail en Italie n’était pas suffisant pour la haine 
de Lemmi : il voulut que des cercles anticléricaux fussent 
fondés même à l'étranger, où il savait que scs frères en 
maçonnerie auraient tout fait pour lui être agréable. 



— 147 — 

Dans l’espace d’un an, Lcmmi avait obtenu en Italie un 
résultat si étonnant que le frère espagnol Agapito Balaguer 
écrivait, en 1883, au souverain grand maître du Suprême 
Conseil d’Espagne en ces termes : 

« A cette heure, il n’est pas une ville italienne de plus de 
8.000 habitants qui n’ait son cercle anticlérical ouvrier. La 
propagande contre la superstition catholique a pris, dans ce 
pays, des proportions inouïes, dont nous ne saurions trop nous 
réjouir* 

« Toutefois, les Italiens n’ont pas un fonctionnement semblable 
à celui des Espagnols et des Français. Les groupes n’ont pas, en 
général, un comité central apparent, les reliant [les uns aux 
autres d’une façon permanente. Chacun semble, aux yeux des 
membres non initiés, se mouvoir avec une parfaite autonomie. 
Ce n’est que dans certaines occasions, par exemple, pour fêter 
un anniversaire populaire, qu’ils centralisent leurs pouvoirs 
entre les mains d’un comité élu, lequel a une existence qui prend 
fin aussitôt après l’expiration des causes de sa formation ; et, de 
cette manière, la véritable direction centrale est ignorée. 

« Le mot d’ordre est toutefois le même dans tous les groupes,, 
et les drapeaux de chaque cercle, d’un bout à l’autre de ITtalie, 
sont d’un modèle semblable. En cas de manifestation, tous les 
groupes sont sur pied ; chaque inscrit va se ranger autour 
du drapeau de son cercle, et ainsi toutes les forces anticléricales 
d’une ville sont immédiatement réunies. 

« Tel est le système d’organisation des plus grandes villes : 
Rome, Naples, Florence, Turin, Milan. 

« Il convient, cependant, de faire une mention spéciale pour la 
Lombardie. Là, l’organisation existe selon le mode espagnol et 
français. Tous les groupes de cette vaste province sont régis, 
indépendamment de leurs comités particuliers, par une com¬ 
mission centrale qui porte le nom de Comité Directif et siège 
à Milan, corso Vittorio-Emanuele, 15. C’est une fédération 
qui a pour titre : Lega Popolare Anticléricale (ligue populaire anti¬ 
cléricale). 

« Les membres de ce comité directif sont, pour le présent 
exercice 1883, nos FF.*. Felice Cavallotti, président, député de la 
ville au Parlement, Ottorino Lazzarri, secrétaire, Enrico Dalbesio, 
Giuseppe de Franceschi, Carlo Ferrari-Ferruccio, Ferdinando 



Fontana, Alexandro Ouchtomskoy, Emilio Qaadrio, Aristide 
Polaslri, et un profane, le citoyen Nicola Torti, qui est un 
ouvrier. Parmi les FF.*, qui ne font pas partie du comité directif, 
mais qui agissent de la façon la plus active, il faut citer les 
FF.*. Pirro Tornaghi, Edgardo Ghezzi, Adriano Boneschi et 
Emanuele Mariano Le comité est renouvelé chaque année, 
le 16 décembre, par une assemblée générale. La ligue a un 
organe, intitulé 1 Anticléricale, La cotisation est de cinquante 
centimes par mois. 

« Le comité directif a seul le mandat de convoquer les groupes 
en assemblée plénière ; toutefois, quand vingt groupes votent 
qu’il y a lieu de convoquer une assemblée plénière, le comité 
directif est tenu de faire la convocation dans les quinze jours. 

« L’influence du F.*. Cavalotti, à qui, vous le savez, notre 
illustre F.\ Adriano Lemmi n’est pas sympathique, se fait 
ressentir dans cette ligue ; il en résulte qu’elle ne prend guère 
son inspiration à la via délia Valle, à Borne. Mais il n’y a que 
demi mal ; car Faction, pour être parallèle, ne vise pas moins à 
atteindre le même but. Le F/. Castellazzo, à qui je parlais de la 
ligue de Cavalotti, me disait que son existence est très précieuse 
au F.* Lemmi ; en effet, cette fédération qui est manifestement 
indépendante du Suprême Conseil de Rome, aux yeux de tous, 
empêche de soupçonner qu’ailleurs tous les groupes sont reliés 
au Souverain Directoire Exécutif. 

« Enfin, en Italie, les diplômes des groupes anticléricaux sont 
délivrés d’une façon des plus irrégulières. Des groupes en ont, 
d’autres n’en ont pas. Ceux qui en ont les reçoivent en général 
du comité du groupe lui-même, contrairement au système 
adopté en Espagne et en France, où c'est la commission centrale 
de Barcelone et celle de Paris qui les délivrent. Quelques groupes 
italiens, notamment la société des Droits de l’Homme, de Rome, 
se font délivrer leurs diplômes par la commission centrale 
de Paris ; cela, disent-ils, en signe d alliance franco-italienne. 

« Presque partout, les groupes n’ont pas de titre distinctif. 
Us s’appellent : cercle anticlérical de telle ville, quand il n’v a 
qu’un groupe dans la ville, ou de tel quartier, quand la ville est 
importante. 

« On n’appelle guère les femmes à faire partie des groupes 
anticléricaux ; la femme italienne est encore trop superstitieuse. 
Quant aux sœurs, elles n’ont rien à, faire dans ces cercles, vu que 



l’élément ouvrier y domine. Néanmoins, il en est quelques-unes, 
très rares, qui ont demandé elles-mêmes à en faire partie ; mais 
ce sont uniquement celles qui cultivent la muse et qui ont 
toujours quelque poésie de leur composition à réciter ; elles ne 
se font connaître que comme écrivains devant les ouvriers, dont 
elles recherchent les applaudissements ; il faut bien leur passer 
cette satisfaction d’amour-propre, d’autant plus qu’en se mêlant 
au peuple elles font une propagande qui n’est pas sans 
résultats. 

« A Naples, le principal groupe a pris un titre distinctif : les 
Humanitaires. C’est une femme qui préside ce cercle, noire 
S/. Ernesta Napollon. Ce groupe est très nombreux; notre 
illustre défunt F.-. Garibaldi s’y était inscrit, quelque temps 
avant sa mort; c’est aussi ce cercle que notre F/. Giovanni 
Bovio a choisi pour être celui de son inscription dans le parti 
anticlérical non fermé aux profanes. Le F/. Cresponi y vient 
aussi parfois. 

« J'ai longuement causé à Rome avec les FF/.Lemmi, Castel- 
iazzo, Pantano et Parboni. Ils se réjouissent de l’organisation 
ainsi créée; elle est en pleine prospérité. Malgré la divergence 
des préférences politiques, tous sont d’accord pour détruire le 
Vatican. L’union est faite par le groupement des FF.*. Àdriano 
Lemmi, Crispi, Alessandro Castellam, Pianciani, Ettore Ferrari, 
Maiïi, Ludovico Fulci, auxquels se joignirent, dès l’année der¬ 
nière, les FF.\ Alberto Mario, Napoîeone Parboni, Benedetto 
Cairoli, Cesare Beclierucci, Bertani, Andrea Costa, Guido Bandi- 
nelli, Gregorio Pirani, Giovanni Silli, Filopanti, Settimio Boün, 
et les FF.*. Pantano, Alberto Mancini, D r Eugenio Marchesini, du 
Cercle Central Républicain. Le cercle Maurizio Quadrio, de Rome, 
a signé son adhésion par la main des FF. , Nissolino, A. Fratti, 
F. Albani et Falleroni, et le Cercle Démocratique Universitaire, 
par la main des FF.*. Paoloni, Gatti, Ribo, G.-M. Gasliglione, 
Scifoni, Palombi et Marini. 

« Dans les provinces, partout où j’ai passé, j’ai reçu le meilleur 
accueil, et tous souhaitent que le mouvement anticlérical 
d’Espagne et de France marche de pair avec celui d’Italie. 

« A Gênes, j’ai vu avec plaisir, à la tête des ouvriers anticléri¬ 
caux, nos FF/. Firpo, Mosto-Papa, Marcelii, Federico Oltoni, 
Genovesi, Gamba; à la Spezia, nos FF/. Rafaele Milanesi, Luigi 
Morolli, Delbecchi, Abel Yanni, Alamanno del Bravo, Carlo 



— 150 — 


Grazzini ; à Ancône, nos FF/. ftosdari et Domenico Barzilari; 
à Trévise, notre F/. Antonio Mattéi; à Novare, notre F/. Carlo 
Massa; nos FF/. Quarlaroli, Liverani, Zanoli, Turchi, Epami- 
nondas Farini, Giovanni Valzania, à Lugo, où est le centre des 
associations populaires de la liomagne ; à Viareggio, notre 
F/. Palmerini ; à Lucqucs, notre F.*. Amerogi ; a Savone, notre 
F/. Scotio ; a Girgcnli (Sicile), notre F/. Itiggio ; à Camogli, 
notre F/. Queirolo; à Sicarolo, notre F/. Giovanni Alberti ; à 
Pise, nos FF/. Carlo Caluri, Ferdinando Barsotti, Egidio Bandini ; 
à Macerala, notre F/. Cicarelli ; à Asti, nos FF/. Borclli et 
Musso Grillone ; et tant d’autres que j’oublie. 

« Partout, nos FF/, dirigent les cercles ouvriers anticléricaux ; 
l'organisation est merveilleuse; partout, le flot monte et grossit 
chaque jour, et notre chère Maçonnerie tient les écluses ! » 

Les commentaires sont inutiles à ce document de haute 
importance qui parle par soi-môme. 

Voyons maintenant ce que Lemmi écrivait le 29 sep¬ 
tembre 1883 « aux FF/. Délégués Secrets du Souverain 
Directoire Exécutif auprès des Cercles populaires anticlé¬ 
ricaux d’Italie » ; car il ne suffisait pas d’avoir fondé ces 
cercles, il fallait s’en servir pour répandre dans le peuple 
la haine de l’Eglise. 

Lemmi rédigea donc cette circulaire, destinée aux propa¬ 
gandistes des triangles : 

« A tous les délégués du Souverain Directoire Exécutif pour la 
propagande populaire. 

INSTRUCTION d’ordre SECRET 

« Chers Frères, nous vous rappelons vos serments et notre 
voûte du 25 juin dernier, dans laquelle nous vous disions 
combien nous comptons sur vous. 

« 11 faut, par votre inspiration, faire mettre à l’étude dans les 
Cercles anticléricaux toutes les questions qui plaisent à l’ouvrier, 
j et principalement celles qui entretiennent dans son cœur la haine 
/ de la superstition ( lisez : du catholicisme ). Cette haine est sainte, 
et il est nécessaire de l’attiser sans cesse. 

« Multipliez les conférences. 



« Que nos conférenciers, sans trop insister sur le rôle de la 
Franc-Maçonnerie, en fassent I’éIoge, comme en passant ; qu’ils 
détruisent les préjugés existant contre nous, mais en termes 
discrets et adroits. 

« Qu’ils abordent les plus hauts sujets, dans des entretiens 
familiers, et que, pour mieux conquérir l'affection du peuple, ils 
montrent l’ère de bonheur qui s'ouvrira pour ntalie lorsque le 
pape n’en souillera plus le sol, lorsque les noms de cardinal, 
d’archevêque, d’évêque ne seront plus prononcés dans la patrie 
enfin délivrée des conspirateurs parricides. 

« Le programme des sujets à traiter est vaste. Voici, cepen¬ 
dant, ce qu’il faut dire aux auditeurs prolétaires : 

« Le but de la société est le bonheur commun. On y arrivera 
par un gouvernement institué pour garantir à l’homme la jouis¬ 
sance de ses droits naturels. Par homme, nous entendons tout 
individu, sans distinction de sexe, faisant partie de rhumanitè ; 
mais, en ce qui concerne la femme, il faut avant tout la sous- • 
traire au confessionnal, et c’est seulement lorsque son esprit 
sera dégagé de la superstition, que l’homme libre, trouvant enfin 
en elle une digne compagne, pourra par une législation sage lui 
assurer la jouissance des mêmes droits. 

« Ces droits sont ; l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. 

« Devant la nature, tous les hommes sont égaux; ils doivent 
l’être de même, devant la loi ; telle est l'égalité civique. 

« Pour être juste et par conséquent devenir la règle supérieure 
des citoyens, la loi doit être l’expression libre et solennelle de la 
volonté générale ; mais il faut que la volonté de chacun des 
citoyens participant au pacte social soit vraiment libre, c’est-à- j 
dire affranchie des erreurs imposées par la séculaire tyrannie } 
des prêtres; sans quoi, le suffrage des hommes superstitieux 
fausse la consultation du peuple, en y introduisant des éléments 
serviles, un esprit de discorde et l’arrière-pensée criminelle de 
se servir de la liberté pour l’anéantir. 

« Il est donc nécessaire, avant tout, de réduire les antiliber- { 
taires, les suppôts du despotisme, à l’impuissance, jusqu’au jour 1 
où, la tyrannie sacerdotale ne pouvant plus avoir d’action sur 
eux, leurs esprits comprendront enfin la vérité. 

« La loi, ainsi établie, doit être la même pour tous, soit qu’elle 
protège, soit qu’elle punisse. Elle ne peut ordonner que ce qui 
est équitable, que ce qui est utile à la prospérité sociale, que ce 



qui est à Davantage de tous. Elle no peut défendre que ce qui est 
nuisible à la société. Toute loi, qui ne réunirait pas ces condi¬ 
tions, amènerait le retour à l’esclavage, et ne serait pas la loi. 

x Dans la société, doit exister, pour le bien général, une admi¬ 
nistration; les fonctions administratives ne sauraient constituer 
une supériorité de caste ou autre; elles constituent simplement 
des emplois publies, auxquels tous les citoyens doivent être éga¬ 
lement admissibles. 

« L’élection aux emplois publics doit être faite autant que 
possible par 3c suffrage du peuple. Pour les charges spéciales 
dont le choix des investis appartient naturellement aux adminis¬ 
trateurs de la société, ceux-ci ne doivent investir des fonctions 
que les hommes à Punie libre et distinguer parmi eux, pour leur 
donner la préférence, ceux qui sont les plus méritoires par les 
vertus et les talents. 

« Par liberté, iî faut entendre le pouvoir naturel qui appartient 
à l’homme de faire tout ce qui lui plaît sans nuire aux droits 
d’autrui. La liberté a donc pour principe la nature ; son unique 
règle est la justice; la sauvegarde de la liberté de chacun, pris 
en particulier, est la loi, résultant du pacte social. La limite 
morale de la liberté est dans cetle maxime : « Ne fais pas à 
* autrui ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait. » 

« Ainsi, dans une société libre, il ne peut exister de prêtres 
de la superstition ; car, au nom de son dogme, le prêtre prétend 
s'opposer à ce que l'homme suive la voix de la nature, même 
si l'homme, en exerçant son droit, ne nuit en aucune façon a 
autrui. C'est pourquoi le prêtre de la superstition, étant l'ennemi» 
né de la liberté humaine, doit disparaître. 

« Toute opinion tendant à développer le bien-être général 
dans la société affranchie du despotisme sacerdotal doit pouvoir 
être exprimée librement ; chaque citoyen a le droit de la mani¬ 
fester soit par la plume, soit par la parole, en un mot, de n’im¬ 
porte quelle manière. Là est la vraie liberté de la manifestation 
de la pensée. Mais la loi ne saurait tolérer que, par la presse ou 
autrement, des citoyens indignes de ce nom, étant, par faiblesse 
intellectuelle, enclins à désirer la servitude, puissent se livrer à 
une propagande des mauvais principes, destructeurs de la 
liberté si chèrement acquise par le sang des martyrs du droit 
humain, et fausser ainsi les esprits de leurs concitoyens ; une 
loi qui permettrait une si pernicieuse licence préparerait le 



— 153 — 


retour de la tyrannie et ne serait donc pas la loi d une société 
libre. Les législateurs qui la voteraient seraient d avance les 
complices des antilibertaires et les restaurateurs de la supersti¬ 
tion, pendant tant de siècles seule cause des maux de l'huma¬ 
nité. Aussi une telle loi est impossible, — sans valeur, si elle 
venait à être édictée; — et la seule liberté vraie, en matière de 
propagande des opinions, est celle qui, d'accord avec la raison, 
a pour base cet axiome : « Liberté du bien, répression du 
mal. » 

« Dans le même sentiment, le droit de s’assembler paisible¬ 
ment ne peut être interdit aux citoyens. Egalement, le droit 
d'association est fondamental dans une société libre, sauf le cas 
où des individus associés poursuivraient un but contraire aux 
intérêts de la société elle-même, c’est-à-dire aux intérêts de 
l'ensemble des hommes constituant le corps social. 

« Par sûreté, il faut entendre la protection accordée par la 
société à chacun de ses membres pour la conservation de sa 
personne, de ses droits et des biens qui lui sont propres. 

« Quand nous aurons constitué la société vraiment libre, il 
sera prudent néanmoins de nous tenir en garde contre le réta¬ 
blissement de la tyrannie ; car il est des natures perverses qui 
éprouvent le besoin d’asservir la multitude en se plaçant au- 
dessus d'elle en caste privilégiée. Ces mauvais citoyens recour¬ 
ront à l'hypocrisie, lorsqu’ils verront l'impossibilité de ren¬ 
verser par la violence noire édifice social. 11 faut donc prévoir 
même le cas où, à force d’astuce et trompant le peuple, ils par¬ 
viendraient, en simulant la vertu, à avoir la majorité dans les 
emplois publics, à devenir les gouvernants. 

« Pour écarter tout péril résultant de cette situation, il est 
indispensable que, par la loi établie lors de l'avènement de la 
liberté et de l’égalité, ceux qui gouvernent soient à jamais dans 
l'impossibilité d'opprimer le peuple ; c’est la loi elle-même qui, 
au moyen de mesures sagement prévues, doit protéger la 
liberté publique individuelle contre l’oppression possible des 
gouvernants. Aussi, nul ne doit être accusé, arrêté ni détenu, 
que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes 
quelle a prescrites. 

« Tant que le gouvernement se trouve entre les mains 
d'hommes jusles, ces formes seront nécessairement respectées ; 
c'est pourquoi le citoyen, régulièrement accusé d’un délit 



— m — 


ou d’un crime, et quelque innocent qu’il puisse être, doit sc 
soumettre, à la loi justement invoquée pour rappeler ou le 
saisir; sa résistance serait une grave faute et aggraverait son 
cas. 

« Mais, si les gouvernants sont des hypocrites ayant surpris 
la continuée du peuple, ils exerceront leur autorité par des actes 
en violation de la loi ; car ceux qui rêvent l'anéantissement de 
la liberté ont bientôt fait d’agir avec arbitraire. Alors, l’acte 
exercé contre rhomme en dehors des cas et sans les formes que 
détermine la loi est un acte tyrannique, contre lequel le citoyen 
opprimé a le droit et le devoir de se révolter, et, si l’on veut agir 
contre lui par la violence, il lui opposera légitimement la force. 

« Dans une société libre, gouvernée par des administrateurs 
justes, les peines portées par la loi contre les citoyens qui se 
seront rendus coupables d’un délit ou d’un crime doivent être 
proportionnées à la faute, et, par leur nature, être utiles à la 
société. 

« 11 n’est pas de plus grand crime que celui de complot pour 
faire revivre la superstition et restaurer la tyrannie sacerdotale ; 
une société libre étant pour chacun de ses membres la meil¬ 
leure des mères, travailler au retour du despotisme des prêtres 
et à la renaissance des dogmes maudits, c’est se rendre le pire 
des parricides ; celui qui serait criminel à ce point, plus cou¬ 
pable que la vipère dénuée de raison piquant le sein qui la 
réchauffée, devra être retranché de la société, c’est-à-dire mis à 
mort. 

« Par droit de propriété> il faut entendre celui que tout 
citoyen possède naturellement de disposer comme il lui convient 
du produit de son travail. Le travailleur économe doit être libre 
d’acquérir et de veiller à l’augmentation de son bien-être ; mais 
sont mal acquis les biens obtenus par la spéculation ou par 
l’exploitation abusive d’autrui, et la loi doit avoir la prévoyance 
nécessaire pour que toute spéculation ou exploitation abusive 
soit rendue impossible. Des sages mesures que les législateurs 
auront à fixer dans ce sens, il résultera que la société libre, 
fondée sur l’égalité et la justice, ne verra pas ces fortunes scan¬ 
daleuses, honte des siècles précédents, source de paresse chez les 
uns et de misère infligée fatalement aux travailleurs parias. 

y Chacun est propriétaire de soi-même; mais la personnalité 
■ humaine n’est pas une propriété aliénable. On a le droit d'en- 



— tr>5 — 

gager ses services et son temps, mais non de se vendre ni de 
se céder en aucune manière. Tout contrat, môme sous forme 
de vœu, aliénant la personnalité d'un individu et soumettant sa 
volonté à l’arbitraire d’un autre, est illégal. 

« L’intérêt général passant avant l’intérêt particulier dans une 
société libre, un citoyen peut être exproprié, lorsque la nécessité 
publique le commande ; mais c’est le seul cas où un membre de 
la société peut être privé de tout ou partie de sa propriété. 
D’autre part, la justice veut que le citoyen exproprié au nom de 
l’intérêt suprême de tous soit préalablement et convenablement 
indemnisé. 

« L’indemnité en cas d’expropriation ne doit avoir lieu que 
s’il s’agit de biens honnêtement acquis, cela est de toute évi¬ 
dence. C’est pourquoi, lorsque la société des hommes libres se 
constituera, un de ses premiers actes de salut public sera de 
déposséder les ministres de la superstition et tous les moines 
et nonnes parasites, qui, par le mensonge et la captation, ont 
accumulé des richesses illégitimes et accaparé hypocritement 
des domaines, soit d’une façon collective comme congrégations, 
soit avec une astuce personnelle non moins scélérate, comme 
prêtres vendant des indulgences, des prières et des places au 
prétendu paradis et se faisant donner en échange des biens 
matériels. Toute fortune de prêtre, de moine ou de nonne, 
représente donc un passé impuni d’escroqueries et de vols, et, a 
ce titre, elle doit être confisquée sans indemnité aucune, par la 
justice du gouvernement, au profit de la société brisant les 
chaînes de l’erreur. Cette équitable expropriation est déjà en 
voie d’accomplissement chez les nations où la vraie lumière 
commence à pénétrer : elle devra être exécutée jusqu’au bout et 
d’une manière impitoyable. 

« L’emploi des biens des malhonnêtes gens expropriés devra 
être réglé de façon à créer à la société des hommes libres des 
ressources suffisantes pour assurer la subsistance aux citoyens 
malheureux, vieillards ou infirmes ; car les secours à ceux qui 
sont hors d’état de travailler sont la dette sacrée de la société 
libre et juste. 

« L’instruction, étant le pain de l’âme, doit être conforme à 
la science progressive et à la morale civique. L’instruction à 
tous les degrés doit être gratuite : tant que l’idéal de la société 
des hommes libres ne sera pas réalisé, nous devons ajouter que 



— 156 — 


l'instruction doit être également laïque; quand le peuple aura 
enfin la liberté que lui veut donner la Franc-Maçonnerie, ce mot 
de laïcité n’aura plus de raison d’être inscrit dans la loi, puis¬ 
qu’il n’y aura plus de prêtres. Aujourd’hui, comme plus lard, 
nous devons dire encore qu’au moins l’instruction primaire doit 
être obligatoire. 

« Sur la question d’existence ou de non-existence de la divi¬ 
nité, il ne faut pas contrecarrer les idées particulières que 
peuvent avoir les ouvriers de nos cercles. Ne cherchons pas à 
convertir les alliées à notre philosophie métaphysique, et bor¬ 
nons-nous ii apprécier qu’ils sont nos utiles auxiliaires pour la 
ruine de la superstition. Quant à ceux qui sont spiritualistes, il 
convient de rectifier leur jugement sur la notion de Dieu ; avec 
adresse et graduellement, on leur expliquera, dans les confé¬ 
rences, que l’filre suprême, étant de sa nature suprêmement bon 
et vraiment père de l'humanité, doit être séparé de la conception 
sacerdotale, dont le Dieu, tel qu’il est défini et imposé par les 
prêtres, est en réalité un persécuteur surnaturel, infiniment 
mauvais et barbare; sans soulever aucun voile, nos conféren¬ 
ciers habitueront le peuple à honorer FÈtre suprême tout en 
haïssant le clergé. La lumière se fera d’clîc-mcme dans les 
esprits intelligents, en attendant qu’elle puisse être révélée 
publiquement, lorsque l’idéal de la société des hommes libres 
sera réalisé. 

« Enfin, pour ce qui concerne la politique, il faut faire pénétrer 
dans les esprits cette idée que la souveraineté réside dans le 
peuple, et qu’elle estime et indivisible, imprescriptible et inalié¬ 
nable ; mais, étant donné que nos nationaux ne sont pas encore 
murs pour la République, que c’est en dirigeant les conseils de 
la Monarchie que nous parviendrons à détruire f influence cléri¬ 
cale et à anéantir la superstition elle-même, et que c’est là le 
suprême objectif de tous nos efforts, nos conférenciers, sans 
prêcher aucunement le renversement de la Maison de Savoie 
dont nous n’avons pas à nous plaindre, devront simplement 
poser la question politique en ces termes à leurs auditeurs : 
« Le Statut est éminemment respectable, lorsque le peuple 
« l’accepte librement ; il forme un contrat entre le peuple et 
« l’autorité, sous la condition naturelle que le peuple peut 
« toujours, lorsqu’il ne répond plus à son sentiment et à ses 
« besoins d’expansion libérale, le revoir et le réformer par les 



— 157 -, 

k moyens légaux. La constitution actuelle de l’Etat est donc 
« susceptible de constante amélioration, et elle sera loyalement 
« respectée par tous les bons citoyens, tant que la Maison de 
« Savoie sera en communion d’idée avec le peuple ; mais un 
« principe de droit humain domine tout, c’est celui qui dit 
« qu une génération ne peut assujettir à ses lois les générations 
« futures. » 

« Tel est le mémorandum, qui servira de guide à tous nos 
conférenciers dans l’œuvre de propagande créée maçonnique- 
ment par la fondation des cercles populaires anticléricaux 
d’Italie. » 

Voilà une circulaire qui dit beaucoup fde choses, et sa 
divulgation ne saurait trop être faite. Elle montre com¬ 
ment Lemmi manœuvre ; et toujours il a été ainsi animé 
d'un zèle fanatique, sauvage. 

Sa haine ne s’est pas éteinte avec le nombre des années. 
Tout dernièrement (1894), sous ses auspices, se constituait 
à Milan une Naova Lega Anticléricale (nouvelle ligue anti¬ 
cléricale). dont je donne le programme ; le lecteur verra 
que les résolutions votées au Congrès de Milan de 1881 
sont toujours observées. 

Art. 1. — La nouvelle Ligue se propose de combattre de toute sa force 
les idées cléricales qui foulent aux pieds la raison et la science, entra¬ 
vent le progrès et sont un obstacle continuel au triomphe du vrai, de 
la justice et de la liberté. 

Art. 2. —L’action de la Ligue sera celle d’agir tant qu’elîe pourra pour 
affaiblir rinfluence malfaisante du parti clérical, qui, né jésuite, tra¬ 
vaille sous terre et élève la jeunesse à l’impuissance masquée d’une 
apparence de libéralisme et de loyauté. 

Art. 3. — Les cléricaux dans leurs cercles reçoivent des jeunes gens et, 
leur faisant croire que le cercle a un but scientifique ou de divertisse¬ 
ment, les forment à leur ressemblance et en font des individus dange¬ 
reux à l’humanité. — Nous voulons combattre et faire propagande 
ouvertement ; nous ferons de nouveaux sociétaires avec une vraie loyauté. 
Par des conférences publiques, nous généraliserons les principes anti¬ 
cléricaux ; nous accepterons les adversaires et leurs laisserons faculté 
de discuter. 

Art. 4. — Nous soutiendrons par des brochures et des conférences Pabc- 



— 158 — 

lition de la loi des garanties et participerons à un mouvement, à une 
manifestation faite dans ce but* 

Art. 5, — Nous réfuterons le dogme religieux à raison de ce qu’il est 
contraire au principe du libre examen et de la raison, et par là un 
danger pour la société humaine. 

Art. 6.— Dans les élections politiques et administratives, la Ligue se 
bornera à montrer au doigt les candidats cléricaux proposés par n’im¬ 
porte quel parti, favorisant des conférences à cet effet et se servant 
d’autres moyens de propagande qui seront fixés dans des réunions 
spéciales. 

Art. 7. — La Ligue enverra, soit ouvertement, soit incognito, ses dé¬ 
légués pour y discuter, si cela lui sera permis., ou simplement entendre 
les arguments des adversaires. 

Art. 8. — Après vote du Comité Exécutif, \ la Ligue prendra part aux 
commémorations et aux honneurs funèbres d’hommes anticléricaux, à 
n’importe quel parti qu’ils aient appartenu. 

Art. 9. — Quand la Ligue aura un journal, elle y publiera même des 
articles des adversaires, pourvu qu’ils soient signés. 

Art. 10. — La Ligue fera tenir fréquemment des conférences par ses 
membres ou par des anticléricaux bien connus. 

Art. IL —La Ligue reconnaît à chaque membre le devoir absolu d’agir 
à la diffusion des idées anticléricales, et à procurer de nouveaux 
membres. 

Art. 12. — La Ligue entend constituer, selon ses moyens, une biblio¬ 
thèque populaire avec le concours de ses membres. 

Les instructions de Lemmi aux anticléricaux d’Italie 
sont exécutées môme à l’étranger par scs émissaires et par 
les francs-maçons de tous les pays ; car le but suprême de 
Ja sccle est celui de déchristianiser tous les peuples catho¬ 
liques du inonde entier, pour remplacer, dans un grand bou¬ 
leversement social, la religion de Dieu par le culte de 
Satan, intitulé : « Grand Archilccte de l’Univers » aux 
yeux des dupes, qu’on ne veut pas tout d’abord effrayer. 

Mais, en dehors de la création et de l'organisation, dans le 
monde profane, des cercles anticléricaux, qui ont fait tant 
de mal à la religion catholique en Italie, Àdriano Lemmi, 
toujours plus enragé contre l’Eglise qu il voudrait pouvoir 
détruire, n’a jamais cessé d’ordonner aux francs-maçons de 
propager les théories naturalistes, sachant bien que s’il 



— 159 — 

n’était pas appuyé tout à fait ouvertement par le gouver¬ 
nement antieatholique de la péninsule, la protection secrète 
ne pouvait pas lui manquer. La secte n’ose pas encore 
faire connaître aux peuples son projet suprême ; « le 
monde, disent ses chefs, n’est pas encore mûr pour être 
éclairé de la vraie lumière ». Mais, en attendant, tous les 
moyens, même le matérialisme , lui sont bons au but préli¬ 
minaire de ruiner la croyance au Dieu adoré parles catho¬ 
liques. 

C’est pour cela que Lemmi tantôt prêche Lucifer, comme 
lorsqu’il fait chanter dans les banquets maçonniques 
Y Hymne à Satan , de Carducci, et tantôt il fait combattre 
ridée du surnaturel, pour atteindre le catholicisme mieux 
et plus particulièrement. C’est une double tactique. Or, 
comme il est un âne, en fait de littérature, il a deux secré- 
1 aires, qui lui rédigent tour à tour ses discours et ses mani¬ 
festes : Ulisse Bacci, qui est athée, et Umberto dal Medico, 
qui est luciférien. 

Et voici une circulaire, dans le sens naturaliste, qu’il 
adressa aux loges italiennes, vers la lin de 1886 ; mais, 
au fond de son naturalisme brutal, on perçoit l’esprit sata¬ 
nique qui l’a inspirée : 

Aux Vénérables Frères des Loges de la Haute-Italie . 

Bien que ne soient pas encore achevées les démarches pour 
une organisation des forces maçonniques italiennes, sous la 
haute et unique direction d’un Grand Orient général qui lie le 
faisceau des énergies, tant individuelles des Frères que des 
Ateliers existants ou à constituer, le Grand Orient s’adresse aux 
Frères et aux Loges de la Haute-Italie pour une affaire de suprême 
importance en vue du triomphe de l’Humanité, de la Vérité 
creusée au sein de l’humanité même, contre les dérivations 
surmondiales produites par le mauvais instinct des théocraties et 
religions surnaturelles, et de la plus tenace entre elles, la 
religion catholique. On doit louer les travaux faits dans le passé, 
au nom de la politique et de la finance italienne, qui ont affirmé 



et mis en pratique l’humanitarisme, principalement : la sup¬ 
pression des ordres religieux, la confiscation des biens ecclesias¬ 
tiques, la destruction du pouvoir temporel. Ce sont trois grands 
résultats historiques, qui constituent la base de granit du mouve¬ 
ment maçonnique italien. 

Très louables sont les efforts de la presse et de l’école ; et 
dernièrement il faut signaler, comme exemple digne d’être suivi, 
les démonstrations populaires, les meetings et les cercles anti¬ 
cléricaux. 

Mais cela ne suffit pas ; la bonne volonté du gouvernement 
vers la propagande des indiscutables théories naturalistes, en 
opposition à la prétendue révélation chrétienne, ne peut pas se 
déterminer d’un seul coup ; les exigences politiques à Tintéricur 
et à l’extérieur lui imposent de tenir compte bien souvent des 
préjugés invétérés des populations, et des jalousies des cabinets 
d’Europe que nous voudrions voir, au contraire, unis et engagés 
en un travail grandiose, c’est-à-dire la destruction des puissances 
catholiques, en tant que catholiques. Le bien général de la 
Maçonnerie en Italie, ainsi que le bien général de la Maçonnerie 
en Europe, maintenant demande qu’on marche avec précaution. 
Mais les nécessités politiques des hommes d’Etat ne lient pas 
l’action privée des francs-maçons, et cette action privée peut se 
développer de telle façon que le Ministère même ait ensuite à se 
trouver plus libre pour nous prêter l’aide de la force qu’il a dans 
ses mains, là où il sera utile de s’en servir en vue du triomphe 
de l’humanisme purifié des superstitions. 

Il convient donc de profiter des conditions présentes et des 
-conquêtes passées, de bien régler nos opérations, et de pro¬ 
gresser avec courage, avec calme, avec efficacité. 

Avant tout, il faut faire entrer dans le peuple l’idée que la 
Maçonnerie n’a pas un but politique, mais seulement de bien¬ 
faisance et de paix, de liberté et d’affranchissement des esprits, 
actuellement sous le joug des religions tyranniques par leurs 
dogmes et leurs préceptes. 

En second lieu, il faut donner à enfendre, dans nos discours et 
démonstrations, que la Maçonnerie ne combat pas les catholiques, 
mais les cléricaux (1), lesquels sont corrupteurs du catholicisme 

(1) Cette distinction que le voleur de Marseille simule entre catho¬ 
liques et cléricaux , me fait souvenir de la parole lancée par le frère Léon 
Gambetta; « Le cléricalisme, voilà l’ennemi î » parole pleine d’audace, qui 



et le déshonorent en le traînant sur la place et dans les débats 
politiques. 

Ainsi, on doit s'appliquer à démontrer que la religion a une 
vraie liberté et fleurit mieux en ces Etats où, comme aux Etats- 
Unis d'Amérique, la séparation est complète entre l'Eglise et 
l’Etat ; et qu’il est utile que TEtat n’ait pas des engagements 
statutaires envers l’Eglise. 

L’instruction et l’éducation des écoles doitê tre une des préoccu¬ 
pations quotidiennes des Francs-Maçons. Ils doivent veiller avec 
soin à ce qu’il ne soit pas accordé des patentes, sauf dans des 
cas exceptionnels, à des personnes catholiques, mais en tout cas 
jamais à celles qu’on saurait profondément attachées au catholi¬ 
cisme ; il faut arriver à ce que les municipalités ne choisissent 
pas des instituteurs d’instincts catholiques ; il faut obtenir que 
les écoles communales, les asiles, les collèges, les lycées, 
es écoles techniques, selon les cas, soient ou indifférents ou 
adversaires du catholicisme, et qu’on y infiltre des théories et 
habitudes naturalistes et libres, ennemies des préjugés religieux. 
Les écoles supérieures sont généralement au pouvoir de nos 
frères ou de nos alliés ; mais il y manque la lutte énergique ; il 
est temps de l’entreprendre à découvert. Pour mieux diriger 
l'instruction, il y a des moyens légaux et des moyens suggestifs. 
Le moyen légal est de susciter un mouvement d’opinion pour* 
enlever les écoles communales aux municipalités et les soumettre 
directement à l’Etat ; à cela contribuera la démonstration de ce 
que les communes n’ont pas une éducation ni une liberté sufli- 
santes, et de ce qu’elles sont dominées par de petites passions 
locales, d’où provient leur inaptitude à remplir le grand devoir 
didactique de l'éducation. Le moyen suggestif consistera à 
insinuer dans l’âme des professeurs que l’Etat les rétribuera plus 
largement ; c’est aussi un moyen d’élite et très eflicace de 
signaler ces maîtres et ces maîtresses qui ont des vénérations 

a été commentée par le frère Courdavaux de la manière suivante: 

« La distinction entre le catholicisme et le cléricalisme est purement 
officielle , subtile pour les besoins de la tribune ; mais , en loge, disons-le 
hautement et pour la vérité } le catholicisme bt le cléricalisme ne font 
qu’un. 

Lemmi, donc, sait bien ce qu’il dit et ce qu’il fait dire par ses adeptes 
aux foules ignorantes, et celles-ci ne voient pas le reptile qui se cache 
sous rherbe 1 



— 162 — 


contraires à la vraie religion, de les rendre impopulaires et de 
les forcer à abandonner leurs fonctions, dans lesquelles ils sont 
nuisibles au progrès humain. Un autre moyen encore est de 
louanger l’excellence de l’instruction humanitaire auprès des 
familles, et de rehausser en couleurs tout ce qui pourra être 
déshonorant pour les membres du clergé voués à l’instruction ou 
, pour les maîtres laïques imbus des mêmes idées* 

Mais on n’obliendra pas beaucoup dans le champ de Y ins¬ 
truction, si l’on n’impose pas silence au clergé. Pour arrivera ce 
desideratum , en attendant que le gouvernement soit en mesure 
d'établir par loi la destitution officielle du clergé et de pouvoir le 
forcer à l’inaction et anéantir son influence sur le peuple, il est 
nécessaire de continuer à représenter au peuple le clergé comme 
un mystificateur qui prêche les vertus qu’il n’a pas, la doctrine à 
laquelle il ne croît pas, ou comme un parasite qui vit de l’igno¬ 
rance publique. Néanmoins et tout en même temps, il est néces¬ 
saire de laisser le clergé dans la persuasion que les pouvoirs 
publics se feront les amis et les protecteurs du clergé et de 
l’Eglise, lorsque le clergé et l’Eglise auront cessé de faire oppo¬ 
sition, et désarmé vis-à-vis de l’Etat ; il faut faire croire au bas 
clergé que le gouvernement veut l’enrichir et l’émanciper des 
évêques et du pape. D’autre part, il faut se servir de tous les 
moyens pour créer dans le public l’opinion que le peuple a droit 
non seulement à l’administration des biens des paroisses, mais 
aussi à l'élection des curés, et que les évêques et le pape ont 
détruit ce droit par esprit de tyrannie. Voilà comment on prépa¬ 
rera le chemin à la laïcisation de la religion, comment on rendra 
impuissante la hiérarchie catholique, et comment on facilitera 
l’umvre des législateurs qui auront constitué civilement l’Eglise 
sous la dépendance de l'Klat. 

Pour propager dans le peuple ccs idées de salut, sont bons les 
journaux, les «associations, les sociétés ouvrières de secours 
mutuels, les coopératives, les conférences, les centres maçonni¬ 
ques, et les correspondants maçonniques dans les bourgs et 
campagnes où il n’existe pas de Loges maçonniques. 

Ces instructions seront ensuite mieux déterminées; cependant, 
que chaque adepte de notre Ordre les suive fidèlement, et il 
sera prochain le jour où la Nature, sur la ruine des fausses reli¬ 
gions, chantera vers le ciel l’hymne de la rédemption; et la 
superstition dite révélée aura fini alors de refréner les forces 



vives de l’homme, et l’humanité marchera dans les voies d’un 
progrès sans limite et Sans obstacle, s’adonnant entièrement k 
produire sur la terre le bonheur de tous, qui aujourd’hui n’est 
rêvé que pour une vie à venir. 

Nous recommandons à nos Frères d’avoir toujours sous leurs 
yeux les décisions maçonniques relatives à la crémation des 
cadavres, aux mariages seulement civils, aux enterrements seule¬ 
ment civils ; nous leur recommandons de ne pas permettre, 
autant que possible, le baptême des enfants ; nous leur recom¬ 
mandons de veiller au discrédit où l’on doit mettre toute 
chose ayant le caractère religieux, et principalement la presse 
catholique ; nous leur rappelons nos instructions relatives aux 
œuvres de bienfaisance, destinées à venir en aide seulement à 
ceux qui par esprit appartiennent à la Franc-Maçonnerie ou qui 
laissent espérer d’en faire partie. 

Signé : Adriano Lemmï, 33 e /. 

Grand-Maître. 

Ce document n’a pas besoin de commentaires ; il parle 
trop par lui-mèmc. 

Toutefois, la circulaire ci-dcssus (de 1886) ne suffisait pas 
à assouvir la haine du renégat enjuivé ; et voilà qu’en 
février 1888, il engage les loges à veiller aux Œuvres Pies, 
aux élections administratives, aux Ecoles Elémentaires et à 
constituer des commissions permanentes qui puissent opé¬ 
rer dans le monde profane. 

La circulaire suivante contient sur ce sujet toute la pen¬ 
sée de Lemmi et de la Maçonnerie italienne, et c’est bon 
que le public en ait connaissance, pour comprendre tou¬ 
jours mieux de quoi est capable la secte perfide. 

Le Très Puissant Grand-Maître à toutes les Loges de la Commu¬ 
nion Italienne . 

. Illustre et Cher Frère Vénérable, 

Très chers Frères, 

Comme nous l’avons annoncé par notre précédente planche 
circulaire, la Maçonnerie italienne, ayant réuni tous ses membres 
épars en un faisceau puissant d’affections et de volontés, et étant 
réorganisée en chaque vallée, doit maintenant se préparer à des 



études et à des travaux répondant à son inclination, à ses prin¬ 
cipes, à scs traditions. 

Si Tannée passée, par la coopération unanime de tous nos 
meilleurs et distingués frères, apporta à l’Ordre le grand bénéfice 
de Tunité des forces, celle qui commence maintenant doit lui 
apporter les consolations et la gloire d'une œuvre sage, civile, 
profitable, dans laquelle ces forces s’exercent et unanimement 
conspirent pour le bien de Thumanité et le progrès de notre 
pays... 

La Maçonnerie, vous le savez, chers Frères, est principalement 
une Institution intellectuelle destinée à former, réformer et 
raffermir les consciences et les caractères... 

Jamais autant qu’aujourd'huî, non pas l’opportunité, mais la 
nécessité absolue d’un travail collectif ne s’était imposée aux 
Loges italiennes : nos ennemis, très fortement organisés, obéis¬ 
sant à un seul mot d’ordre qui du Vatican se répand dans tous les 
plus petits et plus obscurs centres cléricaux du monde, essaient 
d’étouffer l’esprit de ia Maçonnerie, c’est-à-dire l'esprit de la 
Liberté,de la Civilisation et des Sciences. Les Loges maçonniques 
ne peuvent donc s’arrêter endos arides discussions académiques, 
mais elles doivent toutes descendre dans la lice et ouvertement 
travaille”" pour réaliser le plus promptement possible les projets 
de notre idéal. 

Il faut combattre l'œuvre perfide des cléricaux, qui tendent à 
relâcher les liens de Tunité politique de l’Etat, et pourvoir à ce 
que ces liens deviennent toujours plus homogènes, plus forts, 
plus intimes. 

S’inspirant de cos considérations, îe Grand Orient d'Italie 
entend et ordonne que toutes les Loges surveillent les Œuvres 
Piesj s’occupent assidûment des élections administratives, con¬ 
trôlent la conduite des syndics (maires), étudient dans quelles 
conditions sont dirigées les écoles élémentaires, et examinent 
quels peuvent être les besoins de leurs villes respectives, afin 
qu’ils soient en harmonie avec la pensée et avec les arrêts d’un 
Etat prévoyant et civil. 

Les^ Loges sont, par conséquent, invitées h constituer cinq 
commissions permanentes qui fonclionneront conjointement et 
pendant le même temps que les Lumières de la Loge ; chacune 
de ces commissions sera composée de trois ou de cinq frères, et 
elles se répartiront les divers travaux dont nous avons parlé plus 
haut. Ainsi seront constituées immédiatement; 



— 165 — 


i* Une Commission de vigilance pour les Œuvres Pies ; 

2° Une Commission - pour les Élections administrative r, 

3° Une Commission pour le Contrôle des Maires ; 

4° Une Commission pour les Écoles élémentaires ; 

5° Une Commission pour les besoins locaux. 

Ces commissions doivent représenter l’œil, la pensée, le cœur 
et le bras de la Maçonnerie, sortant de ses temples et voyant, étu¬ 
diant, sentant et opérant dans le monde profane. Les commis¬ 
saires seront choisis parmi les Frères qui, par leurs études et par 
leur position, sont plus aptes aux travaux spéciaux de leurs 
commissions respectives ; le résultat de leurs travaux, leurs pro¬ 
positions éventuelles et les réclamations devront être communi¬ 
qués au Vénérable, lequel, à son tour, les transmettra au Grand 
Maître de l’Ordre. 

Dans cette vallée où. il y a plusieurs Loges, sera convoquée une 
Assemblée plénière de tous les Frères, dans laquelle, sur la pro¬ 
position de toutes les Lumières (c’est-à-dire les Officiers) préala¬ 
blement réunies, seront nommées et constituées les commis¬ 
sions et sera choisi le Vénérable, auquel elles devront s’adresser 
pour leurs communications avec le Grand-Maître... 

J’envoie, ci-joint, un exemplaire des règles fondamentales 
pour le bon gouvernement des Loges et pour leurs rapports avec 
l’Autorité Suprême de la Maçonnerie italienne. Qu’elles soient 
exécutées avec une scrupuleuse exactitude, la discipline et Tordre 
étant des conditions indispensables pour une vie florissante et 
féconde. Comme Grand-Maître, connaissant rénorme responsa¬ 
bilité qui m’incombe vis-à-vis de l’Ordre et du Pays, je ne per¬ 
mettrai qu’aucune Loge viole impunément les lois maçonniques 
discutées et approuvées par nos Assemblées. 

Donné en la Vallée du Tibre, à l’orient de Ptome, du siège 
Grand Orient d’Italie, le 9 e jour du XII e mois de l’an de la 
Vraie Lumière 000887 et de l’Ere Vulgaire le 9 février 18S8. 

Le Grand Maître de l’Ordre : 

Adrtano Licmki. 

Eh bien î le croira-t on ? Tous ces efforts en vue de 
démolir le catholicisme et la papauté par la calomnie et la 
persécution visible et occulte, ne suffisaient pas encore à 
apaiser la soif de destruction qui dévore Lemmi. Il trouvait 
que ses vœux, ses aspirations n’étaient pas réalisés assez 




— 166 — 


promptement; et comme si l'aide et la protection de ses 
frères au pouvoir en Italie n’étaient pas assez grandes, il 
s’adressa à Albert Pike en personne, pour lui demander de 
mettre en mouvement, sans attendre davantage, les forces 
maçonniques du monde entier contre le Vatican. 

La lettre qui suit et qu’il adressa au Souverain Pontife 
Luciférien, le 21 novembre 1888, prouve bien ce que je 
viens de dire. 

« Très illustre Frère, écrivait Lemmi à Albert Pike, vous savez 
combien le Pape s’efforce partout de miner le progrès, aidé par 
les Evêques, qui, sous le manteau de la religion, organisent la 
rébellion et le parricide. 

« Vous savez que, lorsque les Italiens luttaient pour la liberté 
et pour Limité de la Patrie, le Pape, son poignard planté dans le 
cœur de l'Italie, avait des gibets et des bagnes pour ces héros, et 
que, maintenant que le Vatican conspire pour rendre la Patrie 
asservie et divisée, il veut l'impunité pour ce crime et proteste 
contre lTlalie. 

« Aidez-nous à lutter contre le Vatican, VOUS DONT L'AUTO¬ 
RITÉ EST SUPRÊME, el } sous votre initiative , toutes les Loges 
d’Europe et d’Amérique cjiouseront noire cause » (1). 

(1) Cet appel de Lemmi au clief suprême universel de la secte fit 
grand plaisir à celui-ci, et dans sa joie il reproduisit la lettre d’Adriano 
dans le Bulletin officiel du *S 'vtprême Conseil de Charleston (volume IX, 
page 64). Dans sa fhâte de faire l’insertion, le vieux Pike oublia de 
supprimer certains mots de la lettre de Lemmi qui trahissaient l'exis¬ 
tence de la haute-maçonnerie supérieure à tous les lûtes et aj'ant son 
siège central à Charleston, organisation que doivent ignorer tous les 
maçons non initiés au Palladisme. 

Une négligence du même genre avait été commise, en 1888, par 
Albert Pike, dans des circonstances semblables ei également à propos 
d'une lettre du même Lemmi. 

Lemmi, qui déteste la France et qui ne s’en cache pas, avait envoyé, 
d’accord avec le F. # . Crispj, une circulaire datée du 6 mars 1888 et 
destinée à tous les chefs de Suprêmes Conseils et Grands Orients (sauf 
au Grand Orient et au Suprême Conseil de France, du moins j’aime à 
le croire). Cette circulaire était tout à fait anti française. Lemmi y fai¬ 
sait l’éloge de la Triple-Alliance et la déclarait due à l’action secrète des 
diplornai es que la Maçonnerie sait mettre en œuvre. Mais il ajoutait 
qu’il faudrait commencer des efforts diplomatiques pour obliger la 
France à désarmer. « Ce désarmement, disait-il, est nécessaire pour la 



— 167 — 


Albert Pike n’avait certainement pas besoin d’être prié 
potir la guerre contre de Vatican, et toute l’infamie de sa 
pensée est contenue dans la réponse à Àdriano. La voici : 

« Le Vatican possède une immense puissance sous le contrôle 
d’une seule volonté, qui s’attribue le pouvoir de transformer un 
crime en un acte religieux, en lui accordant à l’avance l’abso¬ 
lution plénière. 

« Ses ressources sont immenses, et les trésors incalculables 
que fournit le Denier de Saint-Pierre sont employés par la Papauté 
à créer des obstacles a la grandeur, à la liberté et à la prospérité 
de l’Italie, et à replonger le monde tout entier dans les ténèbres, 
l’ignorance et la dégradation qui l’enveloppaient il y a quatre 
siècles. 

« La Franc-Maçonnerie s’est placée à la tête des armées du 
peuple et est prête pour la guerre. 

« Les moyens ne lui manqueront pas en cas de besoin. Elle 
pourra empêcher le Vatican de parvenir au pouvoir ; elle pourra 
saper les fondements de ses forteresses et les détruire ; elle 
pourra s’opposer à ses empiètements, affaiblir par tous les 
moyens son influence, taxer ses richesses, tarir ses sources de 
revenus. » 

En répondant dans ces termes, Pike s'inspirait du sou¬ 
venir d’une voûte de délibération, célèbre dans la haute- 
maçonnerie, laquelle est datée du 15 août 1871 et qui fut 

paix, comme la paix est nécessaire pour la justice, et la justice pour le 
bonheur de l’humanité. » Dans l'exemplaire qu’il adressa à Albert Pike, 
il ajouta quelques mots, car il ne pouvait pas traiter avec lui d’égal à 
égal; et ainsi, en lui parlant, lui Lemmi à Albert Pike, il lui disait (je* 
cite textuellement) : < Vous qui gouvernez arec sagesse et amour les 
Centres Suprêmes de la Confédération maçonnique universelle. > 

Pike, cette fois encore, inséra la lettre de Lemmi, sans penser à 
supprimer le passage dénonciateur de son pouvoir suprême. Aussi, tous 
les maçons imparfaits initiés, c’est-à-dire les dupes que les chefs secrets 
mènent par le bout du nez sans qu’ils s’en aperçoivent, peuvent, au cas; 
où ils auraient 'encore des doutes après mes révélations, voir cettfc 
lettre, comme l’autre citée ci-dessus, dans l’organe o/ïiciel d’Albert Piké? 
Celle relative au désarmement à imposer à la France est tout au long 
dans le Bulletin officiel du Suprême Conseil pour la Juridiction Sud des . 
Etats-Unis, VHP volume, II e partie, pages 439 et suivantes; et la 
phrase que je viens d’indiquer occupe les 5 e et 6» lignes de la page 439. 



— 168 — 


envoyée à Mazzini en réponse à sa demande d’un plan précis 
pour guider le Souverain Directoire Exécutif dans l’organi¬ 
sation des forces maçonniques en vue de la destruction 
définitive de l’Eglise. Mais cette voûte, rédigée à l’issue 
d'un convcnliculc du Scrénissime Grand Collège des Maçons 
Emérites, était entièrement un document palladique d’un 
bout à l’antre. 

Au contraire, Albert Pikc, en répondant comme on vient 
de voir à la lettre de Lommi du 21 novembre 1888, écrivait 
de façon à pouvoir s’insérer dans son Bulletin officiel, qui 
est à la disposition de tous maçons, même imparfaitement 
initiés, et il affecta cette fois de ne parler que comme un 
chef de Suprême Conseil du Rite Ecossais. Sa dite lettre est 
au Bulletin Officiel du Suprême Conseil pour la Juridiction 
Sud des Etats-Unis, volume IX, pages *132-833. 

Pour ce qui est relatif au satanisme de Lemmi, j’ai dit 
qu’il ne le cachait pas plus que sa haine contre la France; 
et c’est très vrai. En France, où on lira d’abord ce livre, 
on sera étonné de ce que j’avance, car il faut n’avoir plus 
aucune honte pour se dire sans voile le soldat de Lucifer 
contre Dieu; mais en Italie, tout le monde sait qu’Adriano 
Lemmi est satanisLo. 

C’est au nom de Salan qu’il envoie ses circulaires, quoique 
en ménageant parfois l’opinion dos imparfaits initiés; mais 
il suffit de feuilleter la collection de son journal réservé aux 
francs-maçons, pour connaître ses sentiments d’occultisme 
et de renégat s’élant voué au diable. 

Oui, c’est comme satanislc qu’il a organisé le mouvement 
anticlérical, et il s’en vantail des 1883, lorsqu’il faisait 
insérer dans son organe officiel, la Rivista délia Massoncria 
italiana (volume de l’année maçonnique 1 er mars 1883 au 
28 février 1884, page 306), cette déclaration cynique : 

« Vcxilla regis prodeunt inferni , a dit le Pape. Eh bien, oui! 
oui! les drapeaux du Roi des Enfers s'avancent, et pas un homme 



— 169 — 


ayant conscience de son être, ayant l’amour de la liberté; pas un 
qui ne vienne se ranger sous ces drapeaux, sous ces bannières de 
la Franc-Maçonnerie, symbolisant les forces vivantes de l’huma¬ 
nité, l’intelligence en opposition avec tes forces inertes de l’hu- 
manité abrutie par la superstition i 
« Vcxilla regis prodeunt inferni !... Oui! oui, les drapeaux du 
Roi des Enfers s’avancent ! car la Franc-Maçonnerie, qui, par 
principe, par institution, par instinct, a toujours combattu et 
combattra toujours sans trêve et sans quartier tout ce qui peut 
empêcher le développement de la liberté, de la paix et du bonheur 
de l'humanité, a le devoir de combattre aujourd’hui, plus énergi¬ 
quement et plus ouvertement que jamais, toutes les menées de 
la réaction cléricale! » 



IV 

Où le public commence à connaître Adriano 


Aussitôt que le vieux Riboli et les membres du Suprême 
Conseil (le Turin se furent vendus lâchement à l’intrigant 
Adriano, les maçons à lYimc honnête (il y en avait) refu¬ 
sèrent de le reconnaître comme grand-maître, et, le mépri¬ 
sant comme homme, ils se révoltèrent, préférant ou se 
mettre en sommeil ou se constituer en Loges Indépendantes. 
Mais ce travail, tant qn’il fut isolé, n aboutissait pas à fouler 
aux pieds l’usurpateur ; aussi, le besoin de se grouper en 
fédération ne tarda pas â se faire sentir dans le sein de Ions 
les ateliers travaillant chacun pour son compte. C’est ainsi 
que la Mère-Loge Archimède, à l’orient de Palcrmc, pra¬ 
tiquant le Rite Ecossais Ancien et Accepté, prit l’initiative 
de secouer le joug tyrannique du fripon, et, à la date du 
30 mars 1889, elle envoya aux Logos Indépendantes et aux 
frères en sommeil, une planche circulaire, leur proposant 
de se confédérer pour être forts dans la lutte, et de se 
réunir en Congrès dans la capitale de l’ile. Bon nombre 
d’ateliers et de frères répondirent favorablement à l’appel, 
tellement que le 29 mai de la meme année, les délégués, 
réunis en congrès dans les locaux de la Mère-Loge Archi - 
mède, proclamèrent consfiluée la Fédération Maçonnique 
des Loges Indépendantes dTlalie. 

Voici le texte exact du procès-verbal de proclamation ; 

« Respectable Mère-Loge Archimède ii l’orient de Païenne. * 

« Occupent les lumières : — Vénérable, X. Sinigagîiesi ; l iT Sur¬ 
veillant, G. Cardura; 2 ô Surveillant, 15. Quattrochi ; Orateur, G. Scelsi ; 
Secrétaire, P. Scelsi ; Expert, G. Latnanna ; Maître des cérémonies, 
R. Moschitta.. 



« Les travaux au grade cl’Apprenti s’ouvrent avec les batteries 
rituelles. Sont présents les Délégués et Représentants suivants : 

« Le F.*. Gaetano Turio pour la R.*. Loge le Devoir , à l’or.*, de 
Livourne ; le F.*. Ranieri Garini,pour la R.*. Loge Felice Orsini,k l’or.*, 
de Livourne ; le F/. Ignazio Sinigagliesi, pour le Chapitre Indépendant 
des Vallées de la Spezia et Lunigiana et de leurs Loges dépendantes ; le F.\ 
Giuseppe SceîsL pour la R.\Mère-Loge Archimède, à l’or.\ de Palermeet 
pour sa filiale sous le titre Nuova Confidensa , à l'or.*, de Novi-Ligure : 
le F.\ Garibaldi Bosco, pour la R.*. Loge Giordano Bruno , à l’or.*, de 
Palmi; le F.*. Santi Pellerito, pour la R.-. Loge Carlo Pisacane , à l’or.*, 
de Païenne; le F.*. Enzo Quattrocchi, pour la R.\ Loge Euraco , de 
Termini-Imerese ; le F.-. Placido Lauricella, pour la R.*. Loge Fra - 
tcllanza Arligiana , à l'or.*. de Vittoria. 

« Le F.*. Vénérable fait la relation des faits qui ont démoralisé l'an¬ 
cienne Institution Maçonnique en Italie, et qui donnent origine à la 
Réforme dans la Fédération actuelle ; et en vertu de cela il invite les 
FF.-. Délégués Représentants et les FF.*, de la R.*. Mère-Loge Archi¬ 
mède à proclamer la Fédération des Loges indépendantes Italiennes. 
Après quoi, à Vunanimitè ladite Fédération est proclamée par tous les 
Délégués et par les frères de la R.*. Mère-Loge Archimède. 

« En foi de quoi a été délivrée copie du présent procès-verbal à tous 
les Ateliers, signé par tous les Délégués représentant les Loges, 

« Donné à l’or.*, de Palerme le 29 mai 1889 (ère vulgaire). 

« Ont signe : Pour les RU.*. LL.-. Il Dover e : Gaetano Turio ; — Felice Orsini : 
R, Gorini : — Archimède : G. Scelsi ; — Carlo Pisacane : Santi Pellerito; — Euraco : 
Enzo Quattrocchi ; — Nuora Confklenza : G. Scelsi ; — Giordano Bruno : Bosco Gari- 
haîfli ; — Fralellanza Arligiana : Lauricella Placido ; — et pour le Chapitre des 
Vallées de la Spezia et Lunigiana et ses Loges : Ignazio Sinigagliesi. » 

Et, dans cette grande réunion, les délégués discutèrent 
aussi et rédigèrent la Constitution fondamentale des Loges 
Italiennes Indépendantes Fédérées, dont je traduis ici le 
préambule, très significatif : 

Les Francs-Maçons italiens, voulant s’affranchir du joug tyran¬ 
nique de l'autorité romaine, incarnée dans la personne d'Àdriano 
Lemmi, illégalement délégué à la suprême direction de l'Ordre 
en Italie ; 

Considérant que Lemmi et consorts ont frauduleusement violé 
les lois de l’Ordre Maçonnique, comprises et exprimées dans le 
mot triangulaire, base et fondement de la Franc-Maçonnerie : 
Liberté, Fraternité, Égalité, soit en faisant servir la grande 
famille à leurs ambitions personnelles, soit en la transformant en 



— 172 — 


vulgaire boutique, et en reniant continu elle me n.1 eea vues élevées 
et humanitaires, et en en falsifiant le but final. 

Venait ensuite le texte de la Constitution, en 66 articles 
divisés en 7 chapitres : — 1° Reglements ; 2° Autorité e- 
Magistèrc ; 3° Finances; 4° Elections ; 5° Dispositions par¬ 
ticulières ; 6° Dispositions générales ; 7° Dispositions tran 
si toires. 

Ce schisme donna beaucoup à réfléchir au signor Lemmi ; 
car il envoya aussitôt à Palerme son grand secrétaire, Luigi 
Castellazzo, 33 e , avec la mission secrète de tout faire pour 
ramener les brebis égarées a la bergerie maçonnique du 
(ïrand Orient de Rome. Mais le grand secrétaire retourna à 
Rome, la cornemuse dans le sac. 

La Fédération se mit, sans larder, en œuvre pour se faire 
reconnaître par les puissances maçonniques étrangères. Une 
première tentative fut couronnée de succès, et on me fit part 
de r heureux évènement parla planche suivante : 

À.‘. L.\ G.*. D.*. G.‘. A.*. D.*. LU*. 

Et des Martyrs de la Liberté 
Maçonn.-. Univers.'. Famille italienne 

Liberté — Égalité — FaATMUrTê 

Ordo ab Chao 


Or.*, de Palerme, le X!I* jour du X* mois, an de la V.*. L.*. 5889 
et de l'E. •. V. *. 12 octobre ISS9 

Très Cher Fr.\ Vénérable de la R.*. L.\ Giordano Bruno 

à For.', de Paîmi. 

Nous avons îa faveur de vous transmettre la copie authentique du 
■décret de reconnaissance mutuelle et d’assistance réciproque stipulé 
entre notre Famille Fédérale et la Suprême Autorité du Rite de Misraïm 
séant à Paris. L’original est déposé aux archives. Dès ce moment, les 
Loges du Rite de Misraïm ont le devoir d’assister et admettre à leurs 
travaux les frères de la Fédération, de même que tous nous nous 
engageons à assister et admettre à nos travaux les frères des Ateliers 
Misraïmites qui nous présenteront des documents réguliers. 

Dans l’attente de vous lire, agréez triple accolade fraternelle pour 
vous et pour tous les FF.\ de la R.\ L.\ Giordano Bruno . 

Le Secrétaire : Le Président : 

Signé ; Pietro Scelsi. Signé : Ignàzio Sinigagliesi, 33% 

pci le sceau fédéral.) 


CONSEIL FÉDÉRAL 

N. 15 
Obj et : 

Notification de reconnaissance 
irec fin* Paiss.\ lac/. Etrangère 



— 173 — 

Voici le décret de reconnaissance : 


ORDRE MAÇONNIQUE ORIENTAL DE MISBAIM OU D’ÉGYPTE 

Vallée de Paris, le 5 e jour du mois d'octobre 1889 (E>\ V.*.) 

- — - 


swntm mi» corn sfmii n l'ouu 


Secrétariat Générai. 


T.\Ill.\et T/* G.*. F.% 

J’ai la faveur de vous informer que, après avoir pris connaissance, 
par l'entremise de notre T.*. C.*a F.*. et ami Parmentier, de Paris : 

V De la Constitution de votre nouvelle Fédération Maçonnique ; 

2* De la cause qui en a provoqué la fondation (la malhonnêteté àé 
Lemmi) ; 

o° Du but humanitaire et progressiste que vous poursuivez ; 

4° Du désir enfin, que vous manifestez de voir votre Fratern.*. Fédé¬ 
ration reconnue par la nôtre et, par suite, de conclure avec notre Ordre 
un traité d’amitié et d’affiliation ,* 

Les Membres du S.*. G.\ G.\ G.*, de notre Ordre sont heureux de 
vous adresser l’expression et l’assurance de leurs sentiments les plus 
fratern.*. en y joignant leurs vœux les plus sincères pour la prospérité 
de votre nouvelle Fédération. 

C’est vous dire, T.\ Ill.\ et T.\ C.*. F/ que notre S.\ G.*. C.\ G/- 
non seulement reconnaît votre fratern.*. Fédér.*. comme Puissance 
Maçonnique Ptégulière et régulièrement constituée, mais aussi considère 
comme virtuellement établi, dès ce jour, un traité d’amitié et d’affi¬ 
liation entre votre Fédération et la nôtre, sur la base d’une réciprocité 
pleine et entière dans tout ce qui a trait aux sentiments et aux droits 
maçonniques, expression de la fraternité la plus sincère et de la plus 
étroite solidarité. 

Partant de cette réciprocité pleine et entière, le S.*. G.*. C.‘. G.** 
l'engage à : 

P HeeDM'Altre, dès ce jour, rotre Fratern/. Fédérât/, comme 
Paissance Maçonnique régulière ; 

2* Traiter et considérer, dans tous les Ateliers Misraïmites conti¬ 
nentaux et d’Outre-Mer, tous les FF.*, de votre Fratern. *. Fédération 
à l’égal des Membres de notre Ordre ; 

Comme conséquence, le Souverain Grand Conseil Général espère qu’il 
y aura, entre nos deux Fédérations et dans le plus bref délai possible, 
échangé de Garants d’Amitié. 

Telle est, T.*. I1L*. et T.*. O/. F.*., la décision du S.*. G.*. O.*. G.' 
que je suis heureux de vous transmettre, en y joignant les salutations 
les plus fraternelles et l’expression des sentiments d’amitié et de sol> 








— 174 — 


darité de tous les Membres de notre Conseil à l’adresse cle tous nos 
frères de votre Fédération, 

Le Grand Chancelier Secrétaire : 

Signé ; Docteur Chailloux. 

(Ici le sceau du Gr.\ Chane/.) 


Pour copie conforme à l’original qui est dans les Archives de la 
Fédêr. •. Maçon. •. ltal. *. 


Le Vice-Secrétaire : 

Signé ; Laurïcllla Placido. 


Palerme, 44 octobre 18S9(E.’. V.*.} 
(Ici le sceau du Conseil Fédéral.) 


La Fédération, dans le but de s’affermir toujours davan¬ 
tage, donna son adhésion au Congrès Franco-Italien de 
Cannes, et adressa à ce propos à tous scs Ateliers la circu¬ 
laire suivante : 


CONSEIL FÉDÉRAL 

Objet : 
Circulaire 


Or.*, de Païenne, le XX* jour du X a mois, an de la V.*. L.\ 5SS9 
et de 113.*. V,*. 20 décembre 1889 


Très Cher Frère Vénérable de la R.*. L.’. Giordano Bruno , 

à l’or.', de Palmi. 

Le Conseil Fédéral, ayant à cœur d’adhérer en son propre nom au 
Congrès Franco-Italien qui aura lieu à Cannes (Alpes-Maritimes) dans 
les jours des 5 et 6 janvier 1890, a le devoir d’interpeller toutes les 
Loges Fédérées, afin d’étre autorisé à envoyer l’adhésion au nom de 
toute la Famille Fédérale Italienne. 

Dans l’assurance que votre Respectable Atelier, apercevant dans ce 
Congrès un des buts principaux de la Fédération [la Fraternité des 
Peuples), voudra seconder par son suffrage les désirs du conseil, je 
vous prie d’envoyer votre planche de réponse pas plus tard que le 28 
courant. 

Recevez la triple accolade fraternelle, 

Par mandement, le Secrétaire : 

pci le sceau du Conseil Fédéral.) Signé : P* Scei.si. 

Mais le signor Lcmmi ne dormait pas. Furieux de ce que 
la mission qu'il avait confiée au F.*. Luigi Castcllazzo n'avait 
pas abouti, il avait fait serment de détruire la jeune 
Fédération, et il se servait de ses armes habituelles : la 
calomnie et la moquerie. 

Le document suivant montrera la manière d’agir du fli¬ 
bustier : 



CONSEIL FÉDÉRAL 


Or.-, fie Païenne, le XX* jour XII e mois,an de la V.\ L.\ SS90 
et de PE. •. V. *. 22 février 1800 


Objet : 
Circulaire 


Très Cher F.*. Vénérable de la R.\ L.\ Giordano Bruno , 

or.*, de Palmi. 

Nous nous hâtons de vous mettre en garde, vous et tous les 
chers frcres de la Fédération contre les menées du sieur Lemmi, 
dont les scribes salariés osent adresser, au nom de quelques 
frères de la Fédération, en contrefaisant leurs signatures, des 
lettres à d’autres frères de la Fédération, et cela dans le but de 
semer le germe de. la discorde et la méfiance entre les Loges 
Fédérées et entre les frères. Il nous est impossible de déterminer 
le contenu; car chaque lettre a un texte différent des autres. 

En effet, notre Très Cher Fr.*. Correspondant et Garant d’amitié 
auprès de la Puissance Suprême de l’Ordre oriental de Misraïm 
de Paris, nous écrit qu’ayant appris la détermination du Grand 
Orient de Paris du Rite Français, lequel reconnaîtra comme 
Puissance Maçonnique régulièrement constituée notre Fédération 
un an après sa fondation, le sieur Lcmmi s'est engagé formelle¬ 
ment à détruire la même Fédération, pour faire voir au monde 
entier qu'elle n'a été, dit-il, qu'une conception d'esprits malades et 
dérangés , et, pour cela, un ballon d'essai. 

Vous voyez donc, Très Cher Frère, qu’aujourd’hui, plus que 
jamais, la vie et la grande existence de la jeune Fédération, déjà 
aimée à l’étranger, dépend de notre courage et de la constance 
unanime de tous les frères. 

Nous vous prions d’envoyer à l’adresse connue du F.*. P. Sceîsi 
toute lettre ou planche que vous pourriez recevoir, afin qu'elle 
soit déposée avec les autres dans les archives de la Fédération, 
comme document. 

Agréez, Très Cher Frère, pour vous et pour tous les FF.*, de 
votre R.‘. Loge, la triple accolade fraternelle. 

Le Secrétaire : Le President : 

Signé ; P. Scelsi. Signé : I. Sinigagliesi. 

(Ici le sceau du Conseil Fédéral.) 

En môme temps, et comme protestation et défi aux 
inouïes machinations de l’enjuivé, le Conseil Fédéral décida 



de réunir en un 2° Congrès, ù Livourne, les délégués de Ions 
les Ateliers Confédérés. En voici la circulaire : 


CONSEIL FÉDÉRAL 

Objet : 
circulaire 


Or *, de Païenne, j.*. XX, m.-. XII, an de la V.\ L.\ 5 00 
et de l'E,\ V.\ 22 février 1SQ0 


Très Cher Frère Vénérable, 

Dans les jours des 29-30-31 mars aura lieu le 2" Congrès Maçonnique 
à For/, de Livourne (art. 33 delà constitution). Veuillez donc nous 
envoyer, avant le 5 mars prochain, les questions que votre R.\ Atelier 
voudra présenter, afin de les inscrire dans Tordre du jour. 

Veuillez aussi nous dire le nom du Délégué que votre Atelier choisira, 
afin que nous en donnions connaissance aux Très Chers Frères Véné¬ 
rai des des Ateliers séant à Livourne, pour être reconnus par les mêmes 
par des diplômes et planches de présentation que le Conseil délivrera à 
tous les Délégués. 

Agréez, T.*. C.\ F.\, la triple accolade fraternelle. 

Le Secrétaire : 

(Ici te sceau Fcdrr.il.) Signé: P. Scixfr. 

L’annonce officielle d'un deuxième Congrès Fédéral mit 
Lcmmi en fureur. II ne pouvait pas tolérer que l'Etranger 
[misse penser un seul moment que sa promesse de détruire 
la Fédération serait une menace en l’air. Il comprit alors, 
en bon juif, qu’en celte circonstance l’or serait le moyeu Je 
plus convaincant pour amener la destruction du groupement 
fédéral, et il expédia a Païenne l’un des agents secrets du 
Souverain Directoire Exécutif négocier avec les frères Seelsi, 
et ceux-ci prirent rengagement formel de produire la disso¬ 
lution de ia Fédération moyennant la somme de dix mille 
francs. L’agent, qui avait pleins pouvoirs, paya aux frères 
Seelsi le prix de lu trahison ; et immédiatement, ils se 
mirent à l’œuvre de destruction. Us s’étaient déjà rendus 
coupables envers la Fédération, laquelle avait gardé le 
silence pour ne pas provoquer un scandale dès son début. 

La grave culpabilité de ces gens sans honneur est mani¬ 
festée par ce document : 




— 177 — 


MAÇON.'. UNIVERSELLE FÉDÉRÂT.-: ITALIENNE 

A.-. L.-. G.-. D.-. G.-. A.-. D.-. LU-, 
et des 

MARTYRS DE LA LIBERTÉ 
•- 4 - 

CONSEIL FÉDÉRAL 

présidence O.-, de Païenne, iOmars 1890, E,*. V. # « 

Très cher Frère Vénérable, 

Les travaux par nous commencés et continués avec tant 
d'amour et de zèle, ont subi un long retard par suite d’une 
scission arrivée au sein de notre Suprême Conseil. Cette dissen¬ 
sion s’est produite par les menées ambitieuses et par les actions 
malhonnêtes de deux de nos frères, qui, avec la ruse et une 
hypocrisie consommée, étaient parvenus aux charges les plus 
élevées de notre Fédération ; ceci doit vous être raconté entière¬ 
ment, la nécessité étant de vous démontrer que de notre part 
rien n’a été négligé pour la bonne marche des travaux. Mais si 
les travaux généraux ont diminué pour un instant, jamais d’autre 
part n’a diminué notre activité absorbée par le travail très louable 
de moraliser cette assemblée, que l’unanimité de vous a préposée 
à la direction de notre jeune Fédération. 

Les frères Pietro et Giuseppe Sceîsi, l'un secrétaire, et l’autre 
orateur de ce Conseil Fédéral, appartenant tous les deux à la 
R.\ Mère-Loge Archimède, sont accusés ; 

1° Le F.*. Giuseppe Scelsi, de s’être approprié la taxe 
d'entrée dûment perçue des mains d’un profane qui devait être 
initié ; la quittance par lui frauduleusement délivrée a été saisie 
et est déposée dans nos Archives. 

Au sujet de ce délit, plusieurs frères ont interpellé en loge k 
coupable ; et alors celui-ci, aidé par son frère Pietro, s’est 
insurgé contre l’autorité, séance tenante, descendant à des actes 
honteux et ridicules, se servant de mots orduriers et nullement 
maçonniques. Et ensuite, se prétendant maîtres de notre Temple, 
ils ont volé la clef afin de s’approprier les meubles, accessoires, 
décors, en un mot, le matériel. Ils le tinrent fermé pendant plu¬ 
sieurs jours pour empêcher la marche des travaux ; ce à quoi ils 
ont réussi eu partie. — Cependant, cet attentat leur a été infruc¬ 
tueux ; car, ayant requis l’assistance de la loi, nous les avons 
contraints à restituer la clef, et nous avons pu reprendre les tra¬ 
vaux interrompus. 


12 




— 178 — 

Pour ces faits, nous avons formulé les deux chefs d’accusation 
suivants : 

2° Rébellion contre la More-Loge constituée en assemblée ; 

3° Main-mise arbitraire sur le local de notre Temple. 

Bien plus, quand ils ont eu en leur pouvoir la clef, ils se sont 
emparés de tous nos papiers et les ont transportés à leur domi¬ 
cile ; c’est pourquoi nous les avons accuses de : 

4° Vol de tous les documents de la Resp.\ More-Loge 
Arr.himrde et de tout ce qui appartenait au Conseil Fédéral, c’est- 
à-dire sceaux et timbres, papiers, diplômes, statuts, etc., ainsi 
que de tous les Documents du Souverain Chapitre Humanitas . 

Pour ces délits très graves, la Mère-Loge Archimède a expulsé 
lesdits frères Scelsi, et a remis leur dossier pour le procès à ce 
Conseil Fédéral. 

Nous, constitués en Cour de Justice, nous avons commencé 
nos travaux en formulant les chefs d'accusation selon les faits 
exposés non seulement par la Mère-Loge Archiw'de, mais aussi 
par chacun des frères. 

En dehors des quatre accusations susnommées, nous travail¬ 
lons à l’instruction du procès et au développement des autres 
accusations suivantes qui pèsent personnellement sur le frère 
Giuseppe Scelsi : 

5° Escroquerie, au moyen de lettres de change n’ayant aucune 
valeur, commise au préjudice de l’un de nos frères et de l’oncle 
de ce dernier ; 

6° Autre escroquerie de cent francs au préjudice d’un autre 
frère ; 

7° Détournement de six cents francs, au préjudice d’une Société 
de Secours Mutuels dans laquelle il s’était introduit en démo¬ 
crate et faisant parade de principes plus ou moins républicains 
ou socialistes, selon le cas. 

Comme conséquence à la communication de la R.*. Mère-Loge 
Archimcde et aux accusations susexposées qui déshonorent le 
citoyen et rhomme et le rendent indigne d’appartenir à notre 
famille, nous avons suspendu les frères Scelsi de leurs fonctions 
dans le Conseil Fédéral, et nous attendons la fin de l’instruction 
de l’affaire et son résultat pour prononcer contre eux la peine 
qu’ils méritent. 

Nous vous prions de faire part de cette planche à tous les 
frères, afin qu’ils sachent que, dès ce moment, les frères Scelsi 



179 


sont exclus de tout privilège afférant à notre Fédération, et 
expulsés de toute la communion maçonnique. 

En même temps, nous vous prions de nous faire connaître les 
nouvelles lumières de votre Itesp.\ Atelier, vous envoyant 
ci-joint la liste des nôtres ; et nous vous informons que dans le 
Conseil Fédéral, la charge de F.\ Orateur a été confiée h noire 
F/. Bosco Garibaldi, et celle de Secrétaire, confiée au Secrétaire- 
adjoint, le F.*. Lauricella Placido. 

Avec la triple accolade fraternelle, nous vous saluons affec¬ 
tueusement. 

Le Président : 

{Sî#né i Ignazio Sinigagliesi, 33% 

Ont signé les Conseillers: — Lauricella Placido, 9% secrétaire; Gaetano Ginrinra, 33*; 
L. d'Angelo, 30* ; Bosco Garibaldi, 43*; Santi Pellèrtto, 30 e ; Enzo Qualtrocrl.i, 18% 
Représ.', la R. # . L.*. Em'uco, de Termini, délégué au Conseil Fédéral. 

Ont signé, aussi, les Lumières de la R.*. Mère-Loge Archimède : — lgnazio Sinigagliesi, 
33% Vénérable; Candura Gaetano, 33% premier surveillant; Quattrocclii Enzo, 18% 
second surveillant ; Ballotta Salvatore, 18% orateur ; Perez Antonino, 9% expert ; 
L. Cavallero, 3 e , maître des cérémonies ; Lucciauo d’Angelo, 30% trésorier ; Dolce 
Luigi, 9% secrétaire. 

Ont igné, aussi, les Lumières de la R.-. L.*. CnWo Pisacnnc : — Santi Pellerito, 30% 
vénérable ; Ant. PeUerUi, 18% premier surveil’ant : Càranlo Antonino, 15*, second 
MirveiVant ; Bosco GaribaUVi, 13% orateur ; MosriHu RaiT.u*)e. 9% expert ; Bianco 
Carmelo, 9 e , maître des cérémonies ; Luciano d’Angelo, 30% trésorier ; Lauricella 
Placido, 9% secrétaire. 

Adresse de la Planche : 

A rill.% F.*. Domenico Margiotta, 

Membre actif de la R.*. Mère-Loge Archimède et du Secret Souverain 
Chapitre Humanitas , Vénérable de la R.\ L.*. Giordano Bruno , à 
For.*, de Pal mi. 

Cette fois, il faut l’avouer, le juif parvint à son but ; car 
« ses métaux » ont été, comme toujours, très bien dépensés, 
ci il réussit, du moins en partie. Je dis en partie, parce 
qu’un 3 e Congrès des Loges Fédérées eut lieu, après l’élimi¬ 
nation des semeurs de discorde ; mais on peut affirmer 
que les incidents que je viens de rapporter ont marqué 
l’agonie de la Fédération. Et en effet, le Centre de Païenne 
disparut pour faire place à l’Orient de la Spezia, qui fut 
choisi pour siège du 3 e Congrès et du Conseil Fédéral. Les 
deux documents suivants prouvent la vérité de ce qut 
j’avance : 



— 180 — 


A.\ L.\ G.-. D.-. G.-. A.'. D.\ L'U.'.‘ 
cl des Martyrs de la Liberté 

MAÇONNERIE UNIVERSELLE — FÉDÉRATION ITALIENNE 

Vallée de laSpezia, j.*. XXVIIJI, m.*. VU, an delà V.*. L.*. 000804 
Souv.*. Chapitre Auto Persio et de PE. *. V.'. le 20 septembre 4891 

Or.*, de !«i Spezia 

Très Cher F.*. Vénér.\ de la R.*. Loge Giorclano-Bnmo 

à l’or. *. de Palmi. 

Ce Souverain Chapitre qui a été choisi par le Conseil Fédéral pour 
être le siège du 3 e Congrès Maçonnique a la faveur d’inviter votre 
R.-. L.’. afin qu’elle daigne nous déclarer le nombre, les noms et 
i’heurs de l’arrivée en cet orient, des frères qui seront désignés à la 
représenter. 

Agréez la triple salutation fraternelle ensemble à tous les ff. *. de 
votre orient. 

Le Secrétaire : Le Président : 

(Signé) F. Sommcvigo. (Signé) C. Torracca. 

A.*. L.*, G.*. D.’. G,*. A.\ D. *. LU.-. 
et des Martyrs de la Liberté. 

Maçon.*. Univers.*. Féd.*. Ital.". 

Libcrté — Égalité — Fraternité ^ 

O.*, de la Spezia, j.*. XXÏ, m.*. VIII. an de la V.*. L. *. 000391 
et de l’E.*. V.*. 24 octobre 1891. 

Très cher F. *. Vénérable de la R. *. L. *. Giordano Bruno , 
à l’or.\ de Palmi. 

Nous sommes heureux de vous faire part de la nomination du nou¬ 
veau Conseil Fédéral séant à l’or.*, de la Spezia. dans les personnes des 
RR.*. Frères: C. Torracca, président; M. Mussi, orateur; G. B. Tri- 
glia, trésorier; G. Spezia, secrétaire; G.-B. Giani, conseiller; O. Ver- 
nassa, conseiller; F. Sommovigo, conseiller. 

La gravité de la tache que le Congrès Maçonnique a bien voulu nous 
confier, n’est échappée à aucun de nous ; mais, sûrs du concours de 
toutes les Loges Fédérées et de tous les vrais Frères, nous avons 
accepté cette charge. 

Cependant, selon les délibérations prises, nous invitons votre Respec¬ 
table Atelier à vouloir bien nous confirmer son adhésion. 

Dans Fattente d’une réponse affirmative de votre part, nous vous 
rrions d’agréer nos fraternelles salutations. 

Le Secrétaire: Le Président : 

(Signé) ; G* Spezia. (Signé) G. Torracca. 

<îct te sceau du Couseil Fédéral. 

Adresse profane du Conseil Fédéral: 

César Torracca 

Montée du Château, n° 10, 2" étage, â la Spezia. 


CONSEIL FÉDÉRAL 

N. 6 
Objet : 

PARTICIPATION 




— 181 — 


Je prie les lecteurs d’être indulgents si je multiplie les 
citations de documents ; car peut-être, en voyant ces pièces, 
quelques-uns pourraient penser qu’elles n’ont pas grand 
intérêt et que j’aurais dû me limiter à faire le récit des 
faits en peu de lignes, la nécessité de reproduire de 
simples lettres de convocation ou de faire part paraissant 
discutable. Mais, si je remplis mon livre de documents, 
même de ceux comme les ci-dessus, d’apparence insigni¬ 
fiante, es n’est pas pour le vain [motif d’augmenter le nom¬ 
bre des pages. 

J’ai, au contraire, de très bonnes raisons pour faire figu¬ 
rer dans mon volume tout ce qui peut prouver au public 
français, à qui est destinée cette édition première, que j’ai 
été réellement en situation, dans la maçonnerie, de connaître 
beaucoup de choses. En Italie, où je suis bien connu, tout le 
monde sait que j’ai été un des chefs, et, pour une édition ita¬ 
lienne, je n’aurai pas besoin de donner tant de preuves de 
ma participation aux incidents des luttes maçonniques. En 
France, ce n’est pas la même chose. Il y a nécessité à ce 
que je me sauvegarde, à l’avance, des manœuvres des 
agents de Lemmi ; car ce livre contrariera beaucoup et 
gênera l’intrus du palais Borghèse, ainsi que tous les hauts- 
maçons. 

Lemmi a des agents qui vont non seulement au sein des 
loges, mais encore parmi les catholiques. Il ne faut pas que 
ceci étonne; il en a été toujours ainsi. Le chevalier Fausti, 
qui était 33 e et dont il est question dans le rapport du F.’. 
Philéas Walder cité plus haut (page 129), était le secrétaire 
même du cardinal Anlonelli, et il tenait Mazzini au courant 
de toutes les résolutions prises au Vatican. Ces agents sont 
très difficiles à connaître, parce que sur la liste du Souve¬ 
rain Directoire Exécutif, ils ne figurent pas sous leurs noms 
véritables ; chacun a un pseudonyme secret qui lui est donné 
par le Chefd’Action Politique et sous lequel il signe ses rap- 



poris, et c'est aussi Je faux-nom sous lequel on le désigne, 
lorsqu'on a occasion rlVn parler entre cliefs ou lieutenants 
ou inspecteurs délégués des Directoires, soit dans une corres¬ 
pondance, soit verbalement. Mais, une fois les catholiques 
prévenus, ils pourront facilement découvrir ces agents, au 
moyen de l'observation. 

Afin de no pas être soupçonnés, ils se donnent volontiers 
pour adversaires de la franc-maçonnerie ; à l'occasion, ils en 
disent du mal, ou ils écrivent contre elle, si leur mission 
doit s’exercer dans la presse. Mais on aura vite remarqué 
que leurs attaques sont de celles qui sont indifférentes à 
la secte. Ils l’attaquent, par exemple, sur la question poli¬ 
tique; ils révèlent uniquement l’action parlementaire, que 
les loges ne cachent plus depuis longtemps. Alors, on les 
croit an limaçons, et on leur accorde confiance dans le 
monde catholique. Seulement, quand il y a des révélations 
gênantes pour la maçonnerie, comme ce qui touche aux 
loges de femmes ou bien ce qui dévoile l’organisation cen¬ 
trale supérieure, aussitôt ils prennent feu et ils crient à l’exa¬ 
gération, fi l’imposture ; ils font tout ce qu’ils peuvent pour 
détruire l’effet de la dénonciation publique des manœuvres 
secrètes les plus dangereuses pour la société chrétienne ; 
car, avec les sœurs maçonnes, tenues rigoureusement incon¬ 
nues, la secte agit jusqu’au foyer des familles, pour démo¬ 
raliser, et, d’autre part, l’organisation centrale supérieure, 
c’est-à-dire le Rite Suprême ou Palladisme, est la véritable 
puissance, et la plus formidable, de la franc-maçonnerie. 

Aussi, quand quelqu’un nie cela, on peut être sûr que 
c’est un agent secret. Je donne là, à mes lecteurs catholi¬ 
ques, la pierre de louche qui leur permettra de reconnaître 
l’or faux ; car il arrive que l’agent secret du Souverain 
Directoire Exéeulif est parfois un homme qui paraît tout te 
contraire de ce qu’il est, et il y en a eu et il peut y en avoir 
encore même au nombre des ecclésiastiques. Le F.*. JRoea, 



chanoine apostat, qui appartenait secrètement au Grand 
Orient de France, même avant d'avoir été mis en interdit 
et qui est mort il y a un an, faisait une abominable propa¬ 
gande dans le ^clergé, recrutant les prêtres qu’il pensait 
pouvoir attirer, et il s’est vanté, dans un de ses écrits, 
d’en avoir amené plus de mille aux loges secrètes gnostiques 
françaises. Je crois qu’il se vantait; mais, s’il a corrompu 
seulement dix prêtres, c’est déjà beaucoup trop, et c’éiail 
tout autant de Judas, toutautant d’agents secrets de la secte. 
Don André-Gomez Sommorostro, qui était archiprôlre delà 
cathédrale de Ségovie et dont l’afliliation secrète à la maçon¬ 
nerie a été découverte il y a deux ans, fut, pendant vingt- 
liuit ans, Vénérable d’une des loges de la ville, et tout en 
étant franc-maçon et l’un des pires, il a été le confesseur 
de la reine. C'est par un prêtre, secrètement franc-maçon, 
que le roi de Naples, Ferdinand II, a élé empoisonné ; dans 
mon pays, on nomme tout haut ce misérable ! Cluserct a 
raconté à l’un de mes amis que, pendant la Commune, 
Raoul Rigault avait, parmi ses agents qui le renseignaient. 
sur l’archevêché et sur les dignitaires du diocèse, un vicaire 
de l’une des paroisses de Paris. 

Je rappelle ces faits lamentables, afin que les catholiques 
sachent bien qu’il ne faut pas toujours se fier aux appa¬ 
rences et qu’ils doivent se tenir sur leurs gardes, quand ils 
ont affaire à des gens n’étant pas contre la franc-maçonne¬ 
rie sans aucune restriction. Quand on a vu ce que j’ai vu, on 
ne s’étonne de rien; mais les catholiques, ne soupçonnant 
pas l’intensité du mal et oubliant souvent les avis du Souve¬ 
rain Pontife, sont trop portés à être confiants, et cela per¬ 
met aux Mazzini, aux Pike, aux Lemmi, de les endormir, 
au moyen de leurs agents secrets. 

Comme j’ai à prévoir des manœuvres et que je sais de 
quoi est capable le sieur Adriano dit Simon, je ne dois donc 
tien négliger pour établir quelle a élé ma situation dans la 



REPRODUCTION D’UN DES DIPLOMES MAÇONNIQUES DE L’AUTEUR 

(Fac-similé en réduction pur la photogravure.) 



U.ÏVHfT IVVCHTVM .ÏAT^rrîiii nvvMn 


(PATENTE DE MEMBRE D’HONNEUR DU GRAND ORIENT NATIONAL D’HAITI) 




— 186 — 


secte, afin qu’on soit certain que je parle en parfaite con¬ 
naissance de cause ; et alors, si clos agents secrets viennent 
essayer de révoquer en doute mes révélations très gênantes 
pour la secte, on comprendra qu’ils jouent leur l'ôle, et les 
catholiques intelligents, étant prévenus, se détourneront 
d’eux. 

Mais je reviens au 3 e congrès de la première Fédération 
italienne des loges anlilemmislcs. 11 fut la dernière mani¬ 
festation de l'indépendance, et après cela personne n’a plus 
entendu parler de la Fédéralion! Elle mourut en maudis¬ 
sant cet homme qui est l’opprobre de l’humanité et qui 
s'appelle Àdriano Lcnimi.Elle mourut, et les Loges, cessant 
d’être groupées, furent sans force dans leur isolement; peu 
à peu, la plupart d’entre clics tombèrent en sommeil, c’est-à- 
dire cessèrent de sc réunir. Le renégat enjuivé de Stamboul 
était parvenu à scs fins. 

Toutefois, il avait été très mortifié par cette insubordi¬ 
nation, et il avait cherché comment il pouvait empêcher pa¬ 
reille révolte de s’étendre, sans avoir à se prévaloir de scs 
droits d’important chef de la haute-maçonnerie. C’est alors 
qu Albert Pike jugea bon de lui décerner publiquement un 
superbe satisfecit , ne dévoilant pas son grade palladique et 
seulement en le représentant aux yeux des imparfaits initiés 
comme un maçon écossais des plus méritants. Donc, Pike 
pansa les blessures récemment faites à l’amour-propre de 
Lemmi, en faisant savoir à tous les Suprêmes Conseils qu’il 
nommait Adriano membre d’honneur du grand Suprême 
Conseil de Gharlcston, cl il lui envoya un magnifique 
diplôme. 

Le^ïimi, — peut-on en douter? — répondit, à grand 
orchesirc, au Très Puissant Frère qui lui témoignait ainsi 
son estime, en lui adressant et en faisant publier la lettre de 
remerciaient suivante: 



187 — 


Or.*, de Rome, le 12 septembre 1889, E.\ V/. 


A V Illustre et Très Puissant Frère Albert Pike , 33 e , 
Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil des 33* % 
pour les Etats-Unis, Juridiction Sud , 

à Washington. 


Illustre et Vénéré Frère, 

Il m’est parvenu — autant inattendu que bien agréé — le 
magnifique diplôme qui témoigne combien vous m’avez estimé 
digne d’être inscrit parmi les Membres d’honneur du Su¬ 
prême Conseil des 33 es pour la Juridiction Sud des Etats-Unis. 

A vous donc, vénéré et cher Frère, et à tous les Souverains 
Inspecteurs Généraux qui composent ce glorieux Suprême Con¬ 
seil des 33 cs , je présente mes plus vifs et plus sincères remer- 
cîments. 

L’honneur qui est ffait en ma personne à la Maçonnerie Ita¬ 
lienne rendra toujours plus solides, plus intimes et plus affec¬ 
tueux les liens d’amitié fraternelle, qui, dès longtemps, unissent 
les Maçons libres et acceptés de votre grande République aux 
francs-maçons de Vltalie. 

Le grand honneur qui vient de m’être décerné formera tou¬ 
jours le plus doux souvenir de ma vie, et le Diplôme qui 
témoigne de votre charmante affection, ainsi que de celle de 
votre Suprême Conseil à mon égard, sera l'héritage le plus pré¬ 
cieux de mes fils ; ils trouveront en lui aussi la force nécessaire 
pour persévérer dans le difficile, mais confortable exercice des 
vertus publiques et privées. 

Veuillez agréer, Illustre et Vénéré Frère, mes salutations 
•affectueuses et fraternelles. 

Adiuano Lemmi, 33 e 

Délégué Souverain Grand Commandeur. 


Il fallait vraiment un formidable cynisme à Lemmi, 
pour qu'il osât parler de ses vertus publiques et privées, lui 
dont l’existence toute entière n’a été qu'un tissu d’infamies, 
lui, usurier, voleur et assassin ! 

Mais laissons notre héros à sa glorification, et voyons-le 
travailler à augmenter de plus en plus sa fortune ; car s’il 
compte laisser un héritage à ses enfants, ce sera sans doute 
autre chose que le diplôme à lui décerné par l’antipape 



— 183 — 

uciférien Albert Pike. Ce sont, en effet, ses manœuvres 
pour accroître sa richesse qui Font fait dénoncer en premier 
lieu publiquement au mépris des honnêtes gens. 

Lcmmi, débarrassé de la Fédération maçonnique des 
indépendants, — dont il avait eu de grosses inquiétudes tout 
en simulant de s’en moquer, — respirait enfin à l’aise ; il 
pensa que le moment était venu pour lui de centraliser 
dans ses mains le « monopole des tabacs ». 

A ce propos, j’emprunte au journal le Popolo Romano> 
n° du 5 avril 1890, le récit des faits de cette louche 
affaire : 

< Les sieurs Hoffmann et Watyn étaient à Home ces jours passés, et 
par leur représentant et associé pour les affaires d'Italie, M. Àdriano 
Lemmi, fisse sont mis d'accord avec le Ministre des Finances, pour la 
fourniture de dix millions de kilogrammes de tabacs Kentuky par des 
traités privés sans concurrence. 

« Le pris?... Celui résultant de la cote de New-York en ces jours-là. 

« Aussi, qu’est-il arrivé ?... Tout simplement ceci : les contractants, 
qui avaient envoyé de bonne heure l’un de leurs agents en Amérique, 
le sieur Keusens, ont fait faire en ces jours-là par celui-ci des acqui¬ 
sitions bruyantes, lesquelles, nonobstant l'abondante récolte de l’année, 
ont fait élever les prix à tel point, qu’il y a eu surprise sur le marché 
américain. 

« La surpiise était naturelle, mais les fournisseurs privilégiés de 
notre gouvernement avaient atteint leur but : celui de faire élever, 
pour ces jours-là, les prix d'une manière artificielle ; ces prix devant 
servir de base au contrat. 

« Eu effet, le 6 juin, le traité d’achat fut signé à New-York par le 
nouveau consul Riva avec la maison Watyn Tael et C°, alias Hoffmann, 
alias Koux-Boudain, alias le représentant Lemmi, aux conditions qui 
avaient été fixées ici à Rome. » 

Tels sont les faits. Il en résultait, en toute évidence, que 
les acquisitions n’avaient pas été faites aux termes de la loi 
directement par un fonctionnaire, mais combinées à Rome 
avec le sieur Lcmmi représentant son groupe habituel de 
spéculateurs, et sans aucun concurrent; et par là on a 
donné au consul la faculté de signer. Le profit de ce jeu fut 
quelques millions au bénéfice du groupe. 



Pourtant, Lemmi était le grand-maître de la Maçonnerie 
en Italie ; et nous venons de voir comme il proclame bien 
haut ses vertus, et nous savons qu’il dit la maçonnerie syno¬ 
nyme de probité. Mais les faits le démontrent bien juif. 
Donc, maçonnerie et judaïsme sont en Italie la même chose; 
et si je dis seulement : en Italie, cela ne signifie pas qu’il 
en soit autrement ailleurs. 

Voilà les gens qui prétendent apporter la civilisation au 
monde. Voilà le progrès qu’ils enseignent et le bien-être 
que les peuples peuvent attendre d’eux. Cette louche escro¬ 
querie a soulevé en Italie un scandale épouvantable, et a été 
portée devant le Parlement. 

Ici je cède la plume au journal Don Chisciotte f pour ne 
pas être accusé de partialité : 

4 Ainsi, cette triste affaire des tabacs, qui est seulement un incident 
dans le Gouvernement en ces dernières années, reviendra devant le 
Parlement, et celui-ci devra, après discussion, prononcer un jugement. 

« C’est sur ce point — selon nous — que sera révélée une des formes 
les plus étranges d’incompatibilité qu’on ait jamais présentée à une 
assemblée législative. 

4 Les comptes sont faits avec la plus grande exactitude : à la Chambre 
il [y a maintenant trois cents députés appartenant à la Maçonnerie , et 
c’est la majorité absolue sur 504. 

4 Or, quand cette malheureuse question des tabacs sera portée 
devant la Chambre, os se trouvera fatalement dans cette situation 
étrange, inouïe : les 300 députés francs-maçons devront s’ériger en juges 
de leur chef, reconnu grand-maitre du Conseil des 33 es , dont quelques- 
uns se trouvent aussi à la Chambre. 

« La condition des choses, alors, sera inconcevable : les 300 députés 
maçons auront à choisir d’être ou bons maçons ou bons députés. Et 
dans l’un et dans l’autre cas, parmi le public, il subsistera toujours un 
doute sur la puissance et sur la nature du Grand Orient. 

4 L'importance de cette nouvelle forme d’incompatibilité, tout à fait 
imprévue, ne pourrait, pourtant, être plus évidente. 

a Et l’oîi ne pourra invoquer aucune loi pour l’empêcher ; cette 
incompatibilité ne peut avoir une fin que dans l’un de ces deux cas seu¬ 
lement : ou que les députés qui appartiennent à la Maçonnerie renoncent 
de prendre part à la discussion et au vote sur l’afTaire des tabacs, ou 
bien que le Grand Orient, reconnaissant la condition étrange où il 
place plus que la moitié du Parlement Italien, préfère se démettre 
maintenant qu’il a le temps. » 



Le Don Chisciotte , journal anticlérical, mais non maçom 
était naïf. Les faits ont constaté que la fameuse enquête 
sur les tabacs s’est terminée en fumée. Et c’est ainsi que 
cela devait finir. Les démarches de Lemmi près des 33 os du 
ministère, le silence de la presse officieuse sur la question, 
les révélations même du journal Don Chisciotte sur ce point, 
qu’à la Chambre les députés francs-maçons étaient trois 
cents, tout cela ne pouvait pas amener une solution juste. 
Les députés trois-points, ayant à décider d’être ou bons 
maçons ou bons députés, et considérant qu a être mauvais 
maçons on risque sa peau, ont voté pour sauver le prestige 
de la secte et le chef de leur Grand Orient. 

Quelques bonnes Ames candides s'attendaient à ce que les 
députés maçons auraient abandonné leur Lemmi. Non ; 
mais ayant aidé Lemmi dans celle malpropre affaire, les 
députés maçons se sont mis en contradiction avec leurs 
belles et solennelles paroles : il faut aider les frères maçons 
quand ceux-ci se trouvent dans la misère; jamais, quand 
ils ont les poches pleines au préjudice de la nation à 
laquelle ils appartiennent. 

Et, en effet, dans la séance du 19 mai 1890, le Parlement 
Italien a rejeté la proposition d’enquête à une forte majorité, 
malgré les protestations d’Imbriani qui voulait la lumière 
à tout prix. 

Et c’est ainsi que le trigame Crispi et son compère sont 
sortis de l’aventure sains cl saufs. 

Cependant, il ne faudrait pas croire que notre Lemmi 
était sur des roses. Sans doute, encore cette fois, il se tirait 
d’embarras; ses spéculations frauduleuses avaient l’im¬ 
punité, parce que les députés maçons ne pouvaient pas voter 
contre leur chef. Mais déjà l’opinion publique était secouée; 
on commençait à se dire en Italie : <c Qu’est-ce donc que 
ce personnage qui se place au-dessus des lois et que les 
ministres protègent, même alors qu’il est pris la main dan s 



— 191 — 


le sac? » Les murmures se faisaient entendre; et si le 
gouvernement ne voulait pas s’enquérir, il y eut des indé¬ 
pendants qui se mirent à fouiller le passé du coquin. 

Ce fut d’abord le colonel Achille Bizzoni qui eut le vent 
des friponneries de Marseille. Puis, le député Malteo-Rcnalo 
Imbriani-Poërio, qui, bien connu pour son honnêteté 
intransigeante, souleva une tempête à la Chambre en affir¬ 
mant que « le sieur Àdriano Lcmnii n’était qu’un filou 
déjà condamné comme tel ». Le grelot, comme on dit, était 
attaché maintenant. 

Les journaux non inféodés à la secte s’emparèrent des 
révélations d’imbriani et ouvrirent une campagne en pleine 
règle contre le bandit; particulièrement, la Voce délia Vérité, 
qui signala le jugement de Marseille et en donna la date, 
d’après une indiscrétion insérée dans un journal de 
lîmxclles. Alors, Lemmi, voyant que son infamie était 
découverte, paya d'audace, et il écrivit à la Voce délia 
Ypnia pour protester, en déclarant « ne pas être applicable 
à lui, cette vieille sentence du Tribunal de première instance 
de Marseille, prononcée le 22 mars 1814 et par laquelle 
avait été condamné pour vol un certain Adriano Lemmi, 
de Florence, ex-négociant ». 

Oui, il payait d’audace; car il ajoutait : 

« Pour éviter toute équivoque, je vous prie de vouloir bien 
accueillir et insérer la déclaration suivante : — Adriano Lemmi, 
de Florence, condamné à Marseille en 1844, n’a rien de commun 
avecxVdriano Lemmi, de Livourne, lequel, établi depuis 1843 à 
donstanlinople, était en 1814 directeur d’une maison de com¬ 
merce en affaires maritimes dans cette même ville, qu'il n’a 
quittée qu'en 1847 pour se rendre à Londres. 

« J’ai bien l’honneur, Monsieur le Directeur, de vous saluer. 

« Adriano Lemmi, 

« Grand-Maître de la Maçonnerie Italienne. 

« Rome, le 23 avril 1890. » 



— iy2 — 

Le scandale provoqué par la presse devenant inquiétant, 
Lemmi envoya aux loges italiennes une planche-circulaire 
affirmant toujours qu’il n’avait rien à voir avec son homo¬ 
nyme condamné à Marseille en 1844. 

Néanmoins, Imbriani n’accepta pas les dénégations pé¬ 
remptoires du maître-fripon, et il maintint que c’était lui, 
bien lui, le grand-maître de la Maçonnerie italienne, qui 
avait été condamné à Marseille comme voleur. 

Je vais reproduire l’article que publia alors Imbriani, et 
la suite de mon livre prouvera, quand nous aurons à parler 
de miss Diana Vaughan, que le député indépendant et 
honnête était tout à fait bien renseigné: 

« Dans un lointain, lointain horizon, écrivit Imbriani, il y a 
un arrêt concernant un signor Àdriano Lemmi ; un arrêt étran¬ 
ger, pour vol d’or étranger, accompagné (le vol, non l’or) d’autres 
imputations qui n’ont rien à faire avec le patriotisme. Cet arrêt, 
attaqué comme apocryphe, nous lavons vu. C’est un morceau de 
papier un peu déchiré, muni du sceau du Tribunal correctionnel 
de Marseille. 

« C’est toute une histoire, longue à raconter, que l’aventure 
dans laquelle ce papier est venu en Italie ; peut-être un jour 
nous en ferons un sujet de récit à la Balzac : excepté le talent de 
l'immortel écrivain français, excepté la forme brillante du narra¬ 
teur des exploits du forçat Vautrin, il y aura là tout l’intérêt que 
Balzac sait inspirer. 

« Pour le moment, il me suffit de faire savoir que le fameux et 
nullement apocryphe arrêt a été délivré en copie authentique par 
la Chancellerie de France au comte de Cavour, et que sur le 
personnage à qui s’applique vraiment ce document authentique, 
personne dans le gouvernement n’a soulevé aucun doute, tant il 
est vrai que le comte de Cavour s’en est servi avec succès dans 
le but qu’il visait. Du reste, les habitants de Marseille de celte 
époque-là ne sont pas tous morts. » 

Pour parler ainsi avec une telle assurance, il fallait bien 
qu’Imbriani, qui est d’ailleurs incapable de mensonge, ait 
réellement vu le document en question. Certes, il n’avait 



— 193 — 


pu que l'entrevoir ; car de pareils papiers ne sortent pas 
des archives du ministère. Mais, n'importe, Imbriani avait 
vu, avait lu, il savait à quoi s’en tenir, et hardiment il le 
disait. 

Aussi, Lemmi se garda bien de lui répliquer. 

Toutes les personnes de bon sens comprirent qu’il était 
vraiment le voleur condamné, et que le comte de Cavour 
n aurait eu aucune raison de mettre dans les dossiers 
secrets du ministère la preuve de l’infamie d’un Adriano 
quelconque, d’un Lemmi non môle h la politique. 

Cependant, il faut reconnaître que l’opinion publique est 
vite lassée, et le vieux coquin ne l’ignore pas. II ne souffla 
plus un mot ; la lempôle passa, et les journaux ainsi que 
le public s’occupèrent d’autre chose. Alors, les séides du 
grand-maître disaient, lorsque plus tard quelqu’un par 
hasard reparlait de celte affaire : « Oh ! ce sont des can¬ 
cans ; Lemmi a nié ; et puis ses ennemis n’ont rien prouvé, 
rien montré. » 

Quant à Francesco Crispi, il avait bien tiré d’affaire son 
ancien ami et toujours complice, lors du gros scandale des 
tabacs ; cette fois-ci, il lui venait en aide, en faisant l’é¬ 
tonné, en ayant l’air de n’avoir jamais rien vu dans les 
archives du gouvernement. Encore un peu, et, grâce à lui, 
Lemmi pouvait paraître blanc comme une colombe. Du 
reste, en maçonnerie, ce sont des petits riens ; car, si pour 
certaines gens, on devait fouiller toujours trente ou quarante 
ans en arrière, et môme moins que cela, je vous assure 
qu’il n’y aurait pas beaucoup de frères auxquels on pourrait 
délivrer des patentes d’honnôteté ! 

Peu de jours après que le Parlement émettait le vote 
honteux par lequel Adriano Lemmi était tiré sain et saut 
de l’affaire des tabacs, une autre tuile tomba sur la tôle du 
filou : le député Tommasi-Crudeli fit une conférence à 
Arezzo, a l'occasion d’une fetc, et il parla longuement de la 


13 



maçonnerie, avouant qu’il avait appartenu à la secte dès 
son plus jeune âge et par tradition de famille. Ensuite, il 
démontra que la maçonnerie, sicilienne, après 1860 ayant 
refusé de se fondre avec l’italienne, il fut envoyé repré¬ 
senter le Grand Orient d’Italie auprès de la maçonnerie de 
l’Ile. Et dans son discours, il dit : « Je découvris la Cause 
secrète du refus et de l’opposition à la fusion : tout le bri¬ 
gandage SICILIEN ET LA MAFIA FAISAIENT PARTIE DE CETTE MAÇON¬ 
NERIE. » 

C’élait en 1871 que le député Tommasi-Crudeli, pris de 
dégoût, avait abandonné la maçonnerie, qui, selon lui, 
«< était jadis une association humanitaire (?), dans laquelle 
on entrait pour donner, tandis que maintenant elle est 
devenue une bande comprenant beaucoup d’individus qui 
n’y sont entrés que pour prendre. » 

L’oraleur conclut en déplorant que cette institution ait 
pénétré dons toutes les principales couches sociales, et se 
soit emparée de toutes les administrations publiques où 
clic tyrannise à son gré. 

Toutes ces choscs-là les catholiques les prêchaient depuis 
longtemps ; mais le grand nombre se refusait à les croire, 
s’imaginant avec entêtement qu’ils parlaient ainsi en haine 
de la maçonnerie. 

Tendant celle période de temps, le juif Lommi n’eut pas 
de chance. Après la retraite de Tommasi-Crudeli, se retour¬ 
nant contre lui, il y eut celle du F. - . Uriclc Cavagnari, qui 
écrivit, vers la même époque : 

« Nous démontrerons promptement comme quoi la Franc- 
Maçonnerie se trouve sous le coup de plus de cinquante articles 
du Code pénal et comme quoi le sieur Adriano Lemmi et tous ses 
33 ts , tôt ou tard, finiront tous aux galères ; plus tard, s’ils ne 
commettent pas la folie de se défaire de nous ; plus tôt, s'ils la 
commettent. 

« Nous aussi, nous avons des frères, — mais des frères vrais, 
ceux-ci, — qui enverront en morceaux, aux soixante-dix pro- 



— 195 - 


vinces d’Italie, notre cadavre, si l’on nous assassine, et qui en 
feront un labarum de vengeance et d’extermination ; et nous 
aurons ainsi le bonheur d’être utile à notre prochain; plus 
encore étant mort que demeurant vivant. Exoriarc aliquis nostris 
ex ossibus ultov, ' r 

« Nous ne disons pas cela par plaisanterie, ni pour nous ceindre 
le front d’une auréole. Nous sommes à cet âge où la vie se sent 
bouillonner dans toute sa force et dans toute sa beauté *, nous 
sommes hors des étourderies et du sentimentalisme appris ou 
spontané ; et pour ces raisons, nous aimons l’existence, et nous 
la garderons autant qu’on peut l’aimer et la garder. 

« Mais, un ^peu par impétuosité de tempérament, un peu par 
hasard, nous nous sommes engouffré dans un océan qui n’a 
d’autre horizon que la catastrophe de la Franc-Maçonnerie ; car, 
se sentant entraînée dans le tourbillon de l’abîme, elle fera tout 
naturellement contre nous ce que nous faisons contre elle. C’est 
pourquoi, en même temps que nous voyons devenir urgente la 
nécessité de défense pour tous les hommes indépendants et 
voués à l’exil, en môme temps que nous voyons rechercher par 
les sicaires les moyens les plus faciles et les moins dangereux 
de nous supprimer, il est raisonnable que nous soyons prêts 
aussi pour le voyage le plus court. 

« Il ne faut pas penser que la Maçonnerie nous néglige parce 
que nous sommes petits !... Non ! la Maçonnerie a des calom¬ 
nies, du fer et du poison pour tout le monde. 

« Dans la maison et dans la villa du défunt grand-maître de la 
Maçonnerie Giuseppe Petroni, on faisait un double ordre d’études 
fhéorico-pratiques de toxicologie minérale, végétale et animale. 
Spécialiste parfait dans la culture des ptomaines était le grand- I 
maître-adjoint Raffacle Petroni. Et, à Rome, il y a encore des per¬ 
sonnes qui peuvent en témoigner autant que nous . 

« Oui, honorable Procureur du Roi, c’est tout à fait comme 
cela î » 

Pour le bandit que Mazzini et Pike ont mis à la tête du 
Directoire Exécutif de la haute-maçonnerie, le rêve suprême 
a été toujours la destruction complète de l’Eglise catho¬ 
lique et le triomphe du Temple de Satan. Et S. S. Léon XIII 
avait bien raison de dénoncer les projets de la secte infer- 



nalcg il savait exactement ce qui se tramait. La presse libé¬ 
rale, dans son hypocrisie incorrigible, a prétendu que le 
Pape exigerait le danger dont le Saint-Siège était menacé. 
On va voir, par un document, que Lemmi, chef du Direc¬ 
toire Exécutif, menait avec acharnement Faction politique; 
on saura une fois de plus que Crispi n’est que P exécuteur 
des volontés maçonniques d’Àdriano. 

Vous apprendrez pour quel moLif, à l’époque où nous en 
sommes dans ce récit, le gouvernement italien retarda la 
date des élections générales politiques, et vous vous con¬ 
vaincrez encore que le but réel de la révolution italienne 
n’a pas été seulement la fin de la puissance temporelle dc3 
Papes, mais l’érection du Temple dit de la Raison Eman¬ 
cipée, à construire sur les ruines de l’Eglise. 

Tout cela, vous l’apprendrez en lisant la planche secrète 
qui suit, et qui fut adressée h tous les Vénérables par le 
Grand Orient de la Vallée du Tibre. 

Vallée du Tibre, 10 octobre 1890, F.*. V.*. 

« Aux Frères Vénérables des Loges Italiennes* 

« L’édifice que les Frères du monde entier sont en train 
d'élcver ne pourra pas être déclaré bien solidement construit, 
tant que les Frères d’Italie n’auront pas donné à l'humanité les 
décombres de l’Institution du grand ennemi. 

« Notre œuvre se poursuit avec activité en Italie, et le Grand 
Orient de la Vallée du Tibre a pu, dans l'anniversaire de 1780, 
proclamer que les lois en Italie sont élaborées à la lumière de 
l'esprit de la Maçonnerie Universelle. Nous allons appliquer le 
scalpel (.vie) au dernier refuge de la superstition, et la fidélité du 
Frère 83 e qui est h la tète du pouvoir politique, nous est une 
sûre garantie que le Vatican tombera sous notre marteau 
vivifiant (sic). 

« Mais, pour que ce travail n’ait pas de trêve et ne perde aucun 
des bénéfices qu'en espère l'humanité, il est indispensable qu’aux 
prochaines élections politiques 100 Frères au moins entrent dans 
la Chambre Législative. Dans la législature en cours, les Frères 
sont 300; ce nombre ne suffit pas pour le travail futur; car il 



— 197 — 


s’agit de conduire Merme l’œuvre de la, délivrance de l’humanité, 
et les derniers efforts rencontreront les plus grands obstacles de 
la part du chef-prêtre et de ses lâches esclaves. 

« La Loge du Tibre , adhérant aux nombreuses Loges Italiennes, 
a pu obtenir que son Vénérable Crispi prorogeât la dissolution de 
la Chambre, afin que nous pussions arrêter ensemble les listes 
de nos candidats à la représentation nationale. Nos listes sont 
prêtes, et j’en envoie un exemplaire àtoutesles Loges Italiennes. 
Les candidats sont comme un seul homme disposés à suivre le 
Vénérable Crispi, qui, à son tour, se soumet et prend le mot 
d’ordre à la Loge du Tibre , dépositaire de la volonté des Loges 
non seulement italiennes, mais aussi étrangères ; et en même 
temps nos candidats ne perdront jamais de vue le Pacte de Rome , 
conclu pour le bien de la démocratie. En effet, au programme 
actuel de gouvernement devra succéder un autre programme 
plus progressiste ; et nous devons prévoir dès à présent la force 
des évènements et préparer l’application des mesures qui seront 
nécessaires. 

« Les Frères des différentes Loges agiront donc auprès des 
Préfets qui nous appartiennent par le plus grand nombre, auprès 
des Conseils Départementaux et auprès des personnes influentes, 
pour le triomphe de nos candidatures. Qui aura coopéré à la diffu¬ 
sion de la lumière vivra de la lumière . Il faut mettre dans l'impos¬ 
sibilité de nuire les prêtres, les journaux des ténèbres, et même 
les irréguliers qui ont attaqué, pendant la législature courante, la 
Maçonnerie sous des prétextes futiles, telles que la question des 
tabacs ou celles de nos influences. Et nous profitons de cette 
circonstance pour rappeler que sont légitimes les moyens nous 
permettant de faire argent dans le but de semer une propagande 
féconde, et, au sujet de nos influences auxquelles le Grand 
Orient ne doit pas renoncer, que nous les faisons agir toujours 
pour l’intérêt suprême de l’Ordre. 

« Le Grand Orient invoque le Génie de VHumanité, afin que tous 
les Frères travaillent au dernier effort de disperser les pierres du 
Vatican pour construire avec elles le Temple de la Raison 
Emancipée. 

« Donné au Grand Orient de la Vallée du Tibre. 

« Adrïaxo Lemmï, 33 e 

« Délégué Souverain Grand Commandeur . % 



— 198 — 


Cette planche secrète, adressée à tous les Vénérables des 
loges italiennes, était donc destinée aux francs-maçons 
seuls; les profanes devaient toujours en ignorer l'existence. 
Mais, à côté de cette planche secrète, il y eut une procla¬ 
mation pour le gros public et que le grand-maître-fripon fit 
paraître dans la Ri forma, journal du F.*. Crispi ; de cet 
illustre frère qui, en 1846, était pauvre comme Job et chan¬ 
tait la gloire des Bourbons ; de cet homme de grand cœur, 
qui, pendant son exil à Malte, vivait du travail de repas¬ 
seuse de sa première femme, Rosalie Montmason, qu'il a 
répudiée ensuite pour pratiquer le mormonisme, se mariant 
à une deuxième femme dont on ignore le nom, mais de 
laquelle il eut un fils, nommé Luigi Crispi, né à Florence 
on 1872, cl qui exploite tout le monde, à l’exemple de son 
père; de ce Francesco Crispi, qui se maria une troisième 
fois, et sans avoir pris môme la peine de divorcer, à une 
nouvelle femme qui s’appelle Donna Lina Barbagallo, 
aujourd’hui Vicc-Reinc d’Italie et cousine des Souverains, 
puisque son <c grand » mari est décoré du collier de la 
Très Sainte Annonciadc; de ce patriote, enfin, qui, en 1859, 
demandait très humblement un emploi de secrétaire com¬ 
munal d’une petite ville, laquelle repoussa sa demande, et 
qui, se servant de la révolution pour s’élever aux conseils 
de la couronne, est devenu le grand patriarche des lettres de 
change politiques. 

La Ri forma , comme je disais, publia la prose de l’enjuivé, 
laquelle n’est qu’une exhortation générale de travailler 
dans le champ électoral. Cependant, il y a là quelque chose 
à glaner. Par exemple, Lemrni y disait que la maçonnerie doit 
« combattre sans cesse le cléricalisme, le scid parti contre 
lequel la haine est sainte », cl il ajoutait qu’il faut « délivrer 
le pays des liens qui encore l'unissent à la Papauté ». 
C’était une nouvelle déclaration de guerre; et certes il n’y 
en avait nul besoin, car le travail maçonnique contre 



l'Eglise et tout sentiment religieux est bien connu main¬ 
tenant," surtout depuis que l'encyclique Humanum -Gémis tle 
Léon XIII l’a mis au jour, comme en pleine lumière de 
soleil. 

Mais il y a, dans ce manifeste écrit pour les badauds, une 
phrase qui a dû faire beaucoup rire Lcmmi en l'écrivant. 
Pour tenir très haut l’honneur de la Maçonnerie, il recom¬ 
mande à ses fidèles « de ne pas se jeter au milieu d'in- 
terôts misérables et particuliers », et de se tenir toujours 
« dans un camp élevé et serein » ; car « la maçonnerie doit 
attaquer tous ceux qui n’ont pas donné et qui ne donnent 
pas constante preuve d’un vertueux désintéressement. » 

Oui, vraiment, cette prédication du désintéressement par 
Adriano Lemmi est une des « fumisteries » les plus auda¬ 
cieuses que le coquin ait osées. Le voit-on, lui, pauvre 
millionnaire, qui s’est niiné pour amour de la patrie dans 
cette petite affaire des tabacs ! 

Les contrats à l’amiable, où valsaient des douzaines de 
millions, ceux-là « se tenaient dans un camp élevé et 
serein! » Si élevé, ma foi, que les Italiens ne savent pas 
encore au juste de quelle façon s’est conclue cette affairc-là, 
ni combien de millions le sieur Lemmi a sereinement escro¬ 
qués de cette façon au détriment des contribuables. 

Le grand-maître-fripon dit que pour le cléricalisme la 
haine est chose sainte. Evidemment, les cléricaux manquent 
de charité en répétant que la maçonnerie, avec son Lemmi 
à la tête, est la ruine de l’Italie et des autres nations catho¬ 
liques ; par contre, la maçonnerie est pleine de sentiments 
charitables, lorsqu’elle fait poignarder ses adversaires ; 
accusation qui pourtant est l’expression de la plus pure 
vérité, et qui a été, notamment, prononcée en plein Parle¬ 
ment italien par le député Imbriani, sans qu’aucun des 
300 maçons présents ait osé lui donner un démenti ! * 

J’ai dit que ce manifeste du sieur Lemmi est, au fond, 



— 200 — 


pou savoureux-ornais l'intéressant est pour nous d’observer - 
où et par qui il a été publie. Le grand-maître de la Maçon¬ 
nerie Italienne, aujourd’hui Souverain Pontife de la Maçon¬ 
nerie Universelle, avait choisi la Ri forma (organe officieux 
salarié par ic peu honorable Crispi), afin de faire comprendre 
aux Italiens que lui, le filou avéré, rusuricr et le grand 
« labacchanlc », il est maître de commander là où Crispi 
commande, et que le grand-maître peut parler quand il veut 
par l'organe du président du conseil des ministres. 

Sur ce président du conseil, compère du voleur de Mar¬ 
seille, un illustre personnage, que je ne veux pas nommer 
et qui connaît Crispi de près, — car il eut occasion de le 
combattre au Parlement. — a composé le charmant sonnet 
qui suit. Je le traduis textuellement de l’italien : 

« Dans la terre des Vêpres, il naquit et vécut son jeune Age en fidèle 
chrétien; et dos vers et des proses et des hymnes sacrés il écrivit, 
comme s’il était un humble franciscain. 

« 11 fut pour Bourbon, mais ensuite il le maudit; il jeta sa foi au 
bonnet mazzinien ; et au Vicaire du Christ il fit une guerre âpre, impla¬ 
cable, avec une haine folle. 

<s Vieux et rusé maçon, ministre audacieux, pour lui, la Loge est ia 
plus parfaite législatrice de tout droit et de tout devoir; et dans sa 
maçonnerie il se vautre. 

« Tel est l'homme qui te retient esclave., ô ma patrie, toi jadis riche, 
loi jadis en paix, maintenant condamnée à servir une secte impie ! » 

Les élections générales de IS90 n'ont donc été qu’un vaste 
iripolagc ayant pour base les instructions de Lcmmi ; et 
ritaüc a assisté à un nauséabond spectacle, en voyant les 
préfets se faire les valets des candidats lcmmislcs, s’im¬ 
poser à loulcs les administrations publiques, acheter les 
suffrages des électeurs par des émissaires qui ne prenaient 
pas môme la peine de se cacher, sc servir des menaces et 
des promesses de toute sorte ! D’autre part, l’or que le 
Directoire Administratif de Berlin envoya à Lcmmi pour 
faire la campagne électorale, servit à payer la corruption, 
ainsi que l’argent do la Banque Romaine, lequel, extorqué 
aux administrateurs, sur l’ordre des ministres francs- 



— 201 — 


maçons, coula comme un fleuve. En ce temps de gouverne¬ 
ment maçonnique, les candidats honnêtes et indépendants 
ont été combattus par la calomnie et par tous les moyens 
lâches et infâmes, par la presse vénale au service de Fancicn 
voleur de Marseille ; les candidats esclaves du Suprême 
Conseil de Rome, ramassés dans les bas fonds sociaux, ont 
été élevés au Parlement sur des monceaux d’ccus. 

Le résultat, en somme, a été conforme h la volonté de 
Lcmmi et de son compère Crispi, et la Chambre italienne 
s’est peuplée d’une bande d’individus créés politiciens et mis 
au monde parlementaire, h l’image de leur digne patron ; 
sur les sièges de Monteeitorio se sont assis, souillant do 
leur contact les honnêtes gens de Fopposition, les pires 
chenapans, des gens de sac et de corde, comme on dit en 
France, oui, même des repris de justice, des ex-surveillés de 
la police, ayant appartenu au banditisme des Lazzaroni , de 
la Camorra, de la Maffia , de la Picciotteria , de la Mala-Vita 
et autres associations de malfaiteurs. 

Aussi a-t-on dit avec raison que la moitié du Parlement 
italien, lors de cette boueuse législature, était digne de peu¬ 
pler le bagne ; avec cette différence peut-être que les forçats 
auraient été plus dignes de s’asseoir à Monteeitorio que 
les élus de la fraude, choisis d’avance par un Âdriano 
Lemmi ! (1) 

(1) Dans mon ouvrage le Satanisme dans la Haute-Maçonnerie, je 
parlerai des députés appartenant à la < Picciotteria >, etc. 

Au moment où je corrige les épreuves de ce volume, je lis dans le 
Matin , n° du 5 septembre, une dépêche de Milan, ville dont Cavalotti 
est député, et je vois que Cavalotti vient de dire publiquement tout 
comme moi. 

Voici la dépêche du journal parisien (5 septembre, d’un correspon¬ 
dant) : — Le Secolo publie un discours que M. Cavalotti a prononcé h 
Termi. 

Un passage de ce discours dit que < les concussionnaires et les dilapi- 
dateurs des deniers publics se promènent orgueilleusement et siègent 
comme législateurs là où il est d’usage de prêcher au pays la vertu et 
le sacrifice 

L'orateur ajoute « qu'avant de penser à chasser les derviches pillards 
de Karthoum, où ils sont chez eux, il conviendrait de chasser les dervi- 



— 202 


La politique de l’Ilali-e s'étant concentrée entièrement 
dans la franc-maçonnerie, je crois de mon devoir d’user ici 
de quelques notes particulières à propos d’un banquet maçon¬ 
nique qui eut lieu à Rome en cette époque. 

A la place d’honneur s’assit le malfaiteur Àdriano Lcmmi, 
qui n’était pas encore chef suprême de la secte. Il y avait 
aussi le peu honorable frère Leone Forlis, secrétaire généra] 
du Ministère de l’Intérieur, plusieurs députés et fonction¬ 
naires publics ; c’était là F entourage de cet homme taré; 
vivant dans la même atmosphère de scélératesse, ces gens- 
1a ne sentaient pas l’infamie de leur citer Àdriano. 

On donna beaucoup de solennité à cette agapc maçon¬ 
nique; grand honneur pour Tcnjuivé, les ministres Crispi, 
Laça va, Soismit-Doda et Miceli lui envoyèrent publiquement 
leur adhésion. Ah ! on le voit bien, ils ne le renient point; 
car il est leur véritable chef, et il les tient tous (2). 

elles rameurs de Montecitorio, où ils ne sont pas à leur place et n’ont 
pas le droit de rester ». 

(2) C’est à celle occasion que le F. *. Crispi envoya son public salut 
maçonnique à Lcmmi en ces termes, que je traduis textuellement ; car 
la lettre a été insérée dans la Ri vis ta délia Massoneria Italiana (tome XXI, 
année 1800-1891, page 4) : 

« Au Grand-Maître de la Maçonnerie italienne , Adriano Lemmi • 

« Rome, le 2 mars 1890* 

< Très Honoré et très Puissant Frère, 

« Je vous adresse mon salut fraternel. 

« Que le Grand Architecte de l’Univers vous protège, pour le bien de 
« la Patrie et de l’HumanitéI 

« Francesco Crispi, 33 e . » 

C’est dans ce môme numéro de la Rivista , à la page précédente, que 
Lemmi, d’accord avec Crispi, son complice en conspirations mazzi- 
niennes et autres, inséra la déclaration que voici, laquelle aurait bien dû 
faire méditer le petit-fils de Charles Albert (voir ma note page 101) : 

« La Franc-Maçonnerie italienne prend aujourd’hui, 2 mars 1890, 
l’engagement solennel de faire élever une statue à Giuseppe Mazzini, au 
très pur et 1res audacieux philosophe conspirateur qui fit le premier 
pâlir les tyrans , en criant bien haut dans le monde le nom de lTtalie et 
ses droits. Ce fait mettra le sceau à la première période de la recon¬ 
naissance morale et politique de lTtalie. » 



Lemmi prononça un discours impie, où il célébra les 
conquêtes maçonniques dans la législation des Œuvres Pics. 
11 réclama qu’on pourvût à l’instruction publique ; et conclut 
en disant : « La Maçonnerie n’obéit pas, et ne commande 
pas non plus au gouvernement ; mais c’est elle qui pré¬ 
pare le terrain aux conquêtes libérales. » 

Nous avons donc ainsi la déclaration officielle du Chef 
(l'Action politique de la secte, établissant que la nouvelle loi 
sur les Œuvres Pies a été réellement préparée dans les loges 
maçonniques. 

Ce fut à celte époque que, même dans un banquet donné 
à Cescna en l’honneur du roi Humbert, avec le concours du 
ministre F.*. Finali et du bien fameux député Rocco De 
Zerbi, au moment du toast, le ministre leva le verre au roi, 
et De Zerbi leva le sien à Finali, et celui-ci dit, s’adressant 
aux révolutionnaires des Romagnes : 

« — Elle fut bien votre œuvre, la perpétuelle rébellion 
contre la Papauté, ce chancre (sic) qui empêcherait éter¬ 
nellement l’unité, si le centre de l’Italie ne disait pas que 
les Papes ne doivent pas être des Rois. Je bois à la forte 
Uomagne, et à celui qui aujourd’hui la personnifie le mieux : 
à Finali. » 

L’outrage à la Papauté est, on le constate ici, entouré de 
toutes les formes officielles ! 

Il est impossible de dire toutes les lois bêtement impies 
qui furent votées par les députés francs-maçons et picciotti 
au cours de cette honteuse législature , elle a été vraiment 
la négation de Dieu. 

Et ce n’est pas la faute de ces députés indignes, si l’on n’a 
pas pu encore brûler publiquement l’encens maçonnique 
sur les autels de la déesse Raison et- de Satan, ni saccager 
et démolir le Vatican : le mari de Rosalie Montmason, de 
Lina Barbagallo et de l’autre s’est surpassé lui-même ; et 
Lemmi a été tellement fier de son compère qu’en lui serrant 



— 204 — 


la main dans une explosion de joie, il le salua alors « le 
plus grand libre-penseur de l'Italie régénérée ». 

Mais on sait aussi que le cabinet du F.* Crispi n'eut pas 
longue vie ; lors de sa chute, il avait attire sur lui le mépris 
de toute la nation, qu’il avait induite a la misère : sa cou¬ 
ronne de faux lauriers ne servit alors qu’à mieux le désigner 
a l'exécra lion du peuple, 

Cependant, Crispi, en tombant du pouvoir, eut une conso¬ 
lation : il mit dans sa poche l’argent des fonds secrets ; si 
bien que son successeur ne trouva pas un sou en caisse. Il 
est vrai que le premier soin de celui-ci fut de traire forte¬ 
ment la banque Romaine, la vache à lait des hauts-maçons 
ci ministres italiens ; le directeur Bernardo Tanlongo fut 
contraint à donner üOÛ.OÛO francs pour la campagne électo¬ 
rale du nouveau ministère. 

C’était aussi avec des mandats sur la Banque Romaine que 
Loin mi, de son côté, se consolait des humiliations, lorsque 
les indépendants lui crachaient à la face scs crimes et ses 
turpitudes. 



V 


Comment Lemmi est devenu Chef suprême 

f 

Une date de douleur universelle pour la haute-maçon¬ 
nerie, c’est celle du 2 avril 1891. Ce jour-là, mourut Albert 
Pikc, dans sa quatre-vingt-deuxième année. 

Cet homme avait été un grand organisateur : il avait, 
d’abord, remis en pleine prospérité son Suprême Conseil 
écossais de Charleston, que les commandeurs grands- 
maîlrcs, ses prédécesseurs, avaient laissé à l’abandon; puis, 
il l’avait replace, en reprenant les anciennes traditions, à 
la tête de tout l’Ecossisme sur le globe; enfin, il avait 
fondé avec Mazzini la haute-maçonnerie, il avait créé le 
Palladisme. Or, comme Mazzini avait vécu moins de deux 
ans après l’institution du rite suprême, c’était bien Pii<e 
qui avait tout fait, en réalité. Aussi, sa mémoire est en 
grand honneur dans la secte, n’importe en quel pays. 

Et jusqu’à sa dernière heure, cet homme fut d’une pro¬ 
digieuse aelivité. La haute-maçonnerie ne lui fit jamais 
négliger les affaires particulières de son rite écossais. II 
cumulait ainsi trois hautes fonctions : 1° commandeur 
grand-maître du Suprême Conseil écossais de Charleston, 
où Jamcs-Cuningham Batehelor (1) était devenu, dans les 
derniers temps, son lieutenant, et celui-ci lui succéda à ce 
poste; 2° directeur grand-maître général du Grand Direc¬ 
toire Central de Washington (où il habitait), qui fonctionne 
au-dessus de tous les rites pour la direction secrète de toute 

(1) Le F.\Batcheîor n’était pas lucilérien et s’occupait exclusivement 
des affaires du Rite Ecossais. 



— 206 — 

la maçonnerie de PÀmérique du Nord et de TÀmérique 
Centrale, et là il eut pour remplaçant Macdonald Bâtes ; 
3° enfin, comme faîte de son autorité, souverain pontife, 
c’est-à-dire chef dogmatique, de la franc-maçonnerie uni¬ 
verselle. Il suffisait à tout, toujours debout, toujours plein 
de verdeur et d’énergie. 

Pour donner une preuve de son zèle maçonnique, on 
cite, — et c’est un fait de vérité absolue, — un extraor¬ 
dinaire voyage de propagande qu’il accomplit à soixante- 
quatorze ans. Ce fut une tournée générale d’inspection dans 
PÀmériquc du Nord, et une partie de son compte-rendu a 
été publiée dans le Bulletin officiel du Suprême Conseil de 
Charlcston . Ce vieillard infatigable fil en six mois, surtout 
en chemin de fer, et le reste du temps en voiture, un 
voyage circulaire dont le total de milles parcourus donne 
23,185 kilomètres, ce qui représente plus de vingt-el-unc 
fois le trajet du Havre à Marseille. 

Quand il mourut, la haute-maçonnerie était formida¬ 
blement organisée. Cela est démontré par le document 
suivant, que j’ai copié aux archives du Grand Directoire 
Central de Naples, dont j’ai été inspecteur permanent et 
souverain délégué : 

TABLEAU DE LA HAUTE-MAÇONNERIE 
au 29 septembre 1890 

Classement par Grands Directoires Centraux 

gouvernant en tout 77 Provinces Triangulaires 

DIRECTION SUPÉRIEURE UNIVERSELLE 

ï. — Suprême Directoire Dogmatique; siège de CHAR- 
LESTON, dit Très-Saint-Siège. 

Souverain Pontife de la Franc-Maçonnerie Universelle : géne'ral Albert Pike 
Limmud-Biisoph ). 

Sérhnissime Grand Collège des Maçons Emérites. — Membres ad vitam : 
Albert-Georges Mackey (Keibcr-924) , Jonathan Chambers (Khohhma- 767 ); 



— 207 — 


William Upton (Binai- 739) , Josiah Hssex (I<hcscd-\o6f) ; Robert Crowell ( Din - 
1244) ; Macdonald Bâtes (Tiphereth-ÿiB) ; Philéas Walder (Neiçahb-6&6\ ; 
Goîdsborough Bruff (Hod-i 1 34) ; William Ireland (/^soûf-433) > Richard Thomp¬ 
son (Malkhutb-1062). 

II. — Souverain Directoire Exécutif; siège de ROME, 
dit T rh-Tn issan t-Siège . 

Souverain Chef d’Action Politique : Adriano Lemmi (Occabys-461). 

Lieutenants Grands Assistants : Pirro Aporti (Salmenac-\$2\)\ Luigi - 
Revello (Decmaker-4 05); Ettoie Ferrari (Ranoubroondgi-\^6). 

.III. — Souverain Directoire Administratif; siège 
de BERLIN, dit Parfait-Rojyal-Siège. 

Souverain Délégué aux Finances : Bîeîchroeder (Schlomoh-i\ 20). 

Souverain Tèlcguè à la Propagande : Findel, à Leipzig (ÂxeI-)6 8), 


GRAND DIRECTOIRE CENTRAL DE WASHINGTON 

pour l’Amérique du Nord 

GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE «S PROVINCES TRIANGULAIRES 

(La juridiction comprend aussi l'Amérique Centrale avec les Antilles.) 

Souverain Directeur Grand-Maître Général : Général Albert 
Pike (Hhaï-Açariah- 753). 

1 . Province Triangulaire de Montréal (Bas-Canada). — Grand-Maître 
Provincial : D. Willis( 492 ). 

2 . Province Triangulaire de Hamïlion (Haut-Canada). — Grand- 
Maitre Provincial : Hugh Murray ( 482 ). 

Les deux chefs-lieux des provinces canadiennes [se partagent, en 
outre, la juridiction des Triangles de toute la région anglaise : 
Colombie Britannique, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Ile du 
Prince-Edouard, Manitoba. 

3 , Province Triangulaire de New-York (Etats-Unis). — Grand-Maitre 
Provincial : James Fraser ( 1142 ). 

4 , Province Triangulaire de New-York et Brooklyn (Etats-Unis). —* 
Grand-Maître Provincial : Albert Coverley ( 446 ). 

3 . Province Tt{angulaire de Buffalo (Etats-Unis). — Grand-Maitre 
Provincial : Ôtto Bûcher (n 81 ). 

L'Etat de New-York, où sont très nombreux les Triangles, est ainsi 
divisé en 3 provinces. 

6 . Province Triangulaire de Philadelphie (Etats-Unis). — Grand-Maître 
Provincial : Ant. Socker ( 805 ). 



y. Province Triangulaire de Pittsburg (Etats-Unis). —* Grand-Maître 
Provincial : Robert Huggins (1257). 

L’Etat de Pensylvanie, où sont nombreux les Triangles, est ainsi 
divisé en 2 provinces. En outre, le premier des deux chefs-lieux 
étend sa juridiction sur les Etats de New-Jersey et de Deîaware; et le 
second chef-lieu (Pittsburg) étend sa juridiction sur l’Etat de West- 
Virginia. 

8. Pr. 7r. de Baltimore (Etats-Unis). — G -M. P. : T. Bayîdon (706). 

La province comprend exactement l'Etat de Maryland. 

9. Pr . Tr. de Boston (Etats-Unis). — G.-M. Pr. : H. Palmer (629). 

La province comprend les Etats de Massachusetts, Maine, New- 

Hampshire et Vermont, 

10. Province Triangulaire de la "Nouvelle-Orléans (Etats-Unis). — 
Grand-Maître Provincial ; Achille Morel (449). 

La province comprend les Etats de Louisiane, Texas, Aïabama, 
intégralement, et îa région sud de LEtat de Mississipi. 

11. Province Triangulaire de Cincinnati (Etats-Unis). — Grand- 
Maître Provincial : David Hackett (879). 

12. Province Triangulaire de Clevelanà (Etats-Unis), — Giand- 
Maître Provincial : John Freeman (519). 

L’Etat d’Ohio, où sont nombreux les Triangles, est ainsi divisé en 
2 provinces ; et, particulièrement, CIcveîand est chef-lieu provincial des 
Triangles de couleur. 

13. Province Triangulaire de Saint-Louis (Etats-Unis). — Grand- 
Maître Provincial : Francis Lee (701). 

La province comprend les Etats de Missouri, Kansas, le territoire 
Indien, intégralement, et îa région est de l’Etat de Colorado* 

14. Province Triangulaire de Chicago (Etats-Unis). — Grand-Maître 
Provincial : Henri Morton (^103). 

La province comprend les Etats d’Illinois, Nebraska, Minnesota, 
Iowa, et les territoires de Dacotah, Wyomîng et Montana. 

15. Province Triangulaire de San-Francisco (Etats-Unis). — Grand- 
Maître Provincial : W. Hcrtzog (828). 

La province comprend les Etats de Californie, Nevada, Orégon, les 
territoires d’Arizona, Nouveau-Mexique, Washington, Utah, Idaho, 
intégralement, et la région ouest de l’Etat de Colorado. 

16. Province Triangulaire de Louisville (Etats-Unis). — Grand- 
Maître Provincial : N. Pixlyson (301). 

La province comprend les Etats de Kentucky et d'Indiana. 

17. Province Triangulaire de Washington (Etats-Unis). — Grand- 



— 209 — 


Maître Provincial : Macdonald Bâtes (928). Grand-Maître Provincial 
adjoint : Marc Attenborough (1782). 

La province comprend le district fédéral de Colombie et l'Etat de 
Virginie (orientale). 

18* Province Triangulaire de Providence (Etats-Unis). — Grand- 
Maître Provincial : Martinengo (2095). 

La province comprend les Etats de Rhode-Island et de Connec¬ 
ticut. 

19. Province Triangulaire de Détroit (Etats-Unis). — Grand-Maître 
Provincial : G. Wattson (1519)* 

La province comprend les Etats de Michigan et de Wisconsin. 

20. Province Triangulaire de Charleston (Etats-Unis). — Grand- 
Maître Provincial : Jonathan Chambers (767). 

La province comprend les Etats de Caroline du Nord et du Sud, de 
Géorgie et de Floride. 

21. Province Triangulaire de Memphis (Etats-Unis). — Grand- 
Maître Provincial : John Price (453). 

La province comprend les Etats de Tennessée et d’Arkansas, inté¬ 
gralement, et la région nord de l’Etat de Mississipi. 

22. 'Province Triangulaire de Mexico (Mexique). — Grand-Maître 
Provincial : Manuel Escobedo (608). 

23. Province Triangulaire de Guadalajara (Mexique), — Grand- 
Maître Provincial ; I. Camarena (482). 

Le premier des deux chefs-lieux a juridiction sur la région sud du 
Mexique ; et le second, sur la région nord. 

24. Province Triangulaire de Guatemala (Amérique Centrale). — 
Grand-Maître Provincial : Feliz Matos (943). 

La province comprend les 5 républiques : Guatemala, Honduras, 
San-Salvador, Nicaragua et Costa-Rica. 

25. Province Triangulaire de la Havane (Cuba). — Grand-Maitrc 
Provincial: Marquis d'AImeiras (751). 

La province comprend Cuba, la Jamaïque, Porto-Rico et toutes les 
Petites Antilles, sans distinction de pavillon, et la République Domi¬ 
nicaine. 

26. Province Triangulaire de Port-au-Prince (Haïti). — Grand-Maître 
Provincial : Fénélon Duplessis (1253), 

La province est restreinte à la République d’Haïti, l'accord n'avant 
pu se faire avec les triangles de Saint-Domingue, 

Les Mères-Loges du Lotus, c’est-à-dire les Parfaits Triangles générateurs à 
qui sont dues la création et l’organisation des Ateliers Palladiques dans le 

44 



— 210 — 


gouvernement du Grand Directoire de Washington, sont au nombre de neuf : 
le Lotus Canadien , comprenant dans sa Seigneurie les provinces i et 2 ; le 
Lotus de Ncw-York } les provinces 3, 4, 5 et 18 5 le Lotus de Pensyfoanie, 
les provinces 6, 7 et la ; le Lotus de {Maryland, Colombie et Virginie, les 
provinces 8, 11 et 17 ; le Lotus du Cbarles-River , la province 9 ; le Lotus 
du Sud-Uni , les provinces 10, 13, té, 20 et 21 ; le Lotus des Lacs du Nord, 
les provinces 14 et 19 ; le Lotus Californien et des Montagnes Rocheuses, la 
province 15 ; le Lotus du Mexique et du Cenire-tAmérique, les provinces 
22, 23, 24, 25 et 26. 

Ces 9 Mères-Loges du Lotus sont établies aux orients de : Montréal, New- 
York, Philadelphie, Baltimore, Boston, Charleston, Chicago, San-Francisco 
et Mexico. 

Nota. — Au chef-lieu de chaque province triangulaire, il y a un Parfait Triangle 
qui porte aussi le nom de Lotus et qui centralise la correspondance de la province; 
mais il ne faut pas confondre un Parfait Triangle Lotus avec une Mère-Loge, quoique 
la Mère-Loge soit le plus souvent le Parfait Triangle centralisateur de sa province. 


GRAND DIRECTOIRE CENTRAL DE MONTEVIDEO 

pour l'Amérique du Sud 

GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE iO PROVINCES TRIANGULAIRES 

Souverain Directeur Grand-Maître Général : Carlos de Cas¬ 
tro ( Nciicr-JoJada -1612). 

27. Province Triangulaire de Caracas (Venezuela). — Grand-Maître 
Provincial : general Joaquin Crcspo (922). 

La province comprend les quatre Etats de Colombie, Bolivar, Vene¬ 
zuela et Equateur, et étend, en outre, sa juridiction aux trois Guyanes. 

28. Province Triangulaire de Rio-Janeiro (Brésil). — Grand-Maître 
Provincial : docteur H. Valladarès (1031). 

29. Province Triangulaire de Babia (Brésil). — Grand-Maître Pro¬ 
vincial : J orges da Costa (1079). 

Le Brésil est ainsi divisé en 2 provinces. Le premier chef-lieu 
provincial brésilien a sous sa juridiction le District fédéral et les Etats 
de Rio-Janeiro, Espirito-Santo, Minas Gcraês, Matto-Grosso, Sào- 
Paulo, Parana, Santa-Catharina, Rio-Grande-do-Sul ; et le second chef- 
lieu a sous sa juridiction les Etats de Bahia, Goyaz, Scrgipe, Pernam- 
buco, Alagoas, Parahyba, Rio-Grande-do-Norte, Ccara, Piauhy, Ma- 
ranhao. Para, Amazonas. 

30. £ Province Triangulaire de Lima (Pérou). *— Grand-Maitre Pro¬ 
vincial : Francisco Mariategui (1729)/ 



— 211 — 


La province comprend exactement ie territoire du Pérou. 

31. Province Triangulaire de la Pa{ (Bolivie), — Grand-Maître Fifo- 
vincial : Angel Urioste (1080). 

La province comprend exactement le territoire de la Bolivie. 

32. Province Triangulaire de Montevideo (Uruguay). — Grand-Maîtrt 
Provincial : Luis Lerena (637). 

33. — Province Triangulaire de Trcintay-Trés (Uruguay). — Grand- 
Maitre Provincial : Miguel Britos (1076). 

L’Uruguay, où sont nombreux les Triangles, quoique le territoire 
soit peu vaste proportionnellement aux autres contrées de l'Amérique 
du Sud, est ainsi divisé en 2 provinces, dont les chefs-lieux triangu¬ 
laires se partagent la juridiction des 19 départements de la Républi¬ 
que ; le premier chef-lieu gouverne 7 départements formant la région 
sud, et le second, 12 départements formant la région nord. 

34. Province Triangulaire de Buenos-Ayres (Rép. Argentine). — Grand- 
Maître Provincial : Otto Recke (1190.) 

35. Province Triangulaire de Tucuman (Rép. Argentine). — Grand- 
Maître Provincial : Domingo de Paz (335). 

La République Argentine, où sont nombreux les Triangles, est 
ainsi divisée en deux provinces triangulaires, qui se partagent la juri¬ 
diction des 14 provinces nationales. Au premier chef-lieu appartient 
le gouvernement des territoires de Buenos-Ayres, Entre-Rios, Santa- 
Fé, Cordoba, San-Luis, Mendoza, San-Juan, La Rioja, et les droits 
éventuels sur la Patagonie ; au second chef-lieu appartient le gou¬ 
vernement des territoires de Tucuman, Corrientes, Santiago, Cata- 
marca, Salta, Jujuy, et, en outre, celui de Paraguay, mais avec traité 
d’alliance passé entre le Parfait Triangle Lotus de Tucuman et le Parfait 
Triangle de Coritiba (dans l’état brésilien de Parana). 

36. Province Triangulaire de Valparaiso (Chili). — Grand-Maître 
Provincial : B. Alamoz-Gonzalez (1152). 

La province comprend exactement le territoire du Chili. 

Les Mères-Loges du Lotus, à qui sont dues la création et l'organisation 
des Ateliers Palladiques dans le gouvernement du Grand Directoire de Mon¬ 
tevideo, sont au nombre de cinq : le Lotus Colombien , comprenant dans sa 
Seigneurie la province 27 ; le Lotus du Brésil } les provinces 28, 29 et 31 ; le 
Lotus des Andes, les provinces 30 et 36 ; le Lotus d'Uruguay, les provinces 
32 et 33 ; le Lotus Argentin , les provinces 34 et 35. 

Ces 5 Mères-Loges du Lotus sont établies aux orients de : Caracas, Rio- 
Janeiro, Lima, Montevideo et Buenos-Ayres. 



212 — 


GRAND DIRECTOIRE CENTRAL DE NAPLES 

pour l'Europe 

GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE *7 PROVINCES TRIANGULAIRES 

Souverain Directeur Grand-Maître Général: Giovanni Bovio 
(Jabschaddûï-Shvigds-j 5 8)* 

37. Province Triangulaire de Londres / re (Angleterre). —* Grand- 
Maître Provincial : Hugh-David Sandeman (476), 

38. Province Triangulaire de Londres 2 0 (Angleterre). — Grand- 
Maître Provincial : colonel Shadwell-Clerke (670). 

39. Province Triangulaire de Birmingham (Angleterre). — Grand- 
Maître Provincial : Lord Leigh, avec un suppléant: Samuel Bray (595)' 

40. Province Triangulaire de Liverpool (Angleterre). — Grand-Maître 
Provincial : colonel G. St. (1203). 

41. Pr. 7 V. de Manchester (Angleterre). — G.-M. Pr. : John Yarker 
(s74), à Withington, avec grand-maitre honoraire, qui est le marquis 
de Londonderry, dit grand-maitre provincial de Durham. 

Ces 5 chefs-lieux triangulaires se partagent la juridiction des 40 
comtes de l'Angleterre proprement dite et les 12 comtes delà prin¬ 
cipauté de Galles. Les Triangles de cette principauté appartiennent 
à la province 40 et relèvent de Liverpool. La province 37 (Londres i re ) 
comprend la partie de la capitale anglaise située sur la rive droite de 
la Tamise, les 9 comtés les plus au sud de l’Angleterre, et la ville de 
Bristol dans le comté de Glocester. La province 38 (Londres 2 e ) com¬ 
prend la partie de la capitale située sur la rive gauche de la Tamise, 
les comtes de la région qui a pour extrémité nord le comté de Lincoln r 
qui est bornée à Lest par la mer du Nord, et dont les comtés formant 
la ligne extrême de l’ouest sont ceux de Rutland, Northampton, Bucks 
et Berks. La province 39 comprend les comtés centraux d’Oxford, 
Glocester (moins la ville de Bristol), Monmouth, Hereford, Worcester, 
Warwick, Lcicester, Stafford et Shropshire. La province 41 comprend 
*es autres comtés, c’est-à-dire toute la partie septentrionale de l’Angle¬ 
terre proprement dite, au nord de Liverpool et à l’exception de cette 
ville. 

42. Province Triangulaire d'Edimbourg (Ecosse). — Grand-Maître 
Provincial : colonel Archibald Campbell (484). 

43. Province Triangulaire de Glasgow (Ecosse). — Grand-Maître Pro¬ 
vincial : William Pearce (444). 



— 213 — 


tes 33-comtés d’Ecosse sont répartis sous la juridiction de^es. 2 
chefs-lieux triangulaires, la ligne de division du territoire étant tracée 
dans le sens longitudinal. La province 43 comprend les comtés occi¬ 
dentaux de Kirkendbright, Wigtown, Ayr, Lanark, Dumbarton, Ren- 
frew, Stirling, Bute, Argyll, et toute la région au-delà des monts 
Grampians, à l’exception des comtés d’Aberdeen, BanfT, Nairn et 
Elgin-Moray, lesquels appartiennent à la province 42, ainsi que tous 
les comtés orientaux. 

44. Province Triangulaire de Dublin (Irlande). — Grand-Maître 
Provincial : John-Fitz Townshend (1534). 

La province comprend exactement le territoire de l’Irlande. 

Les îles normandes appartiennent à la juridiction de la province 37, 
et les îles des Hébrides à la juridiction de la province 43. 

45 Province Triangulaire de Hambourg (Allemagne). — Grand- 
Maître Provincial : Salomon Schaffer (1255). 

La province comprend les 3 villes libres hanséatiques (Hambourg, 
Lubeck. Brème), Je Hanovre, le grand-duché d’Oldenbourg, les Pays- 
Bas. les duchés de Brunswick et de Sleswig-Holstein, le Danemark et 
3 a Suède-Norwége. 

46, Province Triangulaire de Berlin (Allemagne). — Grand-Maître 
Provincial : Justus Hoffmann (1401). 

La province comprend la région de Prusse jusqu'à l’Elbe (rive 
droite), c’est-à-dire la Prusse proprement dite, le Brandebourg, le 
Mecklembourg, la Poméranie, la Posnanie et la Silésie ; et, en outre, 
sa juridiction s’étend sur la région supérieure du duché d’Anhalt et 
sur tous les pays polonais, sans distinction de pavillon, sauf la Podolic 
qui appartient à l'obédience de la province 62. 

47. Province Triangulaire de Munich (Allemagne). — Grand-Maître 
Provincial : J. Bayerlein (675). 

La province comprend la Bavière (moins le district du Palatinat) et 
le Wurtemberg, y compris l'enclave prussienne de Hohenzollcrn. 

45. Province Triangulaire de Dresde (Allemagne). —» Grand-Maître 
Provincial ; docteur Karl Welte (703). 

La province comprend le royaume de Saxe (en moins, la portion de 
territoire située sur la rive gauche de la Mulde, région réservée à la 
province 49, et, en plus, tout le territoire entre la Mulde et l’Elbe 
jusqu’à leur confluent près Dessau) ; en outre, la province 48 com¬ 
prend la Bohême dans sa juridiction. 

49. Pi\ TV. de Leipzig (Allemagne). — G.-M. Pr. : Findel (368). 

La province comprend tout le territoire allemand qui est borné, à 



— 214 — 

l’est, par la Mulde et l'Elbe (y compris Dessau), au nord, par le 
Hanovre et le Brunswick, à l’ouest, par la Basse-Hesse, et au sud, par 
la Bavière ; c’est-à-dire : la portion du royaume de Saxe qui entoure 
Leipzig jusqu a la Mulde, la Saxe prussienne, la portion sud-ouest du 
duché d’Anhah, le grand-duché de Saxe-Weimar-Eisenach, les duchés 
de Saxc-Mciningen, de Saxe-Altcnbourg, de Saxe-Cobourg-Gotha, les 
principautés de Schwartzbourg (Sondershausen et Rudolstadt), de 
Reuss (Greiz et Schleiz-Géra). 

50. Province Triangulaire de Fvancfort-suv-lc-Mein (Allemagne). — 
Grand-Maître Provincial : Alex. Knoblauch (563). 

La province comprend le territoire de Francfort, le grand-duché de 
Hesse-Darmstadt, la Hesse prussienne, le Nassau, le grand-duché de 
Bade, le district bavarois du Palatinat, la Prusse Rhénane, la West- 
phalie, les principautés de Waldeck et Pyrmont, de Lippe, et de 
Schaumbourg-Lippe. 

51. Province Triangulaire de Strasbourg (Allemagne). — Grand-Maitre 
Provincial : Simeon Bernheim (79s). 

La province comprend le territoire alsacien-lorrain annexé à F Alle¬ 
magne en 1871, et, en plus, le Luxembourg. 

52. 7 V. 7 r, de Paris (France). — G.-M. Pr. : E. Hubert (1616 A). 

53. Pr . Tr. de Lyon (France). — G.-M. Pr. : Auguste Bouvet (1210). 

La France, moins 4 départements et la Corse, est ainsi divisée en 

deux provinces palladiqucs. La province 52 comprend la région nord 
du pays et a pour limite inférieure les départements suivants (lesquels 
appartiennent à sa juridiction) : Vendée, Deux-Sèvres, Vienne, Indre, 
Cher, Nièvre, Côte-d’Or, Haute-Saône, Doubs ; soit, en tout, 41 dépar¬ 
tements, celui du Nord appartenant à l’obcdience de la province 55. 
La province 53 comprend la région sud du pays et a pour limite 
supérieure les départements suivants (lesquels appartiennent à sa juri¬ 
diction) : Charente-Infcrieure, Charente, Haute-Vienne, Creuse, Allier, 
Saône-et-Loire, Jura ; soit, en tout, 40 départements, ceux de Savoie. 
Haute-Savoie et Alpes-Maritimes appartenant à l’obédience de la pro¬ 
vince 56. 

54. Province Triangulaire de Zurich (Suisse). — Grand-Maître Pro¬ 
vin cal : Louis Ruchonnet (1225). 

La province comprend exactement le territoire de la République 
Helvétique. 

55. Province Triangulaire de Bruxelles (Belgique). — Grand-Maitre 
Provincial : comte Eugène Goblct d’Alviella (697). 

La province comprend le territoire de la Belgique, et, en plus, le 
département français du Nord. 



56. Pr. 7 Y. de Milan (Italie). — G.-M. Pr. : Paolo Corradi (756). 

57. Province Triangulaire de Naples (Italie).—_ Grand-Maître Pro¬ 
vincial : Tomaso Cresponi (16x6 B). 

Les deux provinces triangulaires italiennes comprennent ensemble 
plus que le territoire actuel d’Italie. La province 56 a sous sa juri¬ 
diction le Piémont, la Ligurie, la Lombardie, la Vénétie, Parme et 
Modène, la Toscane, la Romagne, et, en outre, les trois départements 
français de Savoie, Haute-Savoie, Alpes-Maritimes, la Sardaigne et la 
Corse, et les pays autrichiens en deçà des Alpes Rhétiques, Carniques 
et Juliennes (districts de Trente et Brixen du TyroL Trieste, Goritz, 
ristrie et Fiume). La province 57 a sous sa juridiction le reste de 
Tltalie, c'est-à-dire le Latium, les Marches, LOmbrie, les Abruzzes et 
Molise, la Campanie, la Basilicate, les Pouilles, les Calabres et la 
Sicile. 

58. Province Triangulaire de Madrid (Espagne). — Grand-Maître 
Provincial : don Eduardo Contreras (1536). 

59. Province Triangulaire de Barcelone (Espagne). — Grand-Maître 
Provincial : don Pablo Ferrer (873). 

L’Espagne est ainsi divisée en deux provinces. La province 58 com¬ 
prend la Nouvelle-Castille, l’Estramadure, la Manche, l’Andalousie et 
l’ancien royaume de Murcie. La province 59 comprend la Catalogne, 
fancien royaume de Valence, TAragon, la Navarre, la Vieille-Castille, 
l’ancien royaume de Léon, la Galice, la Biscaye, les Asturies et les 
îles Baléares. 

60. Province Triangulaire de Porto (Po rtugal). — Grand-Maître Pro 
vincial ; Felippe Cardoso da Matta (1797). 

La province comprend exactement le territoire du Portugal, ainsi 
que Madère et les Açores. 

61. Province Triangulaire de Buda-Pest (Hongrie).— Grand-Maître 
Provincial : Antal de Berecz (721). 

La province comprend, d’abord, en général, tout l’empire-royaume 
d’Autriche-Hongrie, moins la Galicie polonaise et la Silésie autri¬ 
chienne qui appartiennent à Tobédience de la province 46, moins la 
Bohême qui appartient à l’obédience de la province 48, et moins les 
territoires de Trente, Brixen, Goritz, Trieste, l’istrie et Fiume, qui 
appartiennent à l’obédience de la province 56. Mais, d’autre part, le 
chef-lieu triangulaire 61 étend sa juridiction sur la région d$s Balkans, 
c’est-à-dire les provinces turques de Bosnie et d’Herzegovine et le 
sandjak de Novibazar, le Monténégro, la Serbie, la Bulgarie (soit sans 
la Roumélie Orientale qui appartient à l’obcdience de la province 63) ; 



— 21G — 

dans la région, exception est faite de la Roumanie, laquelle relève du 
chef lieu triangulaire 62. 

62. Province Triangulaire d’Yèkatèrinoslaw (Russie). — Grand- 
Maître Provincial : Stepan Maggioro (1233). 

La province comprend tout le territoire de l'empire russe, moins les 
provinces polonaises (sauf une, la Podolie) qui appartiennent à l'obé¬ 
dience de la province 46 ; et, en outre, la province 62 étend sa juri¬ 
diction sur la Roumanie (1). 

65. Pr. Tr. de Stamboul (Turquie).— G.-M. Pr. : Isaac Graff (696). 

La province comprend le territoire de la Turquie d’Europe (la Rou- 
mélic intégralement), moins la Bosnie, i’Herzégovine et Novibazar, 
qui appartiennent à î'obcdience de la province 6 1 ; en outre, le chef- 
licu triangulaire 63 étend sa juridiction sur la Grèce, les lies Ioniennes 
et P Archipel. 

Les Mères-Looes du Lotus, h qui sont dues la création et l'organisation 
desAtelicis Paüadiques dans le gouvernement du Grand Directoire de Naples, 
sont au nombre de neuf : le Lotus d'Angleterre , comprenant dans sa Seigneu¬ 
rie les provinces 37, 38, 39, 40 et 41 ; le Lotus d'F.cossc, les provinces 42 et 
43; le Lotus d'Ilibeniie^ la province 44; le Lotus Saint-Hermann ou delà 
Germanie Orientale y les provinces 43, 47, 50 et 51 ; le Lotus Saiut-Frcdéric ou 
de ta Germanie Occidentale } les provinces 46, 48 et 49 ; le Lotus de France , 
Suisse ci Belgique^ les provinces 52, 55, 34 et 33 ; le Lotus des Victoires , les 
provinces 56 et 37; le Lotus Jberien ? les provinces 58, 59 et 60; le Lotus du 
Danube, les provinces 61, 62 et 63. 

Ces o Mères-Loges du Lotus sont établies aux orients de : Londres, Edim¬ 
bourg, Dublin, Cologne, Berlin, Paris, Rome, Madrid et Buda-Pest. 


GRAND DIRECTOIRE CENTRAL DE CALCUTTA 

pour l’Asie et l’Océanie 

(AVEC SOUS-DIRECTOIRE POUR L’AFRIQUE} 

GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE «41 PROVINCES TRIANGULAIRES 

Souverain Dirfxteur Grand-Maître Général : Frederick 
Hobbs (Djcul\ 1I-K1 'anor-9 26), h Calcutta; chargé plus spéciale¬ 
ment de la direction de l’Asie. 

Souverain Sous-Directeur Grand-Maître Délégué, pour l’Océanie: 
Lord Carrington (GohiVn-A{oè- 1142), à Sydney (Australie), 

(0 En réalité, le chef-lieu triangulaire Yèkatèrinoslaw n’exerce sa juridic¬ 
tion, faute de Triangles, que dans les gouvernements d’Yèkatèrinoslaw, 
Kherson, Bessarabie, Podolie, et dans la Roumanie ; il y a aussi, dil-on, des 
Triangles isolés et dissémines dans la province de l’armée du Don, dans 

Astrakan et en Circassie. 



— 217 — 


Souverain Sous Directeur Grand-Maître Délégué, pour l'Afrique: 
Horace de Cayla ( Abrangado-S1:cmer-$C6 ), à Port-Louis, île Maurice. 

Nota. — Le Sous-Directeur d’Océanie reçoit sa correspondance d’ordre par Calcutta, 
et c’est à Calcutta qu’il envoie ses rapports. Par contre, le Sous-Directeur d’Afrique 
reçoit sa correspondance d’ordre directement de Charleston et lui envoie ses 
rapports sans intermediaire, mais en en transmettant le double à Calcutta. 

D’autre part, le chef-lieu triangulaire 70 reçoit sa correspondance d’ordre du 
Directoire de Calcutta et envoie ses rapports à la fois à ce Directoire et au Sous- 
Directeur d’Océanie, Le Sous-Directeur d’Afrique n’est en relations directes de 
réception et d’envoi, en dehors de sa province (n* 75), qu’avec les chefs-lieux 
triangulaires 76 et 77 ; encore le chef-lieu 77 est autorisé à envoyer un duplicata de 
ses rapports directement à Charleston. Les chefs-lieux triangulaires 64, 73 et 74, 
sont en relations directes de réception et d’envoi avee le Grand Directoire de 
Naples, tout en transmettant un duplicata de leurs rapports, le chef-lieu 64 au 
Grand Directoire de Calcutta, et les chefs-lieux 73 et 74 au Sous-Directeur 
d’Afrique. 

Les provinces asiatiques sont au nombre de six, portant les n“* 64 à 69; les pro¬ 
vinces océaniennes sont au nombre de trois, portant les n°“ 70, 71 et 72; les pro¬ 
vinces africaines sont au nombre de cinq, portant les n c “ 73 à 77. 

64. Province Triangulaire de Jérusalem (Palestine). — Grand-Maître 
Provincial : Habib Shakal (383). 

La province a dans sa juridiction toute îa Turquie d’Asie, y com¬ 
pris l’Arabie. 

6 5. Piovmce Triangulaire de Téhéran (Perse). — Grand-Ataître 
Provincial : Robert Crawford (1464). 

La province comprend la Perse, le Turkestan, l'Afghanistan, LHérat 
cl le Béloutchistan. 

66. Province Triangulaire de Calcutta (Inde Anglaise). — Grand- 
Mailrc Provincial : révérend Toby Croksonn (1282). 

67. Province Triangulaire de Madras (Inde Anglaise). — Grand- 
Maître Provincial : Samuel Turner (1243). 

G es deux provinces se partagent la juridiction d’un immense terri¬ 
toire : la province 66, surtout, qui comprend, sous le nom de Nord- 
Indoustan, toute la région supérieure au Godavery, lequel marque la 
limite entre les deux obédiences palladistcs, et elle a, en outre, juri¬ 
diction sur îa Birmanie ; la province 67 comprend, sous le nom de 
Sud-Fndoustnn, la région inférieure, et elle a, en outre, juridiction sur 
Pile de Ceylan. La côte occidentale appartient à la province 67 depuis 
l'extrémité sud (cap Comorin) jusqua Surate ; au-dessus de Surate, 
les pays appartiennent à la province 66. 

63 . Province Triangulaire de Singaporc (Indo-Chine anglaise). — 
Gïand-Màitte Provincial : Nathan Spencer (1170). 



— 218 — 


La province-comprend -File de Singapore 4 __la_ presqu'île de Malacça, 
le Siam, l’Annam, le Cambodge, le Tonkin et la Cochinchine. 

69. Province Triangulaire de Sbang-Hdi (Chine), — Grand-Maître 
Provincial : John Butterfield (1280). 

La province a dans sa juridiction les villes ouvertes de Chine et du 
Japon ; mais le chef-lieu triangulaire peut, en outre, par traité du 
Palladium avec la San-ho-hoeï (maçonnerie chinoise), constituer des 
Triangles Mixtes dans l’intérieur des terres et jusque dans les villes 
saintes du Thibct; ces Triangles Mixtes ont deux grands-maîtres sié¬ 
geant ensemble à l’orient, l'un appartenant au Palladium, et l’autre, 
à la San-ho-hoeï. Les villes de Chine, Corée et Japon où fleurissent le 
plus prospérément soit les Ateliers Palladiques proprement dits, soit 
les Triangles Mixtes, sont : Pékin, Fou-Tchéou, Kou-lan-sou, Kiu- 
Kiang, Nankin, Shang-Haï, Canton, Si-Ngan-Fou, Hang-Kow, Sliing- 
King, Wen-Tohéou, Hong-Kong, Ticn-Ssin, Llassa-du-Thibct; Séoul, 
en Corée; et, au Japon, Yédo, Nagasaki, Ncegat, Osaka, Simoda, 
Yamanashi, Yokohama. 

70. Province Triangulaire de Batavia (Java).— Grand-Maître Pro¬ 
vincial : révérend Daniel Hirsch (646). 

La province comprend dans sa juridiction la Malaisie et la Micro¬ 
nésie. 

71. Province Triangulaire de Sydney (Australie). — Grand-Maître 
Provincial : Henry Spiers (1168). Suppléant : Arthur Bray (629). 

La province comprend dans sa juridiction l'Australie, et, en général, 
toutes les îles de la Mélanésie, sans distinction de pavillon (y compris, 
par conséquent, la Nouvelle-Calédonie, les îles Salomon, les Nouvelles 
Hébrides, etc.). 

7a. Province Triangulaire de Dunedin (Nouvelle-Zélande). —Grand- 
Maître Provincial : Mgr Newill (évêque protestant) (553). 

La province comprend dans sa juridiction la Nouvelle-Zélande, et, 
en général, toutes les îles de la Polynésie (y compris, par conséquent, 
les îles Marquises, l’archipel de Taïti, les îles Sandwich, etc.). 

73. Province Triangulaire d'Alexandrie (Egypte). — Grand-Maitre 
Provincial ; Abraham Tilche (726). 

La province comprend l’Egypte, la Tripolitaine, la Nubis et jusqu’à 
l’Abyssinie. 

74. Province Triangulaire de Constant/ne (Algérie). — Grand-Maitre 
Provincial * révérend Besançon (564). 

La province comprend l'Algcrie, la Tunisie et le Maroc. 

75. Province Triangulaire de Porf-Louis (lie Maurice). — - Grand- 
Maître Provincial : Edouard Vineux (587). 



— 219 — 

La _proyince_çomprend l’ile Maurice^ la Réunion, Madagascar, 
toutes le? lies de la mer des Indes à l’est de l’Afrique, et les régions 
accessibles de la côte orientale depuis la baie de Lagoa jusqu’au cap 
Guardafui. 

76. Province Triangulaire de Capetown (colonie du Cap). — Grand- 
Maître Provincial : Thomas Epps (885). 

La province comprend toutes les régions accessibles de l’Afrique 
Méridionale depuis la baie de Lagoa, à l’est, et, en remontant la 
côte occidentale, d’autre part, jtr.>qu’à l'embouchure du Congo ; et 
plus spécialement, le Transwaal, Natal et le Zoulouland, l’Etat libre 
d’Orange, la colonie du Cap, les territoires allemands de Damaraland 
et Grossnamaland, le territoire portugais d’Angola et la région sud de 
l’Etat indépendant du Congo (Mouata-Yanwo, Kazongo et Mzird). 

77. Province Triangulaire de Monrovia (Liberia). — Grand-Maître 
Provincial : Henry Brown (607). 

La province comprend dans sa juridiction toutes les régions acces¬ 
sibles de la côte occidentale d’Afrique depuis les bouches du Congo 
jusqu’au cap Noun, la République de Libéria formant le point central 
de ralliement ; et plus spécialement, le Congo français, les territoires 
allemands de Cameroun et de Togo, les dépendances anglaises de 
Lagos et d’Akra, les pays de protectorat français, la République de 
Libéria, la colonie anglaise de Sierra-Leonc, la Guinée portugaise, le 
Sénégal et le Soudan français, et le gouvernement espagnol de Rio de 
Oro avec les Canaries. 

Les Mères-Loges du Lotus, à qui sont dues la création et l’organisation 
des Ateliers Palladiques dans le gouvernement du Grand Directoire de 
Calcutta sont au nombre de dix : le Lotus d’Apadno, comprenant dans sa 
Seigneurie la province 64 ; le Lotus des Enfants d'Ismacl , la province 65 ; le 
Lotus de l’Inde, les provinces 66 et 67 ; le Lotus des Yésidis , la province 68 ; 
le Lotus Céleste, la province 69; îe Lotus de Bratha-Yuda, la province 70; 
le Lotus Océanien , les provinces 71 et 72; le Lotus Sainte-Hypaiie, les pro¬ 
vinces 73 et 74; le Lotus Africain , les provinces 75 et 76; le Lotus des 
Tropiques, la province 77. 

Ces 10 Mères-Loges du Lotus sont établies aux orients de : Jérusalem, 
Tauris, Calcutta, Madras, Singapore, Tong-Ka-Dou, Batavia, Sydney, Dune- 
din, Alexandrie, Constantine, Port-Louis, Capetown et Freetown. 

Voilà les 77 Provinces Triangulaires, qui son! en quelque 
sorte les archidiocèscs de la haute-maçonnerie, et les 33 
Mères-Loges du Lotus, qui sont les Triangles Fondateurs 



— 220 — 


<foù est sorti le Paîladisme se répandant peu à peu sur 
toute la surface du globe. 

C’était bien une organisation formidable, comme je Pai 
dit, et pour diriger toute cette machine secrète, il fallait 
un cerveau puissamment organisé ; ainsi l’était celui d’Al¬ 
bert Pi ko. À sa mort, il fut remplacé d’une façon suffi¬ 
sante pour la direction du Rite Ecossais cl pour celle du 
Directoire Central de Washington, mais très insuffisante 
pour la fonction qui nécessitait un zèle de tous les instants, 
c’est-à-dire celle de la suprême grande-maîtrise. Là, le 
Sérénissime Grand Collège des Maçons Emérites lui donna 
pour successeur le premier de ses membres, le F.*. Albert- 
Geo rges Mackcy, ingénieur, fils naturel du docteur Gallalin 
Mackey, cl que les palladislcs, afin de ne pas le blesser, 
affectent do prendre pour son neveu. 

Albert-Georges était loin de posséder les qualités excep¬ 
tionnelles de Pike, ni même celles du docteur Gallalin. 
Il lui manquait la force de. caractère, l’énergie, l’activité; 
mais il avait été choisi par ses collègues, tout exprès à 
cause de son effacement, parce qu’il y avait des rivalités 
chez les Emérites cl que l’élection du plus insignifiant 
d'entre eux leur assurait un règne collectif sous réliquette 
de sa nullité. Au Sérénissime Grand Collège, tout nouveau 
venu prend le numéro d’ordre du décodé qui laisse une 
place vacante, elc’osl ainsi que le premier, le Khrfer, n’est 
pas forcément le plus important, ni le plus actif, ni le plus 
capable. Néanmoins, il est juste de reconnaître qu'Albert- 
Georges dit Mackey était, malgré son peu de valeur, 
estimé dans la haute-maçonnerie. Ceux qui le connaissent 
le disent d’une grande probité, mais d’une nonchalance 
invraisemblable, aimant peu le bruit, recherchant au con¬ 
traire l’obscurité, toujours prêt à s’effacer au profit d’un 
Chnmbcrs ou d’un Thompson quelconque. Le fait certain, 
en tout cas, c'est qu’il n’y a eu aucune plainte pendant le;i 
deux années et cinq mois que son pontificat a duré. 



— 221 — 


Par contre* Lenimi n’a pas manqué de profiter de eet 
effacement volontaire du chef de Charlcston, pour se gran¬ 
dir, se multiplier, se faire passer comme indispensable ; 
et jamais il n’a simulé un dévouement à se faire tuer pour 
la maçonnerie, autant que depuis la mort de Pike jusqu’au 
jour où il est arrivé à son but. 

Il avait le cœur rongé par le ver de l’ambition; il ne 
pouvait sc consoler à la pensée de ne pas être le premier 
dans la secte ; et aussi, et surtout, il avait grande envie 
d’avoir le maniement des fonds de la caisse centrale, ce 
Pactole où ruissellent les millions, parce qu’il a pour 
sources les prélèvements secrets, au minimum d’un-pour¬ 
cent, sur les contributions personnelles de tous les francs- 
maçons du monde entier. Gctle caisse centrale le tentai U 
et souvent, la nuit, il dut en rêver. 

Les rivalités au sein du Sérénissimc Grand Collège em¬ 
pêchèrent les Emériles de voir le travail souterrain auquel 
Adriano sc livrait pour miner leur puissance; un seul 
savait ce qui sc complotait; c'était le vieux Walder, quia 
clé toujours son complice. Lemmi et lui s'étaient dit 
qu’avec un peu d’audace et d'astuce ils pourraient parvenir 
à déposséder CharJeston de ses privilèges. Philéas Walder, 
qui passait continuellement sa vie à voyager, sc souciait 
peu que le siège de la direction suprême fût dans une villa 
ou dans une autre, et il comptait avoir un gros cadeau 
d'Adriano en favorisant ses desseins. On ne saura peut-être 
jamais quel pacte les deux coquins conclurent; probable¬ 
ment ils durent se promettre de partager chaque année 
l'excédant des millions de la propagande générale ; car 
jamais tout n’est dépensé, et il est facile, dans un emploi 
d’argent aussi secret, de faire croire h plus de dépenses 
qu’il y en a eu en réalité, attendu que pour les trois quarts 
le chef suprême n’a pas de justification à produire au Sou¬ 
verain Directoire Administratif de Berlin. Il est bon de 
savoir que ce Directoire est plutôt comptable que caissier. 



_ 222 _ 

Mais, polir réaliser ce beau projet, il fallait d'abord 
créer un mouvement d’opinion dans les provinces trian¬ 
gulaires. A colaLcmmi employa comme instruments directs 
ses agents secrets du Directoire Executif. 

Le chef d'action politique possède, en effet, un personnel 
d’agents spéciaux, qu’il est seul ù connaître, avec ses secré¬ 
taires de confiance. Il y en a un par chaque province triangu¬ 
laire. L'agent du Directoire Exécutif est choisi de telle sorte 
qu'il n’inspire pas méliancc à l'ennemi (e’esl-à-dirc aux catho¬ 
liques) et qu'il puisse en meme temps avoir des relations fré¬ 
quentes avec les maçons imparfaits initiés; il va tout à la 
fois à l’église et a la loge, et il voyage beaucoup, n'importe 
sous quel prétexte. L’agent do celle espèce a Jui-môme un 
secrétaire intime, à qui il fait écrire toutes scs lettres ordi¬ 
naires et qui signe même pour lui ; il résulte de cela que 
personne ne connaît la véritable écriture de l’agent, et 
pourtant les profanes ou les maçons imparfaits initiés qui 
sont cri correspondance avec lui croient la connaître. Celte 
précaution est prise pour le cas où un rapport de l'agent 
viendrait, par accident, à tomber entre les mains de l'en¬ 
nemi ; alors, en voyant l’écriture du rapport, qui est, celle- 
là, la vraie écriture de l’agent, personne ne pourra soup¬ 
çonner qu’il en est l’auteur. Le secrétaire intime n’est pas 
confident de l'agent, à moins que celui-ci soit sur de lui; 
mais, on le comprend, il n’est pas nécessaire de le mettre 
dans la confidence; l’autre se borne à lui dicter ses lettres 
ordinaires. En outre, Lemrni, qui ne se cache pas pour dire 
que les juifs sont les seuls ou presque les seuls sur qui il 
compte toujours, a choisi à peu près uniquement des juifs 
pour scs agents secrets. 

Dans les Directoires Centraux, on connaît, par leur nom 
de guerre cl par leur nombre nominal, les agents parti¬ 
culiers du chef d’action politique; mais pas autrement. On 
a la liste de ces noms et nombres, parce que Lcmmi, lors- 



— 223 — 


qu'il discute avec le Directoire Central telle ou telle mesure 
à prendre, cite les motifs de son avis personnel, et il 
indique parfois d’où il tient le renseignement sur lequel il 
se base pour avoir telle opinion ; mais il l'indique seule¬ 
ment par le nom de guerre ou le nombre nominal. Aussi, 
il inscrit sur le budget du Souverain Directoire Executif le 
total des sommes ocü'oyées à chaque agent pendant le cours 
de l'année, et là encore il met seulement les noms de 
guerre. Néanmoins, il peut arriver qu’un grand-maitre pro¬ 
vincial et même des frères ou sœurs de son entourage les 
plus éprouvés connaissent en réalité tel ou tel agent de 
Lemmi, par exemple, à l'occasion d'une mission commune, 
de très haute importance ; mais cela est l'exception, et il 
faut que l’agent consente à être ainsi dévoilé au grand- 
maître de la province triangulaire ou aux frères et sœurs 
placés à la tète d’une mère-loge du Lotus. 

Au Grand Directoire Central de Naples, dont j’étais ins¬ 
pecteur permanent et souverain délégué, nous avions la 
liste des agents secrets de Lemmi dans les 27 provinces 
triangulaires d’Europe. Je puis donner cette liste, comme 
curiosité ; mais elle n’apprendra rien à personne. Cependant, 
elle pourra être utile, si des circonstances graves faisaient 
qu’on ait à soupçonner quelqu’un. En effet, ces noms n’ont 
pas été fabriqués au hasard. Le prénom est toujours juif, et 
le nom est cabalistique le plus souvent ; mais, si l’on addi¬ 
tionne la valeur des lettres conformément à l’alphabet du 
magisme palladiquc (1), on doit trouver le même tolal pour 
le nom de guerre de l’agent secret et pour son nom sous 
lequel il est connu dans le monde profane. 

Ainsi, j’ai eu des motifs sérieux, en 1893, de soupçonner 
que l’agent secret de Lemmi dans la province triangulaire 

(1) L’Alphabet, du Magisme Palladique, avec la valeur de ses lettres, 
a été publié sans aucune erreur dans la Retue merisuelle, religieuse, 
politique et scientifique , n° 3 , pages 83 - 84 - 85 . 



de Londres 2 e était un vieux juif de Piççadilly, s’appelant 
« Daniel Mold » de son véritable nom. Mu défiance ayant 
été éveillée, je recherchai la liste des noms de guerre com¬ 
muniquée au Grand Directoire Central de Naples, et je 
trouvai, pour celte province, le pseudonyme « Adam 
Kadzmoun ». En additionnant les lettres selon leur valeur 
magique, je constatai que le nom de guerre inscrit donnait 
le total 244, exactement comme le vrai nom de l’individu 
soupçonné. Je ne m'étais donc pas trompé, et le vieux 
Daniel Mold était bien Pagcnt secret du chef d’action poli¬ 
tique, sous le faux nom d 'Adam Kadzmoun . 

Voici la liste pour l’Europe, par provinces triangulaires : 

,‘ 17 . Londres l r * : Jouas ffesebon .— 5 S. Londres 2 e : Adam 
Kadzmoun. — 59 . Birmingham : Isttïr Snmbnllat. — 40 . Liverpool : 
Jacob Bel-Betsin. — 4 L Manchester : P ai a Pharabel .— 42 . 
Edimbourg : Elipluz Jcdilhnn. — VA . (ïlasgow : Aaron Malme- 
nckh. —AV Dublin : FAie Galaor. 

A',\. Hambourg: Isaac Sçcmolilh . *•— ÎO. lïerlin : Nathan Sopho - 
lolh. — 47 . Munich : Israël BoUar-Meiim. — 18 . Dresde : Josué 
Pedatsur. — 49 . Leipzig : Manassès [manier. — 50 . Francforl-sur- 
le-Mein ‘.Lazare Aerfur. — 5 t. Strasbourg : Juda Tubacl. 

52 . Paris : Moine Lid-Nazarrth. — 55 . Lyon : T oh le Basçan- 
périm. — 54 . Zurich : David Sijhb-Aiher. — 55 . Bruxelles : Jérémie 
Saalem. 

50 . Milan : Zacharie Bar-Abib. — 57 . Naples : Siméon Méré- 
viofh. — 58 . Madrid : Abraham Garielhij. — 59 . Barcelone : />»// 
Khar-Jéricho. — 00. Porto : Zadoc Guibbaréem. 

01 . Buda-Pesl : Salomon Mahaséja, — 02 . Yékatérinoslaw : 
Eléazar Jliel-KêrUh. — 05 . Stamboul : Samuel Slroum-P;jls. 


Lommi ne s appuya pas‘uniquement sur ses agents spé¬ 
ciaux ; il avait encore les logos sécrétés israélites pour 
l’aider, car toute la juiverie maçonnique le soutient, et c’est 
là sa plus grande force. Par décret du 12 septembre 187i s 
qui confirme un traité signé entre les Bnaï-Bérilh (fils de 
l’alliance) et l’autorité suprême de Clmrlcslon, Albert Pike 



a autorisé les israélilcs francs-maçons à constituer une fédé¬ 
ration secrète qui fonctionne à côté des loges ordinaires et 
dont le centre universel est à Hambourg, rue Valentinskamp, 
sous le titre de Souverain Conseil Patriarcal. 

Le document a été écrit en deux langues, en anglais et en 
français ; et voici la partie française : 

Entre les soussignés : 

D’une part, le très illustre, très puissant et très divinement 
éclairé Frère Limmud-Ensoph (Albert Pike), grand-maître conser¬ 
vateur du Palladium Sacré, souverain pontife de la Franc-Maçon¬ 
nerie Universelle, agissant comme chef suprême de l’Ordre, mai 
après avoir toutefois recueilli l’assentiment unanime du Sérénis- 
sime Grand Collège des Maçons Emérites ;. 

D’autre part, le très illustre, vaillant et parfait Frère Nàthàmel 
Keut-Abiaciuz (Armand Lévy) (1), 33 e , lieutenant grand assistant 
et souverain délégué du Grand Directoire Central de Naples, 
membre d’honneur ad vitam du Sublime Consistoire Fédéral des 
Bnaï-Bérith d’Allemagne, agissant comme mandataire général tant 
de ce Consistoire que de ceux d’Amérique et d’Angleterre, les 
diverses fédérations des Bnaï-Bérith lui ayant donné pleins pou¬ 
voirs, et lesdits pouvoirs ayant été examinés et reconnus 
réguliers ; 

Accord définitif est fait, au nom de la Haute-Maçonnerie de la 
Parfaite Initiation, le Saint Nom de Notre Divin Maître ayant été 
invoqué, et règlement des propositions échangées de part et 
d*aulre a été arrêté par le présent Acte de Concordat, dans les 
termes suivants : 

Le Suprême Directoire Dogmatique de la Franc-Maçonnerie 
Universelle reconnaîtra les Loges Israélites, telles qu’elles existent 
déjà dans les principaux pays, 

( 1 ) Le document ne porte pas le nom & Armand Lévy , que j’ai mis là 
pour Implication, pas plus que le nom d'Albert Pike Ci-dessus, mais 
tous les hauts-maçons connaissent le pseudonyme palladique de souv.\ 
pont.*, adopté par Pike, et dans les Grands Directoires on sait aussi que 
c’est le juif français (ou plutôt cosmopolite) Armand Lévy qui a signé 
cet acte de concordat. Du reste, il suffît de procéder par l’addition des 
lettres à leur valeur magique, comme je l’ai indiqué plus haut, pour 
constater que le nom Armand Lècy et le pseudonyme Nathaniel Kelup- 
Abiachaz donnent chacun le même total : 347 , 



Sera instituée une Confédération générale, dans laquelle se 
fondront les Ateliers américains, anglais et allemands du régime 
des Bnaï-Bérith. 

Le siège central de la Confédération sera établi à Hambourg, 
et le Corps souverain prendra le titre de Souverain Conseil 
Patriarcal. 

Les Loges Israélites conserveront leur autonomie et ne relè¬ 
veront que du Souverain Conseil Patriarcal de Hambourg. Pour 
en faire partie, il ne sera pas nécessaire d’appartenir à Pun des 
rites maçonniques officiels- 

Le secret de l’existence de la Confédération devra être rigoureu¬ 
sement gardé par les membres do îa Haute-Maçonnerie à qui le 
Suprême Directoire Dogmatique jugera utile de le faire connaître. 

Le Souverain Conseil Patriarcal de Hambourg, ni aucune des 
Loges de son obédience, ne figureront jamais sur les états 
annuels du Souverain Directoire Administratif ; mais le Souverain 
Conseil Patriarcal enverra directement au Suprême Directoire 
Dogmatique une contribution représentant le 10 pour 100 des 
cotisations personnelles des membres des Loges Israélites, soit 
le quart de la perception centralisée à Hambourg au profit de 
la propagande générale de la Confédération, sans que le Trésor 
de Charlcston ait à établir jamais un impôt supplémentaire sur 
les droits d’initiation. 

Les rituels de la Confédération seront rédigés par une commis¬ 
sion nommée au sein de la Loge Israélite n° 1 de New—York et 
soumis à l’examen du Souverain Conseil Patriarcal, élu par les 
délégation des Loges Israélites actuellement existantes. En cas 
de tempérament (sic) à introduire dans la rédaction, les modifi¬ 
cations, additions ou suppressions seront discutées dans les 
chefs-lieux de correspondance. En outre, les rituels ne seront 
définitifs que ^lorsqu’ils auront reçu l’approbation du Suprême 
Directoire Dogmatique. 

L’initiation dans les Loges Israélites ne sera pas graduée ; le 
Maçon appartenant à d’autres rites ou le profane admis recevra 
la consécration pleine et entière en une seule et même tenue, 
apres avoir satisfait aux épreuves. Toutefois, les affiliés aux 
Loges Israélites qui ^appartiendront pas aux rites maçonniques 
officiels, recevront du Patriarche-président de l’Atelier, en 
séances de comité, une instruction orale leur faisant connaître 
l’enseignement des trois grades symboliques; mais les mots 



— 227 — 


sacrés et de passe, ni les signes de reconnaissance propr*es_à_ces 
trois grades ne pourront leur être communiqués. 

Aucun Frère Maçon des rites officiels, mais n’élant pas Israé¬ 
lite, ne pourra exiger l’entrée d’une Loge Israélite, quel que soit 
son grade. Seuls, les Mages Elus, 3* degré masculin du Rite 
Suprême, appartenant au Parfait Triangle ou à l’un des Parfaits 
Triangles de la même ville désigné d’un commun accord, ou, à 
défaut de haut atelier palladique dans la ville, appartenant à l’un 
des Parfaits Triangles de la province également désigné d’uu 
commun accord, auront accès de droit, comme visiteurs, dans, 
la Loge Israélite ; le nombre de leurs visites ne sera pas limité* 

Auront droit d’entrée, comme visiteurs, mais deux fois seule¬ 
ment avi cours d’une même année, les Inspecteurs Généraux du 
Palladium en mission permanente, pourvus du grade de Mage 
Elu, et les Inspectrices Générales, mais uniquement les SouYe-* 
raines parmi les Maîtresses Templières, 2 Ô degré féminin du Rite 
Suprême. 

Néanmoins, le président et la présidente du Lotus établi an 
chef-lieu de la province triangulaire auront toujours droit d’entrée 
dans toutes les Loges Israélites, sans exception, existant sur le 
territoire de leur province. 

Au Souverain Conseil Patriarcal de Hambourg, tout Mage Elu 
et toute Maîtresse Templière Souveraine auront l’entrée comme 
visiteurs, non par droit, mais à titre de bon accueil, sur demande 
adressée au Souverain Patriarche, et ce, quel que soit le Parfait 
Triangle auquel ils soient inscrits. 

Les Loges de la Confédération pourront initier et admettre des 
Sœurs Israélites sans avoir à solliciter d’autre autorisation que 
celle du Souverain Conseil Patriarcal de Hambourg. 

Signé en la Vallée du Tibre, au Grand Orient de Rome, le 3» 
jour de la Lune Nisan, 24 e jour du 1 er mois de l’an 000874 de la 
Vraie Lumière. 

Nathaniel Kelup-Abiachaz. 

Pour la légalisation de la signature du F.\ Nathaniel Kelup-Abiachaz, lequel a 
ligne en notre présente au Très-Puissnnt-Siège du Souverain Directoire Exécutif: 

Vallée du Tibre, grand Orient do Dôme, et même jour que ci-dessus. 

Occabys. 

[ (loi le sceau du Souv.*. Dir.•. Ex. *.) 

Signé au Suprême Orient de Charleston et sous l’œil du Tout- 
Puissant Divin Maîlre, le 1 er jour de la Lune Thischri, 12 e jour du 
7 e mois de l’an 000874 de la Vraie Lumière. 


Limmud Ensoph. 



— 228 — 


Décret 

Nous, Grand-Maître Conservateur du Palladium Sacré, Souve¬ 
rain Pontife de la Franc-Maçonnerie Universelle ; 

Le Sérénissisme Grand Collège des Maçons Emérites [ayant été 
réuni et nous approuvant ; 

En exécution de VActe de Concordat, passé entre Nous et les 
trois Sublimes Consistoires Fédéraux des Bnaï-Bérilh d'Amérique, 
d'Angleterre et d'Allemagne, lequel Acte a reçu notre signature 
aujourd'hui * 

Avons décrété et décrétons : 

Article Unique. — La Confédération générale des Loges Secrètes 
Israélites rsf instituée et constituée dès ce jour sur les bases de l'Acte 
de Concordat annexé au présent décret , lequel Acte de Concordat 
fera loi . 

Donné en Solennelle Voûte, au Suprême Orient de Charleston, en 
la Vallée chérie du Divin Maître, le i tr jour de la Lune Thischri , 
4. 2 e jour du 7 e mois de l'an 000 S 74 de la Vraie Lumière . 

Limmüd Ensoph. 

(Ici le sceau du Chef Suprême.) 


Celle fédération secrète, dont les loges ne portent aucun 
titre, mais seulement un numéro d’ordre, est devenu puis¬ 
sante très rapidement. Elle compte environ 500.000 mem¬ 
bres (1), dont G0.000 appartiennent en même temps aux 
loges des rites officiels ; mais, parmi ces derniers, presque 
tous sont affiliés également aux triangles, car le juif franc- 
maçon est bien vite recruté par le Palladismc. 

Par les agents particuliers du Souverain Directoire Exé¬ 
cutif, qui tous lui sont dévoués, et comme juifs, et parce 
qu’il les paie bien, Lcmmi eut bien vite fait passer un mot 
d’ordre aux frères israélilcs qui ont un pied dans les loges 


( 1 ) A elle seule, la Confédération générale des Loges Secrètes Israé¬ 
lites apporte annuellement, en chiffres ronds, un million huit cent 
mille francs à la caisse centrale de Charleston. La cotisation personnelle 
est, par an, de 36 fr., dont 14 fr. 40 vont au Souverain Conseil Patriarcal 
de Hambourg, et celui-ci, là-dessus, transmet à Charleston 3 fr. 60 par 
tête. On comprend par là si Adriano devait envier les fonctions de chef 
juprême 1 



— 229 — 


de la fédération secrète, et l’autre pied dans les triangles ; 
et c’est, en effet, au sein des loges juives que l’on a arrêté 
toutes les mesures pour créer le mouvement d’opinion 
nécessaire à la réussite des projets ambitieux du circoncis de 
Stamboul. Aussi, on peut dire avec raison que tout ce qui 
s’est passé a été le complot du Souverain Conseil Patriarcal de 
Hambourg contre le Suprême Directoire Dogmatique de 
Charleslon; le Temple de Melchisédech conspirait contre 
le Sanctum Regnum. 

Plus loin, je donnerai le texte de la Voûte de Protes¬ 
tation de mes anciens amis les hauts-maçons américains ; 
mais, d’après ce que je viens de dire, on sera peut-être 
étonné d'abord que le Comité d’Oxfort-Strcet ne nomme pas 
les loges secrètes juives comme ayant été les foyers du 
complot. Pourtant, j’expose la vérité des faits; seulement, 
on ne doit pas oublier que les hauts-maçons protestataires 
étaient liés par le serment : « Le secret de l’existence de la 
Confédération Israélite, est-il dit dans l’acte de concordat 
du 12 septembre 1874, devra être rigoureusement gardé 
par les membres de la Haute-Maçonnerie à qui le Suprême 
Directoire Dogmatique jugera utile de le faii’e connaître. » 
En pensant à cela, on ne sera plus surpris de ce que les 
protestataires américains n’ont pas été précis sur ce seul 
point de leur voûte. Mais moi, j’ai été délié par le Saint- 
Office de tout serment prêté à la secte, et je considère que 
j’ai le devoir de parler et de tout dire. Et je défie qu’on 
élève une contradiction ; car je puis prouver que Palacios 
et miss Vaughan, en se rendant ensemble de Londres à 
Berlin après la Voûte de Protestation, se sont arrêtés à 
Hambourg, à la fin de janvier dernier et premiers jours de 
février, qu’ils ont usé de leur droit pour obtenir l’entrée 
du Temple de Melchisédech, et qu’ils ont dit de dures 
vérités aux membres du Souverain Conseil Patriarcal. Si 
miss Vaughan voulait parler, elle pourrait raconter beau¬ 
coup de choses à ce sujet. 



Ce que je sais d'une façon certaine, c’est que les loges 
juives ont été les premiers instruments de Lemmi, et des 
instruments volontaires. Cinquante mille maçons à la fois 
palladistcs cl membres de la fédération ayant son centre à 
Hambourg, obéissant au mot d’ordre donné par les agents 
juifs à la solde directe du Chef d’Action Politique, ont fait 
dans les triangles une propagande extraordinaire qui a duré 
plusieurs mois. 

Le mol d’ordre était celui-ci : on demandait, à chaque 
tenue triangulaire, jusqua ce qu’on l'obtienne, la mise à 
l’ordre du jour cl la discussion de vœux en faveur du 
transfert du Suprême Directoire Dogmatique de Charles- 
ton à Rome. Il s’agissait d’influencer le Sérénissime Grand 
Collège des Maçons Emérites et de lui faire croire que toute 
la haute-maçonnerie des deux hémisphères verrait avec 
joie que la tête de l’Ordre fût en Italie, et à Rome même, 
pour combattre mieux le Vatican. Par comble d'hypocrisie, 
Lemmi faisait dire que, si le transfert élait volé, il ne 
briguerait pas la fonction de chef suprême et qu’il serait 
très heureux de demeurer modestement au second rang, 
pour servir avec plus d’efficacité la cause en unissant ses 
efforts à ceux du plus digne et plus capable que lui qui 
serait choisi et dont il suivrait toujours volontiers les inspi¬ 
rations. 

Le dossier dos hauts-maçons américains qui protestèrent 
plus tard, une fois les faits accomplis, est plein de preuves 
flagrantes démontrant les manœuvres inouïes et variées de 
Lemmi. 

J’en citerai une seule, prise dans le prôcès-vcrbal officiel 
d'une tenue triangulaire de la Mère-Loge h Lotus Ibérien, 
à Madrid, le 1 er novembre 1892; c’était au commencement 
de l’agitation. 

« Le F/. G39 (i) demande quelles seraient les conséquences 

( 1 ) C'est le frère Buiz Vcrgara. 



— 231 — 


d’un vote entraînant le transfert de la Suprématie à Rome. Ne 
vaudrait-il pas mieux maintenir la situation telle qu’elle a été 
réglée par le regretté souverain pontife défunt? On sait qu’il a 
tout réglé sagement. Le chef suprême, s’il est à Rome, ne se 
laissera-t-il pas entraîner à prendre des mesures peut-être trop 
promptes, sous l’impression d’une colère contre l’ennemi, lors¬ 
que celui-ci fera une manifestation publique nécessitant une 
riposte? Le pouvoir suprême étant à distance du pouvoir 
exécutif, il y a une sage pondération, et les actes sont mieux 
ordonnés et mieux exécutés. 

u Le F.*. 813 (1) ne partage pas l’avis du précédent. La lutte 
est entrée dans une nouvelle phase ; Faction doit être prompte. 
Charleston est trop loin. 

« La S.\ 398 (2) fait remarquer que, si l’on sanctionne le vœu 
déposé, il faudra non pas un scrutin, mais deux. Quels seront 
alors, interroge-t-elle, les candidats à la suprême grande- 
maîtrise? 

« Le F.'. 813 dit qu’il s'étonne d’une semblable question. 
Pourquoi deux scrutins? Il ne s’agit que du transfert du Sanctum 
Uegnum. Certainement, le chef suprême aura à s’adjoindre à 
Rome de nouveaux Emérites, formant un second Sérénissime 
Grand Collège, et les Emérites actuels s’éteindront les uns après 
les autres par le décès; mais il ne sera pas nécessaire dénom¬ 
mer un nouveau chef suprême, car le très estimé et vénéré 
pontife pourrait fort bien, il semble, venir s’installer dans la 
capitale d’Italie ; il n'exerce plus sa profession depuis une 
dizaine d’années, et le climat de Rome ne pourrapas être nuisible 
à sa santé (Rires). 

« Le F.*. G39 objecte que c’est là une supposition. Il est plus 
logique d'admettre que, si le transfert est voté, le souverain 
pontife de Charleston démissionnera. Alors, qui élira-t-on à sa 
place? Les candidatures qui seront posées, vraisemblablement 
seront des candidatures de frères italiens. Dans le gouverne¬ 
ment du Grand Directoire de Naples, nous connaissons un 
certain nombre de frères qui seraient capables de prendre les 
rênes, parmi les hauts-maçons italiens ; mais les électeurs appar¬ 
tenant aux trois autres gouvernements seront fort embarrassés 

(1) C’est le frère Agapito Balaguer, ami et grand admirateur de 
Lemmi. 

(3) C’est la sœur El vire veuve 0:ana. 



232 — 


pour voler, car ils ne.connaissent desJiauts-maçons italiens que 
bien peu et seulement de nom, 

« La S.\ 398 ajoute que le chef d’action politique est connu 
comme haut-maçon italien, à l’exclusion des autres. S’il pose sa 
candidature, le transfert se sera fait à son profit personnel ; en 
vérité, on n’échappera pas à un scrutin se faisant à bulletin 
forcé. 

« Le F.*. 813 déclare qu’il est autorisé à affirmer que le chef 
d’action politique n’a aucunement l'intention de poser sa can¬ 
didature à la suprême grande-maîtrise, et que dans le cas où le 
transfert à ltomc sera voté, il sera le plus zélé pour faire valoir 
au Convent Souverain les mérites des autres hauts-maçons 
italiens plus dignes et plus capables que lui. Le président du 
Souverain Directoire Exécutif sait bien qu’il est, avant tout un 
homme d’exécution; son plus beau litre de gloire est d’avoir été 
le lieutenant de l'illustre et regretté frère 914 (1); être le bras 
qui frappe sans trembler, lorsque la tête lui donne l’ordre, voilà 
le rôle qu’il a tenu jusqu’à présent et qu’il veut tenir jusqu’à 
sa mort; il n’a pas d'autre ambition (Applaudissements). » 

Vous voyez par ceci quel a été le travail souterrain des 
lcmmistes, et ils Linvent un semblable langage dans toutes 
les provinces triangulaires. 

Partout, on trompai! impudemment. 

Le 21 janvier 1893, à la tenue solennelle du Souverain 
Directoire Exécutif, où Ton célébra le centenaire de la déca¬ 
pitation de Louis XVI, qui est ce qu’en style palladique on 
appelle « le deuxième coup de canon », Lcmmi dit, dans 
son discours : 

« — C'est une glorieuse année, celle de 1793; et celle-ci, 
qui en porte le nombre mille fois béni, ne doit pas se 
limiter dans de simples commémorations. A raison des 
grandioses souvenirs des géants révolutionnaires, nos 
ancêtres, il faut faire une oeuvre grande en celte année-ci. 
Le devoir de la haute-maçonnerie est d’unir à jamais les 
deux dates des deuxième et troisième coups de canon dans 


( 1 ) Giuseppe Mazzini. 



— 233 — 


lin nouvel évènement qui sera le point de départ d’une 
campagne où les victoires seront décisives. En prononçant 
cette déclaration, je sais que je suis l'interprète des vœux 
de rimmense majorité des provinces triangulaires. Le 
suprême siège de l’Ordre, à Rome ! voilà bien sa place. 
Quel grandiose avenir s'ouvrirait pour la Franc-Maçonnerie 
universelle, si le fait tant souhaité s’accomplissait en cette 
année qui porte le mémorable nombre de 93 et s’il s’accom¬ 
plissait le jour même du 20 septembre, le jour anniversaire 
du troisième coup de canon ! » 

Lemmi trouva un appui sérieux dans le Grand Directoire 
Central do Calcutta. Là, il avait pour lui le souverain direc¬ 
teur grand-maître général, le F.*. Frédérick Ilobbs, gagné à 
prix d'or, — les protestataires américains affirment qu’il a 
reçu un million; — et c'est lui qui écrivit au souverain 
ponlife de Charlcston et aux dix Emérites du Sérénissime 
Grand Collège la lettre du 12 février, où il y a ceci : 

« ...Ne vous le dissimulez pas, très éminents et très 'vénérés 
frères, îc transfert du siège suprême à Rome est réclamé par le 
vœu général. Dans le gouvernement de ce Grand Directoire, 
nous sommes tout à fait désintéressés sur cette question, et nous 
vous parlons en complète indépendance. 

« Chaque jour, nous recevons les rapports de nos quatorze 
provinces triangulaires ; l'opinion parle haut ; quoiqu’il puisse 
vous en coûter, il faut la satisfaire à bref délai. 

« Si nous nous trompons, cependant, on le verra bien ; une 
consultation générale des triangles dans les quatre gouverne¬ 
ments, suivie d’un Convent Souverain, voilà ce qui mettra tout 
le monde d’accord. 

« C’est une expérience que /otre sagesse, planant au-dessus 
de l'amour-propre américain, ne peut pas refuser de tenter. 

« Le souvenir et l’estime demeureront toujours attachés au 
nom de Charleston, qui, dans l'histoire de l’Ordre, portera le 
titre de noble et fécond berceau de la haute-maçonnerie. Ce 
titre-îà, rien ne l’effacera jamais ; il vivra à travers les siècles. 

« Descendez dans vos consciences, ô hommes vertueux ; envi- 



— 234 — 

sagez le bien qui résultera de votre décision méritoire ; et pro¬ 
mulguez au plus lot le décret que les Triangles des deux hémis¬ 
phères attendent avec impatience. » 

D’autres adresses au souverain pontife de Gharlcston et 
au Sérénissimc Grand Collège furent réunies également au 
Grand Directoire do Naples et envoyées par Bovio. 

Au Souverain Directoire Administratif de Berlin, où, par 
un système de roulement Ires ingénieux qu’Albert Pike 
avait imaginé, il y a constant mélange des délégués des 
Suprêmes Conseils, Grands Orients, Grandes Loges, etc., de 
tous les pays du globe, les agents de Lemmi travaillaient 
aussi les hauts-maçons, venus là pour les affaires budgé¬ 
taires. 

On disait partout, en répétant le mot du F.*, Ilobbs : 

■— C’est une expérience à tenter; on ne peut pas refuser 
la consultation des Triangles. Si, contrairement à ce que 
nous croyons, la majorité des parfaits initiés veut le main¬ 
tien du siège suprême à Gharlcston, eh bien ! le scrutin du 
Convent Souverain secret le démontrera, et nous nous 
inclinerons de bon cœur. Alors, la question sera enterrée, 
et la suprématie de Gharlcston n’en sera assise que plus 
solidement et à jamais. 

Dans le Sérénissimc Grand Collège, on avait fini par 
croire que peut-être Ilobbs et les autres avaient raison. Ce 
brave Ilobbs ! il parlait avec un Ici accent d’homme désin¬ 
téressé ! Le vieux Philéas Waldor, lui, (l’ordinaire si arro¬ 
gant, il faisait l'hypocrite auprès de scs collègues, et c’est 
lui qui a arraché à Georges Mackey et aux Emérites la 
signature du décret. 

Sa tactique a été celle-ci : 

Comme c’est lui qui, parmi tous, était constamment en 
voyage et qui inspectait le plus de Mères-Loges du Lotus et 
de chefs-lieux triangulaires, il affirmait à ses collègues 
qu’il n’y avait rien à craindre du résultat de la consultation 



— 235 — 


et que les hauts-maçons des gouvernements de Naples et de 
Calcutta se trompaient en croyant au vote du transfert. 
Pour ôter aux Emérites la crainte de se voir déposséder de 
leurs privilèges, il leur montrait des rapports sur l’opinion 
répandue dans chacune des 77 provinces triangulaires ; et 
c’était vraiment la vérité qu’il mettait sous leur regard. 
Certainement, la majorité se révélait fidèle à Charlcston. 

Mais, d’autre part, le rusé coquin exagérait l’agitation 
occasionnée dans les triangles par la campagne des parti¬ 
sans du transfert. Si Georges Mackcy et les Emérites, 
disait-il, ne signaient pas le décret sollicité, un schisme se 
produirait par le mécontentement des réclameurs ; la 
maçonnerie universelle serait coupée en deux tronçons 
rivaux et hostiles, les gouvernements de Naples et de 
Calcutta, d’un côté, et les gouvernements de Washington et 
de Montevideo, de l’autre. Cela ne serait plus la maçonne¬ 
rie universelle, alors ; et l’on aurait détruit l’œuvre du 
sublime Albert Pike, pour s’ôtre entùté à ne pas donner à 
une minorité de criards cette consultation, ce Convcnt Sou¬ 
verain, qui était destiné en toute certitude à leur fermer la 
bouche une bonne fois. 

Voilà comment l'hypocrite Walder a atteint son but. La 
suite des évènements montrera quelle était la canaillerie de 
cet homme. C’est vrai que cela ne lui a pas porté bonheur, 
puisqu’il est mort peu après le Convcnt Souverain, et si 
peu de temps après qu’on a dit que sa mort n’était pas 
naturelle, que les partisans de Charles ton qu’il avait dupés 
s’étaient vengés ; on a môme osé dire dans les triangles 
qu’il avait été empoisonné par l’initiative de miss Vaughan. 
Mais c’est là une infâme calomnie, parce que miss Vaughan, 
au contraire, a été toujours opposée aux pratiques ultion- 
nistes ; et ils le savent bien, les amis d’Àdriano, eux qui 
l’ont accusée d’avoir plusieurs fois fait manquer leurs coups 
criminels! Laissons-là ces impostures, repoussons-les du 



pied clans le ruisseau d’où elles sortent. Waldcr est mort 
d’une mort naturelle; c’est Dieu qui la frappé pour son 
châtiment, et non pas miss Diana, encore aveugle, hélas! 

Enfin, le 31 mars, le souverain ponlife de Charlcston 
signa le décret, contresigné par les dix Emérites, en vertu 
duquel étaient ordonnées les tenues triangulaires prépara¬ 
toires. D’après les termes du décret, les grands-maîtres des 
triangles (ou ateliers-souches pulladiqucs) avaient à mettre 
à l’ordre du jour, dans les plus prochaines tenues, la dis¬ 
cussion de la question, â savoir s’il y avait lieu de trans¬ 
férer de Charlcston à Rome le siège du Suprême Directoire 
Dogmatique; dans les triangles, chacun, frère ou sœur, 
pourrait librement exprimer son opinion, et l’on voterait, à 
la lin de huitième tenue, l'adoption d'un procès-verbal qui 
exposerait les sentiments exprimés par les uns et les autres, 
en indiquant les motifs de l’avis do la majorité et égale¬ 
ment ceux de la minorité; et là, conformément aux dispo¬ 
sitions de la Constitution fondamentale du Palladium qui 
règlent tout en prévision des nécessités d’un Convent Sou¬ 
verain, les frères et sœurs du premier degré pallndiquc (1) 
auraient voix consultative. Après quoi, à cette dernière 
séance, les travaux du premier degré seraient fermés, pour 
être aussi Int réouverts au second degré; cl alors, on tenue 
de grand triangle, les Hiérarques, Maîtresses Tcmplièrcs et 
Mages Elus procéderaient â la nomination du délégué sou¬ 
verain chargé de représenter la province au Convent secret. 
Des assemblées préparatoires devraient avoir lieu dans une 

(1) Le premier degré palladique est : K ados ch du Palladium, pour les 
frères, et Elue Palladique , pour les sœurs. Le deuxième degré est: 
Hiérarque, pour les frères, et Maîtresse TempUere, pour les sœurs. Le 
troisième et dernier degré est réservé aux frère*, sous ta titre de Mage 
Elu; mais certaines sieurs sont distinguées des autres, au litre de 
Maîtresse Templicre Souveraine qui leur donne entrée chez les Mages 
Elus eu certaines circonstances exceptionnelles. L’atelier du premier 
degré 's'appelle Triangle; du deuxième, Grand Triangle ; et dn 
troisième, Parfait Triangle . 



période de temps commençant au jour de la réception du 
décret et finissant au 1 er juin ; chaque atelier palladique 
serait libre de ne pas attendre cette dernière date pour 
avoir huitième tenue destinée au vote du procès-verbal 
donnant l’état général de la discussion et au vote de la no¬ 
mination du délégué, afin que les plus éloignés aient le 
temps de se rendre au Convcnt, dont la date était fixée au 
20 septembre ; mais, du 1 er juin au 20 septembre, il y avait 
une latitude suffisante. 

Il est bon de dire en passant que, pour les Convents Sou¬ 
verains, il y a vingt-deux provinces triangulaires qui ont 
la faculté de déléguer à leur choix ou un frère ou une sœur; 
mais le frère délégué doit toujours être Mage Elu, et la 
sœur déléguée ne peut être choisie que parmi les Maîtresses 
Templières ayant qualité de Souveraines. 

Ces vingt-deux provinces sont les suivantes : 

NOUVEAU MONDE 

Gouvernement de Washington. — 2. Hamiltôn. — 3. New-York. — 
4. New-York et Brooklyn. — 7. Pittsburg. — 9. Boston. — 15. San- 
Francisco. — 22. Mexico. — 23. Guadalajara. 

Gouvernement de Montevideo. — 28. Rio-de-Janeiro. — 32. Montevi¬ 
deo. — 34. Buenos-Ayres. 

ANCIEN MONDE 

Gouvernement de Naples. — 37. Londres L Te . — 39. Birmingham. — 
4G. Berlin. — 47. Munich. — 50. Francfort-sur-lc-Mein. — 54. Zurich. 
— 50. Milan. — 58. Madrid. 

Gouvernement de Calcutta . — G6. Calcutta. — 71. Sydney. — 73. 
Alexandrie (1). 

Le décret prescrivait que les procès-verbaux des ateliers 
palladiques de chaque province seraient immédiatement 

(1) Sur ces vingt-deux provinces ayant la faculté de déléguer indiffé¬ 
remment un frère ou une sœur, neuf seulement en usèrent pour délé¬ 
guer une sœur. Ce sont les provinces 4, 7,9, 23, 34,39, 47, 54 et 66. — 
M. De la Rive a donné les noms et titres de ces neuf sœurs déléguées au 
Convent secret de Rome, dans son remarquable ouvragé la Femme et 
VEnfant dans la Franc-Maçonnerie Universelle * 



transmis au Parfait Triangle Lotus établi au chef-lieu trian¬ 
gulaire, lequel ferait le recensement des voix obtenues dans 
les divers Grands Triangles de la province par les différents 
candidats à la délégation et proclamerait le délégué élu. 
Puis, le Parfait Triangle Lotus de chef-lieu enverrait, tou¬ 
jours immédiatement, les procès-verbaux des Triangles de 
sa province directement au Suprême Directoire Dogmatique 
de Charlcslon, avec son propre procès-verbal de proclama¬ 
tion du délégué élu par les Grands Triangles; et il noti¬ 
fierait au Souverain Directoire Exécutif de Rome seule meta 
le nom du délégué provincial, c’est-à-dire pas les procès-ver¬ 
baux donnant l’état de l’opinion manifestée dans les 
Triangles de l'obédience. 

Quant à l’organisation matérielle du Convent secret, c'est 
le Souverain Directoire Exécutif qui en était chargé. Lemmi, 
pour simuler l’indifférence, avait dit que Berlin, territoire 
neutre en celle circonstance et siège du Souverain Directoire 
Administratif, lui paraissait la ville la mieux indiquée pour 
ces solennelles assises de la haute-maçonnerie. On aurait pu 
le prendre au mot ; mais le vieux Walder empêcha ses 
collègues de marquer dans le décret le lieu de réunion. 

Il lit valoir que le fait de fixer d’avance la ville pourrait 
donner l’éveil, si une seule indiscrétion était commise. Il 
dit qu’on devait s’en rapporter à Lemmi, puisqu'il ne serait 
pas candidat à la suprême grande-maîtrise, en cas de vote du 
transfert, et que, d’ailleurs, il le répétait et maintenait, ce 
vote était improbable, la majorité étant sûrement acquise 
pour que le siège suprême demeurât à Charles ton. 

D’ailleurs, Lemmi avait du temps devant lui pour décider 
où cela vaudrait le mieux de tenir la réunion ; n’étant pas 
candidat, cela ne ferait rien qu’elle ait lieu en Italie, et 
c’est toujours chose agréable qu’un voyage en Italie. Le 
vieux Walder était tellement affirmatif sur la certitude qu’il 
avait de la majorité des opinions pour Charlcslon, que ses 



collègues se laissèrent prendre h ses belles paroles ; Georges 
Mackey cl Ghambcrs écrivirent même à Lcmmi pour lui 
faire savoir que le Sérénissime Grand Collège était tout à 
fait indifférent à l’endroit où se tiendrait le Convcnt, que 
Berlin ou l’Italie étaient également bons. Lemmi, avec son 
hypocrisie consommée, répondit : « Pourquoi pas à Char- 
leston ? cela prouverait bien que je ne poursuis aucun but 
personnel. » Il savait que Mackcy et les Emérites feraient 
assaut de délicatesse et ne voudraient pas avoir l’air de 
chercher à influencer. En effet, ils répliquèrent : « Non, 
non, pas à Charleston ; nous ne voulons pas qu’on nous 
accuse de nous imposer. » Ils pensaient que le maintien de 
Charleston, voté dans un Convcnt tenu en Europe, et même 
en Italie, aurait une bien plus grande portée. 

Au fond, ils avaient raison ; car la majorité dans les 
Triangles était vraiment acquise à Charleslon. Mais ils 
auraient du se méfier de Lemmi, qui est capable de tout. 
En lui laissant le choix de la ville et en le chargeant de 
l’organisation matérielle du Convcnt Souverain, ils com¬ 
mirent une faute irréparable. 

Cela, les rares clairvoyants l’ont vu, dès la réception du 
décret relatif aux assemblées préparatoires. Le lecteur aussi 
va le comprendre, par une courte explication. S’il y avait 
eu un délégué par atelier palladiquc, chacun aurait reçu un 
mandat formel et n’aurait pu être, au Couvent Secret, que 
l'exécuteur des volontés de la majorité de son Triangle : 
mais une pareille assemblée, d’autant de délégués qu’il 
existe de Triangles dans le monde entier, n’était pas pos¬ 
sible pour cire tenue cachée aux imparfaits initiés; (Tail¬ 
leurs, la Constitution fondamentale du Palladium règle les 
choses comme il vient d’être dit. Il en résulte que sont tout 
à fait distincts le vote du Triangle adoptant le procès- 
verbal qui expose les sentiments de sa majorité, en faisant 
connaître aussi l’opinion et l’état numérique de sa minonté, 



et le vole par lequel les voix des Hiérarques, Maîtresses 
Templicres et Mages Elus de l’atelier indiquent leur préfé¬ 
rence pour tel ou tel candidat. L’élu définitif ne représente 
donc pas les Triangles pris individuellement ; mais, par le 
recensement effectué au chef-lieu triangulaire, il est le 
représentant de la majorité des hauts-maçons des 2 e et 3 e 
degrés palladiques de la province qui ont confiance en lui. 
De cette façon, le délégué provincial n’a pas reçu un 
mandat impératif; investi de la confiance de l'ensemble des 
Grands Triangles de la juridiction, c’est à son ‘honnêteté 
qu’il apparliont d’examiner, par les procès-verbaux centra¬ 
lisés au chef-lieu, quelle est l’opinion qui domine dans 
l’ensemble des Triangles, s’il veut tenir compte des senti¬ 
ments des frères et sœurs du 1 er degré, ceux-ci cl celles-ci 
ayant eu voix consultative pour dire la solution qu’ils 
désirent voir adoptée par le Convcnl secret, mais n’ayant 
pas participé à son élection. 

Si au lieu de Lemmi il y avait eu h la tête du Souverain 
Directoire Exécutif un homme honnête, désintéressé dans 
l’affaire, il n’y avait aucun danger, et tout se serait passé 
pour le mieux ; mais, avec un intrigant aussi perfide, qui 
avait manœuvré tout cela afin de faire éclater sa candida¬ 
ture à la dernière heure, et en s'arrangeant (on va le voir) 
pour que sa candidature soit unique, il était certain qu’on 
allait aboutir à une gigantesque duperie. 

D’abord, ayant succédé ii Mazzini dans l’action politique 
directrice, Lemmi, par ses vingl-ct-une années de fonction 
à un poste aussi important, connaissait exactement la valeur 
personnelle de chacun parmi tous les hauts-maçons qui 
avaient chance d’être élus délégués, cl il savait comment il 
devrait s’y prendre pour faire influencer tel et tel. Sitôt 
connus les noms des élus, il pourrait mettre en œuvre les 
conseils habiles de scs complices dévoués pour faire voter 
dans ses vues les hésitants, et l’or pour acheter ceux suscep¬ 
tibles de sc laisser corrompre. 



— 241 — 


A chaque chef-lieu triangulaire, lorsque se lit le recense¬ 
ment des suffrages, l’agent spécial du Souverain Directoire 
Exécutif fut présent, et il télégraphia à Lenimi le nom de 
l’élu ; en meme temps, il prenait connaissance du résumé de 
Tétai général des opinions manifestées dans les Triangles 
de l’obédience ; ce résumé, chaque Parfait Triangle Lotus 
le rédigea pour ses archives, avant d’envoyer les procès- 
verbaux à Charleston ; et, au moyen de mots de convention 
arrêtés d’avance, chaque résumé du chef-lieu fut transmis 
par télégraphe à Lenimi. Ainsi, il a tout su bien avant 
Georges Mackey et les Emérites, et, dès le 1 er juin, il a pu 
prendre partout ses dispositions pour réussir dans son 
complot. 

Dr, — et cela est prouvé, — malgré toute la propagande 
que les Bnaï-Bérifh à la fois paliadistes et membres des 
loges juives ont faite dans les Triangles pendant les assem¬ 
blées préparatoires, quarante-trois provinces , à une é)iormc 
majorité au sein des ateliers en tenue au / cr degré , manifes¬ 
tèrent formellement leur opinion contre le transfert du Siège 
Suprême ; les procès-verbaux transmis à Charleston en font 
foi. En outre, le choix meme des délégués de ces quarante- 
trois provinces indiquait le sentiment des électeurs hauls- 
maçons ; car, je le répète, dans quarante-trois provinces, 
triangulaires, furent élus les candidats à la délégation qui 
se montrèrent partisans du maintien du siège suprême à 
Charleston. 

Voici les quarante-trois provinces triangulaires qui, 
avant le Couvent Souverain, avaient l’immense majorité de 
leurs hauts-maçons contraires au tx^ansfert : 

Gouvernement de Washington : 

1. Montréal. — 2. Hamilton. —- 3. New-York. — 4. New-York 
et Brooklyn. — 5. Buffalo. — 6. Philadelphie. — 7. Pittsburg. 
— 8. Baltimore. — 9. Boston. — 10. Nouvelle-Orléans. — 11. Cin¬ 
cinnati. — 12. Cleveland. — 13. Saint-Louis. — 14. Chicago. —• 

io 



— 212 — 


13. San-Francisco. — 16. Louisville. — 17* Washington. — 
18. Providence. — 19. Détroit. — 20. CharlesLon. — 21. 
Memphis. — 22. Mexico. — 23. Guadaîajar. — 24. Guatemala. 

— 25. La Havane. — 26. Port-au-Prince. 

Soit : la totalité des vingt-six provinces du Gouvernement de 
Washington. 

Gouvernement de Montevideo : 

27. Caracas. — 28. Rio-de-Janeiro. — 29. Baliia. — 30 Lima. 

.— 31. La Paz. — 32. Montevideo. — 33. Treinla-y-Très. — 
34. Buenos-Àyres. — 35. Tucuman. — 36. Yalparaiso. 

Soit : la totalité des dix provinces du Gouvernement de Mon¬ 
tevideo. 

Gouvernement de Naples : 

39. Birmingham. — 40, Liverpooî. — 41. Manchester. — 
43. Glasgow. — 47. Munich. — 49. Leipzig. 

Soit : six provinces (sur vingt-sept) du Gouvernement de 
Naples. 

Gouvernement de Calcutta : 

75. Port-Louis. 

Soit : une province (sur quatorze) du Gouvernement de 
Calcul la. 

En outre, dans neuf provinces, les opinions pour et 
contre le transfert sc sont trouvées partagées a peu près 
également ; là, le délégué fut considéré comme devant s’ins¬ 
pirer de l’intérêt général, tel qu’il apparaîtrait manifesté au 
Convcnt. Par conséquent, c’est neuf délégués encore qui 
auraient dû sc joindre à la majorité charlcstonienne, en 
bonne logique. 

Ce sont les provinces suivantes : 

Gouvernement de Naples : — 37. Londres l r0 . — 38. Lon 
dres 2°. — 58. Madrid. — 60. Porto. — 61. Buda-Pest. 
Gouvernement de Calcutta : — 05. Téhéran. — 68. Singapore. 

— 76. Capelown. — 77. Monrovia. 

Pour faire toucher du doigt combien les électeurs hauts- 
maçons ont été dupés par les complices de Lemmi, il 
suffira de rappeler que le vieux Walder s’était fait déléguer 



— 243 — 


par la province de Singapore, une des neuf où il y a eu 
opinion mixte, et beaucoup des électeurs qui étaient favo¬ 
rables au maintien de Charleston lui donnèrent leur suf¬ 
frage, ne pouvant pas supposer une seconde qu’il voterait 
pour le transfert, lui qui était membre du Sérénissime 
Grand Collège! 

Si tout s’était passé régulièrement, Charleston serait 
sorti de cette épreuve du Convent secret avec une majorité 
de cinquante-deux voix ; car, c’est dans vingt-cinq pro¬ 
vinces au plus que l’opinion se manifesta assez nettement 
pour le transfert du siège suprême à Rome* 

Mais Lemmi, à qui tous les moyens sont bons, avait à 
son service : 

1° L’astucieuse habileté de certains complices, dont je 
vais dire un mot; 

2° La corruption par l’or ; 

3° Le crime. 

Le 20 mai, c’est-à-dire quand partout les délégués furent 
élus, — car, usant de la latitude accordée, nulle part oe 
n attendit jusqu’au 1 er juin, tant le règlement définitif de la 
question passionnait les Triangles, — il lança son décret 
de chef oi'ganisatcur, par lequel la réunion était fixée en 
Italie, mais sans indication de la ville. Chaque délégué 
devrait être rendu à Rome le 15 septembre et, le jour 
même de son arrivée, faire connaître par lettre, adressée à 
lui Lemmi, l’hôtel ou le domicile privé où il serait des¬ 
cendu, ainsi que le nom pris pour ce voyage. Cette convo¬ 
cation fut télégraphiée en chiffre secret par chaque Direc¬ 
toire Central aux chefs-lieux triangulaires de sa juridiction. 

Les agents spéciaux du Souverain Directoire Exécutif, 
obéissant au mot d’ordre de leur chef, firent dire à chaque 
délégué, par les grands-maîtres des Parfaits Triangles 
Lotus, au moment du départ, que la ville italienne où se 
tiendrait le Convent secret leur serait désignée indivi- 



ducllement, h leur arrivée à Iînme, cl que ce serait ou 
Rome, ou Naples, ou Milan, suivant qu’il serait jugé à la 
dernière heure plus aise d’avoir rassemblée dans une de 
ces trois villes sans éveiller les soupçons des profanes et 
des imparfaits initiés. 

Or, Lemmi avait bien décidé en lui-même que le Convent 
aurait lieu à Rome mémo; et, afin de vaincre les dernières 
hésitations des délégués qui auraient pu trouver la Maçon¬ 
nerie italienne pas assez somptueusement installée dans la 
Ville Eternelle, il avait négocié depuis quelque temps la 
location du premier étage du palais Borghèse, l'antique et 
splendide demeure de celte grande famille patricienne, le 
palais même construit par le pape Paul V et qui devait 
être, cYsl le cas de Je dire, une propriété « intangible » par 
la Révolution; car, au nom de la loi, ce palais fait partie 
des domaines auxquels le respect est assuré. 

Malheureusement, la fortune du prince Borghèse s’étant 
tout à coup trouvée compromise, un séquestre fut nommé 
pour sauvegarder les intérêts des créanciers, sans aliéner 
les immeubles réservés ; le séquestre fut l’administrateur de 
la Caisse d’épargne de Milan, et c’est avec cet agent du 
gouvernement que Lemmi traita, comme représentant du 
Grand Orient d’Italie. 

C’était un coup monté, d'accord avec le ministère, com¬ 
posé de ÎW pq en grande partie. Pour assurer la magnificence 
de l'installation sacrilège de la Maçonnerie dans ce palais 
pontifical, on alloua GOO.OOO fr. à Lemmi d'une manière 
détournée. Je vais dire comment. 

C’est le gouvernement, lui-même qui a fait ce cadeau à la 
haute-maçonnerie ; l'opération a été masquée sous prétexte 
de gratification à Lemmi, non pas comme grand-maître 
italien, bien enlendu, mais comme commissionnaire des 
tabacs. À quel propos cette gratification? demandera-t-on. 
Le motif allégué a été celui-ci : « Pour récompenser le 



— 2ïo — 


commissionnaire des tabacs, qui a fourni à l'Etat une 
quanti lé de tabacs américains supérieure à celle établie. » 
Et, soi-disant aussi, la qualité aurait été meilleure que celle 
fixée par les traités. 

Quelle moquerie !... D’abord, l’excédant de la livraison 
n était pas en rapport avec la gratification accordée ; ensuite, 
la qualité n’était nullement supérieure. Or, quand même 
cela eût été. on pense bien que le commissionnaire, en 
achetant et en livrant, avait fait scs comptes, et que, 
loin d’en être de sa bourse, il avait encore réalisé du 
bénéfice ; s’agissant de n’imporle qui, c’est comme cela que 
les choses se passent ; à plus forte raison, quand c’est un 
Lemmi qui est le commissionnaire !_ Un enfant comprendrait 
cola. 

Mais le plus fort, c’est que Lemmi, en forçant la quantité 
demandée, n'avait reçu aucun ordre, aucune commande , et 
quen lui délivrant un mandat de 600.000 fr., à toucher sur 
le trésor de l’Etat, le ministre dos finances Bernardo Gri- 
maldi commit un acte non délibéré par le conseil, el seu¬ 
lement d’accord entre lui, le chef du ministère Giolitli et 
Lemmi. Maintenant, il faut dire que Giolitli et Grimaldi 
sont 33 ®.*. tous les deux. Avez-vous compris ? 

Cela a donc été un vol pur et simple, commis au préju¬ 
dice de la nation. Et voila comment, dans mon malheureux 
pays, le gouvernement subventionne en cachette le Suprême 
Conseil et le Souverain Directoire Exécutif sous le couvert 
de la commission des tabacs ; voilà comment la caisse de la 
liaulc-maçonnoric a été alimentée, aux dépens des contri¬ 
buables, au moment même où le peuple est dans une ex¬ 
trême misère ! 

Je cite cet exemple en passant ; car je pourrais en raconter 
bien d’au 1res. Au moment où les délégués allaient arriver 
pour le Couvent Souverain, il fallait de l’or à Lemmi, beau¬ 
coup d’or et n’importe sous quel prétexte. Le trafic des foui' 



niturcs de tabacs masquait tout. Il n’y a qu’à voir les 
dates et constater l’inutilité des commandes. C’est le 0 juin 
1893 que 1.ennui se voyait adjuger, comme représentant la 
maison Kiébel (.•.), d’Hambourg, un lot de 40.000 k 03 de 
tabacs de Saint-Domingue et de 33.000 k 03 du Brésil ; c’est 
le 10 août 1893 qu’il lui a éie adjugé, comme représentant 
de la maison Walicn Tall (.-.) et C ic , cle New-York, le lot 
surprenant de 4.400.000 k 0? ele tabacs ! Et les journaux de 
l'époque ont constaté naïvement qu’un de ces lofs fut sans 
effet. Je crois bien ! Ce qu’il fallait, c’était imaginer des 
prétextes pour que Lemmi pût passer au guichet du 
Trésor. 

Du veste, soyez persuadés que, si dans celte circonstance 
Adrîano a louché de l’argent pour embellir le Temple du 
Grand Architecte, cela ne lui a jamais fait négliger ses in¬ 
térêts particuliers. Il faut savoir comment il sc comportait 
envers la Banque Romaine ! Un de ses procédés était d'im¬ 
poser au directeur Tanlongo un versement à faire à quelque 
33 e de son Suprême Conseil et de partager avec celui-ci 
l’argent ainsi extorqué. Lemmi, armé des pleins pouvoirs 
des ministres 33 e3 (ses subalternes en maçonnerie), met¬ 
tait audacieusement le couteau sous la gorge de Bernardo 
Tanlongo, et la Banque Romaine était obligée de s’exé¬ 
cuter. 

Tenez, voici une histoire entre mille, qui va vous donner 
une idée de la façon dont Lemmi opère. Cela s'est passé 
alors que Crispi était minisire avant GioliUi et que le 
portefeuille des finances avait été attribué à Miccli, autre 
33 e ; c’est officiel, c’est un des scandales qui ont été révélés 
lors de l’a (Taire judiciaire (terminée par racquillcment de 
Tanlongo) qui a suivi la catastrophe de la Banque Ro¬ 
maine. 

Le coup fut fait entre le grand-maître Àdriano et les trois 33 e * 
Crispi, Miccli et Sciarra. Ce dernier, qui est le prince Maffeo 



Sciarra, ex-propriétaire du journal maçonnique la Tribuna, 
est une des colonnes de la haute-maçonnerie à Rome : c’est 
chez lui que fut installé le centre anticlérical romain (dit 
Société des Droits de l’Homme ), foyer de tous les cercles 
anticléricaux d’Italie. 

Il avait extorqué déjà 200.000 francs à la Banque Romaine ; 
et, comme il est criblé de dettes, que ses propriétés sont 
hypothéquées trois fois plus que leur valeur, il avait remis 
à Tanlongo contre les espèces un billet, portant son uni¬ 
que signature, qui, naturellement, ne fut pas payé à l’é¬ 
chéance. Sciarra ne fut même pas poursuivi, et le billet 
resta en souffrance dans le portefeuille de la Banque Ro¬ 
maine. 

Voilà que Sciarra eut besoin encore de 200.000 francs, 
un peu plus tard. A qui les demander ? Il va trouver son 
grand-maître Lemmi, sa providence. 

Adriano dit : 

— 11 ne faut pas songer à les faire donner par la Banque 
Romaine. Mais nous allons nous adresser à la Banque Na¬ 
tionale de Toscane. Seulement, tu demanderas 300.000 fr., 
et tu me donneras le tiers. 

— Affaire entendue, répond Sciarra. 

Il fait un billet de 300.000 fr., payable sous la condition 
de renouvellements illimités, et il va le proposer à la Ban¬ 
que Nationale de Toscane, pour qu’elle veuille bien lui en 
fournir le montant en belles espèces bien sonnantes. Comme 
c’est public que Sciarra ne paye pas ses dettes, l’escompte 
est refusé. 

Alors, tandis que le conseil d’administration de cette 
banque était en séance, à Rome où est son siège, le prési¬ 
dent reçoit un télégramme ; il le lit, et il en était stupéfait 
tellement, qu’il en donna lecture aux membres du con¬ 
seil 



— 248 — 


La dépêche était ainsi conçue (textuel) : 

« Au nom de Son Excellence le ministre Miceli, je prie le con* 
seil d administration de la Banque Nationale de Toscane d’ouvrir 
immédiatement un crédit de trois cent mille francs au prince 
Mafîeo Sciarra. 

« ÂDRIANO LeMMI* » 

Les membres du conseil d’administration ne se laissèrent 
pas intimider, et à Eunanimite ils refusèrent de subir un 
pareil chantage. Ils firent pari, de leur délibération, si nette¬ 
ment négative, à la direction générale de la Banque, à 
Florence, et le commandeur Appelius l’approuva immédia¬ 
tement. D’où, colère bleue du vice-grand-architecte 
Lcmmi. 

Il va trouver Miceli, avec Sciarra; cl Miceli est d’avis 
qu’il ne faut pas insister auprès de la Banque Nationale de 
Toscane, mais qu’il vaut mieux frapper encore au gui¬ 
chet de la Banque Romaine ; seulement, il est néces¬ 
saire que Crispi se mette de la parlie. Alors, tous les 
trois, ils se rendent chez le premier ministre cl lui expli¬ 
quent l'affaire. Crispi, séance tenante, envoie chercher le 
commandeur Tanlongo. Celui-ci arrive, ne sachant pas ce 
qu'on lui veut ; mais, quand il voit Lcmmi cl Sciarra, 
il comprend, l'infortuné, que c’est un nouveau chantage. 

— 11 faut verser de suite les 300.000 fr. à Sciarra! 
ordonne Crispi, qui ne prend pas la peine de discuter. 

Tanlongo se désole. IL rappelle la vieille dette impayée du 
prince franc-maçon. Comment présenter au conseil d’es- 
comple celle nouvelle demande de 300.000 francs ? Non, 
cela est impossible. 

— Arrangez-vous comme vous voudrez, commande 
Crispi. Prenez, si vous voulez une quatrième hypothèque 
sur les maisons Sciarra ; mais les 300.000 fr., il faut les 
donner quand mémo, et immédiatement ! 

Tanlongo courba le front... Et voilà comment l’ancien 



— 219 — 


billet impayé de 200.000 fr. fut change en un billet de 
500.000 fr. deSciarra, qui n’a pas été payé davantage, et qui 
figure, au bilan de la Banque Romaine, parmi les pertes 
sèches, parce que l’argent a été donné sans aucune garan¬ 
tie sérieuse, par ordre de Crispi et Miccli, obéissant eux- 
mêmes au commandement de Lemmi. 

Et la liste serait trop longue à mettre dans ce volume, 
si je voulais citer tous les hauts-maçons de l’entourage de 
Lemmi qui ont puisé à leur gré dans le coffre-fort de la 
Banque Romaine. 

Je noterai seulement encore Carducci, Fauteur de Y Hymne 
à Satan , le 33 e palladiste, qu’Adriano affecta de présenter 
comme candidat à la suprême grande-maîtrise de l’Ordre, 
pour mieux cacher son jeu, et qui, une fois les délégués arrivés 
à Rome, déclara refuser toute candidature. Carducci dit : 
« II n’y a qu’un frère digne du souverain pontificat à établir 
à Rome ; c’est le F.*. Adriano Lemmi. » 

Savez-vous combien cette manoeuvre a été payée à Car¬ 
ducci ? 

QUATRE MILLIONS. 

Oui, c’est comme cela; le F.'. Giosué Carducci, 33 e , 
sénateur, personnage qui n’est pas dans les affaires, homme 
n’ayant aucune fortune personnelle, sans autres appointe¬ 
ments que ceux qu’il touche à raison de sa chaire de littéra¬ 
ture à l’Université de Bologne, eh bien, il a eu un compte 
de crédit ouvert à la Banque Romaine sur l’ordre de 
Lemmi, et son découvert, c’est-à-dire les sommes qu’il a 
touchées sans que ladite Banque Romaine puisse jamais en 
avoir le remboursement, s’élève à A millions 549 mille 450 
francs [chiffre officiel). 

Donc, le gouvernement italien, soit directement, soit 
indirectement, a favorisé, même au point de vue pécu¬ 
niaire, Adriano Lemmi, pour le faire briller dans son 
installation au palais Borghèsc, et pour le faire réussir dans 



son cxallalion au souverain pontificat de la Maçonnerie 
universelle. 

On sait la première chose qu’a faite Penjuivé de Stamboul, 
en entrant dans la demeure du Pape Paul Y. Cela causa 
un grand scandale dont sc sont faits l’écho les journaux de 
l’époque, mémo les plus indifférents à l’ordinaire. Il fit 
construire les latrines du Suprême Conseil au-dessus de la 
chapelle particulière, en faisant diriger l’écoulement des 
excréments sur l’autel meme. Cela prouve bien son 
a me orduricrc; car, pour commettre celte abomination, il 
était obligé d empuantir Je local. II y eut des protestations 
et l’architecte, h cause de l’hygiène, dut disposer les 
latrines au!rement. Mais Lemmi, alors, imagina autre 
chose : il a fait placer dans les walcr-closets un Christ crucifié, 
la tôle cubas ; et au-dessus, on a collé, par son ordre, 
une pancarte, portant ces mots : « Avant de sortir, cracher 
sur le traître . Gloire à Satan ! » 

Après cela, on ne s’étonnera pas que j’accuse, comme 
l’ont accusé les hauts-maçons américains, un scélérat 
aussi ignoble d’avoir employé môme les moyens criminels 
pour réussir dans son complot ; car il est arrivé celte chose 
inouïe, que quatorze délégués au Couvent Souverain se 
sont trouvés subitement malades au moment de se mettre 
en route, el ces délégués étaient des quarante-trois sur 
lesquels le parti de Charleslon avait le droit de compter 
absolument. 

Voici les quatorze provinces triangulaires qui ont failli 
n’ôtre pas représentées au Convent Souverain : 

10. Nouvelle-Orléans. — 12. Cîeveland. — 15. San-Francisco, 
- 21. Memphis. — 21. Guatemala. — 25. La Havane. —27. Cara¬ 
cas. — 28. Rio-Janeiro. — 50. Lima. — 31. La Paz. — 32. Monte¬ 
video. — 33. Treinta-y-Très. — 31. Buenos-Ayres. — 75. Port- 
Louis. 

Dans les provinces de la Nouvelle-Orléans, de San-Fran- 



cisco, de Rio-Janeiro, de Montevideo et de Bucnos-Ayres, 
les élections avaient été faites beaucoup avant la dernière 
limite de temps, et les délégués s’étaient mis en mesure 
de partir à l’avance. Aussi, quand l’empêchement se 
produisit, il fut réparable, grâce à l’activité des grands- 
maîtres provinciaux. En effet, Je président du Parfait 
Triangle Lotus de chef-lieu télégraphia à tous les présidents 
de Grands Triangles de sa province de convoquer immédia¬ 
tement une tenue extraordinaire pour voter sur le choix 
d’un nouveau délégué, celui élu d’abord ne pouvant remplir 
son mandat. Il y eut un nouveau vote dans les Grands 
Triangles, avec un nouveau recensement et une nouvelle 
proclamation d’élection au chef-lieu. Aussi, en ces cinq 
provinces, la représentation du parti de Charleston n’eut 
pas à souffrir de l’étrange incident si imprévu. 

Mais dans les neuf autres provinces, soit que le grand- 
mailre provincial ail perdu un peu la tête, soit qu’il n’y ait 
pas eu le temps nécessaire pour convoquer les Grands 
Triangles et élire un suppléant régional en remplacement 
du délégué empêché, les présidents de Lotus do chef-lieu 
n’osèrent pas prendre sur eux la responsabilité d’une déci¬ 
sion. Ils en référèrent par télégraphe à Charleston, et 
Georges Mackey, l’imbécile, leur télégraphia à son tour 
cette réponse stupide : « Envoyez pouvoir en blanc à Bovio, 
pour qu’il donne mandat à un suppléant européen. » 

C’était un suicide. Bovio, grand-maître général du Grand 
Directoire Central de Naples, et ses lieutenants assistants 
étaient entièrement dévoués à Lemmi, dont Georges Mackey 
continuait à ne pas se défier ; les neuf indispositions subites 
de délégués américains, les seules qu’il connut alors, ne lui 
avaient pas ouvert les yeux. Il comptait toujours sur cin¬ 
quante-deux voix contre le transfert ! 

Quand le Grand Directoire Central de Naples eut reçu ces 
neuf pouvoirs en blanc, il constitua neuf délégués italiens 



pour représon lcr les provinces de CIcvoland, Memphis, 
Guatemala, la Havane, Caracas, Lima, la Paz, Trcinla-y- 
Très et Port-Louis. Au Couvent, le délégué-suppléant de 
Port-Louis, craignant Lcmmi, n’osa pas voler pour le 
maintien h Charlcston, comme il aurait dû le faire ; mais 
il eut, du moins, l’honnôtcté de s’abstenir. Les huit autres 
votèrent cyniquement contre le sentiment de la province 
qu’ils représentaient. Quelle somme les vendus du Grand 
Directoire Central de Naples et ces huit délégués suppléants 
ont-ils touchée pour prix de celle trahison? Je l’ignore; 
mais cVsl notoire, dans la haute-maçonnerie, que l’or a 
coulé comme un fleuve. Ceux qu’on savait honnêtes, inca¬ 
pables de se vendre à Leni mi, ont été écartés. Ainsi, moi 
qui aurais volé pour Charleslon cl qui ne me serais pas 
laissé prendre aux astucieux raisonnements des FTV. Ne vin 
et Cray, les grands recruteurs d’Adriano, on s'est bien 
gardé de me donner une délégation de suppléant. 

A part deux ou trois délégués américains, les autres 
arrivèrent pleins de confiance en Europe, dans le courant 
du mois d’août, débarquant quelques-uns à Bordeaux, et le 
plus grand nombre il Londres, où une soirée de gala fui 
donnée* eu leur honneur par la Mère-Loge du Lotus d’An¬ 
gleterre, au temple, secret d'Oxford-SIreet. 

Parmi tes représentants du parti de Charleslon, se trou¬ 
vait miss Diana Yaughan, une des neuf Maîtresses Tem- 
plières Souveraines élues déléguées ; elle était alors grande- 
maîtresse du Parfait Triangle Phrbc-Ia-Rosc , à l’or.*, de 
New-York, et elle avait reçu délégation de la province 
triangulaire de New-York et Brooklyn. A Londres, elle était 
descendue, comme à son habitude, chez un vieux lord, qui 
est un ancien ami de feu son père el qui l’aime autant que 
si elle, était son enfant. 

A Pépoque du schisme* qui a suivi l’élection frauduleuse 
de Lcmmi, beaucoup de journaux ont parlé de mus 



Vaughan, d’abord au moment de la Protesting Vault des 
hauts-maçons américains, ensuite quand elle donna sa défi¬ 
nitive et complète démission. En effet, elle ne ferma pas sa 
porte, même à des profanes, se prêta à quelques interviews, 
notamment de plusieurs reporters de journaux boulevar- 
diers parisiens, et entretint correspondance avec quiconque 
elle savait adversaire de Lemmi ; car elle le déteste et sur¬ 
tout le méprise comme la bouc du ruisseau. Dans le nombre 
des écrivains antimaçons qui ont consacré des pages élo- 
gieuscs à miss Vaughan, tout en la plaignant de son erreur, 
il faut citer en premier rang M. A.-C. De la Rive, qui a 
longuement parlé d'elle et a publié son portrait très res¬ 
semblant dans le livre la Femme et l'Enfant dans la Franc- 
Maçonnerie Universelle . Mais il m'appartient aussi de rendre 
hommage à ccttc vaillante femme, si noble de cœur; car 
nous avons fait ensemble la campagne contre Lemmi, et 
son amitié, dont elle m'honore, est pour moi des plus 
précieuses. 

Miss Diana Vaughan est fille de père et mère protestants; 
sa défunte mère était française, des Cévenncs, et elle en est 
le vivant portrait, assure-t-on ; son père, d’origine anglaise, 
s’établit propriétaire dans le Kentucky, deux ans après 
son mariage, et l’élevage l’enrichit; il a laissé à miss, fille 
unique, une fortune considérable, dont elle use en faisant 
beaucoup de bien. Dès son jeune âge, à Louisville, elle 
n'avait pas de plus grand bonheur que daller voir les 
pauvres et les secourir; à New-York, où elle se fixa plus 
tard, quelque temps après la mort de son père, c’était la 
même chose. 

Comme la plupart des natures bonnes, clic a l'esprit 
porté à la gaîté, d’une humeur douce, volontiers rieuse 
dans l'intimité ; c'est l'effet du sang français qui coule dans 
scs veines et qui corrige la rigidité native des familles pro¬ 
testantes. Etant née à Paris le 29 février IStii, elle plaisante 



volontiers au sujet de celte date peu commune, qui lui 
permet de n avoir pu fêler encore que sept fois l’anniver¬ 
saire de sa naissance, malgré qu’elle ail trente ans aujour¬ 
d’hui. Mais surtout elle est contente d’être venue au monde 
sur le sol français ; car clic aime passionnément la France, 
autant que si c’était sa véritable patrie* 

Elle parle et écrit le français d’une façon parfaite; c’est 
meme sa langue favorite. À New-York, elle renseignait à 
ses frères et sœurs des Triangles autres que le sien et avec 
lesquels elle était en bonne relation d’amitié palladiste; le 
Triangle Phrbc-la-Rose, dont elle était grande-maîtresse, a 
été fondé par des hauts-maçons de la colonie française de 
celte ville, en son honneur. 

Je fis la connaissance de miss Vaughan, en 1889, au 
Graml-llotel, à Naples, où elle était venue, à la suite de 
son voyage en France, lors de la grande exposition du cen¬ 
tenaire de la Révolution; j’avais tenu à lui être présenté 
par un franc-maçon de haute marque* C’était alors, et elle 
est encore aujourd’hui, — car les années semblent ne pas 
vouloir toucher h ses traits gracieux, — une jeune femme 
d’une beauté admirable, d’une politesse exquise, de ma¬ 
nières très distinguées et d’une intelligence tout à fait 
supérieure. Dans son regard pénétrant, l’esprit brille comme 
une étincelle ; puis, tout à coup, l’expression des yeux 
s’adoucit, et c’est la bonté de celte nature d'élite qui y 
éclate. Mais elle sait allier la bonté du cœur ù la fermeté du 
caractère ; car, dans les circonstances importantes de la vie, 
elle est d’une énergie rare et bien au-dessus de son sexe. 
Causant volontiers, avec un laisser-aller charmant, ayant 
parfois des originalités de langage qui rappellent le « ga¬ 
vroche » parisien, mais sans jamais descendre à la trivialité 
et encore moins aux sous-entendus peu honnêtes, mainte¬ 
nant passés en mode jusque dans les salons du grand 
monde, clic a la conversation agréable au plus haut degré, 



c'est un vrai plaisir de passer une heure en sa compagnie, 
quand on a sa confiance, parce qu'avec elle on apprend 
toujours, et qu’elle est instruite, comme on dit, jusqu’au 
bout des ongles. 

Loyale comme un chevalier du moyen-âge, franche à ne 
pouvoir pas cacher sa pensée dès qu’elle sait une mauvaise 
action commise, ayant le culte de la probité, honnête dans 
tous les sens du mot, elle a dû à son père, d’abord, et à 
elle-même ensuite, en sachant imposer sa volonté, d’être 
l’objet du plus grand respect au sein même des Loges 
d’Adoption et jusque dans les Triangles. 

D’autres écrivains ont raconté qu’elle ne voulut jamais 
consentir à profaner une hostie consaci’ée, malgré que le 
sacrilège soit imposé à la réception du grade do Maîtresse 
Templière ; et je suis heureux de confirmer ici ce fait, qui 
est absolument vrai. Sa lutte contre la fille du F. . Philéas 
Walder est légendaire dans la haute-maçonnerie : on sait 
que sa réception à ce grade, dans le Grand Triangle Saint - 
Jacques (1), alors présidé par la fameuse Sophia, fut com¬ 
promise par son refus formel qu'elle opposa à la grande- 
maîtresse lui ordonnant de poignarder une hostie ; elle 
déclara résolument qu’elle ne croyait pas à la présence réelle 
du Dieu des catholiques dans reucharistic, et que, par 
conséquent, elle ne voulait pas commettre un acte de folie ; 
et il fallut l’intervention personnelle d’Albert Pike pour 
lever à son bénéfice les cxigcnc bs du règlement. Refusée au 

(1) Le Triangle Saint-Jacques es.t un des ateliers palladiques de Paris, 
dépendant de la Mère-Loge le Lotus de France , Suisse et Belgique. Le 
fait rappelé ici eut lieu en 1885 ; miss Vauglian était venue en France, 
pour régler des affaires d’intérêt, provenant de la succession de sa mère. 
La tenue d'initiation, du 25 mars, où elle refusa de transpercer une 
hostie consacrée, malgré l’ordre du grand-maître Bordone (le fameux 
général garibaldien) et de la grande-maîtresse Sopliia Walder, a été 
racontée tout au long par M. le docteur Bataille et par M. A.-C. De la 
Rive, qui tous deux, et ce dernier quoique profane, peuvent être 
comptés au nombre des amis de miss Vaughan. 



Triangle deSophia Walder,cllc avait été proclamée Maîtresse 
Tcmplière par le Triangle les Onze-Seqjt, de Louisville, sans 
passer par les formalités d’admission ; et cela avait occasionné 
un retentissant conflit entre les palladislcs parisiens et les 
hauts-maçons du Kentucky, amis du père de miss Diana 
Celte initiation amicale, faite à titre honoraire, était en 
réalité contraire à la Constitution, puisqu’on ne peut recevoir 
la lumière d’un grade que dans râtelier où l’on s’est présenté 
aux épreuves ; aussi les palladislcs du Triangle Saint-Jacques 
non seulement réclamaient contre l’honorariat accordé à 
miss Vaughan par les Onzc-Scpt, mais encore ils exigeaient 
sa radiation complète du Palladismc et de toute maçon¬ 
nerie. Albert Pike, en considération des services qu’il 
jugeait miss Vaughan capable de rendre à la hautc-maçon- 
nevie comme propagandiste de premier ordre, commanda 
par décret du 8 avril 1889, qu’elle serait proclamée Maîtresse 
Templière au titre effectif dans le Grand Triangle Saint- 
Jacques, et l’appuya auprès de la haule-maçonncric d’Europe 
en lui donnant une mission d’entière confiance, celle d’ap¬ 
porter a Paris sa célèbre voûte d'instructions du 11 juillet 
1889; et la proclamation régulière définitive de la sœur 
Diana, ainsi imposée par le chef suprême, cul lieu dans la 
capitale française le la septembre de cette même année du 
centenaire révolutionnaire. C’est de là que vient la haine 
mortelle de Sophia Wahlor contre miss Vaughan. 

Cet incident avait été un véritable évènement dans les 
ateliers palladiqucs ; et, tous les hauts-maçons, frères et 
sœurs, on était curieux de connaître celle jeune américaine, 
en faveur de qui le souverain pontife Albert Pike venait de 
faire fléchir les règlements. Aussi, lorsqu’après un court 
séjour en France, elle vint se délasser des soucis de la poli¬ 
tique secrète de l’inlcrnalionalisme maçonnique, dans un 
voyage d’agrément en Italie, et surtout lorsqu’elle vint sc 
reposer un peu sous le beau ciel resplendissant du sourire 



de la fcc Parlhcnope, tous les hauts-maçons de Naples et Je 
ritalic méridionale, nous fîmes assaut pour être reçus par 
l'aimable voyageuse, notre sœur. 

Telle qu’elle était alors, clic est encore. Plus grande que 
la moyenne, d’une voix bien timbrée et pure, sans aucun 
accent, d’une physionomie régulière, clic aime l’élégance, 
mais une élégance de bon goût, et non ce luxe ridicule qui 
caractérise les riches étrangères ; ainsi, ses costumes, faits 
d’étoffes de prix, ont un cachet plutôt simple, et elle ne 
porte jamais d’autre bijou qu’un léger bracelet ou une épingle 
de cravate ; ni boucles ni pendants à ses oreilles, qui nonl 
jamais été percées. Sa façon d’arranger scs cheveux donne 
à son visage un petit air de jeune éplièbo, qui lui va à ravir ; 
car elle n’a pas une chevelure capable de se tresser en 
longues nattes : la sienne est courte naturellement, sans 
avoir besoin de recourir aux ciseaux, et elle frise un peu. 
Aussi, lorsqu'il lui arrive, par originalité, de venir à une 
lonue triangulaire en costume masculin, l'illusion est 
complète, et l’on croirait voir Adonis ressuscité et habillé 
chez le grand tailleur du monde fashionable. Je sais qu’à 
l'un de ses derniers voyages à Paris, elle s’esi fait portraie- 
luror par un des plus célèbres photographes du boulevard, 
en habit, avec ses insignes d’Inspcclrice Générale du Palla¬ 
dium : c’est une superbe photographie en pied, du plus 
grand format ; mais cette photographie, on le comprend 
sans peine, elle ne la prodigue pas. 

Sa simplicité, mêlée d’élégance et d’originalité, ne l'em¬ 
pêche pas d'aimer le confortable ; du reste, il est nécessaire 
«qu’il en soit ainsi ; autrement, elle sc ruinerait bientôt la 
santé dans scs incessants voyages. Heureusement, sa grande 
fortune lui permet de ne sc refuser rien. C’est pourquoi, elle 
voyage toujours par les transports les plus rapides, bien 
accompagnée, et comme une personne de sang royal. A 
Paris, quand elle y vient, elle descend chez une de ses amies 


17 



les plus dévouées, M 1,c L*** de B***, si elle ne lail ({ne s'arrêter 
un ou deux jours, ou bien dans l’un des premiers hôtels de 
la capitale, fréquente par l’aristocratie princiêre d’Europe, 
si elle doit séjourner quelque temps. 

Pour compléter d’esquisser la physionomie de cette 
personne, sympathique malgré son erreur, de cetle fi ère et 
courageuse Diana Vaughan qui a tenu un si grand rôle dans 
la haute-maçonnerie, je dirai enfin qu’elle possède une 
éloquence très entraînante, et que, parmi les sœurs propa¬ 
gandistes du Palladisme, clic a été certainement la plus 
brillante conférencière que les Triangles aient jamais eue. 

En toute vérité, miss Vaughan est le contraste le plus 
frappant qu’on puisse opposer à Lcmmi, lui qui est laid 
comme les sept péchés capitaux, avec sa tète de vieux juif, 

— car il a le type Israélite, quoique né de famille catholique, 

— avec scs yeux en dessous qui ne regardent jamais en 
face, avec son teint terreux, jauni, et sa bouche au méchant 
rictus, avec son corps qui se pelotonne comme une 
araignée prête à bondir sur sa proie, avec ses mains d’où la 
vie semble s’être retirée, tellement elles ont la froideur du 
reptile, et surtout avec cette expression de physionomie, 
répugnante de fausseté, basse, réfléchissant comme un miroir 
son âme scélérate, son cœur haineux gonflé de tous les 
vices, et son cerveau toujours en travail de cupidité, de 
trahison cl de crime. 

Ah ! combien j’aurais voulu être là, le jour où ma noble 
amie, pénétrant jusque chez lui, dans son repaire, lui donna 
sa démission, qu’cite tenait à lui remettre, à lui en personne, 
pour lui cracher une dernière fois à la face les plus dures 
et les plus terribles vérités ! 

11 faut rendre à miss Diana Vaughan cette justice, qu’elle 
a été la plus clairvoyante des lniuts-maçons du parti amé¬ 
ricain. 

À la soirée de gala donnée a Oxfort-Slrccl par les palla- 



— 259 — 

distes anglais, elle se rencontre avec la sœur Carmen 
Blanco, et grand est son étonnement ; car elle savait que 
c'était la sœur Romula Sanchez, qui avait été élue à la 
délégation de la province triangulaire de Bucnos-Àyres. 

I/autre, qui est grande-maîtresse de la Mère-Loge le Lotus 
Argentin, lui raconte que la sœur Sanchez s'est trouvée 
brusquement et gravement malade, la veille du jour où elle 
comptait partir, et c'est tout au plus si le grand-maître 
provincial a eu le temps de faire recommencer l'élection ; 
voilà, dit-elle, pourquoi elle se trouvait là. 

Miss Vaughan n’a pas une hésitation, et elle dit : 

— C'est un coup de Lemmi ; ce cas ne doit pas être isolé & 
ou bien je me tromperais fort ! 

Quelques jours ensuite, on apprenait à Londres qu’il y 
avait d’autres remplacements, pour des causes semblables ; 
puis, que des pouvoirs en blanc avaient été expédiés au 
Grand Directoire Central de Naples. 

Alors, miss Vaughan déclara : 

— Nous marchons à une défaite certaine. Le transfert du 
siège suprême de Charleston à Rome sera voté. 

Elle ne se trompait pas ; excepté Palacios et un ou deux 
autres, ses collègues la plaisantaient et soutenaient qu’elle 
se créait de fausses idées, que le transfert serait repoussé 
par les deux tiers des délégués au Convent. Mais la sœur 
Diana Vaughan tenait bon dans son appréciation, et elle 
perdit de plus en plus tout espoir, quand clic sut que cer¬ 
tains délégués, môme d’Amérique, frayaient avec divers 
hauts-maçons bien connus comme lemmistes, et n’habitant 
pas l'Angleterre, qui y étaient venus. Ainsi, arrivèrent à 
Londres les délégués de Bruxelles, de Hambourg, de Berlin, 
qui n'avaient aucun motif avouable d’y venir ; car ce 
n’était pas leur roule pour se rendre en Italie, certes ! Ces 
trois-là, qui, dès les assemblées préparatoires, s'étaient 
prononcés vivement pour le transfert, avaient accaparé les 



— 2GÛ — 


délégués <rikimilton f de Bahia, de Valparaiso, puis ceux de 
Liverpool, de Manchester et de Glasgow. On. ne saura 
jamais ce qui fut Iripolé alors entre ces neuf hauts-maçons; 
mais c’est un fait certain, que ces trois américains, ces 
deux anglais et l’écossais de la province 43 tournèrent 
casaque, alors que leurs mandants s’étaient prononcés à une 
énorme majorité pour Charlcston. 

Aussi, ce qui ne peut être nié, c’est que le délégué de la 
province d’Iïamilton, le frère canadien Henri Bernard, qui 
était auparavant un simple employé, sans fortune, ne 
retourna au pays, après le Convent, que pour donner congé 
à son patron et à son propriétaire et emmener sa femme et 
ses deux enfants. Mainlonant, il s’est installé h Londres, 
loin de ses frères palladistes de la province d’Ilamilton, 
qui rappellent traître, et il vil en routier, menant un train 
de vie hîeu au-dessus de celui d’un employé qui a su s’éco¬ 
nomiser un capital. 

Buis, Graveson, qui profita de son voyage en Europe pour 
voir des négociants d’Allemagne avec qui il est en rapport 
d’affaires, poussa jusqu’à Leipzig et vit le délégué de la 
province W (le délégué de Findel, si l’on veut mieux dire), 
et Findel lui-même, et il écrivait à miss Vaughan : 

«... Jo ae comprends rien à ce qui se passe. Findel, sur qui nous 
comptions, me semble fort être en train de se ranger au parti de Rome. 
J ai eu une longue conversation avec lui. 11 ne sait pas trop ce qu’il 
veut, ou, pour mieux exprimer ma pensée, il parle comme un homme 
qui va mal agir et qui prend les devants en imaginant tous les pré¬ 
textes possibles dont il pourra se prévaloir plus tard pour s’excuser. 

« Si je ne le savais pas tout à fait lucide d’esprit, je mettrais cela 
sur le compte de son grand âge et je dirais qu’il radote (sic), tellement 
j’ai été surpris par ses explications embrouillées... 

«... Son délégué ne peut pas, cependant, nous fausseï -compagnie ; 
car dans la province de Leipzig, où Lemmi est peu estimé, on a été en 
très forte majorité pour déclarer en triangles que les choses doivent 
demeurer dans le statu quo, et que voter le transfert serait faire un 
affront, à Charlcston, qui n’a pas démérité. J’ai vu les procès-verbaux, 
dont Findel a le double au grand complet; ils sont très nets. Eh bien, 



Findel me raconte qu’il y a eu revirement d’opinion dans la province, 
depuis l’élection du délégué. J’ai vu celui-ci aussi ; c’est un grand diable 
de saxon,dont l’initiation au 3 e degré (palladique)est toute récente; il a 
une figure qui ne m’inspire pas confiance. 

< Findel prétend que Mackey va donner sa démission par lassitude, 
et aussi afin que les délégués souverains soient bien libres dans leur 
vote au Couvent. Cela n’a pas le sens commun. Findel approuve cela, 
en disant : « Mackey démissionnant, la question sera mieux posée entre 
« Rome et Charleston purement et simplement. » Et il ajoute que, s’il 
a appuyé dans les triangles le maintien du statu quo } c’était par consi¬ 
dération pour Mackey ; mais que maintenant la situation est totale¬ 
ment changée, et que, puisqu’on a le temps encore en Europe, il va 
convoquer les triangles dans sa province et avoir une nouvelle consul¬ 
tation avant le départ de son délégué pour l’Italie. 

« Walder a passé par ici il y a huit jours ; il a logé chez Findel et a 
reçu les compliments des membres du Lessingbund présents à Leipzig : 
mais il est bien malade ; Findel croit qu’il n’ira pas loin et qu’il aurait 
beaucoup mieux fait de se reposer, au lieu de s’être mis eu quatre pour 
avoir un mandat de délégation. 

« Quant à la Sopliia, elle ne pense pas à vous, ma chère amie ; elle 
a trouvé une grande occupation depuis son élection par Zurich et avant 
do se rendre en Italie. Elle a juré de fermer la bouche à l’ex-grande- 
maitresse odd-fellow Barbe B., qui s’est renfermée dans un couvent 
adonaïte, mais qui a, paraît-il, la langue trop longue ; et Sophia remue 
ciel et terre, avec Larocque, pour découvrir la retraite de cette trans¬ 
fuge Rut h. 

« Je ne retournerai pas à Londres avant le Convent. Je serai à Rome 
le 15 septembre. Si j’ai du nouveau d’ici là, je vous le transmettrai. 
Mais, ma chère amie, je vous en prie, écrivez à Findel ; vous savez 
que vous lui êtes sympathique et qu’il vous a nommée range du bon 
conseil. Apportez, je vous en conjure, votre douce lumière dans son 
cerveau troublé. » 

Tout cola, c’était des mauvais présages. Miss Vaughan 
no prit pas la poine d'écrire a Findel. Son avis ne fui point 
qu’il s’élait vendu, niais cpio Lemmi avait trouvé un hou 
moyen de le faire tomber dans ses filets. Findel n’est pas, 
en somme, un malhonnête homme ; mais il cs( très orgueil¬ 
leux. Adriano avait su le prendre par la vanité. On verra 
plus loin que, là encore, la grande-maîtresse de New-York 
ne s’élait pas trompée. 

Ne voulant pas prolonger son séjour à Londres, elle 



— 202 — 


mit à profit le temps qui lui restait, pour taire un voyage 
en France, avant de se rendre en Italie. Elle alla et vint, 
rendant visite à plusieurs de ses amis de France. 

Les 12 et 13 août, elle Otait à Orléans ; c’est là qu’elle 
composa celle courte poésie, que tous les antilcmmistcs des 
Triangles savent par cœur : 

oc Môssieu Lemmi » 

De Livourne ou Stamboul, à qui revient la honte 
D'avoir produit Simon, l’être à jamais flétri, 

Qui, vivant de la boue, est fier quand son flot monte ? 
Livourne l’a vu naître, et Stamboul l’a pétri. 

Il débute en volant le docteur Grand-Boubagne ; 

Puis, il apprend, des juifs, l'art d'esquiver le bagne, 

Son âme est un égout qui corromprait un saint 

Lâche, avare et fripon, plus vil et plat qu'un pitre, 

L’affront glisse sur lui, comme l’eau sur la vitre ; 

On peut lui dire tout : juif, voleur, assassin 1 

Diana Vaughan 

Orléans, 13 août 93. 

À Orléans, miss Vaughan vit des frères et sœurs palla- 
distes, et l’on causa des éventualités de la journée du 
20 septembre. On parla aussi de l’affaire Barbe, à laquelle 
Gravcson avait fait la première allusion dans sa lettre de 
Leipzig. 

11 s’agissait d’une sœur odd-fellow, qui, depuis assez 
longtemps déjà réfugiée dans un couvent, avait eu l'occa¬ 
sion d’étre interrogée par un dignitaire ecclésiastique, et 
celle maçonne convertie avait fait des révélations d'une 
certaine gravité. M. le chanoine Muslel, directeur de la 
lievue Catholique cle Coulances, qui est toujours au premier 
rang pour combattre la secte, avait inséré dans son journal 
une longue lettre du dignitaire ecclésiastique qui avait vu et 
interrogé cette Barbe Bilgcr et qui exposait scs aveux ; cette 
publication avait irrité violemment la haute-maçonnerie 



française. Malgré les précautions de style prises par M. le 
chanoine Muslel, on pouvait, non pas avoir la certitude, 
mais prendre le soupçon que la retraite de l’ex-sccur Barbe 
était située dans la région de l’est plutôt qu’ailleurs ; ce qui 
n’erapêcha pas que des palladistes la recherchèrent jusque 
dans le midi. 

Les principales recherches furent dirigées par Sophia 
Waldcr et le F.'. Larocque (successeur de Bordone comme 
grand-maître du Triangle Saint-Jacques ) ; ils firent visiter 
et visitèrent eux-mêmes plusieurs départements. A l’époque 
du 10 août, ils s’étaient partagé la fin de l’enquête, et 
Larocque explora en dernier lieu le département de Meurthe- 
et-Moselle, où il déclarait être convaincu que Barbe Bilgcr 
se trouvait cachée, et en jurant qu’il la découvrirait bien. 
La Sophia avait interrompu un moment sa part d’enquête, 
après avoir fouillé le departement de la Meuse, et était ren¬ 
trée à Paris provisoirement pour une autre affaire. 

C’est dans une conversation du 12 août, à Orléans, que 
miss Vaughan fut mise tout à fait au courant de la question 
Barbe Bilger par un ami de Larocque ; elle vit bien par là 
les dangers que cette ex-maçonne allait courir. Comme on 
ne put pas lui dire exactement où celle-ci était, puisqu’on 
l’ignorait encore, et qu’on se borna à lui communiquer la 
conviction de Larocque, qu’elle se cachait en Meurthe-et- 
Moselle, miss se trouva dans l’impossibilité d’agir directe¬ 
ment pour sauver la malheureuse femme. Néanmoins, son 
âme généreuse s’étant émue, elle fit quelque chose; et plus 
tard la Sophia se douta bien'que la grande-maîtresse de New- 
York avait entravé ses projets, car elle l’accusa de leur 
avortement, devant Lemmi. Ce que fit miss Vaughan, je le 
dirai ailleurs. 

Un incident comique de la recherche de la pauvre Barbe 
Bilgcr par ces misérables qui avaient juré sa perte, se pro¬ 
duisit la semaine suivante. L’agent spécial de Lemmi pour la 



province o2 connaissait l'allaire, cl, pour se faire valoir, iî 
alla trouver Sopliia Waldcr, à qui il dit : 

— Moi, je, me charge de vous la trouver, votre Barbe 
Bilger. Vous savez que les curés ont grande confiance en 
moi ; je réponds de leur tirer les vers du nez... Quels sont les 
départements de l’est que vous n’avez pas encore visités ? 

— Il me rosie à voir la Marne, répondit la Sopliia; et 
Caïn (c’csl Larocque) est en Meurthe-et-Moselle. 

— Eh bien, si vous voulez, partons ensemble demain pour 
Heinis. Là, j’en connais des curés, des tas! A l'archcveché, 
je sois reçu à grandes portes ouvertes. Je vais les taire 
parler, vous allez voir <gi ! 

Sur celle belle promesse, la Sopliia prit le train avec 
Moïse Lid-Nazarelh, cl ils débarquèrent à Heinis le LS août. 

ils y relièrent ce jour-là et le lendemain, la Sopliia hus¬ 
sard maïueuvrer son compagnon à sa guise. Mais voilà que 
Moïse-Lid-Aazarelh s'était trop vanté. Les prétextes qu'il 
imagina pour entrer eu conversation ol sa mauvaise tenue 
inspirèrent lu défiance à première vue, partout où il se 
présenta; car il osa même aller à l'archevêché, comme il 
Lavait dit : eL tout le monde lui ferma la porte au nez, sans 
vouloir laisser ses explications suspectes se prolonger. On 
a cite à Lun de mes amis, à propos de celte aventure, un 
vénérable ecclésiastique qui trouva l'altitude de notre 
homme tellement bizarre et louche, qu'il le recul dans la 
cour, refusant de le laisser aller plus loin, et finalement le 
fit déguerpir sous l'affront. 

Aussi, la Sopliia fui très furieuse contre l'agent Moïse, 
qui lui avait fait perdre deux jours, et elle n'a pas du le 
recommander à Adriano pour une gratification ! 

La mauvaise humeur de la grand e-nuül cesse du Lof us de 
France, Saisie el llelffique s'esl exhalée dans cette lettre, 
dont j’ai vu la photographie que miss Vaughan a su se pro- 



urer (c’est la fille Walder qui écrit à son amie et complice 
la Grande Lieutenante du Triangle Saint-Julien, à Paris) : 


« Nancy, 20 août. 

« Ma chère Emilie, 

« Lid-Nazareth s’est fort démené à Reims ; mais il n'inspire pas 
confiance et n’a pu nulle part aborder Ja question. Il m’a fait perdre 
mon temps TRÈS BÊTEMENT. Par bonheur, Ca'in m’a télégraphié que 
c'était à Nancy. J’ai planté là Moïse et j’ai rejoint Caïn. 

« Ici, enquêté à la Visitation, rien ; enquêté sur les Carmélites, rien; 
c’est sûrement, et très sûrement, au Bon-Pasteur. 

« Tu vois que nous avons réussi. Quand je te le disais!... 

« Maintenant, nos batteries sont prêtes, et nous avisons. 

< A bientôt. « Sophia. » 


C’était bien, en effet, au couvent du Bon-Pasteur de 
Nancy que sc trouvait Barbe Bilger, cl la Sophia et Larocque 
s y présentèrent vraiment. Je nai pas à en dire davantage; 
toutefois, on saura qu’ils ne réussirent pas à avoir une entre¬ 
vue avec Tex-maronne. 

Les batteries dont la lille Walder parlait, c'était un scan¬ 
dale qu'elle voulait provoquer par la voie de la presse radi¬ 
cale de Paris; on ferait beaucoup de tapage autour de 
Barbe Bilger, et on la représenterait comme folle; on accu¬ 
serait les sœurs du Bon-Pasteur et l’évêque de Nancy de la 
séquestrer; on sommerait le procureur de la République 
do faire enfermer Barbe dans un asile d'aliénés, dont les 
administrateurs étaient affiliés a la seele, et l’on comprend 
ce que la pauvre femme serait devenue. On choisit le 
journal la Lanterne pour l’instrument de ce complot, et, 
dans toute cette affaire, le F.-. Mayer se laissa mener du 
bout du nez par la Sophia ; mais ils n'aboutirent à rien, vu 
la grande perspicacité de l’intelligente supérieure du Bon- 
Paslcur et la fermeté de l’évêque de Nancy, qui ne sc laissa 
pas intimider par les menaces publiques de la Lanterne (1). 

(lj Les personnes qui seront désireuses d’avoir tous les détails sur 
l’affaire Barbe Bilger, si intéressante, devront se reporter au volume 
la Femme et l’Enfant dans la FranCzMaçonnerie Universelle , de M. De la 



— 2GG — 


Cela n était pas ioul, Apres Barbe Bilgcr, on devait diri¬ 
ger les coups contre AI. Je chanoine Alustel. J1 y avait une 
nouvelle manœuvre des plus odieuses toute prête. La Sophia 
se rendit dans le departement de la Alanclic; elle recueillit 
des informalions, pour voir le parli qu’elle pouvait en tirer 
en les travestissant. Il fallait jeter la déconsidération sur le 
vaillant prêtre luttant contre la franc-maçonnerie. Moïse 
Lid-Nazarelh, voulant se réhabiliter comme habile aux 
yeux de la Sophia, avait préparé un monceau de calomnies 
contre M. le chanoine Muslcl. On devait le traîner dans la 
boue, l'accabler d’infamie et de ridicule, le dénoncer publi¬ 
quement h son évêque comme fou, ouvrir une campagne 
formidable pour le discréditer de toutes les façons. Le 
F.*. Mayer lui-même ne pouvait avoir soupçon de toute cette 
abominable intrigue; on escomptait surtout son plaisir à 
faire du scandale. Tout était prêt, lorsqu’un rédacteur de 
la Lanterne ne sut pas retenir sa langue et parla du mysté¬ 
rieux appui que son directeur avait pour manœuvrer contre 
les prêtres et les couvents ; la, Sophia apprit F indiscrétion 
commise et rompit avec le F.'. Mayer. 

Et toutes ces perfidies, toutes ces scélératesses étaient 
commandées par Lemmi, qui s’est fait adresser par l’agent 
de la province 52 un rapport sur Barbe Bilgcr et sur M. le 
chanoine Alustel. 

Donc, miss Diana Vauglian se rendit en Italie, portant 
dans son cœur navré la certitude de la défaite que le parli 
de Charleslon subirait par la ruse, la corruption et le crime 
de « Simon ». — C’est le nom sous lequel, dans la hautc- 

üive, qui lui a consacré des nombreuses pages. Cet auteur a reproduit les 
articles de M. le chanoine Mustel, et fait connaître les résultats de ses 
enquêtes personnelles ; car, lui aussi, il a démoli les projets de l’infer¬ 
nale Sophia. 11 donne l'explication de la formation cabalistique du nom 
de l’agent Moïse Lid-Nazareth. En rapprochant ses révélations des 
miennes, qui les confirment, on aura cette étrange histoire tout à fait 
complète. 



— 267 — 


maçonnerie, on désigne Adriano, parce qu’un jour, à une 
cène triangulaire (banquet palladiquc), il avait dit qu’il 
sentait en lui « Famé de Simon de Gitta », c’est-à-dire 
Simon le Mage, le haineux ennemi de saint Pierre, chef 
des apôtres; et ses adversaires eux-mêmes ont adopté cette 
dénomination de lui, pour la raison qu’elle rappelle la 
« simonie », qui est un des vices de Penjuivé de Stamboul. 

Le bruit de la démission de Georges Mackcy s’élait con¬ 
firmé; il n’était pas besoin alors d'être un grand prophète 
pour prédire que Lemmi poserait sa candidature, précisé¬ 
ment parce qu’il avait annoncé d’abord qu’il ne la poserait 
pas. 

Un des plus vifs chagrins de la grande-maîtresse de New- 
York, c’était que non seulement le futur souverain pontife 
de la Maçonnerie Universelle, dont elle prévoyait l’élection 
vénale et frauduleuse, serait un voleur, mais encore qu’avec 
lui la Chaire du Dogme serait occupée par un sataniste, 
c’est-à-dire par un palladisto non orthodoxe. 

Pour comprendre cette dislinciion qui étonnera le lecteur 
catholique, il faut ne pas perdre de vue que l’orlhodoxie du 
Palladisme, lequel appelle Àdonaï le Dieu des chrétiens, 
consiste à voir en son surnaturel adversaire non pas un 
archange déchu, mais un rival égal en pouvoir, plutôt plus 
puissant meme, Excehus Excelsior, I)eus Optimus Maæimus, 
le combattant de toute éternité et devant avoir, selon la 
tradition du «Livre Apadno », le triomphe final, le 29 sep¬ 
tembre de l’an 000999 de la Vraie Lumière, soit dans un 
siècle et cinq ans. À raison de cela, les palladistcs ortho¬ 
doxes donnent à l’adversaire d’Adonaï le seul nom de 
Lucifer, Dieu-Bon, et condamnent expressément l’usage du 
mot « Satan », qui représente l’idée de diable, c’est-à-dire 
d’un être inférieur à Adonaï. 

Or, Lemmi est au nombre des hauts-maçons qui invo¬ 
quent le grand architecte indifféremment sous les noms de 



— 2G8 — 


Lucilcr ou de Salan, et en cela il contrevient à la fameuse 
voûte d 'Instructions du 14 juillet 1889, d’Albert Pikc, le 
premier souverain pontife palladisle, qui s’exprimait en ces 
termes : 

«... Il faut éviter de passer d’an extrême h un autre. 

« fin France, — du moins dans la plupart des Loges du Rite 
Français, — on a trop de tendances à professer un scepticisme 
absolu. C’est ainsi qu’on Nous a communiqué des planches de 
convocation d’Ateliers, où ne ligure plus la formule : A la gloire 
du Grand Architecte de l'Univers . Dès 1877, nous avions malheu¬ 
reusement prévu qu’on en viendrait là. Jusqu’en cette année 1877, 
le 1 er article de la Constitution du Rite Français portait : « La 
« Franc-Maçonnerie a pour principes l’existence de Dieu, 
« l'immortalité de Famé et la solidarité humaine. » Le Couvent 
de septembre 1877, au Grand Orient de France, supprima î’afïirma- 
iion de la disinilé, et vota que l’article 1 er de la Constitution du 
Rite Français porterait : « La Franc-Maçon ne rie a pour principes 
« la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. » fin 
188 5, le Convent annuel des Loges du Rite Français aggrava 
encore celte suppression de l’atlirmation de la divinité, en intro¬ 
duisant ceci dans la rédaction dudit 1 er article : « Considérant les 
« conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif 
« de l'appréciation individuelle de ses membres, la Franc-Maçon- 
« nerie se refuse à toute affirmation dogmatique. » Voilà certai¬ 
nement un excès que Nous réprouvons de toutes nos forces. 

« Mais, par contre, en Italie et en Espagne, de nombreux 
Frères, — bien intentionnés, sans doute, — pèchent par l'excès 
contraire, et leur erreur mérite d’être rectifiée. 

« En effet, ces Frères, mus par une légitime haine contre le 
Dieu des prêtres, glorilicnl son adversaire sous le nom de Satan, 
et en lui conservant la situation et le rôle d’un ange déchu, 
révolté. Il y a là une hérésie manifeste. Le mot « Satan », ayant 
été inventé par l'imposture sacerdotale et s'appliquant à un être 
surnaturel subalterne ou diable, ce mot n'a pas lieu d'être pro¬ 
noncé, ne doit pas être prononcé en Maçonnerie. 

« On Nous a signalé une Loge de Gènes qui a poussé l’incons¬ 
cience jusqu’à arborer dans une manifestation publique une 
bannière portant: Gloire à Satan ! A Milan, des Frères Maçons 



2G9 — 


ont, dans une fête, fait exécuter et ont clmnté un Hymne à 
Satan (1). 

« D’Espagne, on Nous a fait hommage d’une poésie signée par 
le F.*. Bartrina, poésie dont voici le texte : 

REHABILITACION (2) 

Solo estaba Satan en el infierno 
Siglos haeia, euando entro Caïn; 

Ambos a Dios juraron odio eterno 
Y dar juraron a sù imperio fin, 

(1) Le souverain pontife de Cliarleston aurait pu signaler aussi le 
F.*. Gustave Desmons, 33 e , membre du Suprême Conseil de France, qui 
a écrit ceci : 

« La lutte engagée entre le Catholicisme et la Franc-Maçonnerie est 
une lutte à mort, sans trêve ni merci. II faut que partout où apparait 
l'homme noir, apparaisse le franc-maçon ; il faut que partout où l’un 
élève la croix en signe de domination, l’autre élève le drapeau de la 
Franc-Maçonnerie en signe de liberté. Les deux camps sont nettement 
délimités : le camp de Dieu et le camp de Satan, a dit le pape Léon XIII. 
L’hésitation n'est plus possible. Contre l’Eglise ou contre Nous î » 
(Mémorandum du Rite Ecossais Ancien Accepte , organe officiel du rite 
en France, année 1884, n° 85, page 48.) 

M. Adolphe Ricoux, qui a donné des extraits de cette voûte à?Instruc¬ 
tions du 14 juillet 1S89 d'Albert Pike, signale encore en note ce passage 
d’un article du F.*. G.-G. Seraffîni,33",dans la Rivista délia Massoneria 
italiana , organe officiel de Lemmi comme commandeur grand maître du 
Suprême Conseil de Rome : 

« Le Génie de l'Avenir — notre Dieu à nous ! — porte en lui le germe 
de la nouvelle loi du Bien. Son dogme est de ne pas en avoir; son 
esprit est la fusion de ceux d’Epieure et d'Archimède voués à la 
recherche du Vrai. Son âme nie que le bien-être social se trouve à fuir 
l'animalité’; car il est réellement la conséquence de l’animalité 
humaine. L’édifice social qui s’écroule a besoin d'une pierre angulaire; 
c'est lui qui la posera, et cette pierre angulaire sera sur la terre et non 
pas dans les deux. Saluez le Génie rénovateur, vous tous qui souifrez. 
Levez haut les fronts, mes Frères ; car il arrive, Lui, Satan le Grand î » 
(Rivista, tome X (année maçonnique 1870-1880), page 263, colonne 1, 
lignes 37 et suivantes, et colonne 2, lignes 1 à 5). 

Quant à Y Hymne à Satan , auquel Albert Pike fait allusion dans sa 
voûte, c’est celui du F/. Giosué Carducci. 

(2) Voici la traduction de cette poésie : 

« Seul était Satan dans l’enfer — depuis des siècles, quand entra 
Caïn ; — tous deux jurèrent à Dieu une haine éternelle, — et ils jurè¬ 
rent de mettre fin à son empire. 

« — Je suis la révolution, par Dieu maudite, — chassée par Dieu, dit 



— 270 — 


— Soy la révolution, por Dios maldita, 

Desterrada por Dios, dijo Satan. 

— Soy el trabajo, que a esc Dios irrita, 

Dijo el terrible vastago de Adan. 

Miraronse : en la luz de la mirada 
Brillo rayo de eoîera en ios dos. 

Y la raza de Abel tremblo asustada, 

Y hast a en su trono estremeciose Dios. 

La maîdicion divina con su peso 
No los hundio. — { Eaza de Abel, atras ! 

I Plaza al triunTante carro del progreso, 

Qu o arrastra Caïn y empuja Sa ta nas ! 

H.*. J O A QU IX-M ART A -B A RT R \ . 

« Certes, ces vers sont animés par un souffle généreux; mais 
ils sont en opposition directe à Forthorîoxie maçonnique. 

« Les égarés qui glorifient Satan considèrent, en général, 
que le Dieu des prêtres a manqué à de prétendues promesses 
faites par lui a l'humanité, et, en présence de la désertion de ce 
Dieu, ils font appel au diable. Tel est le système de la goétie, 
qui est une aberration, qui est la démonomanie. 

« Existe-t-il un diable? — Les prêtres disent : Oui. — Nous 
répondons : Non. 

« Qu’est-ce que le diable? — C’est, disent les prêtres, le 
prince des anges, qui s'est révolté conlre Dieu, et qui, ayant 
été vaincu par l'archange Mikaèl, a été pour son châtiment pré¬ 
cipité en enfer, où il est condamné à rôtir éternellement en la 
compagnie d'aulves anges, ses complices, devenus des démons, 
et de ceux d'entre les humains qui n’ont pas vécu selon la loi 
des prêtres. 

« Or, celte légende sacerdotale n’est qu'un infâme mensonge, 
et nos Frères qui glorifient Satan n’aboutissent, en réalité, qu'à 

Snfnn. — .Te sais îo travail, qui a contre lui Dieu irrite, — dit le 
terrible rejeton d’Adam. 

« ils so regardèrent : dans la lumière de leur regard — brilla un 
rayon décoléré en tous deux. — Et la race d’Abel trembla pleine de 
crainte, — et jusque sur son trône Dieu frémit. 

« La malédiction divine, malgré son poids, — ne les a pas écrasés. 
Raced’Abcl, arrière! — Place au char triomphant du progrès, — que 
traîne Caïn et que pousse Satan ! » 



— 271 — 


consacrer l’imposture et à nous nuire maladroitement dans 
l’opinion de la multitude ignorante. 

« C’est pourquoi, Nous condamnons, de la façon la plus for¬ 
melle, la doctrine du Satanisme, qui est une divagation de 
nature à faire le jeu des prêtres. Les Francs-Maçons satanistes 
donnent, sans s’en douter, des armes contre la Franc-Maçon¬ 
nerie. 

« Ce que nous devons dire à la foule, c’est : — Nous adorons 
un Dieu, mais c’est le Dieu que l’on adore sans superstition. 

« A vous, Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Nous 
disons, pour que vous le répétiez aux Frères des 32 e , 31 e et 30 e 
degrés : — La religion maçonnique doit être, pour nous tous, 
initiés des hauts grades, maintenue dans la pureté de la doc¬ 
trine luciférienne. 

« Car le Dieu Lucifer de la théurgie moderne n’est pas le 
diable Satan de la vieille goétie. Nous sommes Ré-Théurgisles 
Optimates, et non praticiens de la magie noire. 

« Les prêtres, en inventant Satan, ont créé les sorciers, leurs 
sanglants sacrifices du moyen-âge, leurs folles assemblées, leurs 
criminels et horribles conventicules de goules et de stryges. 
Mais il y a deux magies : la magie lumineuse, et la magie des 
ténèbres. Il est vrai que les prêtres, lorsqu’ils ont eu l’omnipo¬ 
tence, ont persécuté également les mages de la sagesse et les 
mages de la folie, ont brûlé les Templiers, nos pères, aussi bien 
que les sorciers, oubliant que ces derniers, sans eux, n’eussent 
pas existé. 

« La magie créatrice du démon, cette magie qui a dicté le 
Grimoire du pape Honorius, l’Enchiridion de Léon III, les 
exorcismes de l’église catholique, les réquisitoires des Laubar- 
demont, les sentences des Torquemada, cette magie n’est pas la 
nôtre ; cette horreur, cette démence, avec son cortège de turpi¬ 
tudes et de cauchemars, c’est la Rome papale qui doit en porter 
la responsabilité. 

« Elle a été enfantée par Âdonaï, calomniateur de Lucifer. 
Dans sa rage contre son éternel et magnanime antagoniste, le 
Dieu Mauvais a bouleversé chez les hommes superstitieux la 
notion des choses saintes. Il a nié la divinité du Père du Rien 
et l’a appelé le Mal. Il a voulu écraser la raison sous les pieds 
de la crédulité aveugle. Il a perverti le sens de toutes choses ; il 
a porté son chaos jusque dans la logique des mots. L’hypocrisie 



— 212 — 


a été par lui transformée en sainteté; le vice, en vertu ; le men¬ 
songe, en vérité ; le caprice et l’arbitraire, en justice ; la diva¬ 
gation et la foi de l’absurde, en science théoîogique. La nuit a 
osé appeler nuit le jour; ténèbres, la lumière; licence, la 
liberté; erreur, la philosophie. L’orgueil qui se prétend infail¬ 
lible et se cantonne dans l’obscurité de ses dogmes illogiques 
et antinaturcls, l’orgueil superbe a eu le cynisme de nommer 
orgueil l’humble raison qui doute, qui ne croit que lorsqu’elle 
est sûre, qui n’émet une affirmation que lorsque la preuve des 
faits a été irrévocablement donnée par la science. Oui, Adonaï 
et ses prêtres ont jeté au ciel de notre Dieu toutes les boues de 
leur impudence, en qualiliant d’orgueilleuse l’intelligence rai¬ 
sonnable, qui cherche la solution des grands problèmes, qui 
marche sans cesse à une découverte nouvelle, qui est toujours 
insatiable de vérité. 

« Si Lucifer n était point Dieu, Adonaï, dont tous les actes 
attestent la cruauté, la perfidie, la haine de l’homme, la bar¬ 
barie, la répulsion pour la science, si Lucifer n’était point 
Dieu, Adonaï et ses prêtres le calomnieraient-ils? 

« Oui, Lucifer est Dieu, et malheureusement Adonaï l’est 
aussi. Car la loi éternelle est qu’il n’y a pas de splendeur sans 
ombre, pas de beauté sans laideur, pas de blanc sans noir; car 
•l’absolu ne peut exister que comme deux; car les ténèbres 
sont nécessaires à la lumière pour lui servir de repoussoir, 
comme le piédestal est nécessaire à la statue, comme le frein à 
la locomotive. 

<( En dynamique analogique et universelle, on ne s’appuie que 
sur ce qui résiste. Aussi l'univers est-il balancé par deux forces 
contraires qui le mainliennent en équilibre : la force qui attire, 
- et celle qui repousse. Ces deux forces existent en physique, en 
philosophie et en religion. Et la réalité scientifique du dualisme 
divin est démontrée par les phénomènes de la polarité et par la 
loi universelle dos sympathies et des antipathies. C’est pourquoi 
les disciples intelligents de Zoroaslre, ainsi qu’après eux les 
Gnostiques, les Manichéens, les Templiers, ont admis, comme 
seule conception métaphysique logique, le système des deux 
principes divins se combattant de toute éternité, et Ton ne peut 
croire l'un inférieur h l’autre en puissance. 

« Donc, la doctrine du Satanisme est une hérésie ; cl la vraie 
et pure religion philosophique, c’cst la croyance en Lucifer. 



— 273 — 


égal d'Adonaï, mais Lucifer Dieu de Lumière et Dieu du Bien, 
luttant pour l'humanité contre Adonaï, Dieu des Ténèbres et Dieu 
du Mal... » 

Tant qu’Albert Pike a vécu, le signor Adriano a mis un 
frein à son satanisme; il ne voulait pas courir le risque 
d’etre révoqué de sa présidence du Directoire Exécutif, 
pour cause de non-orthodoxie luciférienne ; on invoquait 
bien un peu Satan par-ci par-là, dans la maçonnerie dé¬ 
pendant du Sup.*. Cons.*, de Rome, mais sans faire grand 
bruit et pas officiellement. Mais, une fois Pike mort et 
enterré, et surtout lorsque Lemmi l’a su remplacé par 
l’incapable Georges Mackey, dit « Frère Tranquille » ou 
u le Chevalier Invisible », alors il ne s’est plus gène, et il 
faisait chanter Y Hymne à Satan à tous les banquets maçon¬ 
niques italiens. 

Les palladistes orthodoxes, ceux qui croient sincèrement 
(comme miss Diana) à la divinité de Lucifer telle que Pike 
Ta définie, ceux-là redoutaient à l’avance, comme la pire 
des catastrophes, l’élection de Simon au siège suprême, en 
cas de vote du transfert. 

Afin de bien marquer les deux opinions qui vivent dans 
les Triangles, — mais en faisant observer d’abord que, sur 
l’ensemble de tous les ateliers palladiqucs du globe, les 
non-orthodoxes ou satanistes sont l’infiine minorité, — je 
crois que le mieux à faire ici, c’est de reproduire quelques 
passages d’un article, remarquable par son exactitude et sa 
netteté, que M. le chanoine Mustel a publié sur les cas si 
contradictoires de miss Vaughan et de la Sophia, mettant 
en parallèle les deux grandes-maîtresses et faisant ressortir 
combien chez elles deux tout est opposé. C’est l’article 
intitulé Deux Lucifériennes, paru dans la Revue Catholique 
de Contances (n° du 15 juin 1894), après la démission défi¬ 
nitive de la grande-maîtresse de New-York. 

Voici des extraits de ce qu’a écrit M. le chanoine Mustel : 

18 



— 27i — 


Loin de se ressembler, les deux personnages, tons deux étranges, sur 
lesquels j’appelle de nouveau l’attention des lecteurs de la Revue , 
forment un contraste complet et qui me paraît aussi instructif 
qu’étonnant. 

Sophia Walder présente, à un degré difficile à dépasser, tous les 
caractères d’une adoratrice et d’une imitatrice fidèle de l’Esprit de 
ténèbres, de celui qui fut homicide dès le commencement. On l’a pu 
voir par les trois lettres d’elle que la Revue a publiées. Là déborde en 
laves incandescentes le feu sombre de haine, de fureur, de féroce et 
impérieux orgueil dont elle est une incarnation parfaite. Elle apparaît 
comme une vision réelle et une émanation directe de l’enfer, une sœur 
ou une progéniture entièrement ressemblante des esprits de l'abîme, 
écumant de rage et vomissant, avec une volupté sauvage et à torrents 
continus, les blasphèmes et les malédictions contre Dieu et tout ce qui 
est Dieu. 

La perversité satanique n’a peut-être jamais trouvé un être humain en 
qui elle se reproduisît plus exactement qu’en cette furie insatiable de 
sacrilèges et dont toutes les passions et toutes les facultés intellectuelles, 
vraiment puissantes, so concentrent sur un seul but : outrager et 
détruire, s’il était possible. Dieu et tout ce qui rappelle ou bénit çonnom. 

Il faut lire, dans le livre si instructif de M. De la Rive : La Femme 
et VEnfant dans la Franc-Maçonnerie , le rôle qu’elle a pris relativement 
à Barbe Ililger, et mieux encore peut-être les deux articles qu’elle 
publia dans la Lanterne à cette occasion, pour juger comme elle le 
mérite ce démon femelle. 

Cependant la justice nous oblige à rappeler qu’élevée dans le sata¬ 
nisme le plus pur par uu père digne d’elle, Sophia Walder n’a fait que 
mettre en pratique les leçons qui lui ont été données. Elle s’est formée 
sur le modèle de celui qu’elle adore et dans lequel on lui a montré le 
dieu suprême, YKxcelsus Excelsior . 

Aussi est-elle profondément digne de pitié plus encore que d’aversion; 
et, puisque la miséricorde de Dieu est infinie, il faut voir en elle son 
malheur plus encore que son elfrayanto scélératesse, et ne pas l’exclure 
de nos prières, en la jugeant indigne ou incapable de conversion. La 
bonté de Dieu est infinie. Et quel est le chrétien digne de ce nom qui 11 e 
fût prêt à donner son sang pour sauver cette âme ? Or, Notre-Seigueur 
Jésus-Christ, qui est meilleur et plus compatissant que nous, est mort 
et a demandé à son Père le pardon pour Sophia Walder, comme pour ses 
bourreaux et pour tous ses ennemis. 

Diana Vaughan est bien plus incompréhensible. Aussi M. le docteur 
Bataille déclare*t-il, dans son numéro d’avril de la Revue Mensuelle, 
qu’elle est « la seule de son cas » qu’il ait rencontrée. 

Il ajoute cette appréciation qui nous paraît très plausible et que nous 
avons plaisir à enregistrer : « J’incline à croire que le démon, en la 



— 275 — 


protégeant dans les conditions que j'ai expliquées, ne se retient peut- 
être pas, au sens absolu du mot, mais y est contraint par la volonté 
toute-puis«ante de Dieu. Le démon, lui aussi, n’est qu’un instrument. 
C’est même là ce qui me fait le plus espérer que la Grande-Maîtresse de 
New-York finira par se convertir, quoi qu’elle en dise. » 

Elle en est très loin, il faut l’avouer, si l’on consulte ses idées, ses 
résolutions et ses engagements actuels. Mais elle en paraît bien plus 
près, quand on interroge son cœur et ses actes. 

Ardente, active, pleine de zèle, hélas ! pour son abominable dieu et 
pour son culte, elle a d’ailleurs des vues droites et élevées et un sens 
moral juste et délicat. Sophia est perfide, Diana est franche; Sophia hait 
jusqu’à la mort, Diana ne hait personne, protège même ses adversaires, 
comprend et pratique le dévouement et la charité. Sophia est cupide, 
Diana est généreuse; Sophia a des mœurs infâmes, Diana est chaste et 
honore la vertu là où elle la voit et croit la voir. Sophia, enfin, connaît 
et comprend très bien son dieu, et c’est parce qu'il est la personnifi¬ 
cation et l’agent du mal, du désordre et de la révolte dans le monde, 
qu’elle le sert et l’adore. Diana se fait, au contraire, de Luciler, une 
image absolument contraire à ce qu’il est réellement; de sorte que, dans 
l’esprit mauvais, elle se figure, non ce qu’il est, mais l’antithèse de ce 
qu’il est. Elle s’imagine un Lucifer bon, protégeant le bien, miséricor¬ 
dieux même, tel, en un mot, que sont les anges de lumière, et c’est en 
le revêtant des perfections divines qu’elle se prosterne devant lui ; de 
sorte que son erreur n’est pas dans la conception qu’elle se fait de la 
divinité, mais elle consiste à attribuer les dons divins à l’infernal 
ennemi de Dieu. 

Cet état d’àme est extraordinaire, invraisemblable, même ; mais on ne 
‘peut expliquer autrement cette physionomie morale, vraiment mysté¬ 
rieuse et sympathique. C’est surtout par un vif sentiment de l’honneur 
que miss Diana est sortie de la Franc-Maconnerie. Il suffit, pour s’en 
convaincre, de lire le texte même de sa démission, texte avec lequel 
concordent tous ses actes antérieurs. 

Mais cette pièce ne témoigne pas moins clairement de sa générosité, 
de sa grandeur d’àme et de l’absence, chez elle, de tout fiel, de toute 
rancune, malgré son indignation légitimement irritée. 

Puis, M. le chanoine Mustel faisait l’éloge de la charité 
do miss Vaughan et énumérait quelques-uns de ses actes 
généreux ; et il ajoutait : 

Mais miss Diana ne borne point ses libéralités à ses tristes coreli¬ 
gionnaires. L’auteur de cet article le sait personnellement. Sans aucun 
motif, sinon delui témoigner qu’elle ne lui gardait pas rancune d’un acte 
dont, elle aurait pu se plaindre et se trouver offensée, elle lui adressait 



— 276 — 


de Londres, le 22 janvier dernier, deux billets de 100 francs « pour les 
pauvres f dont M. Mmiel a l'occasion de soulager la misère ». 

Ici, encore une citation d’aumônes à des communautés; 
religieuses, donl M. le chanoine Muslel a eu connaissance. 
Je supprime ce passage de l’article ; car je sais que ma 
noble amie m’en voudrait, si j’insistais sur ses actes de 
charité. 


Avec tout cela, continuait M. le chanoine Mustel en rappelant une 
récente interview de la jeune femme par un journaliste parisien, — 
avec tout cela, miss Diana croit d’une foi aveugle à la divinité de 
Lucifer. Elle se propose même de faire plus tard, à Paris, des confé¬ 
rences : « où j’expliquerai, dit-elle, complètement notre doctrine, que 
vous appelez néo-gnosticisme manichéen ; on verrait alors qu’elle n’a 
rien d’absurde, et que c’est bien nous, croyants du Palladisme, qui 
avons la vraie lumière... Je suis sûre que je gagnerais des âmes à mon 


iOieu. » 

Racontant une visite faite par elle à ses « chers Vaudois > du Pié¬ 
mont, elle disait au môme interlocuteur : « J’ai vu ces braves gens, si 
simples, si bons, si vertueux... Gomme on prie bien quand on est chez 
eux ! J’y ai prié de toute mon âme ! » N’est-ce pas étonnant de trouver 
une dévote de Lucifer ? 

Néanmoins, elle ne témoigne aucun mécontentement de ce qu’on 
prie pour sa conversion. 

Un de nos amis lui ayant dit qu’il y a des communautés (notamment 
un couvent de Carmélites du diocèse de N...) qui se sont vouées à prier 
pour elle chaque jour, jusqu’à sa conversion qu’on espère, quoi qu’elle 
en dise, elle répondit simplement, parlant des Carmélites : « Ce sont 
vos contemplatives ; j’aime mieux les Sœurs de Charité ; enfin, ce sont 
aussi de bonnes femmes. » 

Un do nos buts, en donnant ces détails, est de provoquer de saintes 
âmes à prier aussi pour cette àme si éloignée de la foi, mais que la 
connaissance et l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ pourraient 
élever si haut. 


Nous achèverons 
lettres qu’elle nous a 


de la faire connaître en reproduisant ici deux 
écrites cette année : 

Hambourg, 4 * r février. 


« Monsieur, 

« J’ai brûlé la première lettre (1) ; je garde précieusement la seconde; 
je savais votre bon cœur. 


(1) Il s’agit d’une lettre confidentielle que j’avais adressée à miss 
Vauan pour lui demander quelques renseignements. La seconde est 
celle* par laquelle je la remerciai de me les avoir donnés et de l’offrande 
qu'cite mettait à ma disposition» {Note de M. Mustel.) 



— 277 — 


« Il est aisé de deviner vos sous-entendus, et je ne m’en offense pas. 
De mon côté, je prie mon Dieu pour vous ; assaut de prières contraires; 
nous saurons dans l’autre vie, vous et moi, qui est dans le vrai. Etant 
bon, vous n’avez pas à craindre les atteintes du Mauvais, quel qu'il 
soit ; le Bon vous protège. 

« Ces lignes ne sont pas œuvre de prosélytisme, mais expression de 
ma pensée sincère. Gardez vos convictions, je garde les miennes. 
D’erreur religieuse ne compte pas devant le Bien éternel . » 

Miss Vaughan me chargeait ensuite d’avertir un écrivain catholique 
prêt à partir pour Pltalie et qu’elle croyait menacé par le palais 
Borghèse, de « ne pas commettre d’imprudences ». — Sur ce point, 
elle s’était méprise. 

Elle ajoutait : 

« Ne m’écrivez plus ; en ce moment, vos lettres ne me parviendraient 
pas. 

« Avec estime, mes civilités. < D. V. » 


Mais c’est la seconde lettre, reproduite par M. le chanoine 
Mustel, dans laquelle ma généreuse amie se peint le mieux. 
Le directeur de la Revue Catholique de Coûtâmes lui avait 
consacré un article, où, en passant, il l’avait qualifiée 
<Y « idolâtre » ; ayant eu connaissance de l’article, elle fut 
beaucoup chagrinée par ce mot ; elle était alors à Turin, 
sur le point de partir pour Rome, et cette lettre-ci a son 
importance à cause de cela. Elle monti'e sa sérénité d’âme, 
au moment où elle méditait sa dernière entrevue avec 


Lcmmi, puisqu’elle l’a écrite la veille même du jour où elle 
tomba chez lui à l’improviste, lui remettant sa démission 
complète et définitive. 

Voici cette lettre, telle que M. le chanoine Mustel l’a 
publiée : 

Turin, le 18 avril 1894. 

« Monsieur l’Abbé, 


« En plusieurs circonstances, vous avez parlé de moi avec des égards 
auxquels j’ai été sensible. Je tiens à vous en remercier. Un mot 


malheureux vous a échappé, pourtant; vous m’appelez « idolâtre ». 


Pourquoi ? 


« Dans toutes les religions, une statue sur l’autel est un symbole, et 
nous ne sommes « idolâtres » ni vous ni moi. Ne tirez pas offense de 
mon observation, je vous prie ; elle est faite sans âpreté ni rancune, 


et je sais que vous n’avez pas décoché ce mot par intention blessante. 



« Je voudrais voir inutilisés à jamais tous les mots quelque peu sen¬ 
tant rinvcctive, quand on aborde d’une part ou d’autre les questions 
de désaccord religieux. Contre l’improbité et les crimes, flétrissure 
impitoyable ; pour la différence d’opinion, sioeet-tcmperedness . 

* Laissons. C’est votre intention générale que je retiens. Aussi 
vous suis-je reconnaissante. Surtout, je ne suis point accoutumée à la 
courtoisie de la part dos prêtres catholiques. Cette ville-ci me rappelle 
un moine qui m’outragea, il n’y a pas fort longtemps. Il s’insinua 
auprès de moi, par l'intermédiaire d’un ami, en se donnant pour uu 
prêtre ordinaire; il ne fallut pas de longues relations avant l’explosion 
de sa méchanceté; dès lors qu’il me comprit réfractaire à son prosé¬ 
lytisme, il m’injuria. Je viens d’apprendre ici quel il est réellement ; 
c’est un jésuite, nulle surprise ; il se nomme le Père... Pauvre monsieur 
le jésuite ! sa brutalité lui reste. 

< La bonté du cœur est le plus doux parfum dans l’humanité. Je 
viens de visiter ici nos chers Vaudois. Si vous venez quelque jour en 
pèlerin pour le pape, arrêtez-vous à Turin, et faites une excursion à 
Torrc-Pellice, centre dos vertueuses communautés vaudoises; il ne faut 
pas trois heures en chemin de fer, et je vous assure que ces braves 
<œns méritent d’être vus chez eux. Leurs communautés ont triomphé 
des persécutions les plus sanglantes ; elles sont là depuis six cents ans. 
Ali î leur objectif religieux n’est pas le vôtre; mais vous ne pourriez 
moins faire que leur rendre justice, admirer leur simplicité, recon¬ 
naître que l’incroyance à l’idéal catholique ne dessèche point la plante 
vivace du cœur humain, ne saurait empêcher même l’épanouissement 
de toutes les vertus. 

« Cette lettre n’est aucunement pour la publicité, car les esprits 
étroits de votre religion vous feraient un crime de l’avoir reçue, et je ne 
veux vous nuire (1). Retenez-la comme un remerciement et un gage de 
sympathie ; ainsi je songe à ces frêles lianes qui mettent en contact, 
sans les lier, les cimes de deux arbres d’espèce contraire et chacun 
fortement enraciné, par leur guirlande gracieuse au-dessus de l’abîme 
profond, infranchissable. 

« Veuillez agréer, monsieur, avec mon estime, mes civilités. 

< D. Vàughan. > 

! 

M. le chanoine Muslcl terminait en disant qu’il pourrait 
faire beaucoup de remarques au sujet de cette dernière 
lettre, mais que c’était inutile et que les lecteurs les feraient 

(1) Miss Diana se trompe ici complètement, mais quoi d’étonnant? 
Ajoutons qu’avant de publier sa lettre nous nous sommes assuré qu’elle 
ne s’y opposait pas. [Note de M, Mustel.) 



eux-mêmes sans peine. Enfin, il insistait une dernière fois 
sur la différence énorme, « entre les lettres de Sophia, vraies 
piqûre.’ d’aspic, et les leltres de miss Vaughan, jalmes, 
sereines ut d’une exquise politesse » ; et il donnait ces deux 
lignes pour conclusion, qui sera aussi dans le cœur de tous 
mes lecteurs : 

« Que Dieu la délivre du joug qui l'empêche de lever 
vers lui scs regards et de le reconnaître ! » 

Reprenons notre récit où nous en étions, c’est-à-dire 
lorsque la grande-maîtresse de New-York, après quelques 
visites à des amis de France, prit la route de l’Ilalie pour 
le Convent du 20 septembre 1893 ; car les faits de la digres¬ 
sion qui précède sont postérieurs à cette grande assemblée 
secrète de la haute-maçonnerie. 

Miss Vaughan n’attendit pas le 1§ septembre pour être à 
Rome; mais elle y fut d’abord incognito, afin de mieux se 
rendre compte des manœuvres de Lcmmi. Si le circoncis de 
Stamboul a des agents, par contre, miss possède des amis 
sûrs et fidèles, même parmi ceux qui approchent le grand- 
maître-fripon. Donc, elle connut bientôt exactement tout ce 
qui se passait. 

Lcmmi agissait déjà en vrai maître absolu. Sous prétexte 
d’empêcher des indiscrétions, il avait, quelque temps 
auparavant, porté un décret, par lequel il commandait que, 
jusqu’à nouvel ordre, parmi les Inspecteurs Généraux du 
Palladium et les grands-maîtres provinciaux, toute corres¬ 
pondance de chef à chef touchant les questions de haute- 
maçonnex-ie, devrait être envoyée au Souverain Directoire 
Exécutif, afin qu’il en prenne connaissance avant la trans¬ 
mission, cette mesure despotique étant applicable aux 27 
provinces européennes ; on avait l’obligation de lui envoyer 
la lettre sous deux enveloppes, l’extérieure, fermée, à son 
r.om, et l’intérieure, ouverte, au nom du destinataire, et 
ses secrétaires prendraient ainsi connaissance de la missive 



— 280 — 


et en feraient ensuite l’envoi. Il invoquait pour cela une 
prétendue trahison, à réprimer avec urgence. Il y eut 
mécontentement de plusieurs, cette manière d’opérer faisant 
perdre du temps ; alors Lemmi, ne voulant pas compro¬ 
mettre sa popularité chez les hauts-maçons européens, déclara 
que maintenant son but était atteint et révoqua son décret. 
La vérité est qu’il l’avait édicté dans un moment de colère ; 
mais aucune trahison ne fut signalée par la suite. C’était 
une invention de sa part, pour voir jusqu’à quelles exigences 
de sa tyrannie scs futurs sujets des triangles se plieraient. 

A Rome, tout ce qui est juif ou protestant dans la haute- 
maçonnerie s’agitait en faveur de Lemmi. Les délégués, sitôt 
arrivés, faisaient connaître leur adresse au Souverain Direc¬ 
toire Exécutif, ainsi que cela avait été arrêté, et Lemmi leur 
envoyait ses émissaires, ses « entraîneurs ». La plupart des 
délégués profitaient du voyage pour aller d’une' ville à 
l’autre, visitant la belle Italie : partout les agents de Simon 
les rejoignaient et faisaient œuvre de toute leur astuce pour 
les attirer à la cause du transfert et leur vanter le dévoue¬ 
ment de leur patron. 

D’ailleurs, Lemmi a su toujours se faire bien voir des 
ministres protestants, qui, presque partout, sont les auxi¬ 
liaires de la secte. On serait stupéfait, si la liste était dressée 
de tous ceux qui en font partie. 

En Italie, les plus dévoués à Lemmi sont : 

Le pasteur Gray, demeurant à Rome, via Venti-Settembrc, 
son ami intime et l’un de ceux à qui il demande souvent 
conseil ; ce révérend, né en Ecosse, est presbytérien, et il est 
du Rite Ecossais Ancien Accepté sous la bannière de son 
digne ami. 

Le docteur Ncvin, autre ministre protestant, demeurant 
aussi à Rome, via Fircnze; il est né en Amérique et appar¬ 
tient à un Rite américain ; il va aux Etats-Unis chaque 
année; comme protestant, il est un grand propagandiste 
parmi les épiscopaux. 



— 281 — 


Le révérend Mac-Dougall, établi à Florence, encore un 
ministre protestant (presbytérien), qui est franc-maçon et 
l’un des agents d’Adriano. 

Le pasteur Teofilo Gay, 33 e , disciple du précédent; à force 
d’intrigues, il s’est fait une position chez les Vaudois ; j’ai 
dit comment il s’est vendu à Lemmi, à l’époque de la trahison 
de Riboli ; il passa au Suprême Conseil de Rome et en est 
devenu le grand orateur. 

Voilà les principaux qui, avec Philéas Walder, — ancien 
ministre protestant, lui aussi, anabaptiste, puis mormon, — 
furent les grands recruteurs à la solde du Chef d’Action poli¬ 
tique, ambitieux du souverain pontificat de la secte univer¬ 
selle. Ils entraînèrent des défections, avec les arguments 
astucieux de leur rouerie, et surtout avec l’or que Simon 
mit à leur disposition. 

Mais il faut dme aussi un mot de l’état troublé où était 
l’Italie, au point de vue parlementaire. Le cabinet Giolitti 
avait fait la culbute à son tour, et personne ne pouvait 
songer que le roi Humbert aurait confié encore une fois le 
mandat de constituer le nouveau ministère au F.*. Fran¬ 
cesco Crispi, qui était déjà tombé sous une explosion d’indi¬ 
gnation de tout le pays. C’est dans cet état pathologique de 
ta péninsule que le Convent secret de la haute-maçonnerie 
allait se tenir le 20 septembre.— Où? — Le 15, Lemmi avait 
fait savoir aux délégués que ce ne serait ni à Milan ni à 
Naples, comme on l’avait cru, mais à Rome. — Et, d’autre 
part, le grand-maître-fripon avait négocié un pacte secret 
avec Crispi. Adriano ferait agir en faveur de Francesco 
toutes les influences des sénateurs, députés, fonctionnaires, 
et de tous les autres personnages politiques qu’il a dans la 
main, et tous feraient croire au roi que Crispi était rede¬ 
venu l’homme indispensable ; mais, en revanche, Crispi 
s’était engagé vis-à-vis de Lemmi à détruire, aux archives 
secrètes du ministère, le fameux texte authentique de la 



— 282 — 

condamnation marseillaise de 1844, reçu par Cavour de la 
chancellerie de France. 

Quand Crispi, redevenu ministre, voulut plus tard exécu¬ 
ter sa promesse, il en fut bien empêché. Le dossier Àdriano 
Lemmi, qui avait été autrefois à la division politique des 
affaires étrangères et qui ensuite avait été transféré à la divi¬ 
sion de la police politique et administrative au ministère de 
l’intérieur, 11 e se trouvait plus nulle part. Crispi lit appeler 
M. Leonardi, chef de la police politique; celui-ci ne put 
plus montrer qu’une couverture vide. « Passez, muscades! » 
il n'y avait plus rien; le document principal et la corres¬ 
pondance annexée avaient disparu, et l’infortuné chef de la 
police politique et administrative n’y avait vu que du feu. Et 
il n’élait pas coupable, le cher homme, je vous en réponds! 
Tout ce que je puis dire (le lecteur comprendra ma discré¬ 
tion), c’est que ce petit miracle de prestidigitation a coulé 
Î50.000 fr. à miss Diana Vaughan. 

Encore, si le dossier s’était détruit tout seul, par un 
autre miracle, Lemmi et Crispi n’en auraient pas été 
mécontents; mais il était évident qu’il existait quelque part, 
car miss Vaughan fit passer sous les yeux des délégués du 
Convcnt, le 20 septembre, la photographie des pièces prin¬ 
cipales qui démontraient l’indignité de l’intrus du palais 
Borghèse. Si ce document capital, que le greffe du Tribunal 
de Marseille aujourd’hui ne délivrerait plus, n’existe pas 
aux archives du gouvernement italien, c’est précisément 
afin qu'il soit à jamais conservé pour l’histoire et que tout 
le monde le puisse bien voir. 

Le voici!... Le voici, le vieux papier dont a parlé 
Imbriani. Frères et sœurs de la haute-maçonnerie des 
Triangles, et vous aussi, francs-maçons gogos qui ne con¬ 
naissez rien au delà des ateliers des rites olliciels, admirez, 
mettez vos luneUes pour mieux lire, et contemplez le glorieux 
passé de votre glorieux chef, l'enjuivé Adriano Lemmi* 



— 283 — 


Miss Diana Vaughan a eu l’obligeance de me mettre en 
mesure de publier ici la reproduction fac-similé, obtenue 
pur la photogravure (en réduction pour entrer dans ces 
pages), de la copie officielle, authentique, de la condamna¬ 
tion de Lemmi ; copie écrite par un employé du greffe du 
Tribunal de Marseille pour M. Mourier, procureur impé¬ 
rial prés le Tribunal de l ro instance de Marseille; copie 
que M. le procureur Mourier a revêtue du sceau du Tribu¬ 
nal, afin d’attester rauthonücité du document; copie que 
M. le procureur Mourier a transmise àM. Delanglc, garde 
des sceaux, qui la lui avait demandée et qui la remit à 
M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères du gouver¬ 
nement de Napoléon III. 

Ce document, qui est resté de 1861 à 1893 dans les 
archives secrètes du ministère italien, voici comment il 
arriva à Turin : — On saii quelle fut, en 1860 et en 1861, 
l'anxiété de Cavour, voulant soustraire à Garibaldi, vain¬ 
queur en Sicile et à Naples, la direction exclusive et Pexten- 
sion indéfinie du mouvement révolutionnaire; Garibaldi 
était accaparé par les mazziniens, les Crispi, Bertani, Saffi, 
Philippe de Boni, Alberto Mario, Bixio, Türr, Lemmi, 
Co/enz, Medici, Bordone, Sirtori. Le prodictateur Pallavicino 
Trivulcio dut inviter Mazzini h quitter Naples et en fit sortir 
Crispi. Cavour craignait qu’après avoir donné en secret les 
millions piémontais pour l’cxpédilion garibaldicnne contre 
François II, son cher roi Victor-Emmanuel soit frustré du 
royaume des Deux-Siciles et qu’il s’y instituât une répu¬ 
blique; les mazziniens y poussaient. Le 7 juillet 1860, 
Garibaldi, sous l’influence des mazziniens, avait montré 
qu’on pouvait agir sans Cavour, puisqu’il avait expulsé de 
Païenne La Farina, un des hommes les plus dévoués au 
ministre “piémontais. Puis, après une petite comédie de 
conciliai ion, imaginée par Bertani, les cavouristes et les 
mazziniens firent la paix ensemble, à la fin de 1860. Le 



7 novembre, Victor-Emmanuel fit son entrée à Naples; la 
dictature de Garibakli cessa, et Cavour, tout en travaillant 
à organiser au profit de son roi l'administration des terri¬ 
toires volés à François II, avait à contenir les révolution¬ 
naires qui y étaient restés après le départ de leur chef pour 
Caprora, en môme temps qu’il s’occupait d’enlever au sou¬ 
verain légitime ses dernières positions militaires. Alors, le 
prince Eugène de Carignan avait été envoyé à Naples au 
titre de lieutenant du roi, emmenant avec lui, comme secré¬ 
taire d’Elat, le jeune diplomate Constantin Nigra, lequel 
quittait pour cette mission son poste d'ambassadeur du 
Piémont à Paris. Or, le chevalier Nigra était très attaché à 
Cavour, à qui il devait sa fortune politique depuis 1855; 
il l’avait accompagné dans tous scs voyages, lui avait servi 
de secrétaire particulier pendant les conférences de Paris; 
Cavour, son protecteur, lui avait confié les missions les 
plus délicates, et c’est Nigra qui, en 1859, avait habilement 
mené les négociations qui aboutirent à la guerre austro- 
ilalienno et au mariage du prince Napoléon avec la prin¬ 
cesse Clotilcle. On sait que, pendant la guerre d’Italie, il 
fut le trait d’union entre Napoléon 111 et Cavour, qui 
avaient tous deux la plus gTandc confiance en lui ; toute la 
correspondance secrète entre l’empereur français et le 
ministre piemontais passa entre scs mains. Aussi, lorsqu’il 
vit à Naples que les mazziniens ne s’accommodaient pas de 
l’administration du prince Eugène de Carignan, il résolut 
de rendre un grand service à Cavour en lui fournissant 
de quoi obliger à la tranquillité ceux qui avaient du linge 
sale. Mettant à profit scs bonnes relations avec NapoléonIII, 
qui n’aimait guère les mazziniens depuis les bombes 
Orsini, il s’adressa directement à l’empereur et lui de¬ 
manda de lui procurer tous les documents prouvant la 
malhonnêteté des révolutionnaires italiens ayant quelque 
peu habité en France, et môme celle des révolutionnaires 



— 285 - 


français, comme Bordone et autres, qui étaient venus à 
Naples. Napoléon III donna donc ses instructions à ses 
ministres Thouvenel et Delangle. Les greffes correction¬ 
nels eurent leurs ai'chives examinées avec soin, et c’est 
ainsi que le document concernant Lemmi fut envoyé par 
le procureur Mourier au garde des sceaux Delangle. 

On voit que ce papier-là est précieux, et qu’il vaut bien 
les 30.000 fr. que miss Vaughan a employés pour le sauver 
de la destruction promise par Crispi. 

Ce document, envoyé par M. Thouvenel le 2 mars 1861 à 
M. le baron Charles de Talleyrand-Périgord, ambassadeur 
de France à Turin, fut remis par celui-ci au comte de 
Cavour. Il avait fait le voyage avec un autre dossier judi¬ 
ciaire concernant un autre mazzinien, qui se trouve, lui 
aussi, au nombre des ennemis de miss Diana Vaughan: 
c’est le dossier de Bordone, également demandé et obtenu 
par Nigra pour les archives secrètes de Cavour. Ce dossier r 
miss Vaughan le possède aussi ; mais, Bordone étant moins, 
important que Lemmi, il ne lui a coûté que 10.000 fr. 
Cependant, il est bon de dire que ce dossier contient trois 
condamnations, dont une à deux mois et une à trois ans de 
prison pour escroquerie, prononcécspar les tribunaux correc¬ 
tionnels de Paris et de Cherbourg. Je sais que M. le général 
Cluseret, aujourd’hui député français, a eu entre les mains, 
pendant qu’il était délégué à la guerre sous la Commune, 
la correspondance échangée entre le chevalier Nigra et le 
ministre des affaires étrangères de France, M. Thouvenel, 
pour avoir le dossier Bordone; M. Cluseret n’est pas un 
clérical, certes, mais il est un homme sachant rendre témoi¬ 
gnage à la vérité, et je suis certain qu’il ne me démentira 
pas. J’ajoute que Bordone, quand le gouvernement de Victor- 
Emmanuel lui montra, les documents qui le concernaient, 
en prit son parti ; et savez-vous ce qu’il fit pour ne pas les 
voir exhibés? Il se fit l’espion de Garibaldi au profit des 



gouvernements italiens et français !... Voilà ce qu’a été 
Bordone, l'homme qui, avant Larocque, présidait le Triangle 
parisien Saint-Jacques , assisté de la grande-maîtresse sa 
digne amie, l’odieuse Sopliia YValderî... 

Le F.*. Bordone, ce fameux héros des Loges et des 
Triangles, est descendu encore plus bas dans l’infamie. 
Quand l’empire sombra au milieu de la guerre avec la 
Prusse, et alors que Gambetta lit venir Garibaldi, croyant 
qu’il allait sauver la France, Bordone se vendit à Bismark. 
Il réussit à se faire nommer général chef d’état-major 
auprès de Garibaldi, et il informait le général en chef 
allemand de tous les mouvements que Tannée des Vosges 
allait opérer. Par sa trahison, il faillit faire tomber à Autim 
cette petite armée au pouvoir de l’ennemi ; elle ne fut 
sauvée que par une manoeuvre opportune de Cremer. Je 
sais que Cluscret connaît toute l’histoire de cette tràhison ; 
s'il voulait la raconter, il pourrait écrire là-dessus quelques 
pages bien intéressantes. 

Mais laissons'là l’infâme Bordone. 

Maintenant, je publie ci-contre (aux pages 287 à 292) la 
reproduction fac-similé, en réduction par la photogravure, du 
jugement qui restera l’une des hontes d’Àdriano LemmL 
C’est bien le document meme qui a été photographié. Le 
lecteur, d’ailleurs, comprendra sans peine que je ne m’expo¬ 
serais pas à une poursuite pour faux ; car une photographie 
a la valeur de l’original, au regard de la loi, et si cette 
pièce n’était pas vraie, par sa publication ici je serais un 
faussaire, condamnable comme tel. 



— -287 




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292 — 



Mais on savait, par l’audace que montra Lemmi en 1890, 
lorsqu’Imbriani dit, à la tribune du Parlement, que Lemmi avait 
été condamné comme voleur, et lorsque la Voce délia Verità 
(voir plus haut, page 191) donna la date du jugement, on savait 
qu’il se tenait fort de sa fausse déclaration devant le Tribunal 
correctionnel, à qui il s’était dit natif de Florence. 11 avait cru se 
tirer d’embarras en disant : « Adriano Lemmi, de Florence, 
condamné à Marseille en 1844, avait alors vingt-deux ans ; moi, 
je suis Adriano Lemmi, de Livourne, j’étais alors à Constan¬ 
tinople, et j’avais vingt-quatre ans ». (Voir plus haut, page 67.) 

Pour confondre le mensonge du scélérat, miss Vaughan, par 
ses amis, s’était procuré l’acte de naissance de Lemmi. (Voir 
celui reproduit page 9, il a la môme valeur que celui mis entre 
les mains de la grande-maîtresse de New-York.) En outre, ses 
amis lui remirent une pièce notariée des plus importantes, dont 
voici maintenant le fac-similé , en réduction par la photogravure : 



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i. 




Ce document qui précède amène nécessairement une 
petite explication et ensuite a besoin d’être traduit. 

La pièce est ce qu’on nomme un « procès-verbal de cons 
taîation cle fait ». Le voleur du docteur Grand-Boubagne 
savait que les Lemmi sont assez nombreux dans l’ancienne 
capitale du grand-duché de Toscane. C’est pourquoi, lors 
qu’il avait répondu à la Voce délia Verità y il espérait qu 
dans le nombre il se trouverait quelque Adriano, sur le do 
duquel sa condamnation retomberait ; il aurait fallu alor 
faire une enquête sur cet autre Adriano, cola eût été la bou 
teille h l’encre, et notre héros aurait bénéficié des doutes. 

Alors, en 1891, des patriotes italiens, adversaires de 
Lemmi et amis de la France, eurent la curiosité de faire 
vérifier sur les registres de l’état-civil de Florence pou 
savoir s’il était vraiment né dans cette ville en 1822 quelque 
Adriano Lemmi, à qui pourrait s’appliquer le jugement de 




1844 du tribunal de Marseille condamnant un voleur de ce 
nom âgé de 22 ans. Afin de pousser la constatation plus loin 
encore et pour supprimer tout doute, ils firent porter les 
recherches de l’officier de l’état-civil non seulement sur 
l’année 1822, mais encore sur les années 1820 et 1821, 
d'une part, 1823 et 1824, d’autre part, soit sur une période 
de cinq ans. Or, les recherches ont fait découvrir que, 
pendant ces cinq ans, il est né à Florence neuf enfants 
Lemmi du sexe masculin, et pas un seul d’entre eux n’a 
reçu, parmi ses prénoms celui d’Adriano. On voit bien là la 
main de la Providence. 

C’est maître Carlo Qucrci, notaire à Fiésole, près Florence, 
qui a prête son concours officiel pour faire cette décisive 
constatation ; et une photographie de son procès-verbal a 
été remise h miss Vaughan, à l’époque du Convent secret, 
pour qu’elle joigne cette pièce à son dossier. 

Voici la traduction littérale de ce document qui ferme la 
bouche menteuse du grand-maître-fripon Adriano Lemmi : 

Copie authentique . — Répertoire : n° 2327 ; fascicule 845. 

Sous le règne de S. M. Umberto, par la grâce de Dieu et la volonté de 
la Nation, roi d’Italie. 

L’an mil huit cent quatre-vingt-onze, le cinq du mois de janvier, 
place du Dôme, n° 24, dans les bureaux des travaux du Dôme. 

A la requête du sieur Michèle, fils d’Alessandro Boselli, propriétaire, 
né à l’incisa et domicilié à Florence; 

Moi, Carlo, fils du chevalier et docteur Vincenzo Querci, de Nola, 
résidant publiquement dans la commune de Fiésole, inscrit près le 
Conseil des notaires de Florence, je me suis transporté dans la localité 
susdite, et j’y ai retrouvé ; 

Le sieur Giuseppe, fils de défunt Giovachino Cecconi, conservateur 
des Extraits de Baptême de l’œuvre séculière de Santa-Maria del Fiore, 
né dans la commune de Sesto, florentin et domicilié à Florence, lequel 
m’est personnellement connu. 

En ma présence et devant les sieurs RafTaello, fils de défunt Luigi 
Nannelli, relieur, né et domicilié à Florence, et Enrico, fils de défunt 
Vincenzo Vannini, menuisier, né et domicilié â Fiésole, témoins 
réunissant toutes les conditions requises par les dispositions de la loi 
en vigueur, le sieur requérant a déclaré au susdit sieur Cecconi qu’il a 



— 301 — 


intérêt à constater quels sont et en quel nombre les enfants mâles du 
nom de Lemmi qui figurent comme ayant été baptisés dans la Basilique 
de San-Giovanni de Florence (1) dans les années 1820, 1821, 1822, 1823 
et 1824. 

Ceci posé, et après avoir, moi Notaire, toujours sur la requête ci- 
dessus, prêté entre les mains dudit sieur Cecconi le serment de dire 
toute la vérité, serment que lui aussi a prêté dans les formes prescrites, 
ledit sieur Giuseppe Cecconi, en sa qualité susdite, a déclaré : 

Premièrement, que dans les registres de l'Œuvre séculière de Santa- 
Maria del Fiore, conservés par lui dans ces Archives, se trouvent notés 
et indiqués tous les individus de l’un et de l'autre sexe, qui ont été 
baptisés dans l’Insigne Basilique de San-Giovanni de Florence, de 1450 
jusqu'à aujourd’hui; 

Deuxièmement, que d'après lesdits registres, les individus du sexe 
masculin portant le nom de Lemmi, qui ont été baptisés dans l'Insigne 
Basilique de Saint-Jean-Baptiste de Florence dans les années 1820, 1821, 
1822, 1823 et 1824, sont les suivants : 

1° Lemmi Euxtachio Giuseppe-Raffaelio y fils de Vincenzo (fils de Matteo) 
et d'Anna (fille de Giovanni-Battista Morandi), né le 5 mai 1820, dans 
le quartier de San-Gaetano ; 

2° Lemmi Pietro , fils de Giuseppe (fils de Bartolomeo) et de l’Assunta 
(fille de Andrea Benci), né le 28 avril 1820, dans le quartier de Santa- 
Maria-à-Ricorboli ; 

3° Lemmi Gaetano-Giuseppe-Raffaello , fils de Vincenzo (fils de Matteo) 
et d’Anna (fille de Giovanni-Battista Morandi), né le 7 juin 1821, dans 
le quartier de San-Gaetano ; 

4° Lemmi Gaetano-Giuseppe-Raffaello y fils de Vincenzo (fils de Matteo) 
et d’Anna (fille de Giovanni-Battista Morandi), né le 28 mai 1822, dans 
le quartier de San-Gaetano ; 

5° Lemmi Pietro-Marîa-Baldassarre t fils de Luigi (fils d’Agostino) et 
d’Anna (fille de Sebastiano Fanfacci), né le 28 juin 1822, dans le 
quartier de San-Salvi ; 

6° Lemmi Angiolo-Maria , fils de Luigi (fils de Bartolomeo) et d’Angiola 
(fille d’Angiolo Traballesi), né le 4 février 1823, dans le quartier de 
San-Salvi ; 

(1) Il est important que le lecteur sache ceci : à Florence, les 
baptêmes se font exclusivement à la Basilique de Saint-Jean, autrement 
nommé « le Baptistère », qui est l’ancienne cathédrale et se trouve 
une dépendance de la nouvelle (Santa-Maria del Fiore ou le Dôme). Je 
le répète, on ne baptise pas dans les autres églises, et par conséquent 
c’est là seulement que le notaire avait à faire sa constatation. Il est 
bon de rappeler aussi qu’en Italie, comme en d’autres pays catholiques, 
les naissances sont enregistrées à l’église, et non à la mairie comme en 
France, 



302 — 


7° Lemmi Giovanni - Luigi - OJoardo , fils de Gaspero (fils de Francesco) 
et de Gaetana (fille de Luigi Agostini), né le 9 août 1823, dans le 
quartier de San-Frediano ; 

8° Lemmi Franco-Matteo-Baldassarrc, fils de Vincenzo (fils de Matteo) 
et d'Anna (fille de Giovanni-Battista Morandi), né le 4 octobre 1824, 
dans le quartier de San-Gaetano ; 

9° Lemmi Ercole^Fcrdinando-Baldassarre , fils de Roberto (fils de 
Niccola) et de Teresa (fille de Domcnico Bosi), né le 10 octobre 1824, 
dans le quartier de San-Pictro-in-GattoIino ; 

Troisièmement, qu'aucun autre individu portant le nom de Lemmi 
ne figure pendant les cinq années indiquées dans lesdits registres 
(1820, 1821, 1822,1823 et 1824). 

Et moi, Notaire, en étant requis, j’ai rédigé sur tout cela le présent 
procès-verbal, qui, écrit par moi en deux feuilles d'une lire et vingt 
centimes, récrit occupant environ cinq pages, a été fait en observant 
toutes les formalités de la loi, puis été signé à la fin comme ci-des¬ 
sous et en marge de l’autre folio par le sieur requérant, par le sieur 
Cecconi, par les témoins et par moi. 

Et avant d’apposer les signatures, moi Notaire, j'ai donné lecture de 
tout ce qui précède, en présence des témoins, au sieur requérant et au 
sieur Cecconi, lesquels, interpellés par moi, ont déclaré que le tout écrit 
ci-dessus était en tout point conforme à la vérité et à leur volonté. 

Signatures : Michèle Boselli, requérant; Giuseppe Oecconj, conserva¬ 
teur des archives; Raflaello Naniselu, témoin; Enrico Vannini, 

témoin; Carlo Quercj, notaire. 

Enregistré * Florence le 10 janvier 1891, reg, 115, folio 170, rr 2398. L. 1,20, n*15* 
— Le Contrôleur : C. Cingiui. 

Le Receveur : C\ Regano. 

— J'atteste que la copie ci-dessus est conforme à l’original, signé en 
marge selon la loi, et déposé chez moi, Notaire. Ladite copie est laissée 
pour collationnement au sieur Michèle Boselii. 

Ce dix janvier mil huit cent quatre-vingt-onze. 

Signé : Carlo Querci, notaire. 

Vu pour la legalisation de si 
gnature du sieur Carlo Querci, notaire 
de Fiesole. 

Florence, le 10 janvier 1891. 

Le président du Tribunal Civil : 
;G. de Aluerti. 

Ce document authentique prouve donc, avec une valeur 
irréfragable, qu’il n’est pas né à Florence d’Adriano Lemmi 


Honoraires. 3 lire 

Papier timbré. 3 G0 

Copie. 2 00 

Collationnement. 1 00 

Légalisation. 3 20 


121.80 








quelconque, à qui pourrait s’appliquer l'infamante condam¬ 
nation marseillaise de 1844. Il n’y a qu’un seul et unique 
Adriano Lemmi, qui avait exactement vingt-deux ans en 
cette année 1844, et qui venait réellement de Livourne, 
ainsi que l’a constaté l’instruction et l’a consigné le juge¬ 
ment; c’est rAdriano Lemmi né à Livourne en 1822, c’est 
le fils de Fortunato Lemmi et de Teresa Merlini, c’est le 
grand-maître suprême actuel de la Franc-Maçonnerie Uni¬ 
verselle. 

Mais nous arrivons au Convent où la corruption et la 
fraude ont produit son élection. 

Ce jour du 20 septembre 1893, l’aspect de la Ville Eter¬ 
nelle fut d’un calme extraordinaire ; pas des bruits, ni les 
cris do joie des années précédentes : les citoyens, impres¬ 
sionnés par les vols et les prévarications sans nombre 
commises par des députés et même des ministres, par 
toutes les extorsions pratiquées au détriment de la Banque 
Romaine dont le scandale commençait, n’étaient pas dis¬ 
posés, ceux-là mêmes qui avaient jusqu’alors approuvé la 
réunion de Rome au royaume italien, à fêter pour la 
23 e fois l’anniversaire de la brèche de la Porta-Pia. On 
savait maintenant que par cette brèche étaient entrés à Rome 
l'immoralité et le libertinage, y produisant une affreuse 
misère et la ruine complète de plusieurs familles de l’an¬ 
tique et noble patricial. 

Les Romains, d’ordinaire joyeux, paraissaient avoir le 
deuil au cœur, ce jour-là. Ils ne pouvaient pas, sans frémir, 
penser que le peuple meurt de faim, tandis que les gou¬ 
vernants volent des millions, en se proclamant honnêtes et 
patriotes. Cependant l’affichage officiel avait été fait pour 
dire que ce jour était une « fête nationale » ; les fonction¬ 
naires pavoisèrent, et aussi les employés du gouvernement 
qui ne voulaient pas s’exposer à perdre leur place ; mais 
ce fut là toute la décoration des fenêtres dans la ville, et 
ce fut maigre. 



— 304 — 


Le matin, quelques sociétés dites patriotiques, c’est-à- 
dire les sociétés garibaldiennes, ayant à leur tête l’imman¬ 
quable association des Iieducci ou « vétérans des batailles 
de la patrie », allèrent au Panthéon, selon leur habitude, 
pour déposer des couronnes sur le tombeau de Victor- 
Emmanuel, accompagnées, sur tout leur passage, par l'in¬ 
différence générale. Seuls, les notables francs-maçons 
s’étaient joints aux glorieux débris des bataillons de la 
chemise rouge. 

L’après-midi, les mêmes sociétés dites patriotiques, mais 
n’ayant plus dans leur cortège les notables francs-maçons, 
allèrent parader à la Porta-Pia, suivis de bandes de gamins 
débraillés. Là, après les notes harmonieuses de la Marche 
Royale, le prince Ruspoli, syndic (maire) de la capitale, lut 
un discours de circonstance, qui est chaque année le même, 
célébrant « Rome délivrée du joug des prêtres par la valeur 
des armées italiennes » et la déclarant « conquête intan¬ 
gible », pour répéter le mot du roi Humbert. Le F.'. Raffaële 
Cadorna ne laissa pas échapper cette occasion de rappeler 
qu’il était l’auteur de la brèche sacrilège et le chef des 
envahisseurs ; c’est pourquoi il envoya au syndic un télé¬ 
gramme, dont fut donnée lecture, et où il se glorifiait avec 
sa vanité bien connue. 

Le soir, à la place Colonna, il y eut concert par la 
musique municipale, et les mêmes qui avaient pavoisé 
leurs fenêtres y allumèrent des lampions. C’était piteux. A 
la réjouissance de la place Colonna, les notabilités maçon¬ 
niques brillèrent par leur absence, comme à la manifes¬ 
tation de l’après-midi ; leur abstention fut signalée par les 
journaux. 

Où donc étaient les frères trois-points? car on pense 
bien qu’ils n’étaient pas indifférents à la célébration d’un 
anniversaire qui appartient surtout à eux. — Ils inaugu¬ 
raient le palais Borghèse. L’après-midi, le Convent secret 



— 305 — 

avait eu lieu, dans le môme temps que les gobe-mouche 
paradaient à la Porta-Pia ; et là, Lcmmi avait eu soin 
d’envoyer tout Je menu fretin des loges, c’est-à-dire les 
imparfaits initiés, afin qu’ils n’aient pas soupçon de l’as¬ 
semblée souveraine. Puis, le soir, on avait fait l’inaugu¬ 
ration maçonnique officielle, avec grande absorption de 
bibite (boissons rafraîchissantes). 

Voici comment les choses se sont passées : 

Dans les journées des 16, 17, 18 et 19, les délégués 
avaient déposé au Souverain Directoire Exécutif leur Etat 
de Province Triangulaire et fait viser leurs pouvoirs de 
délégation. Le mandataire justifie de son identité auprès 
du Chef d’Action politique, s’il n’est pas déjà personnelle¬ 
ment connu de lui, et lui remet un double de son Acte de 
Mandat, t afin qu’il ait le loisir de l’examiner avant la 
réunion ; ce double est absolument conforme à la pièce que 
le délégué garde sur lui jusqu’à la tenue de l’assemblée. 

Le Convent Souverain du 20 septembre 1893 a été une 
occasion de dresser l’état général de toutes les provinces 
triangulaires du globe. J’ai pu me procurer celui de la 
province de Zurich, et je le reproduis ci-après (voir pages 
311 à 314). Il offre un intérêt particulier, à raison de ce 
que c’est cette province que représentait la fameuse Sopliia. 

Les délégués arrivèrent par petits groupes de quatre ou 
cinq, comme des touristes, en costume de voyage, pour ne 
pas attirer plus particulièrement l’attention; les neuf Maî¬ 
tresses Tcmplièrcs déléguées s’étaient dispersées dans les 
différents petits groupes, et les hauts-maçons italiens 
servant de suppléants, à la suite de la manœuvre que j’ai 
déjà racontée, étaient entrés à l’avance avec les délégués des 
provinces 56 et 57 ; aussi, personne dans le voisinage ne 
put prendre garde à ces visiteurs exceptionnels. On sait 
que les salles de rez-de-chaussée du palais, où se trouvait 
la célèbre galerie de peinture transportée depuis 1891 à la 


20 



— 306 — 


villa Borghèse sont occupés par les magasins d’antiquités de 
Sangiorgi, et que c’est aux magnifiques appartements du 
premier étage que la maçonnerie s’est installée. Maintenant, 
Lemmi a formé le projet de prendre encore les appartements 
d’où s’en va le cardinal Ruffo-Scilla, peu flatté d’un tel voi¬ 
sinage ; mais voici pourquoi il prend encore la charge de 
ce loyer qui lui ajoutera 6.000 francs de frais par an : c’est 
parce que ces appartements ont une entrée privée du côté de 
la petite rue dcll’Arancio donnant surlaRipetta, et par où les 
soeurs mopses et les agents secrets pourraient pénétrer, 
môme de jour, sans être remarqués. 

Quant à la séance, ce n’est pas dans le procès-verbal 
officiel qu’il faut en chercher un véritable compte-rendu ; il 
ne contient que des chiffres de scrutins. Heureusement, j’ai 
l’exacte physionomie de l’assemblée par une lettre d’un des 
77 délégués à un grand-maître provincial, son ami ; c’est la 
lettre intime qui accompagnait le rapport réglementaire, et 
précisément elle a plus de valeur et elle est plus intéressante 
parce que son signataire y parle à cœur ouvert. Je dois dire 
que la communication qui m’a été faite de cette lettre n’est 
pas une indiscrétion ; l’auteur et le destinataire m’avaient 
autorisé, il y a six mois, à reproduire ce que j’en jugerai 
utile ; et ils no sont pas gens à revenir sur leur parole, 
môme s’ils désapprouvent ma conversion. 

< ...Du reste, écrit ce délégué (un antilemmiste), la séance, dans Ja 
salle du grand temple, ne lut pas longue. Je comprends que la Consti¬ 
tution prescrive de limiter le plus possiUc la discussion dans les Con- 
vents Souverains ; mais là, il n’y en a pas eu du tout. Tout avait été 
réglé par Simon pour que les opérations soient plus qu’expéditives, et 
cela ressemblait à un escamotage. 

< Le tirage au sort, dès les portes closes, amène à Porient le délégué 
de la province 46 (je reconnais Justus Hoffmann, aussi dévoué à Simon 
que les Walder père et fille), et à droite et à gauche de l’Urne Palla- 
dique, les délégués de la province 22 (c’est Palacios) et de la province 
66 (c’est la sœur Noémi Kling, à la tête d’oiseau de proie). Le triangle 
des hautes lumières du Couvent étant ainsi constitué, un des secrétaires 



— 307 — 


du Souv.\ Dir.\ Exéc.\ déclare que tous les pouvoirs communiqués au 
Directoire ont été vérifiés et sont tous d’une régularité parfaite. L'appel 
est fait par numéro d’ordre de province (1) ; mandats et cartes sont 
remis au triangle des hautes lumières (2) ; cette formalité est accomplie 
très prestement. Ah ! mon cher ami, Simon avait hâte d’en finir. v 

« Le P.*, première haute lumière reçoit du secrétaire du Souv.% 
Dir.-. Exéc.*. deux voûtes, dont il donne lecture ; c’est, d’abord, une 
lettre du grand niais Georges (3), qui remet sa démission au Conveat 
Souverain, « afin, dit-il, de laisser aux délégués la liberté la plus 
« complète » ; tu vois par là que Findel était bien renseigné; c’est, ensuite, 
le décret du pouvoir exécutif, ordonnant que, si le vote sur le transfert 
donne comme résultat le maintien du statu quo , le nouveau chef 
suprême sera élu par le Sérénissime Grand Collège de Gharleston, et 
que, si au contraire le transfert résulte du scrutin, il sera procédé 
immédiatement à un deuxième scrutin pour l’élection directe du nouveau 
chef suprême par le Oonvent. Le décret ayant l’approbation des Emé¬ 
rites (quel aveuglement!), aucune objection n’est soulevée, et le F.“. 
première haute lumière s’empresse de dire : « Je prends acte de l’assen- 
« timent unanime. > (! ! !) 

« Le rapport officiel te donne les chiffres du scrutin sur le transfert, 
qui a obtenu quarante-huit boules blanches, à la grande stupéfaction de 
la plupart de nos amis. Quoique le vote ait été secret, nous avons pu le 
reconstituer très facilement, les vingt-cinq fidèles à Gharleston s’étant 
rendus après la séance chez Palacios, où nous avons signé une pre¬ 
mière protestation pure et simple, en vue de savoir ceux sur qui l’on 
pouvait compter pour la résistance. D’autre part, en déduisant les 
abstentions, que Diana avait eu soin de noter au moment de l’appel 
pour le vote, nous avons eu exactement les provinces dont les délégués se 
sont prononcés en faveur de Rome. 

(1) On fait l’appel ainsi : Province Triangulaire n° if... Province 
Triangulairej n° S?.., etc., et ainsi de suite, sans que les noms soient 
prononcés. Il en est de même pour les scrutins : à l’appel du numéro 
d’ordre de sa province, le délégué s’avance et met dans l’urne sa boule 
(blanche , pour, noire, contre), ou son bulletin, en scrutin d’élection. 
Celui qui s’abstient volontairement, c’est-à-dire dont l’absence n’a pas 
été constatée à l’ouverture des travaux, ne répond pas à trois appels 
successifs et reste à sa place. 

(2) Chaque délégué ou déléguée remet aux trois hautes lumières, for¬ 
mant le triangle directeur du Convent : son mandat, qui sera brûlé à 
la fin de la séance, le pouvoir-duplicata vérifié les jours précédents 
demeurant seul aux archives du Souverain Directoire Exécutif; et sa 
carte paliadique d’identité, où est sa photographie revêtue du sceau de 
son atelier, laquelle lui sera rendue. Cette carte d’identité est dans le 
genre des cartes d’abonnement aux chemins de fer. 

(3) Albert-Georges dit Mackey, successeur de Pike au souverain 
pontificat. 



— 308 — 


« Hoffmann a proclamé : votants, 73; pour le transfert , 48; 
contre, 25. Les qtiatre abstentions sont : le délégué-suppléant de Port- 
Louis ; les délégués de Capetown et de Monrovia, provinces où 
l’opinion était divisée en parts égales; et le délégué de Shang-Haï, que 
nous pensions décidé pour Rome, vu les votes des assemblées prépara¬ 
toires de sa province ; mais tu sais que Shang-Haï a besoin de ménager 
la San-ho-IIoeï, qui est si attachée à la mémoire de notre cher Pike. 

«c Les vingt-cinq provinces dont les délégués ont gardé leur fidélité 
à Gharloston sont Montréal, New-York, New-York et Brooklyn, Bufralo, 
Philadelphie, Pittsburg, Baltimore, Boston, Nouvelle-Orléans, Cincin¬ 
nati, Saint-Louis, Chicago, San-Francisco, Louisville, Washington, 
Providence, Détroit, Charleston, Mexico, Guadaîajara, Rio-Janeiro, 
Montevideo, Buenos-Ayrcs, Tueuman, et Birmingham ; c'est l'amitié 
de la sœur-déléguée Cecil F.-B. pour Diana, qui a préservé cette der¬ 
nière province de la défection. 

« Nous avons eu défection de huit provinces par ces maudits pou¬ 
voirs en blanc, que Bovio a eu l'effronterie de répartir exclusivement 
entre des frères italiens, tous dévoués à Simon ; ces délégués-suppléants 
ont donc voté cyniquement le transfert. Soit, pour nous, la perte de 
huit voix, qui sont celles des provinces de : Cleveland, Memphis, Gua¬ 
temala, La Havane, Caracas, Lima, La Paz, et Treinta-y-Très. Par les 
délégués directs des provinces, nous avons eu quatre défections amé¬ 
ricaines (Hamilton, Port-au-Prince, Baliia et Valparaiso), cinq défec¬ 
tions européennes impardonnables (Liverpool, Manchester, Glasgow, 
Munich et Leipzig, puisque la majorité avait été défavorable au trans¬ 
fert, dans les assemblées préparatoires de ces cinq provinces), et sept 
défections, dont cinq européennes et deux asiatiques, moins coupables 
(Londres l re , Londres 2 e , Madrid, Porto, Buda-Pest, Téhéran et Sin- 
gapore, où l’opinion des Triangles avait été assez divisée), mais sur 
lesquelles Charleston comptait. Quant aux vingt-quatre autres 
provinces, les seules sur lesquelles le parti de Rome avait le droit de 
compter, d’après les votes des assemblées préparatoires, il n’y a rien à 
dire (1). 

« Dès la proclamation du résultat du scrutin, l’intrigue de Simon 
s’est complètement démasquée. Le F.*, première haute lumière a 
déclaré que, par le fait du vote du transfert acquis et vu le décret lu à 
l’ouverture des travaux, il y avait lieu de procéder, séance tenante, à 
l’élection du nouveau souverain pontife. Les délégués des provinces de 

(1) Ce sont, par conséquent, les provinces de : Edimbourg, Dublin, 
Hambourg, Berlin, Dresde, Francfort-sur-le-Mein, Strasbourg, Paris, 
Lyon, Zurich, Bruxelles, Milan, Naples, Barcelone, Yékatérinoslaw, 
Stamboul, Jérusalem, Calcutta, Madras, Batavia, Sydney, Dunedin, 
Alexandrie et Conslaatine. 



— 309 — 


Philadelphie, Boston, Chicago, San-Francisco, Louisville, Washington, 
Bio-Janeirc et Montevideo ont répondu, dans un court colloque, qu'il y 
avait lieu de faire des réserves sur la validité du décret, en ce qui con¬ 
cernait so^ordonnance d’un second scrutin éventuel ; car]" ont-ils dit, 
l’élection du chef suprême n’appartient qu’aux Émérites qui doivent 
être unanimes pour son choix, et c’est seulement si les Emérites ne 
peuvent se mettre d’accord que l’élection revient à un Convent Souve¬ 
rain. « Ce que la Constitution fondamentale stipule est au-dessus de 
tout décret », s’est écriée Diana; mais Hoffmann lui a imposé silence. 
Protestations de plusieurs ; tumulte. Le délégué de Shang-Haï, qui s’est 
abstenu au premier vote, invoque son abstention comme preuve de sa 
neutralité, et, faisant le bon apôtre, prêche le calme, la conciliation ; 
quand je t’aurai dit que c’est l’onctueux révérend Toby G., tu t’imagi¬ 
neras entendre sa parole hypocrite. Il jouait son rôle de bon apôtre 
dans la comédie ! 

« Là-dessus, la première haute lumière Hoffmann demande quelles 
sont les candidatures (ainsi, au pluriel) qui se présentent. Hobbs, dé¬ 
légué de Madras, et Umberto del Medico, délégué de Milan, annoncent 
qu’ils proposent la candidature du très estimé (sî'c) président du Souve¬ 
rain Directoire Exécutif. Moment de silence; tous nos amis avaient 
compris Je complot, depuis la proclamation du premier scrutin. Diana, 
sans perdre de temps, distribue les documents que tu sais, en épreuves 
photographiques ; elle en remet même un exemplaire à la Sophia, qui le 
déchire et l’appelle < vendue aux jésuites ». Nouveau tumulte, et 
diverses interventions. Cependant, personne n’a présenté d’autre candi- 
ture. « Et la candidature de Carducci ? » interrogent plusieurs voix. 
« Le F.-. Carducci n’est pas candidat », déclare Umberto del Medico. Je 
ne sais qui a l’absurde idée de crier : « Votons pour Carducci quand 
même ! » Graveson riposte : « Non, votons à bulletins blancs ! » et c’est 
au milieu du bruit et de la confusion que le F.*, première haute lumière 
fait recommencer l’appel des provinces. Enfin, le calme se rétablit ; on 
vote. 

« Il est impossible, pourtant, de démêler qui a voté pour Carducci, 
par protestation, et qui a voté à bulletins blancs. Le dépouillement fait, 
Hoffmann a proclamé ainsi le résultat du second scrutin : 4G voix au 
F.*. 461 (Lemmi) ; 13 voix au F.\ 675 (Carducci); tH délégués n’ont 
< voté pour aucun candidat . Le nombre de voix nécessaires est donc 
« atteint par le F. •. 461, et je le déclare élu. » Quelques-uns protestent, 
et parmi eux est Diana ; ils disent qu'il manque douze voix à Simon 
pour être élu légalement, la Constitution exigeant les trois quarts des 
votants en cas d’élection du chef suprême par un Convent Souverain ; 
mais on ne les écoute pas, et nous avons su plus tard quel parti les 
fraudeurs ont tiré d’une fatale négligence de Palacios. Pour être 
valable, le procès-verbal doit porter les signatures des trois hautes 



— 310 — 


lumières constituant le triangle directeur des travaux de l’assemblée. 
Sur trois, nous avions Palacios pour nous. Or, Hoffmann a eu la coqui- 
Derie d’inscrire les 18 dans les termes dont il s'était servi au moment 
de la proclamation, et Palacios a signé, sans y attacher d’autre impor¬ 
tance ; il ^aurait dû, avant l’incinération des bulletins, exiger qu’on 
empIoj r ât les mots : « dix-huit bulletins blancs ». Le procès-verbal n’en 
eût pas moins été voté par la majorité sîmonienne ; mais, du moins, 
nous serions forts pour contester l’élection sur ce point, qui est d’une 
illégalité flagrante. Cette négligence a permis à Simon de transformer 
en abstentionnistes les 18 délégués qui ont voté à bulletins blancs; et 
je te jure, sur mon honneur, qu’il en a été ainsi : pas un délégué n’est 
demeuré à sa place, lors de l’appel des provinces ; non, il n’y a pas eu 
une seule abstention. Mais le tour si bien joué a pu se faire, grâce à 
une habile diversion spontanément imaginée par les Walder. Au mo¬ 
ment où quelques-uns des nôtres protestaient, comme je viens de te le 
dire, Diana déclara tout haut : « Je préfère démissionner, plutôt que 
d’accepter une telle élection, que je regarde comme tout à fait illégale. » 
Là-dessus, Walder père s’écrie : « Ah 1 non, vous ne démissionnerez pas, 
avant que l'affaire de Nancy soit tirée au clair. » Sophia, à son tour, de 
hurler comme une enragée : « Elle s’est vendue aux jésuites! Elle nous 
a empêchés de tirer la fille Barbe de son couvent ! Je suis certaine 
qu'elle est venue à Nancy avant Larocque et moi, et qu’elle a averti 
l'évêque de nos recherches ! Je demande qu’elle soit mise en accusa¬ 
tion ! » Dans le parvis, Sopliia avait déjà, avant la séance, raconté à sa 
manière cette histoire de l’ex-sœur Barbe B. Au milieu d’un tel 
esclandre, nous avons dégagé notre amie, et c’est pendant le iumnlte 
que la première haute-lumière a rédigé le court procès-verbal. Puis, le 
silence revenu, chacun était heureux d’en finir ; le proces-verbal a été 
adopté à mains levées, personne ne prenant garde au piège d’IIoffmann. 
Palacios a signé. On a brûlé les mandats et rendu les cartes. C’était 
fini. 

< Le soir, Simon a donné sa fête d’inauguration officielle. Le bruit a 
couru que quatre délégués du parti de Oharleston n'ont pas cru devoir 
refuser l’invitation, non pour rendre hommage au faux élu, mais par 
égard envers d’autres frères italiens. Simon a prononcé sou discours 
destiné aux rites officiels. Del Medico l’a complimenté. On s’est ra¬ 
fraîchi jusqu’à minuit; il parait que c’était beau, et que le speech de 
Simon était adroitement tourné pour donner à entendre aux parfaits 
initiés et aux autres. Le lendemain, Carducci a protesté contre les 
suffrages recueillis par lui! Trois des nôtres ont fait, le 23, une 
démarche auprès de Simon, pour l’inviter à se justifier des accusa¬ 
tions portées contre lui ; il s’est borné à tout nier, et, à la fin, il les 


(Voir la suite page 315.) 



— 311 — 


Maçonnerie Suisse. 


54 


PMTIIÜ IRIASfiÜLAffl H ZURICH 


Province n° 3 de la Très Puissante Seigneurie du Lotus de France, Suisse 

et Belgique. 

(Mârc~Loge ; le Lotus de France, Suisse et Belgique, à Paris,) 


Chef-lieu de Province : Zurich. 

Siège de Suprême Conseil : Lausanne (Rite Ecossais Ancien 
Accepté). 

Siège de Directoire : Genève (Régime Ecossais Rectifié). 

Siège de Grande Loge : Berne (Grande Loge Àlpina). 

Chefs-lieux de Correspondance Patriarcale : Aarau (correspon¬ 
dance de Hambourg), et Wintiierthur (correspondance de 
Hamillon). 


Représentation de la Province, par la T:-: 111:-:, T:-: P:-: et 
Tx Ex Sx SOPHJA-SAPHO, au Couvent Souverain 
de Home* du 20 e jour du 7 e mois de Pan 000803 de la V.\ L.\ 
(20 septembre 1803, E.\ Y.*.). 

Pouvoirs : Par élection des 11 Grands Triangles de la Province, 
après consultation favorable des 11 Triangles. — 817 électeurs 
(077 Frères des 2 e et 3 e degrés, et 170 Sœurs du 2 e degré') ; 
835 suffrages obtenus. — Mandat du 14 e jour du 5 e mois de l'an 
000893 de la V.*. L.\ 

Suit la situation des Ateliers-Souches, des Triangles, des 
Loges odd-felhms et des Loges Israélites; rôle par 
cantons # 


No/c de VAuteur. — Pour la commodité de la reproduction de ce document, j’ai dû faire 
quelques abréviations. C’est ainsi que T. P. signifie Triangle Palladique ; L. E. t Loge Ecossaise ; 
L. I., Loge Israélite ; L, O. F., Loge Odd-Kellow ; L. F., Loge Française ; M. T., Maîtresse 
Tempîière. — Quand le canton (nom imprimé en caractère gras) porte le même nom que sort 
chef-lieu, je n’ai pas répété le nom de la ville chef-lieu. 



— 312 — 



’<>s tenu en 1881 ). 







































— 313 - 





































ROLE GENERAL AU 34 JUIN 1893 (E. . 


— 3H — 






























— 315 — 


a congédiés en leur disant que le Couvent était terminé, leurs pouvoirs 
légalement détruits par l’incinération rituelle, et que, par conséquent, 
ils n’avaient aucun mandat pour l’interroger; enfin, que c’était lui qui 
commandait, et qu’ils n’avaient qu’à obéir. 

< C’est donc la lutte; il ne se retirera pas. Diana veut mettre au 
jour son infamie et même la publier par la voie de la presse profane ; 
je crois qu’elle va trop loin. Graveson, Palacios et elle, très montés, 
sont partis pour Londres, api'ès avoir recueilli des signatures de pro¬ 
testation et s’être fait donner carte blanche. On a nommé Ferrari 
arbitre dans l’affaire Barbe B. ; car Simon, sur le rapport d’un de ses 
agents, a accueilli l’accusation de Sophia. Cet agent aurait réussi à 
photographier une lettre de Diana; Simon la dit compromettante pour 
elle : mais Ferrari, que j’ai vu, m’a dit n’être nullement convaincu 
de la culpabilité de notre amie, tant qu’on n’aura pas de meilleures 
preuves. 

« Quant à moi, j’ai prolongé mon séjour ici. Notre fête a eu lieu le 
29 ; je n’ai pas cru devoir m’abstenir d’y aller, apres avoir eu une 
entrevue avec Bovio, qui a reconnu que ma présence ne devrait être 
nullement considérée comme un acte d’adhésion à l’élection du 20. 
Simon était triomphant. Il a lu avec orgueil sa première voûte ency¬ 
clique, dont tu as du recevoir l'exemplaire desliné à ton Lotus. Il y 
proclame son élection... par la transformation des bulletins, blancs en 
abstentions. Puis, il a lu ses décrets. Del Mcdico est son successeur à la 
présidence du Souv.*. Dir..\Exéc.\Lesdix Emérites de Oharleston con¬ 
servent leur titre, mais passent honoraires, et ils ne seront pas rem¬ 
placés en honorariat à leur décès. 11 a nommé, d'autre part, dix 
nouveaux Emérites, à titre effectif, et leur a ajouté la qualification de 
Patriarches; ce sera là le Sérénissime Grand Collège du nouveau pon¬ 
tificat, les dix Emérites actifs. Tu ne vas pas tarder à recevoir notifi¬ 
cation de ces nominations, auxquelles il faut ajouter — innovation de 
Simon — deux Grands Assistants Pontificaux dont il s’entoure : Car- 
ducci et Ferrari. 11 a créé ainsi le Triangle Suprême, à cause des diffi¬ 
cultés de la réunion du Séiv. Gr.*. Collège; car les dix Patriarches 
Emérites sont bien dispersés, vraiment 

« Juges-en par leur nomenclature. 

« Patriarche Maçon Emérite allemand : Findel (Kether-3Q>8), à 
Leipzig. -- Patriarche Maçon Emérite des Indes : HoUbs ( Khokhma - 
926), à Calcutta. — Patriarche Maçon Emérite hongi'ois : Antal de 
Berecz [Binak-12\)> à Buda-Pest. — Patriarche Maçon Emérite 
austral en : W.-J. Clarke (Khrsed-4Q$), à Melbourne, — Patriarche 
Maçon Emérite anglais : Sandeman (Dm-476), à Londres. — Patriarche 
yiaçon Emerite français : Floquet (Tiphereth- 1255), à Paris. — Pa¬ 
triarche Maçon Emérite égyptien : Gërasimos Poggio (Netzakh -1165), 
à Alexandrie. — Patriarche Maçon Emérite espagnol : Miguel Morayta 
(LfocLSlô), à Madrid. — Patriarche Maçon Emérite chilien : B. Alamos- 



Gonzalez (/t’soeMISâ), à Valparaiso. — Patriarche Maçon Emérite 
belge : Goblet d'Alviella [Malkhuth- 697). 

« Quelqu’un qui va être profondément vexé, c’est notre vieux 
F.*. Hubert; car il s'attendait à cette haute distinction comme couron¬ 
nement de sa longue carrière maçonnique, et il ne se consolera pas 
d'avoir été tenu à l'écart. » 

Voilà donc comment le renégat enjuivé Adriano Lemmi, 
notoire voleur, vice incarné, est devenu le chef suprême 
de la Franc-Maçonnerie universelle : par la tromperie, par 
la corruption, par la fraude et par le crime. 

Orgueilleux de ce nom de Simon, que les rares honnêtes 
de la seele donnent avec mépris à ce simoniaque, il l’a 
attaché, depuis le 29 septembre 1893, officiellement à son 
prénom d’Adriano ; il en a fait son nom pontifical. Il croit 
que, sous ce nom du Mage de Gilla, il luttera plus efficace¬ 
ment contre le successeur de saint Pierre. Il veut venger le 
Père du Gnosticisme, vaincu par le Chef des Apôtres aux 
premiers siècles de PEglise. 

Au lendemain de son élection vénale et frauduleuse, il a 
prononcé ccs mots de défi, qu’il pense être une grande 
parole : 

« — Si je n’élais italien, je voudrais être prussien. J’ai 
deux haines au cœur : Dieu et la France. » 

Cette parole suffirait à donner la mesure de ce qu'il vaut; 
mais, autrement, la lumière est faite sur lui, Ce livre mon¬ 
trera qu’il est bien le digne Vicaire de Satan. 

Et s’il reste encore des aveugles, prières pour eux ! 

Surtout, n’oublions pas les dernières recommandations 
du Saint-Père Léon XIII, si magnifiquement formulées 
dans la Lettre Apostolique Prœclara , du 20 juin 1894, et 
qui montrent à tous les chrétiens leur devoir en présence 
du formidable assaut de la haute-maçonnerie infernale : 

« Un autre péril grave pour l'unité, c'est la Secte Maçonnique ; 
puissance redoutable qui opprime depuis longtemps les nations, et 
surtout les nations catholiques. Fière jusqu’à l’insolence de sa force, de 



317 — 


ses ressources, de ses succès, elle met tout en œuvre, à la faveur de 
nos temps si troublés, pour affermir et étendre partout sa domination. 
Des retraites ténébreuses où elle machinait ses embûches, la voici 
qu'elle fait irruption dans le grand jour de nos cités; et, comme pour 
jeter un défi à Dieu, c’est dans cette Ville même, capitale du monde 
catholique, qu’elle a établi son siège. Ce qu’il y a surtout de déplo¬ 
rable, c’est que, partout où elle pose le pied, elle se glisse dans toutes 
les classes et toutes les institutions de l’Etat, pour arriver, s’il était 
possible, à se constituer souverain arbitre de toutes choses. Cela est 
surtout déplorable, disons-Nous, car, et la perversité de ses opinions, 
et l’iniquité de ses desseins sont flagrantes. Sous couleur de reven¬ 
diquer les droits de l’homme et de réformer la société, elle bat en 
brèche les institutions chrétiennes ; toute doctrine révélée, elle la 
répudie : les devoirs religieux, les sacrements, toutes ces choses 
augustes, elle les blâme comme autant de superstitions ; au mariage, à 
la famille, à l’éducation de la jeunesse, à tout l’ensemble de la vie 
publique et de la vie privée, elle s’efforce d’enlever leur ^caractère 
chrétien, comme aussi d’abolir dans l’âme du peuple tout respect 
pour le pouvoir divin et humain. Le culte qu’elle prescrit, c’est le 
culte de la nature; et ce sont encore les principes de la nature qu’elle 
propose comme seule mesure et seule règle de la vérité, de l’honnêteté 
et de la justice. Par là, on le voit, l’homme est poussé aux mœurs et 
aux habitudes d’une vie presque païenne, si tant est que le surcroît et 
le raffinement des séductions ne le fassent pas descendre plus bas. 

« Quoique sur ce point, Nous ayons déjà donné ailleurs les plus 
graves avertissements, Notre vigilance apostolique Nous fait un devoir 
d’y insister et de dire et de redire, que, contre un danger si pressant, 
on ne saura jamais trop se prémunir. Que la Clémence divine déjoue 
ces néfastes desseins. Mais que le peuple chrétien comprenne qu’il faut 
en finir avec cette secte, et secouer une bonne fois son joug désho¬ 
norant : que ceux-là y mettent plus d’ardeur, qui en sont plus dure¬ 
ment opprimés, les Italiens et les Français. Nous avons déjà dit Nous- 
même quelles armes il faut employer et quelle tactique il faut suivre 
dans ce combat : la victoire du reste n’est pas douteuse, avec un chef 
comme Celui qui put dire un jour : « Moi , fai vaincu h monde . » 







NOTES ET DOCUMENTS 

SUR 

LA CONTESTATION DE L’ÉLECTION DE LEMMI 

ET QUELQUES ACTES DE SA l re ANNÉE 
DE SUPRÊME GRANDE-MAITRISE 


A l’histoire de Lemmi, débutant dans la vie par une condamnation 
comme voleur pour devenir le suprême grand-maitre de la Maçonnerie, 
il est bon d’ajouter quelques notes sur les faits principaux survenus 
pendant sa première année de pontificat satanique. 

Le 29 septembre 1893, Adriano donne le mot de passe annuel des 
Triangles. En vrai cynique qu’il est, il glorifie, par ce mot de passe, un 
grand voleur célèbre, afin de montrer à quel point il se moque des 
accusations portées contre lui. 

Ce mot de passe est ainsi : — Le tuileur demande : Ben-Chorim ? 
(que le chef suprême interprète par : Quel est le fils des hommes libres?) 
— Le tuilé doit répondre : Barabbas . 

Le 5 octobre, plusieurs hauts-maçons américains protestataires 
se réunissent à Londres et décident d’organiser la résistance. 

^ Le 8 octobre, les journaux anglais et américains donnent la 
nouvelle de la mort du F.*. Walder. — AL De la Rive, dans son ouvrage, 
publie ainsi la traduction d’une dépêche câblée en Amérique : 

« Echos de Londres (par télégraphe). 

« Londres, 8 octobre. — On annonce la mort de M. Philéas Walder, 
le spirite bieD connu, qui était passé à Londres, à l’âge de soixante-dix 
ans, après son retour d’un voyage en Italie. Il avait une réputation en 
Europe et en Amérique comme représentant du spiritisme, et il était 
aussi bien connu comme l’ami de John Taylor, le successeur de 
Brigham Young ; c’est en qualité de disciple de ce dernéer qu’il fit tant 
pour la propagation du mormonisme. On ne doit pas oublier également 
qu’il était un occultiste de l’école d’Eliphas Lévi. » 

Le 15 octobre, Ettore Ferrari rend sa sentence d’arbitrage dans 
Fafi'aire de Diana Vaughan, déclarant la plainte non fondée, comme 
n’étant appuyée par aucune preuve sérieuse. Le même jour, à New- 
York, le Triangle Phëbë-la-Posc refusait la démission de miss Vaughan; 
d’autre part, elle l’avait retirée par une lettre qui arriva ensuite. 

gÿ Le 10 novembre. Paolo Figlia, député au Parlement, et un 
groupe important de maçons italiens, se séparent de Lemmi, refusant 
de reconnais son autorité suprême et fondent la Fédération Maçonnique 
Italienne (antilemmiste), avec trois Suprêmes Conseils du Rite Ecossais 
Ancien Accepté : à Palerme, Naples et Livourne. 

pÿ' Le 15 décembre. Von te de Protestation des hauts-maçons amé¬ 
ricains; le texte oiûginal est du F. *. Palacios. 



— 320 — 


Dei Optimi Maximi ad Gloriam 


To the Most Illustrions , Most Puissant and Most Lightened Brothers in 
Our Bhine Master Eccelsus Excehior , composing, hy right of Ancicnt 
and members for life , the Most Sercne Grand College of Emeritcd 
Masons : 

To ail the Noble Lords Grand-Masters, prcsiding over the Perfect 
Triangles of the Elect Mogi ; 

To ail the True Elect and Perfect Initiated, to xohich belongs the reserved 
knoioledgc of the mysterious nmnbers 77 and 666, Elcct Magi and Sove - 
reign Templar Misiresses, Hierarchs and Templar Mistresses of the 
'Worthy Rerelation , as tcell as to the Knights Kadoschof llie Palladium, 
and to the Knig hts-S is ter s Palladic Elect , dispased over the surface of 
the earth ; 

A greeting on ail the points of the triangle ! 

Health! Stability ! Power ! 


PROTESTING VAULT 

Against the fuels jærfovmed in the valley of Rome, ai lhe 
20 th dny ol* ilic 7* h month, on the year 000893 of the True 
Light. 


The faets, the redressing of vdiich is cîaimcd by the présent 
vault, are now known to ail the True Elcct, as those hâve 
been nolified to lhe Perfect Triangles, Grand Triangles and 
Triangles bv the new Suprême Dogmaücal Dircctory of lhe Palla¬ 
dium, in bis encycîical leüer of lhe 29 fh of the 7 th month, on the 
year 000803 of the True Light, sealed in lhe Valley of Rome and 
delivered hierarchically, in a copy conformahlc to the original, 
by lhe messengers of llie Central Directories ; but the whole trulh 
remains unlold. 

The protestera, numbered six and twcnly, including twenly 
five sovereing dclcgates présent at the decd, and one sovereign 
delegate, Avho could not stand by, but the subslitute of which 
wisely and prudcntly abstaincd from the vote at the iirst lurn, 
and threw a blank ticket at the second, expound the acts and 
situation thence disastrously resulting for our lioly cause. 



— 321 — 


Dei Optimi Maximi Ad Gloriam 


Aux Très Illustres , Très Puissants et Très Eclairés Frères en Notre 
Plein Maître Excelsus Excelsior , composant , à titre d f Anciens et de 
membres à vie , le Sërènissime Grand Collège des maçons Emérites ; 

A tous les Nobles Seigneurs Grands-Maîtres , présidant les Parfaits 
Triangles des Mages Elus ; 

A Tous les Vrais Elus et Parfaits Initiés, ayant la connaissance réser¬ 
vée des nombres mystérieux 77 et 666, Mages Elus et Maîtresses Tem- 
plières Souveraines , Hiérarques et Maîtresses Templières de la Digne 
Révélation, ainsi qu'aux Chevaliers Kadosch du Palladium et Chevalières 
Elues PalladiqueSf répandus sur la surface du globe ; 

Salut sur tous les points du triangle ! 

Santé! Stabilité! Pouvoir! 

VOUTE DE PROTESTATION 

Contre les faits accomplis en la vallée (le Rome le 20 e jour 
du 7 e mois an 000893 de la Vraie Lumière, 


Les faits, dont le redressement est réclamé par la présente 
voûte, sont connus aujourd’hui de tous les Vrais Élus, ayant été 
signifiés aux Parfaits Triangles, Grands Triangles et Triangles pa^ 
le nouveau Suprême Directoire Dogmatique du Palladium en sa 
lettre encyclique datée du 29 e jour du 7 e mois, an 000893 de la 
Vraie Lumière, scellée en la vallée de Rome et transmise hiérar¬ 
chiquement en copie conforme parles messagers des Directoires 
Centraux ; mais l’entière vérité n’a pas été dite. 

Les protestataires, au nombre de vingt-six, comprenant vingt- 
cinq délégués souverains présents à l’accomplissement des faits, 
et un délégué souverain qui ne put être présent, mais dont le 
suppléant s’est sagement et prudemment abstenu au premier 
scrutin et a voté par bulletin blanc au second scrutin, exposent 
donc les actes et la situation qui en résulte désastreusement pour 
notre sainte cause. 

»I 



— 322 — 


The présent protesting vaull aims at the two ballots, and 
requests to be proceeded urgently to their annulment. Therefore 
Üie twenty six protesters hâve constituted a Standing Committee 
in the Valley of London, in order to reeeive the assents to their 
opposition, and they déclaré themselves assuming the responsi- 
bility of each and ail togcther. 

First ballot : the Transfer. 

Atuoïm. —It ivas of no use to tram fer the Suprême Dogma- 
tical Directory . 

The Charleston’s Brothers, the president as well as the mem- 
bers of the suprême power, holding their oflice before the 
incriminated ballot, hâve nol acted in such a manner as to forfeit 
the whole masonry’s esteem ; they had been and are still wholly 
trusted by the Dircetories and Triangles. The direction has 
always conducted itself blamelessly, and has not discontinued '*o 
prove foresight, concord, wisdom and perfect discrétion. 

Not one acl [of the second Sovereign Ponti/icate was com- 
plained of, nor so little claimed at ; and the lasting preceding 
administration, as long as persevered, had been unanimously 
admired, by ail, even by the Brothers not completely initiated, to 
whom prudence commands to keep hidden the motive powers 
of the Order. 

Nobody would hâve dared to accuse the Charlesion’s Brothers; 
therefore reasons of country, instead of persons, hâve been put 
forth, to solicit the preparatory vole of the Triangles, by which 
the sitting of the Sovei'eign Couvent was allowed. Thus it was 
prevailed upon lhe Triangles to give a preparatory vote, and the 
same pretendcd reasons of counlry hâve been only brought forth 
to obtain the suffrages of lhe sovereign delegates for the behea- 
ding of Charleston. t 

Yet the management of the Charlesion’s administration had al- 



— 323 — 


La présente voûte de protestation vise les deux scrutins et 
requiert qu’il soit procédé avec urgence en vue de leur annula¬ 
tion, c’est pourquoi les vingt-six protestataires ont constitué un 
Comité de Permanence en la vallée de Londres pour recevoir les 
acquiescements à leur opposition, et ils déclarent assumer la 
responsabilité de chacun et de tous ensemble. 

Premier scrutin: le Transfert. 

Athoïm (1). — // était inutile de transférer le Suprême 
Directoire Dogmatique . 

Les Frères de Charlesion, tant le président que les membres 
du pouvoir suprême en fonctions avant le vote attaqué, n’ont pas 
démérité de la Maçonnerie universelle ; ils avaient et ils ont 
encore l’entière confiance des Directoires et des Triangles. La 
direction a eu toujours une conduite irréprochable et a multi¬ 
plié constamment les preuves de sa prévoyance, de sa concorde, 
de sa sagesse et de sa discrétion parfaite. 

Aucun acte du deuxième Souverain Pontificat n’a été l’objet 
dune plainte, ni de la plus minime réclamation, et la longue 
gestion précédente avait été l’objet de l’unanime admiration, 
pendant toute sa durée, même de la part des Frères incomplète¬ 
ment initiés, à qui la prudence nécessite de tenir cachées les 
forces motrices de l’Ordre. 

Nul n’aurait eu l'audace d'accuser les Frères de Charleston ; à 
cause de cela, on a prétendu des raisons de pays, au lieu de per¬ 
sonnes, pour solliciter le vote préparatoire des Triangles qui a 
autorisé la tenue du Couvent Souverain. On a ainsi obtenu le vote 
préparatoire des Triangles, et les mêmes prétendues raisons de 
pays ont été seules produites afin d’obtenir les suffrages des 
délégués souverains pour la décapitation de Charleston. 

Or, le fonctionnement avait toujours été très excellent à Char- 

(1) En style palladique, on se sert des lettres de l’alphabet des Mages 
pour numéroter les subdivisions d’une voûte. De même qu’on mettrait: 
(A), (B), (G), (D) ? etc., les hauts-maçons mettent: Athoïm , Beïnthin , 
Gomoty Dinaïn, Éni, Ur, Zaïn, etc., noms des lettres de leur alphabet 
secret, placées dans l’ordre suivant: A, B, G, D,E, U-V,Z, H, Th, I-J-Y, 
C-K, L, M, N, X, O, F-P, Ts, Q, H, S, T ; en tout, vingt-deux lettres. 



— 324 — 


ways been excellent ; it did not any harm to tiie Order, that the 
Suprême Dogmatieal Direclory settledin such a place. Therefore, 
as for the cil y of the Palladium, there was no inconvenience to 
remain the seat of the higliest and most worsliipful direction. 

t 

Beïntîiin. — It was injiist to transfer in Europe the 
Suprême Dogmaiical Dircctory . 

The american Masonry of the United-States is the most impor¬ 
tant on the surface of the earth, accord in g to the number of the 
adepts, as wcll as to prosperity of the Bodies. Its contributions 
make up thegreatest part of the wcallh of the seven Directories, 
and give life to the action of sovcreignty in the Order, and to the 
high propagandism, now very powerful. 

Europe, if it had not the seat of the Dogmaiical Supremacy* 
possessed the two Sovereignties, both Executive and Adminis¬ 
trative. 

To transfer in Europe the seat of the Dogmatical Dircctory is 
an iniquitous dispossessing : for, according to the vote incrimi- 
nated by lhe proteslers, the thrcc higliest powers of lhe Order 
will be reunited in Europe, among whicli two Sovereignties into 
an only counlry, into au only city, and aîmost in the hands of 
one man. But lhat is contrary to lhe venerated tradition, and 
foolishness is joined to injustice, if the vole of the transfer is not 
soon repcalcd. And sehism should bc unluckily created; for, the 
numerous, prosperous and powerful American Masonry will not 
suffer itself to be dispossessed, and to becumc a stupid milk- 
cow, at the best of its usurper, 



— 325 — 


leston ; aucun dommage n'a été causé à l’Ordre par le fait que le 
Suprême Directoire Dogmatique était établi à Gharleston. La cité 
du Palladium pouvait donc, sans nul inconvénient, continuer à 
être le siège de la très haute et très vénérable direction. 

Beïnthin. — Il était injuste de transférer en Europe le 
Suprême Directoire Dogmatique . 

La Maçonnerie américaine des Etats-Unis est la plus importante 
sur la surface du globe, tant sous le rapport du nombre des 
adeptes que sous le rapport de la prospérité des Ateliers. Ses 
contributions constituent la plus grande part de la richesse des 
sept Directoires (1) ; elles donnent la vie à l'action de la souve¬ 
raineté dans l'Ordre et à la haute propagande aujourd’hui si 
puissante. 

L’Europe, si elle ne possédait pas le siège de la Suprématie 
Dogmatique, possédait les deux Souverainetés Exécutive et 
Administrative. 

Transférer en Europe le siège du Directoire Dogmatique est un 
acte d'inique dépossession ; car, d'après le vole attaqué par les 
protestataires, les trois plus hauts pouvoirs de l’Ordre se trouve¬ 
ront réunis en Europe, parmi lesquels deux de ces souverains 
pouvoirs dans un seul pays, dans une seule ville, et, en quelque 
sorte, dans les mains d’un seul individu. Or, cela est contraire à 
la vénérée tradition, et une imprudence s'ajoute h l’injustice, si 
le vole du transfert n'est pas annulé bientôt. C’est le schisme 
que l’on créerait fatalement, attendu que la nombreuse, prospère 
et puissante Maçonnerie américaine ne se laissera pas déposséder, 
pour devenir la stupide vache à lait de l’usurpateur de ses 
droits. 

(1) La < voûte * parle ici : 1* du Suprême Directoire Dogmatique, 
objet du transfert ; 2° des deux Souverains Directoires, l’un Exécutif, à 
Home, l’autre Administratif, à Berlin ; 3° des quatre Grands Directoires 
Centraux, établis à Washington, pour l’Amérique du Nord, à Monte¬ 
video, pour l’Amérique du Sud, à Naples, pour l’Europe, et à Calcutta, 
pour l’Asie et l’Océanie. Il y a encore, à Port-Louis, un Sous-Directoire 
pour l’Afrique, dépendant du Grand Directoire de Calcutta. Tous ces 
directoires sont alimentés par la caisse du Rite Suprême, approvi¬ 
sionnée elle-même par le minimum d’un-pour-cent des contributions de 
tous les Ateliers du globe (voir le Tableau de la Haute-Maçonnerie, 
pages 206 et suivantes). 



— 326 — 


Gomor, — It is dangerous to tr ans fer in Italy the Suprême 
Dogmatical Directory . 

Especially, to bave chosen Italy as the new seat of the Supre- 
macy is bad, above ail becanse the political existence of this 
country for the future is intirely undecided. 

The seat of the Executive Sovereignty was sufficient for the 
Orient of Rome, as this seat does not aîlow more than the instal- 
ment of a Suprême Council of middle importance. The chief 
employment of the Executive power is concentrated in vigilance ; 
it is not operaling as an high police court, dcpending upon none 
but itself, ordering and moving every lliing with effective forces 
of considérable amount, suhjecfcd directly to ils authority; but 
it works out, watching over the enomy, in order to advise quickly 
and clearly the suprême chief of the most seasonable decisions 
for the opporfunily. It is together an advance-guard of the 
Order, and the future exccuter of the suprême decrees ; therefore* 
in such an employment it wants no numerous staff, neither 
ministerial records. 

On the conlrary, if the Palladium is translated at the Orient 
of Rome and the same hecomes dofinitivcïy the Suprême Dogma¬ 
tical Directory, hence the central archives and the holiest things 
are in danger of a sudden enterprise amidst an unexpecied 
conflagration. 

The transfer to Rome of the Snpremacv of the Order and of ils 
complicatod machinery could not be effcctuatcd without danger, 
but in case lhat Uie various Estâtes of xvhole Europe would be repu- 
hliean, and united by the bonds of a general pcace, rooted firmly in 
the minds of mon. Refore this political évolution is accomplished, 
which indeed xvill be lhe basis of the décisive action of the 
Masonry, is a very real danger to transfer the Supremacy in 
Europe, above ail in Italy. If, by prevailing reasons, it shouîd he 
necessary the seat of the most high and worshipful direction to 
be removed from the Uniled-Slates of America, that is to say, if 
the necessity should hefall to bring it noarer to the central seat 
of the enomy, it must be snttïed at least in a country no catholic, 
either in Prussia, or rather in England. But, as it is démons- 
trated in the precedent Athoïm, the necessity, eventhe uiility of 
the transfer whatsœver, is wanling. 



— 327 — 


Gomok. — Il est dangereux d'avoir transféré en Italie le 
Suprême Directoire Dogmatique . 

En particulier, le choix de l’Italie pour le nouveau siège de la 
Suprématie est mauvais, surtout pour la raison que l’avenir poli¬ 
tique de ce pays est tout à fait très incertain. 

Le siège de la Souveraineté Exécutive suffisait à l’orient de 
Rome, parce que ce siège ne comporte pas une installation autre 
que celle d’un Suprême Conseil de moyenne importance. La prin¬ 
cipale fonction de l’Exécutif est concentrée dans la vigilance ; il 
n’agit pas comme une haute police s’inspirant d’elle-même, 
ordonnant et mettant tout en mouvement avec des effectifs con¬ 
sidérables placés directement sous son autorité ; mais il fonc¬ 
tionne en surveillant l’ennemi, pour communiquer avec prompti¬ 
tude au chef suprême un avis bien net sur l’opportunité des 
décisions à prendre. Il est à la fois la sentinelle avancée de 
l’Ordre et le futur exécuteur des suprêmes décrets ; à cause de 
cela, dans un tel poste, il n’a aucun besoin d’un nombreux état- 
major, ni des archives d’un ministre. 

Au contraire, si le Palladium est transporté à l’orient de Rome 
et si cet orient devient le siège définitif du Suprême Directoire 
Dogmatique, voilà les archives centrales et les plus saintes choses 
en péril d’un coup de main dans le cas d’une conflagration 
subite. 

Le transfert à Rome de la Suprématie de l’Ordre et de tout ce 
qui est inhérent à son organisation si complexe ne pourrait être 
effectué sans danger, que si l’Europe entière avait tous ses 
divers Etats républicains et unis par les liens d’un pacte de paix 
générale, enraciné dans les esprits de chacun. Avant l’accomplis¬ 
sement de cette évolution politique, qui sera la base de l’action 
décisive de la Maçonnerie, il y a réel danger à opérer le transfert 
de la Suprématie en Europe, et par-dessus tout en Italie. Si des 
raisons majeures s’imposaient pour que le siège de la très haute 
et très vénérable direction fût enlevé aux Etats-Unis d’Amérique, 
c’est-à-dire si lu nécessité survenait de le rapprocher du siège 
central de l’ennemi, il faudrait du moins le placer en pays non 
catholique, soit en Prusse, soit en Angleterre de préférence. Or, 
ainsi que cela est démontré dans l’Athoïm qui précède, la néces¬ 
sité, ni même l’utilité du transfert, quel qu’il soit, n’existe pas. 



— 328 — 


As for ihe danger of the instalment of the Supremacy at the 
orient of Rome, in the clcarcst manner it appears : for the euro- 
pean dominions hâve never expressly aoknowledged as lawful 
the occupation of the roman territory by the king of Italy ; that 
forbearance of the dominions, although it is to be lamented, our 
grief does not hinder to be. Therefore, it is wise to foresee the 
blow of any sudden and great curopean war, that should be as 
swift in results as dreadful in fights ; thus we must look upon 
that mornful prospect, at which ail the progressionists would be 
immensely grieved, that is, the possibility of a restoration, by 
some vanquishers, of the temporal kingdom of the Superstition’s 
Pope. 

Truly then, in the space of one night, ail the things, holiest to 
us, should suddenly fall in power of an hateful and merciless 
enemy, who would destroy the holy things, and, seizing upon 
our archives, would lay hold of the wholc our humanitarian 
machinery. 


Second Ballot : the Election. 

Dinaïn. — The Election is infcctcd loith original treachery . 

The two haîlols may seem distinct from cach other to any, who 
would disregard them or does not know Ihe perfîdious plot of fhc 
Elect. Yet, in bchalf of the whole truth, it must be declared, they 
were bound ; but they were presented to the Triangles as 
distinct, and by no mcans depending upon one another. 

The circumstances, that hâve promoted the preparatory vote, 
are présent now to memory of ail. They bave only urged 
seemingly plausible reasons, that, as they said, were making in 
behalf of the transfer to Rome of the most high and worshipful 
direction, and the conlrivers of the motion (we understand now 
they followed a wateh-word) forcibly afïirmcd that the italian 
pétition in demand of the transfer conccalcd no intrigue of 
Personal ambition; for they declared that the grand-master of the 
Sovereign Executive Pircclory would not présent liimself as can¬ 
didate lo fhc Pontificale of the universal Masonry. 

Now, we question the conscience of the Perfect Jnitialed, Here 
was not SQHte unworthy craft, and the most treacherous cheat ?... 



Quant au danger de l'installation de la Suprématie à l’orient de 
Rome, il apparaît avec la plus grande clarté ; car les puissances 
européennes n’ont jamais reconnu formellement la légitimité de 
l'occupation du territoire romain par le roi d’Italie ; cette absten¬ 
tion des puissances est regrettable, mais le chagrin que nous en 
éprouvons n’empêche pas ce fait d’être. Aussi, il est sage de 
prévoir la soudaineté d’une grande guerre européenne, qui serait 
autant prompte dans ses résultats que terrible dans ses batailles ; 
il faut donc envisager la lamentable perspective, qui serait une 
cause d’immense douleur pour tous les hommes de progrès, 
c’est-à-dire la possibilité d’une restauration, par certains vain¬ 
queurs, du royaume temporel du Pape de la Superstition ! 

Vraiment alors, du jour au lendemain, tout ce qui est pour 
nous le plus sacré se trouverait subitement au pouvoir d’un 
ennemi haineux et barbare, qui détruirait les choses saintes, et 
qui, en s’emparant de nos archives, mettrait la main sur tous les 
rouages de notre machine humanitaire. 

Deuxième scrutin : l'Election. 

. Dinaïn. — Vélection est entachée de tromperie originelle . 

Les deux scrutins peuvent paraître distincts l’un de l’autre, 
aux yeux de qui ne les examine pas ou ignore la perfide trame de 
l’Elu. Cependant, au nom de la vérité, il faut dire qu’ils étaient 
liés; mais ils ont été présentés aux Triangles comme distincts et 
n’influant aucunement fun sur l’autre. 

Les circonstances qui ont provoqué le vote préparatoire sont 
présentes encore au souvenir de tous. On a fait valoir unique¬ 
ment des motifs, plausibles d’aspect, qui, disait-on, militaient 
en faveur du transfert à Rome de la très haute et très vénérable 
direction, et les instigateurs de ce mouvement (on comprend 
aujourd’hui qu’ils obéissaient à un mot d’ordre) affirmaient avec 
énergie que la pétition italienne en demande du transfert ne 
cachait aucune intrigue d’ambition personnelle ; car, déclaraient- 
ils, le grand-maître du Souverain Directoire Exécutif ne présen¬ 
terait pas sa candidature au Pontificat de la Maçonnerie uni¬ 
verselle. 

Maintenant, nous interrogeons la conscience des Parfaits 
Initiés. Est-ce qu’il n’y a pas eu là une indigne manœuvre, la 



When in the first ballot (about the transfer) the votes were 
summed up and the resuît proclaimed, one only candidateship 
was held out, that of the grand-master of the Sovereign Executive 
Directory. 

Eni. — The Election is infected xvith bribery . 

The grand-master of the Sovereign Executive Directory had 
scattered everywhcre a report, that he would not be a candidate 
to the suprême grand-mastership ; but when once the transfer to 
the Orient of Rome was obtained, he declared himself a candi¬ 
date, and that not only was made cynicallv, but no other itaîian 
Brother or résident in Italy declared himself a candidate. Thence 
it plainly appcars, that citherthe italian Brothers went together 
previously, or was a general forbearance of the competitors, 
enjoincd to them hy an unîawful pressure from the grand-master 
of the Sovereign Executive Directory ; or a craffc a long while 
since prepared, and the result of which was purchased with 
money, | 

In each other of these three cases, the vote itself is vitiated, 

Those three aspects of the question were carefuîly examined by 
a swift inquest ; by that inquiry of the causes it lias been disco- 
vered that the forbearance of the competitors of the Elect had 
bcon resolved upon by a bargain between him and them. Even 
we know with what money the grand-master of the Sovereign 
Executive Directory lias paid the retiring of the Brothers, whose 
candidateship has been announced in the lime of the preparatorv 
vote in the Triangles. It is the cofler of the Roman Bank that lias 
been put under forced contribution, so studiously the itaîian 
government supported in his designs the worthîess wretch, wlio 
was deceiving ail the honesl Brothers, to glut his ambition. Now 
the italian government operated in such manner, because it is 
personally interested in having at Rome, instead of Charîeston, 
the suprême direction of the universal Masonry ; and that inter- 
meddîing of a political aufhority, nav friendly and no profane, in 
the strictly*' secret action reserved to the perfectly initiated 
adepts of the Palladium, is one argument more to add to the 
precedent Gomor, to demonstratn that the ballot of the transfer 
to Rome has not been a work of general interest. 

As to the fact of the purchasing of the competitors, payed for 



— 331 — 


plus traîtresse supercherie ?... Lorsque le premier scrutin (sur le 
transfert) a été dépouillé et son résultat proclamé, il n’a été 
présenté qu’une seule candidature : celle du grand-maître du 
Souverain Directoire Exécutif. 

Eni. — Uélection est entachée de corruption . 

Le grand-maître du Souverain Directoire Exécutif avait fait 
dire partout qu’il ne serait pas candidat à la suprême grande- 
maîtrise ; une fois le transfert a l’orient de Rome obtenu, il s’est 
déclaré candidat, et non seulement cela a été ainsi avec cynisme, 
mais aucun autre Frère italien ou résidant en Italie ne s’est 
déclaré candidat. Il est évident qu’il y a eu là : soit une entente 
préalable entre les Frères italiens, soit une abstention générale 
des compétiteurs, imposée à eux par une pression illégitime du 
grand-maître du Souverain Directoire Exécutif, soit une 
manœuvre depuis longtemps préparée et dont le résultat a été 
acquis avec de l’argent. 

Dans l’un quelconque de ces trois cas, le scrutin lui-même est 
vicié. 

Ces trois aspects de la question ont été examinés d’une façon 
attentive par une rapide enquête ; cette recherche des causes a 
fait découvrir que l'abstention des compétiteurs de l’Elu avait 
été l’objet d’un marché entre celui-ci et eux. Nous savons même 
quel est l’argent avec lequel le grand-maître du Souverain 
Directoire Exécutif a payé la retraite des Frères dont les candida¬ 
tures avaient été annoncées, au temps du vote préparatoire dans 
les Triangles. C’est la caisse de la Banque Romaine qui a été 
mise à contribution forcée, tant le gouvernement italien secon¬ 
dait les projets de l’indigne personnage qui a trompé tous les 
honnêtes Frères pour assouvir son ambition; or, le gouverne¬ 
ment italien a agi de la sorte, parce que son intérêt personnel 
est que la suprême direction de la Maçonnerie universelle soit à 
Rome, au lieu de Cliarleston ; et cette immixtion d’une autorité 
politique, même amie et non profane, dans l’action rigoureuse¬ 
ment secrète réservée aux adeptes parfaits initiés du Palladium, 
est un argument de plus à ajouter au Gomor qui précède, pour 
prouver que le scrutin du transfert à Rome n’a pas été une 
œuvre d’intérêt général. 

Sur le fait de l’achat des compétiteurs, payés pour s’abstenir 



— 332 — 


abstaining afler allowing to publisli their candidature in the 
Triangles, \ve know undoubtedly tliat an amount of ten millions 
lire has bcen spent at this efîect, and extorted from the Roman 
Bank : the principal competilor has received, for bis share alone, 
above four millions. 

Is il not a cîear case of bribery? 

Un. — The Elect is not mthodox . 

The Elect does not keep his heresy in secrecy ; but he has 
many limes proclamed it grievously. 

By lhe venerated tradition, frequently and learnedly explained 
by lhe most lamentcd fîrst suprême chief, sublime legislator of the 
Palladic New and Reformed Rite, and creator of our universal 
organization, it is required lhat lhe word « Satan » should not be 
used, as being not lhe name of the Good-God, but on the contrary 
the word used by the priests of the superstition, in the blasphe- 
mous imprécations that they for ever belch out slanderously. 

Yet the italian grand-master is using the proscribed and 
exploded word, and allows to be used, as it is plain by official 
statements of banquets, nay of agnpæ. Besides, in a lato triangu- 
lary holy-supper, he has suhslitutcd for the Goddarl-Mirar, yet 
obligalory without an exception, the liymn where the Excelsior 
is termed wilh the name répugnant to orlhodoxy. 

By such deeds, the italian grand-master has classed himself 
among the herctics. 

Now it is not to be admitted that the suprême Dogmatic Pulpit 
should not be orlhodox ; thcncc the wbole venerated tradition 
should be overthrown, that was preserved unadulterated by the 
fîrst and the second Ponlificates ; or at least, the divine protection 
should be withdrawn, as long as the dogmatizing heresy shall 
live. 



— 333 — 


après avoir laissé annoncer leurs candidatures dans les Triangles, 
nous avons la certitude qu’une somme totale de dix millions de 
lires a été dépensée à cet effet, extorquée à la Banque Romaine ; 
le principal compétiteur a reçu, à lui seul, plus de quatre 
millions de lires (1). 

C’est là un cas manifeste de corruption. 

Ur. — U élu n'est pas orthodoxe. 

L’Elu ne tient pas son hérésie dans le secret ; il lui a donné 
plus d’une fois une fâcheuse publicité. 

La vénérée tradition, commentée souvent et avec science par 
le tant regretté premier chef suprême, sublime législateur du 
Rite Palladique Réformé Nouveau, et créateur de notre organisa¬ 
tion universelle, exige que le mot « Satan » ne soit pas employé, 
n’étant pas le nom du Dieu-Bon, et étant au contraire le mot 
usité par les prêtres de la superstition, dans les blasphématoires 
imprécations que leurs bouches vomissent sans cesse calomnieu¬ 
sement. 

Cependant, le grand-maitre italien emploie l’expression pros¬ 
crite et condamnée, et il en autorise l’emploi, ainsi que cela est 
constaté par des relations officielles de banquets et même 
d’agapes. Et il y a plus, dans une assez récente cène triangulaire, 
il a remplacé le Goddaël-Mirar, obligatoire pourtant sans excep¬ 
tion, par l’hymne où l’Excelsior est appelé du nom contraire à 
l’orthodoxie. 

Par de tels agissements, le grand-maître italien s’est classé lui- 
même au nombre des hérétiques. 

Or, il est tout à fait inadmissible que la Chaire suprême du 
Dogme ne soit pas orthodoxe ; ce serait le bouleversement de 
toute la vénérée tradition, conservée pure par le premier et le 
second Pontificats, la ruine du Temple, ou tout au moins le re¬ 
trait de la protection divine pendant les années de l’hérésie dog¬ 
matisante. 

(1) Il s’agit du sénateur Giosué Carducci, dont la candidature avait 
des chances de succès, puisque, au scrutin du 20 septembre, bien qu’il 
se soit refusé à la dernière heure à se porter en concurrence à Àdriano 
Lemmi, il a eu néanmoins 13 voix sur 77 votants. Le compte de 
Carducci à la Banque Romaine, compte qui lui a été ouvert sans raison 
sérieuse et par la seule influence de Lemmi, s’est trouvé, je l’ai dit 
plus haut et je le rappelle, lors de la découverte du pot-aux-roses, en 
excédent de 4 millions 549 mille 450 francs. 



Zàïn. — The Elect is disqualifiée /, with respect to the 
common integrity . 

The undersigned protestera hâve summoned vainly the italian 
grand-master, beeome fraudulently suprême ehief, to excuîpate 
himself f'rom the grievous charges brought against his probity. 
The summons hâve been made by word and by vault in a regular 
message before and after the ballot of the élection. The proofs of 
this baseness, such as brought forth by the accusers, in form of 
authentic documents photographed, hâve been put before the 
culprit ; the same will be found annexed at the présent vault, 
with the papers testifying lhe veracity of the protestera about the 
olher points starled or denounced in this strife. 

The Elect lias been contcntcd with denying in a passion, nor lie 
wouid be explieil wilh giving lhe authentic proofs, tliat were 
requested from him to clear up (lie proofs of his opposera. 

Among lhese accusations, one is relative to a profane sentence; 
another, consisting in a complaintof many Brothers, shouldhave 
uncpieslionably caused a trial of the lirst Pontificale, if it had 
reached ils suprême tribunal. The matter is, to bave lodged 
important funds, in the personal name of the ilaliangrand-master, 
when this sum bclonged to the Masonrv. In England and the 
United-Slates, the adepts of the perfect initiation hâve always 
wished for the prosperity of the italian Masonry ; besides, the 
poverly of this Family is a well known fact in the Order ; there- 
fore, lhe englisli and american masons hâve delivered to the 
italian grand-master large subsidies, often reiterated, in order to 
muîliply Hic lodges in a country wherc the Pope of the Supers¬ 
tition is proudly enlhroned. Now, lhe accusers of lhe Elect 
maintain that lie lias kept for himself a large part of this received 



— 335 — 


Zaïn. — U Elu est indigne sous le rapport de la vulgaire 

Les protestataires ont sommé vainement le grand-maître italien, 
devenu chef suprême grâce à la fraude, de se disculper des graves 
accusations qui ont été portées contre sa probité. Les somma- 
tions ont été faites, de vive voix et par voûte en message régu¬ 
lier, avant et après le scrutin de l'élection. Les preuves de l'indi¬ 
gnité, telles qu’elles sont produites par les accusateurs, sous 
forme de documents authentiques photographiés, ont été mises 
devant l'accusé ; et aussi on les trouvera annexées à la présente 
voûte, avec les pièces témoignant la véracité des protestataires 
sur les autres points soulevés ou dénoncés en ce litige. 

L’Elu s’est contenté de nier avec colère, et il n’a pas voulu 
s’expliquer d’une façon complète par des preuves authentiques 
qui lui ont été demandées en vue de l’anéantissement de celles 
de ses adversaires. 

L’une des accusations est relative a une condamnation pro¬ 
fane (1); une autre, consistant en une plainte de nombreux 
Frères, aurait occasionné bien certainement un jugement du 
premier Pontificat, si elle était parvenue jusqu’à son tribunal 
suprême (2). L’affaire est un placement d’une somme importante 
au nom personnel du grand maître italien, alors que cette somme 
appartient à la Maçonnerie. En Angleterre et aux Etats-Unis, les 
adeptes de la parfaite initiation ont toujours désiré la prospérité 
de la Maçonnerie italienne ; d’ailleurs, la pauvreté de cette Famille 
est notoire dans l’Ordre, et c’est pourquoi les maçons anglais et 
américains ont transmis au grand-maître italien de forts sub¬ 
sides, souvent réitérés, afin qu’il multipliât les loges dans le pays 
où le Pape de la Superstition trône orgueilleusement. Or, les 
accusateurs de l’Elu soutiennent qu’il a gardé pour lui une notable 

(1) 11 s’agit de la condamnation pour vol à un an et un jour de prison 
et cinq années de surveillance de la haute police, prononcée contre 
le nouveau chef suprême, le 22 mars 1844, par le Tribunal Correctionnel 
de Marseille ( Note de la traduction française). 

(2) Les adversaires du nouveau chef suprême de la Maçonnerie ont 
affirmé, d’autre part, que toutes les plaintes envoyées à Charleston 
contre Lemmi étaient confisquées et supprimées par le F. *. Philéas 
Walder, un de ses plus dévoués complices, et qu’ainsi elles ne parvin¬ 
rent jamais à Albert Pike. 




— 336 — 


money, whatwould be a very robbery committed to the détriment 
of the Order. Besides, hc lias laid a tax upon the poor ilalian 
Jodges, which are obligcd to pay, on pain of erasing, after three 
prémonitions. The aecusers assert, wilh substanlial proofs, thaï 
on the year 1890(vulgar era) the amount of those embezzlements 
of the english and amcrican propagaling funds, and of extorlions 
from the poor italian masons came to four hundred thousand 
lire, that the culpril placed at his personal name. Finaîly, the 
aecusers affirm that in this wrong and contemptible behaviour is 
found the only cause of many défections and sécessions in Italy, 
as many masons of that country being very discontented, and in 
such a degree, that they hâve dared to say it, even among the 
profane world. 


The new suprême chief, fraudulcnlly cleclod, by his posture 
proves thaï it is impossible to him to olear himself of the 
charge ; but the sauciness of the man is very cynic one. Before 
the ilood of accusations, hc seems to lake this mollo : « We 
must put a bold face on the matter ! » Àbove ali, is absolutely 
shocking the annual-word, thaï hc lias imposcd to the Triangles, 
as a sign of rejoieing for his élévation, and that lhe adepls of 
the pcrfccL initial ion will be obligcd to say, to the 29' h day of 
the 7 th mont h on the year 00081)1, under pain of sceing the 
Temple’s doors sliut heforc them. To clioose such an annual- 
word demonstrates that the Elecl challenges the scorn of every 
honest mason. We should liko lo ask if the Brothers and Sisters, 
that honour probily as onc of the first natural virtues, may 
acccpt long more such a heavy humiliai ion. Nor is any good 
reason to say that this secret-word was imagined in opposition 
to the trailor juslly executed ; nay, this currcnt annual-word is 
notbing but an impudent glorification of an historié thief. 

II ÉL ktua. — The Elecl fias snppresscd ail contrai of his 
operations^ immcdialcly from the day after his accession , 

The Sovcreign Pontiff of the universal Masonry is ihc very 
suprême chief, it is to say, lhe highest in lhe hierarchy : to him 
no Brolher lias the power to command any act, and whalcvcr he 
commands must be accomplished. But, if he lias nothing that 



— 337 — 


part de l’argent ainsi reçu; ce serait là un vol commis au détri¬ 
ment de l'Ordre. En outre, il a frappé d’un impôt les pauvres 
loges italiennes, impôt qu'elles sont obligées de lui payer sous 
peine de radiation, après trois avertissements. Les accusateurs 
de l’Elu avancent, avec de solides preuves à l’appui de leur dire, 
qu’en 1890 (ère vulgaire) le total de ces détournements sur les 
fonds anglais et américain de propagande et des extorsions aux 
pauvres maçons italiens s’élevait à quatre cent mille lires, que 
l’accusé plaça à son nom personnel. Les accusateurs affirment 
enfin que c’est dans cette conduite abusive et méprisable que se 
trouve la seule cause des nombreuses défections et scissions en 
Italie, beaucoup de maçons de ce pays étant très mécontents et 
à un degré tellement haut qu’ils n’ont pas craint de le dire, môme 
dans le monde profane. 

L’attitude du nouveau chef suprême, élu grâce à la fraude, 
prouve qu’il lui est impossible de se disculper ; mais il a l’impu¬ 
dence tout à fait cynique. En présence de la marée montante des 
accusations, il apparaît avoir pris pour devise : « Il faut payer 
d’audace! » Ce qui est absolument révoltant surtout, c’est le mot 
annuel qu’il a imposé aux Triangles, en réjouissance de son avène¬ 
ment, et que les adeptes de la parfaite initiation seront contraints 
de dire jusqu’au 529 e jour du 7 e mois de l’an 000891, sous peine 
de voir les portes du Temple rester fermées pour eux. Ce choix 
inconvenant d’un tel mot annuel montre que l’Elu brave le mépris 
des maçons honnêtes. Nous nous demandons si les Frères et 
Sœurs qui honorent la probité comme une des premières vertus 
naturelles peuvent accepter plus longtemps une si pesante humi¬ 
liation. On n’a aucune bonne raison de dire que ce mot secret a 
été imaginé en esprit d’opposition au traître justement mis à 
mort ; non, le mot annuel en cours n’est rien autre qu’une impu¬ 
dente glorification d’un historique voleur. 


Hélétiia. — L'Elu a supprimé tout contrôle de ses opéra¬ 
tions, dés le lendemain meme de son avènement . 

Le Souverain Pontife de la Maçonnerie universelle est vraiment 
le chef suprême, c’est-à-dire qu’il est le plus élevé dans la hié¬ 
rarchie ; aucun Frère n’a le pouvoir dé lui commander un acte, 
et ce qu il ordonne doit être accompli. Néanmoins, s’il est sans 

22 



— 338 — 


countcrvails himself for the solution of dogmatical questions, he 
is surrounded by mosl wise counsellers, having a long expé¬ 
rience, whose the choice belongs to him, but that, selected 
always among the vétéran musons, residing in the neighbourhood 
of liis scat, make a kind control to him and a warrant to ail the 
adepis, respecling the direction of material works. To fulfill that 
noble mission, the Mosl Sercne Grand-College of Emerited 
Masons bas becn institutcd, whose lhe existence hy itself gives 
wholc security to the mind of the adepts of the perfect initia¬ 
tion. 

The new suprême chicf, fraudulently elected, was tirst bound 
to proceed to the nomination of the ten members of his Most 
Serenc Grand-College, according to the Sfatutcs, whilst he named 
his successor to the Sovereign Executive Directory. He bas 
declared that the Most Ilîustrious, Most Puissant and Most 
Lightoncd Àncient Brothers, composing the precedent Most Serene 
Grand-College of Charleslon, wîll keep their dignity, wilh the 
title of honorary members ad vitam ; for that, he is thoroughly 
blameless. But, to nominate the active members of his Most 
Serene Grand-College, he used a palpable reach. Instead of 
choosing ten perfect initiated high-masons, résident in Italy, 
and accordingly verv able to control his operations, he has scat- 
tered those ten nominations in so many countries, as if the most 
important dignity of such a function were any title merely 
honoriüc, nay, a diploma or medal, allowed to flatter vanity by 
this mark of lhe high esteem of the suprême chief. 

Therefore the adepts of the perfect initiation hâve known the 
names of the ten among them for which the fraudulently Elected 
entertains higher regard ; but now they are destitute of ail 
guarantee about the gestion of the most weighty interests of the 
Order. 

That situation is particularly intolérable, when such an autho- 
rity without any control is exercised by a man so much suspected, 
and previously guilty of many malversations. 



contre-poids pour la solution des questions de dogme, il est en¬ 
touré de conseillers d’une très grande sagesse, doués d’une 
longue expérience, dont le choix lui appartient, mais qui, choisis 
toujours parmi les vétérans maçons résidant à proximité de son 
siège, forment un contrôle bienveillant pour lui et une garantie 
pour runiversalité des adeptes en ce qui concerne la direction 
des œuvres matérielles. C’est pour remplir cette noble mission 
que le Sérénissime Grand Collège des Maçons Émérites a été ins¬ 
titué : son existence donne par elle-même tout repos à l’esprit 
des adeptes de la parfaite initiation. 

Le nouveau chef suprême, élu grâce à la fraude, a eu d’abord 
à procéder aux nominations des dix membres de son Sérénis¬ 
sime Grand Collège, conformément aux Statuts, en même temps 
qu’il nommait son successeur au Souverain Directoire Exé¬ 
cutif. Il a déclaré que les Très Illustres, Très Puissants et Très 
Éclairés Frères Anciens, composant le précédent Sérénissime 
Grand Collège de Charleston, conserveront leur dignité, avec le 
titre de membres honoraires ad vitam; en cela, il est à l’abri de 
tout reproche. Mais, pour nommer les membres actifs de son 
Sérénissime Grand Collège, il a usé d’un artifice manifeste. Au 
lieu de choisir dix hauts-maçons fparfaits initiés résidant en 
Italie et pouvant contrôler ses actes par conséquent, il a distri¬ 
bué ces dix nominations dans tout autant de pays, comme si la 
dignité si importante de cette fonction était un titre simplement 
honorifique, un diplôme ou une médaille flattant la vanité de celui 
à qui cette marque de haute estime du chef suprême est 
décernée. 

Les adeptes de la parfaite initiation ont donc appris les noms 
des dix d’entre eux que F Élu par fraude place le plus haut dans 
sa considération ; mais maintenant ils sont dépourvus de toute 
garantie touchant la gestion des intérêts matériels de l’Ordre tout 
à fait les plus importants. 

Cette situation est particulièrement insupportable, quand une 
telle autorité sans aucun contrôle se trouve exercée par un 
homme autant suspect et déjà coupable de nombreuses malver¬ 
sations. 



— 340 — 


Thela. — The élection is irregular , and that irregtdarity 
is aggrarnted by many exceptional circwns tances, that give 
plausible g rounds to the most rightful suspicions . 

For the first Pontificale, lhere was no élection ; indeed the 
iirst suprême chicf created the organisation ; he ordained the 
whole, and his aulhorily was acknowledged. As to the second 
Pontificale, the titular was appointed by the predecessor, and 
that appointment was confirmed by the unanimous suffrage of 
the Most Serene Grand-College ; according to the fundamental 
Constitution of the Palladium, it is in that manner that the 
élection of the suprême chief of the universal Masonry must be 
performed. In case only that, past eleven days, the members of 
Un* Most Serene Grand-College would not agrée to elect unani- 
mously one among lhem, or any pcrfcct imtiaied of the highest 
degree, laknt oui of themsnlves , lhen the direetors of the sevenfy 
seven Triangulary Provinces convocate Perlecl Triangles, Grand 
Triangles and Triangles to sit in order to choose delegates, whose 
lhe assembly wîll make the secret Sovereign Convent. There the 
candidate to the suprême grand-mastership must oblain, to be 
lawfully clectcd, a number of votes équivalent al least to three 
fourihs of the voiers. Such is the law. 

But this law was transgressed. 

To the regularity of the whole, it woulde be necessary to hâve 
hcld two sittings, instead of one, at the time of the Sovereign 
Convent. In the first, the ballot about the transfer must hâve 
taken place ; and, as the tranfer of the suprême seat was granted, 
it should hâve been necessary, notwilhstanding the unrighteous- 
ness of this vote, lhat the majority, which had given it and the- 
refore believed it lawful, would hâve suspended the session of 



— 341 — 


T héla . —* U élection est irrégulière, et son irrégularité est 
aggravée par une réunion exceptionnelle de circonstances 
motivant les plus légitimes soupçons . 

Pour le premier Pontificat, il n’y eut pas élection; car, à 
vrai dire, le premier chef suprême fut créateur de l’organi¬ 
sation : il institua tout, et son autorité fut reconnue. Pour le 
deuxième Pontificat, il y eut désignation par le prédécesseur, 
laquelle fut confirmée par le suffrage unanime du Sérénissime 
Grand Collège; en vertu de la Constitution fondamentale du 
Palladium, c’est de cette façon que l’élection du chef suprême 
de la Maçonnerie universelle doit être effectuée. Uniquement, 
dans le cas où, onze jours s’étant écoulés, les membres du Séré- 
uissime Grand Collège ne se seront pas mis d’accord pour élire h 
runanimilé l’un d’eux ou un parfait initie, du plus haut degré pris 
eu dehors dieux, alors les directeurs des soixante-dix-sept Provin¬ 
ces Triangulaires convoquent les Parfaits Triangles, Grands Trian¬ 
gles et Triangles à tenir séance pour le choix des délégués (1) 
dont la réunion formera le Convent Souverain secret. Lù, le can¬ 
didat à la suprême grande maîtrise doit obtenir, pour être légiti¬ 
mement élu, un nombre de voix équivalant au moins aux trois 
quarts des votants. Telle est la loi. 

Or, la loi a été transgressée. 

Afin que tout eût été régulier, il aurait fallu tenir deux séances 
lors du Convent Souverain, et non pas une séance unique. Dans 
la première, le scrutin sur le transfert aurait eu lieu; et puisque 
le transfert du siège suprême a été adopté, il aurait fallu, malgré 
l’iniquité de ce vote, que la majorité qui l’avait émis et le 
considérait donc valable suspendît la session du Convent et 
mandât à Cliarleston le résultat, par la Voie d’Immédiateté, ainsi 


(i) Un délégué par Province Triangulaire. Vingt-deux provinces ont 
le privilège de pouvoir déléguer indifféremment un Frère ou une Sœur, 
pourvu que celle-ci soit Maîtresse Templière Souveraine ; neuf seule¬ 
ment ont délégué une Sœur au Convent secret de Rome, du 20 septem¬ 
bre 1893. Les Frères délégués à un Convent Souverain doivent avoir le 
grade de Mage Elu. Les simples Triangles ne participent pas à l’élection 
des délégués, quant au vote; mais c’est dans leur atelier que se tient 
la réunion préparatoire, et les Frères et les Sœurs du premier degré 
palladique ont voix consultative (Voir détails au chapitre V). 



ihe Convent, and informed CharlesLon of the resuit, by the 
Immediacy-Way, and of lhe namcs of tlie candidates to the 
Sovereign Pontificale. Indeed the Àncient, members of the Most 
Serene Grand-College, enjoyed Ihe plénitude of their power, and 
were congregated at Charleslon, 011 e excepted, présent at 
Rome ; Ibis, by llie Immediacy-Way, might make known to 
his Most Ulustrious, Most Puissant and Most Lightened colleagues 
to what candidate he had given his vote for the suprême grand- 
mastership. After that, if the unanimous agreement might not 
hâve bcen made, the cleven days elapsed, the Sovereign Convent 
would hâve laken seat again, and proceeded to the second ballot, 
witîi regard to the thrce fourlhs of the voters, a number neces- 
sary for a lawful élection. 

In such a manner this important business ought happen, regu* 
larlv and faillifully, as the fundamenlal Constitution of the Pal¬ 
ladium lias not provided against the iransfcr of the suprême seat 
oui of Charleslon. Since then the members of the Most Serene 
Grand-College might elect at the Dogmatic Pulpit a pcrfect ini- 
tialed o‘lhe highest degree, taken ouf- of themselves, to them 
iirst il belonged to exercise the rights of Grand Electors, even 
after the transfer of the suprême seat to Rome was voted. ïo 
ihe Sovereign Convent those wise observations were presented, 
belween Ihe two ballols, by some of lhe protesling writers of the 
présent vault ; but the voice of rcason was diowned. 

On the otlier liand, the rcquisitc number of suffrages for a 
right élection was not reachcd ; therefore ihe proclamation, that 
déclarés elected the aclual titular of the suprême grand-mas* 
tership, is worth nolhing. 

Àl the first ballot (about lhe tranfer), one vote more tlian the 
half of the voters was enough ; that had been agreed, at the 
lime of the preparatory asscmbly of lhe Triangles. Four sove¬ 
reign delegates from this ballot abstained. But not in any place, 
in any Triangle, it was said, at the lime of the preparatory 
assembly, that it might be enough, at the second ballot, to bave 
a majority below lhe three fourlhs of the voters ; for, if such a 
project had been proposed to the Triangles, it would hâve been 
disowned by ail the sincere and honcsl high-masons, which defend 
and will ahvays defend the Conslitulion, as an holy-arch. Then, 
at the second ballot, the severity seven sovereign Idelegates 
voted, no one excepted. Therefore fîfiy eight votes ad minimum 
were necessary to be lawfuîly elected. 



— 343 — 


que le nom des candidats au Souverain Pontificat. En effet, les 
Anciens, membres du Sérénissime Grand Collège, possédaient la 
plénitude de leurs pouvoirs et se trouvaient réunis à Charleston, 
sauf un seul qui se trouvait présent à Rome; celui-ci pouvait, par 
la Voie d’Immédiateté, faire connaître à ses Très Illustres, Très 
Puissants et Très Eclairés collègues à quel candidat il donnait son 
vote pour la suprême grande-maîtrise. Après quoi, si l’accord 
unanime n’avait pas pu se faire, après les onze jours écoulés, le 
Convent Souverain aurait repris séance et procédé au deuxième 
scrutin, en tenant compte des trois quarts des voix des votants, 
nombre nécessaire pour avoir une légitime élection. 


Voilà comment cette grave affaire aurait dû se passer, en 
régularité et loyauté, puisque la Constitution fondamentale du 
Palladium n’a pas prévu le fait du transfert du siège suprême hors 
de Charleston. Les membres du Sérénissime Grand Collège 
pouvant élire à la Chaire du Dogme un parfait initié du plus haut 
degré pris en dehors d’eux, c’était à eux d’abord que revenait le 
premier exercice des droits de Grands Electeurs, même le siège 
suprême ayant été voté transféré à Rome. Au Convent Souverain, 
ces sages observations furent présentées entre les deux scrutins 
par plusieurs des protestataires rédacteurs de la présente voûte ; 
mais la voix de la raison fut étouffée. 

D’autre part, le nombre exigé de suffrages pour une élection en 
règle n’a pas été atteint ; c’est pourquoi la proclamation déclarant 
élu le titulaire actuel de la suprême grande-maîtrise n’a aucune 
valeur. 

Au premier scrutin (sur le transfert), la moitié plus une des 
voix des votants suffisait ; cela avait été convenu, lors de la 
réunion préparatoire des Triangles. A ce scrutin, quatre délégués 
souverains s’abstinrent. Mais il n’a été dit nulle part, dans aucun 
Triangle, au temps de la réunion préparatoire, que l’on pourrait 
se contenter, pour le deuxième scrutin, d’une majorité inferieure 
aux trois quarts des votants; car, si un projet semblable avait été 
proposé aux Triangles, il aurait eu contre lui la réprobation de 
tous les hauts-maçons sincères et honnêtes, qui défendent et 
défendront toujours la Constitution comme une arche sainte. Or, 
au deuxième scrutin, les soixante-dix-sept délégués souverains 
votèrent, sans une seule abstention. Il fallait donc cinquante-huit 
voix au minimum pour être légalement proclamé élu. 



344 — 


Even it resulls (rom tlie official report of the Convent that 
the grand-master of the Sovereign Executive Dircctory has 
oblnincf 1 upon the wholo forty six voirs. The falsely Elcctcd 
falsifies ciphers amîaciously : in bis encyclical leüer, where lie 
announees bis élection, he prétends to bave cauglit forty six 
votes amonrj fi fl y nirte voiers ; but lhere is a glaring untruth. 

Here is the truth : the thirty onc sovereign delegatcs, who 
opposed againsl the suprême exaltation of that man, were 
disuniied : to puf a namc into the ballot-box, ihiriccn voted for a 
Hrofher who had withdrawn his candidateship ; righlccn , liaving 
this nolorlhodox, as wcîl as lhe only candidate and angry with 
ail these tricks, protestcd significanlly, willi vofing by blank vote- 
lickels. Now thon, to transfonn eighteen blank vote-tickets into 
oighteen ahstainings, that is a shameful cheating, 

AI. loasl, lhe prolesfers point oui. ahove ail this passing slrange 
tact : fonrfoen sovereign delegatcs fcll siek, lhe instant thcy set 
ont upon the journey ; among which five mighL he replaced by a 
swifl vote of the conslitucnls ; as to the aine ollicrs, lhe Perfect 
Triangles and Grand Triangles, thcrc represented, were 
compelled, as unexpeclcdly surprised, to send lheir mandats 
to some Brothers living in Ilaly, thaï were not but insulïicicntly 
known 1o them. Bul the eleclovs of the Perfcct and Grand 
Triangles, who were replaced in that case of main force by 
itaîian substilutes, had pronouneod against lhe transfer to Rome, 
and their true delcgaics would hâve a fortiori refused lheir votes 
to lhe inlriguing-loadcr who imposcd himself suddenly as only 
candidate. Only one of the nine ilaliau substilutes abstained 
al lhe first ballot and volcd al Ibe second with a blank 
voie-ticket, Unis eorrcclly and wisely aeling ; the eiglit 
others voted for lhe transfer and suprême exaltation of lhe 
grand-master their countryman, and Unis Irampled under foot 
the feelings of their constituents. 

Àccordingly, this élection is frauduîent in its essence, in 
preparing, working, accomplishing, proclamating and no- 
tifying it. 


Conclusion 

The first ballot was rclated lo an uselcss changing ; besides, 
ils conséquences are dangerous, eveu only according to the 



— 345 — 


Il résulte du procès-verbal meme du Convent que le grand- 
maître du Souverain Directoire Exécutif a obtenu enl ont quarante- 
six voix . Audacieusement, le faux Elu falsifie les chiffres : dans sa 
lettre encyclique où il annonce son élection, il prétend avoir 
obtenu quarante-six voix sur cinquante-neuf votants ; mais c’est 
là un mensonge monstrueux. 

Voici la vérité : les trente-et-un délégués souverains, qui furent 
opposés à l’exaltation suprême de cet homme se divisèrent ; afin 
de mettre un nom dans Fume, treize votèrent pour un Frère qui 
avait retiré sa candidature *, dix-huit, tenant ce Frère pour non- 
orthodoxe autant que Tunique candidat, et indignés de toutes ces 
perfides manœuvres, protestèrent significativement en votanl par 
bulletins blancs. Or donc, transformer dix-huit bulletins blancs 
en dix-liuit abstentions est une ignoble tricherie. 

Enfin, les protestataires signalent surtout ce fait fort étrange : 
quatorze délégués souverains tombèrent malades au moment de 
se mettre en route ; cinq purent être remplacés par un vote prompt 
de leurs mandants ; pour les neuf autres, les Parfaits Triangles et 
(îrands Triangles représentés furent obligés, étant surpris inopi¬ 
nément, d'envoyer leurs mandats à des Frères habitant l’Italie, et 
ces mandataires suppléants leur étaient connus d’une façon 
insuffisante. Or, les électeurs des Parfaits Triangles et Grands 
Triangles, qui furent remplacés en ce cas de mrce majeure par 
des suppléants italiens, s’étaient prononcés contre le transfert à 
Ilome, et leurs vrais délégués auraient refusé, à plus forte raison, 
leurs suffrages au meneur de l’intrigue s'imposant soudain comme 
unique candidat. Un seul des neuf suppléants italiens s’abstint 
au premier scrutin et vola au deuxième par bulletin blanc, 
agissant ainsi correctement et avec sagesse ; les huit autres 
votèrent pour le transfert et pour l’exaltation suprême du grand- 
maître leur compatriote, et ainsi ils ont foulé aux pieds les 
sentiments de leurs mandants. 

C’est pourquoi cette élection est frauduleuse dans son essence, 
dans sa préparation, dans sa manipulation, dans son accomplis¬ 
sement, dans sa proclamation et dans sa notification 

Conclusion 

Le premier scrutin se rapportait à un changement inutile ; en 
outre, ses conséquences sont dangereuses, même seulement 



chosen city as thc suprême seat translatée!, It must be repealed, 
because Ais thc resuit of an intrigue lhat only ainied al making 
the second ballot obligalory, therefore at satisfying a personal 
ambition, inslcad of serving the holy cause. Moreover, lhe flrst 
choices of sovereign dclegates in the preparatory vole of the 
Triangles prove evidenlely lhat forty three Triangulary Pro- 
vinces were not pleascd with lhe projcct of translating the 
suprême seat out of Charles ton. 

The second ballot, issued from the flrst, is altogether calami- 
tous for thc holy cause. 11 is the resuït of untruth, venality and 
fraud ; it givesup the Dogmatic Pulpit and the highest authority 
to an unworlhy and turbulent personage, who contemns the 
orthodoxy ; among thc lionest adepls of the perfect initiation, 
nonc will lolerale the central proselylizing funcl lo be at 
disposai of an inveterate depredator, whosc the flrst operation 
was to suppress any conlrol about him. Therefore, tliis second 
ballot is null and void by right. 

Speculatively, the voles proclaimcd at Rome atthe 20 lK day of 
allie 7 monlh on tbcyear 000803 and nolified to the Triangles, as 
not very lawful, do not at ail bind thc conscience of the True 
Elect and Perfect Initiatcd Brothers and Sisters, 

Practically, unlil Lhe illégal facts are redressed, the lawful 
suprême authority résides in lhe Most Sercne Grand-College of 
Enicritcd Masons, onîy régulai* mcmhers of wliich are the 
Ancient and high-chiefs for life Brothers in Our Divine Master, 
actually nine, since lhe laie deceasc of the tenlh, living at 
Charleston. Whcrcas lhe last rightful suprême ehief mninfains 
his résignation and déclarés to confine himsclf in an impartial 
forbearance among tliose sad circumslances, the undnrsigned 
prolesters invite (lie Perfect Triangles, Grand Triangles and 
Triangles to manifest highlv and urgentîy Iboir opinions about 
thc situation, and to impart (hem, in a double vaull, to the Most 
Sercne Grand-College, at Charleston, and to the Standing 
Commiltee of Protestation, al London, lhat, with the speedy 
intervention of the majoritv of Triangulary Provinces, the 
Ancient and high-chiefs for life Brothers in Our Divine Master 
proclairn Lhe delinilive annulmeuL of lhe two incriminated ballots, 
complété Iheir venerated College, and elect a new Sovereign 
Pontiff and grand-master of the Suprême Dogmalical Directory, 



quant au choix de la ville choisie pour le siège suprême transféré. 
Il doit être annulé ; car il est le résultat d’une intrigue qui avait 
Tunique but de rendre obligatoire le deuxième scrutin, par 
conséquent de satisfaire une ambition personnelle, et aucunement 
de servir la cause sainte. Il y a plus, les premiers choix de 
délégués souverains dans le vote préparatoire des Triangles 
prouvent avec évidence que quarante-trois Provinces Triangulaires 
voyaient défavorablement le projet de transfert du siège suprême 
hors de Charleston. 

Le deuxième scrutin, conséquence du premier, est tout à fait 
désastreux pour la cause sainte. Il est le fruit du mensonge, de la 
vénalité, de la fraude ; il livre la Chaire du Dogme et la plus 
haute autorité à un homme indigne et turbulent, contempteur de 
l’orthodoxie ; parmi les probes adeptes de la parfaite initiation, 
aucun ne voudra tolérer que le fonds central de propagande soit à 
la disposition d’un déprédateur invétéré dont le premier acte a 
été de supprimer tout contrôle autour de lui. Ce deuxième scrutin 
est nul et non avenu de plein droit. 

En principe, les votes proclamés à Rome le 20 e jour du 7 e mois 
de Tan 00081)3 et notifiés aux Triangles, n’étant point vraiment 
légaux, n’engagent aucunement la conscience des Vrais Elus et 
Parfaits Initiés. 

En pratique, jusqu’au redressement des illégalités commises, 
la suprême autorité légitime réside dans le Sérénissime Grand 
Collège des Maçons Emérites, dont les seuls membres réguliers 
sont les Anciens et hauts-chefs à vie Frères en Notre Divin 
Maître, actuellement au nombre de neuf, vu le récent décès du 
dixième, qui siègent à Charleston. Attendu que le dernier chef 
suprême légitime maintient sa démission et déclare se renfermer 
dans une impartiale abstention en ces tristes circonstances, les 
protestataires soussignés invitent les Parfaits Triangles, Grands 
Triangles et Triangles à manifester hautement et d’urgence leurs 
opinions au sujet de la situation et à en faire parvenir Tcxpres 
sion, en double voûte, au Sérénissime Grand Collège, à Charleston, 
et au Comité de Permanence de la Protestation, à Londres, afin 
que, la majorité des Provinces Triangulaires intervenant bientôt, 
les Anciens et hauts-chefs à vie Frères en Notre Divin Maître 
proclament l’annulation définitive des deux scrutins attaqués, 
complètent leur Collège vénéré et élisent un nouveau Souverain 
Pontife et grand-maître du Suprême Directoire Dogmatique, en- 



— 348 — 

according to the prescriptions of lhe fondamental Constitution 
of the Palladium, 

Until mil solution, the duty of the PciToct Triangles, Grand 
Triangles and Triangles is to signify also to the Sovereign Admi¬ 
nistrative Direclory thaï they oppose against the ordinary pre- 
vious déduction from the taxes of the Bodies being delivered to 
the usurper of the suprême power. 

Thercupon, in case tliat the falsely Elected would give the 
order XIX, \ve, prolesting, ail Elecl Magi and Sovereign Templar 
Mislresscs, [)ronounce from this very instant the « Veto », and 
déclaré io be lawfully in a slatc of self-defcnce. 


Itrrntf/ si.r Sovereign Delegates hâve signed : 

Uxrn-,1) Status or America : the provincial delegato of Baltimore 
(Brothcr Amnlck Pinto) ; tho provincial de legate of Boston (Sister 
Ihjpnt'm SehonUinin) ; the provincial delogato of Chicago ( Brother 
Galifro Vaninï) ; the provincial delegate of Cincinnati (Brothcr Pantin * 
Fret) ; the provincial delegate of Detroit (Brather Achah Nomos) ; the 
provincial delegate of Louisville (Brothcr Julian Betsalc.l)\\\\b provin¬ 
cial delegate of New-York (Brothcr Julian UUor) ; the provincial 
delegate of New-York and Brooklyn (Sister Mosanec Asmodœa) ; the 
provincial delegate of New-Orleans (Brather Azariah Zisha ) ; tho pro¬ 
vincial delegate of Philadelphia ( Brothcr Faust us Elymas) ; the pro¬ 
vincial delegate of Pittsburg [Sister Virgigne* Etnenelh) ; le délégué 
provincial de Providence ( Frère Bruno Gnosis) ; the provincial dele¬ 
gate of Saint-Louis (Brothcr Dcipn Apohjon) \ the provincial delegate 
of San-Francisco (Brother Promethewt Licxsol) ; the provincial 
delegate of Washington (Brother Stephen Elbohhour) ; — Dominion or 
Canada : the provincial delegate of Montreal (Brother Petrabsumpta 



— 319 — 

se conformant aux prescriptions de la Constitution fondamentale 
du Palladium. 

Jusqu'à la solution, les Parfaits Triangles, Grands Triangles et 
Triangles ont le devoir de signifier aussi bien au Souverain 
Directoire Administratif qu’ils s’opposent à ce que le prélèvement 
ordinaire sur les contributions des Ateliers soit remis à Tusur- 
pateur du suprême pouvoir. 

Dans le cas où. le faux Elu donnerait Tordre XÏX, nous qui 
protestons, tous Mages Élus cl Maîtresses Templières Souveraines, 
prononçons dès à présent le « Veto » et déclarons être en état de 
légitime défense. 

La voûte est signée par 26 Délégués Souverains : 

Etats-Unis d'Amérique : le délégué provincial de Baltimore [Frère Amnlec 
Platon) (1) ; la déléguée provinciale de Boston (Sœur Hypatie 
Sommitè-de-Possession) ; le délégué provincial de Chicago (Frère 
Galilée Lucilio-Vanini) ; le délègue provincial de Cincinnati (Frère 
Ponce-Pilate Ange-du-Feu) ; le délégué provincial de Détroit (Frère 
Achab la-Loi) -, le délégué provincial de Louisville (Frère Julien-lc - 
Philosophe Dans-l'omhre-de-D ie u) ; le délégué provincial de New-York 
(Frère Julien-lc-P hilosophe le-Vcngeur) \ la déléguée provinciale de 
New-York et Brooklyn (Sœur Madeleine-Saint-Nectaire à-Asmodèe) 
le délégué provincial de la Nouvelle-Orléans (Frère Auxiliaire- 
de- Di eu Jean- Zi ska) ; le délégué provincial de Philadelphie (Frère 
Fauste-Socin Fl y mas-lc- Ma g i cicn-de- P a p h av) ; la déléguée provinciale 
de Pittsbourg (Sœur la Vinrge-de-Feu Vérité) ; le délégué provincial 
de Providence (Frère Giordano-Bruno la-Science) ; le délégué pro¬ 
vincial de Saint-Louis (Frère le- D leu- rés i dc-en-no u s Celui-qui-exter - 
mine ) ; le délégué provincial de San-Francisco (Frère Promèthèe 
Soleil-dans-lea-cieux) ; le délégué provincial de Washington (Frère 
Etienne-D oie t Elu-de-Dieu) ; — Canada : le délégué provincial de 


(1) Les noms insérés dans le document sont les noms maçonniques de 
triangle. En haute-maçonnerie, on prend obligatoirement un premier 
nom à l’initiation de Kadosch du Palladium, auquel on en ajoute un 
deuxième au grade de Mage Elu, pour les Frères ; quant aux Sœurs, 
elles prennent un nom maçonnique même dans les rites ordinaires 
(Adoption et autres), dès le grade cle Maîtresse, ou en Palladisme dès la 
première initiation, et elles s'ajoutent le deuxième à la promotion de 
Souveraineté en Maîtrise Templière. Grand nombre de noms sont pris 
dans l’hébreu ou bien sont des noms de personnages historiques ou 
légendaires, choisis dans un esprit cle haine contre la religion catholique. 



— 350 — 


Alzabcl) ; Mexico : the provincial delegate of Mexico (Brother Caïn 
Emmanuel) ; the provincial delegate of Guadalajara ( Sister Amalari - 
hists Coyma III ); — Brasil : the provincial delegate of Rio-Janeiro 
((Brother Jayme AmarktUi) - — Urugay : the provincial delegate of 
Montevideo {Brother Guillelmo Ianodà)\ — Argentine Republic : the 
provincial delegate of Buenos-Ayres ( Sister Salomê Thamedi) ; the 
provincial delegate of Tucuman ( Brother Maximüiano Luz-del-Zenit ). 
— British Islands : the provincial delegate of Birmingham [Sister 
Hypatia Molochia VII ) ; — Mauritius : the provincial delegate of 
Port-Louis ( Brother Salatiel Mahamongkout). 


The présent prolesting vault was done and expressed, writ and 
given wiih regard and reverence for the mysterious numbers 
77 and GG6, and the original ms. laid dowri under the Gold-Key, 
in the Valley of London, at the 15 th day of the 10 th month on 
the year 000893 of the True Light. The assents must be sent to 
the Standing Commilfee, seated in the hall of the Mother-Lodge 
Lotus of England , in the secret temple of Oxford-street. 

À Copy delivered to the Triangle.. in the Valley of. 

province of.. and certified conformable to the original ms. 

The Standing Committee of Protestation : 

Alex. Graveson, Elect Magus, grand-master of the Perfect Triangle 
God’x Love , provincial delegate of Philadelphia; 

Vicente-Fkmz Palacios, Elect Magus, grand-master of the Perfect 
Triangle Fiat Lux v provincial delegate of Mexico.. 

Diana Vaughan, Sovereign Templar Mistress, grand-mistress of the 
Perfet Triangle Phébê-la-Rose , provincial delegate of New-York and 
Brooklyn. 






— 351 


Montreal [Frère la-Fier refera-anéantie Baal-Zèboub-cn-joie') • _ 

Mexique : le délégué provincial de Mexico (Frère Ca'in Dieu-est-aioec- 
nous) ; la déléguée provinciale de Guadaîajara (Sœur Puissante- 
entre-tous-Isis la-Troisième-à-Caym) ; — Brésil : le délégué provincial 
de Rio-Janeivo (Frère Jacques - Molay le-Verbe-du-Seigneur) ; — 
Uruguay : le délégué pro vincial de Montevideo ( Frère Guillaume - 
Farel Adondi-renversè) ; — République Argentine : la déléguée pro¬ 
vinciale de Buenos-Ayres (Sœur Salomc-fille-d'Hèrodiade Lampe - 
perpétuelle) ; le délégué provincial de Tucuman (Frère Maximilien- 
Robespierre Lumière-du-Zénith) ; — Iles Britanniques, : la déléguée 
provinciale de Birmingham (Sœur Hypatie la-Septième-à-Moloch) ; — 
Ue Maurice ; le délégué provincial de Port-Louis (Frère Demandé- 
par-Dieu Celui-qui-porte-la~grande-couronne ). 

La présente voûte de protestation a été faite et conçue, écrite 
et donnée avec respect et vénération des nombres mystérieux 77 
et GüG, et l'original déposé sous la Clef d'Or, en la Vallée de 
Londres, le 15 e jour du 10 e mois de Tan de la Vraie Lumière 
000893, Les adhésions devront être envoyées au Comité de 
Permanence, siégeant au local de la Loge-Mère le Lotus d’Angle¬ 
terre, temple secret d’Oxford-Slreet. 

Copie délivrée au Triangle.. vallée de. 

province de.certiliéc conforme à l’original* 

Le Comité de Permanence de la Protestation : 

Alex. Gràveson, Mage-Elu, grand-maître du Parfait Triangle Amour 
de Dieu , délégué provincial de Philadelphie. 

Vicente-Feliz Palacios, Mage Elu, grand-maître du Parfait Triangle 
Que la Lumière soit , délégué provincial de Mexico. 

Diana Vaughàn, Maîtresse Templière Souveraine, grande-maîtresse du 
Parfait Triangle Phébê-la-Rose, déléguée provinciale de New-York 
et Brooklyn,. 






— 352 — 

$0* Cette voûte de protestation fut envoyée non seulement aux 
Pariait? Triangles Lotus de chef-lieu et aux grands-maîtres provin¬ 
ciaux, mais même à tous les Triangles du monde entier. Pendant que 
Graveson, Palacios et miss Vaughan agitaient ainsi la haute-maçon¬ 
nerie dans son ensemble, Figlia et ses amis travaillaient plus particu¬ 
lièrement les membres du Rite Ecossais en Italie ; leurs trois Suprêmes 
Conseils antilemmistes de Palerme, Naples et Livourne se fortifiaient 
par des adhésions nouvelles à leur révolte, en nombre toujours crois¬ 
sant. En refusant de reconnaître l’autorité suprême d’Adriano-Simon, 
ils groupèrent ainsi rapidement tous les maçons italiens qui, en poli¬ 
tique, sont adversaires de la Triplice et qui sont, au contraire, partisans 
de l’union avec la France. 

Voici les chefs de la rébellion italienne, qui secondaient les efforts des 
hauts-maçons américains : 

Suprême Conseil de Palerme (vallée de TOreto), qui est en même temps le 
Suprême Conseil Fédéral : — Paolo Figlia, 33* ; Benedetto Quinci del Grano, 
33* ; Giuseppe Polizzi, 33*; Aristide Baüaglia, 33 e ; Francesco-PaoJo Mondini, 
33 e ; Francesco Giliberto, 33 e ; Giuseppe Militcllo, 33* ; Giovanni Leone, 33* ; 
Salvatore Vicesvinci, 33*; Antonio Lombardo, 33 e ; Cesare di Leo-Cadelo, 33 e . 

Suprême Conseil de Naples (vallée du Sebeto) : — Antonio Marando, 33 e ; 
Marino Marini, 33* ; Salvatoro Narra, 33* ; Giovanni Mariello, 33 e ; Benedetto 
di Meglio, 33 e ; Raimondo di Salvatori, 33* ; Gcnnaro Abate, 33* ; Ludovico 
Miselpieri, 33* ; Andrea Lazzara, 33 e . 

Suprême Conseil de Livourne (vallée de FArno) : — Fortunato Savi, 33* ; 
Neoclc Renucci, 33* ; Luigi Caire, 33* ; Uîisso Parini, 33- ; Silvio Relli, 33< ; 
Carlo Leoni, 33* ; Arturo Bruno-Frager, 33* ; Luigi Morgantim, 33"; ltalo 
Benporad, 33" ; Natale Cafanielli, 33". 

Paolo Figlia fut élu, pour cinq ans, grand-maitre général de la Fédé¬ 
ration. 

^ A la suite de la voûte de protestation, miss Vaughan se rendit à 
Pans (où elle séjourna une dizaine de jours, fin décembre), dans le 
but de rallier contre Lenimi quelques hauts-maçons français ; mais elle 
échoua. C’est pendant ce séjour à Paris qu’elle consentit à recevoir à 
son hôtel la visite de quelques adversaires de la franc-maçonnerie ; ce 
qui la fit accuser plus tard de trahison par les lemmistes. Pourtant, 
elle refusa de donner tout renseignement quelconque sur les choses 
secrètes de l’Ordre et sc borna à documenter ses visiteurs profanes en 
ce qui concernait l’indignité de Lemmi, comme homme privé (voir 
Y Echo de Home, le Rosier de Marie , la Rerue Mensuelle , la Franc - 
Maçonnerie démasquée, la Revue Catholique de Coutances). Un cham¬ 
bellan de S. S. Léon XIII ayant réussi i\ se faire présenter à la grande- 
maîtresse de New-York, elfe le reçut très courtoisement; mais, celui-ci 
lui ayant offert de lui ménager une entrevue avec S. E. le cardinal 
Parocchi, elle refusa net, d'une façon absolue. Je dis cela uniquement 
parce que je rapporte avec scrupule toute la vérité, et non pour défen¬ 
dre miss Vaughan contre les accusations qui ont été formulées à son 
égard par les lemmistes ; car elle s’en moque tout à fait. 

C’est aussi pendant ce séjour à Paris que lui fut notifiée la sentence 
arbitrale de Ferrari, rendue dans son différend avec la grande-mai tresse 
du Lotus de France, Suisse et Belgique. La lettre de miss Vaughan, 
dont photographie avait été transmise à Lemmi par l'agent Moïse Lid- 
Nazareth, fut reconnue ne pas être de son écriture, quoique écrite sur 
son papier à lettre, et elle n’avait pas la portée que l’agent lui attri¬ 
buait. Mais la principale accusation était d'avoir fait échouer l'affaire 
Barbe Bilger. La Sophia prétendit que miss s’était rendue à Nancy, 




— 353 — 

avant elle, avait vu l’évêque et l’avait mis au courant de ce qui se 
tramait ; elle avait appris cela, disait-elle, quelques jours après son 
échec, etc’est pourquoi elle le lui attribuait. Or, miss Vaughan n'était 
nullement allée à Nancy ; la Sopliia avait exagéré et no put prouver ses 
dires ; c’est U ce qui fît tomber l’accusation. 

Maintenant, ma généreuse amie est, rie la façon la plus sûre, à l’abri 
de toute vengeance maçonnique ; aussi, il n’y a plus l’inconvénient de 
faire savoir ce qui s’est passé. Miss Vaughan, lorsqu’elle avait appris 
à Orléans le complot, avait simplement écrit à l’évêque de Nancy, 
M<jr Turinaz, pour le prévenir, et même elle ne s’élait pas fait con¬ 
naître, ne cherchant pas à se faire bien voir des catholiques, mais 
agissant seulement par charité envers une malheureuse à qui l’on 
voulait du mal ; les maçons honnêtes ne sauraient incriminer miss pour 
cela, puisqu’il s’agis ait d’empêcher un crime. Miss Vaughan avait 
conservé le brouillon de sa lettre et me l’a communiqué avec autori¬ 
sation de publier ce document ; je suis aussi chargé de remercier publi¬ 
quement en son nom Mgr l'évêque de Nancy, qui a observé la plus 
parfaite discrétion, comme cela lui était demandé. 

Voici la lettre, ou, du moins, la copie du brouillon : 


« Monseigneur, 


« Orléans, 13, août 93. 


« La personne qui vous écrit est une protestante, ayant des croyances tout 
a l’opposé du catholicisme ; elle appartient, en outre, à une société qu’il est 


inutile de nommer, mais dont les adhérents sont notablement hostiles à l’ins¬ 
titution de la papauté. Cest vous dire que votre correspondante est une 


adversaire. 


a Néanmoins, elle est une adversaire loyale et n’a jamais participé a 
une mauvaise action. En vous adressant cette lettre, elle n’a qu’un but : 
faire avorter un projet criminel, qu’un hasard vient de lui faire connaître. 

« Par suite d’une imprudence commise par un prêtre de Cherbourg, on a 
appris, dans un certain milieu, il y a environ un mois, qu’une femme, 
nommée Barbe Bilger, ayant appartenu à une société également ennemie de 
votre Eglise, se trouverait en ce moment dans un couvent français. On a 
procédé à une enquête dans plusieurs diocèses, et c’est dans le vôtre qu’est 
cette femme, assurent les enquêteurs. 

« On s’occupe donc, en ce moment, de la faire sortir de son refuge, 
de gré ou de force. Je n’ai pas à vous dire dans quelle intention on veut 
s’assurer de sa personne ; vous le comprendrez, sans que j’aie à m’expliquer 
clairement. 


« Si les enquêteurs se sont trompés et si, par conséquent. Barbe Bilger 
n’est pas dans un couvent de votre diocèse, tenez ma lettre pour non avenue. 
Si elle y est, au contraire, vous voilà averti ; mais ne perdez pas de temps, 
« Passant accidentellement en France, je me suis arrêtée dans plusieurs 
villes où j’ai des amis ; paitout, j’ai constaté l’existence de ce complot. Si je 
vous en informe, c’est que j’en suis to*t à fait certaine. J’ai su hier que 
c’était votre diocèse qui était visé. 

« Sous aucun prétexte, ne publiez celte lettre ; ne la montrez à personne ; 
mais, après l’avoir lue, brûlez-la, et faites-en votre prolit. Si un indiscret 
quelconque menait à la voir, cette confidence qu’une loyale adversaire vous 
fait pourrait être répétée de bouche en bouche. Cest donc k votie honneur 
d’homme que j’adresse mon appel, La plus légère indiscrétion pourrait causer 
ma moi t. » 


[Aucune signature.) 



354 — 


Dans le courant de décembre, Georges Mackey vint à Londres» On 
1m reprocha d’avoir donné sa démission; mais il dit qu’il en avait, assez. 
On sut, d’autre part, que les Emérites de Charieslou éiaient furieux de 
s’être laissé jouer par Lemmi; on espéra, un moment, au Comité per- 
Inanent de la Protestation, qu’ils agiraient de leur côté et se mettraient 
d’accord av c c les hauts-maçons qui combattaient pour leur cause. 

Le 5 janvier 1894, Lemmi voyant que larévolle gagnait du terrain, 
essaya d’apaiser la tempête et demanda la paix. 11 chargea la sœur 
Walder de voir Mackey et d’user de son entremise pour obtenir la con¬ 
ciliation. 

Cette dépêche, adressée à Georges Mackey, en témoigne : 

* Paris . 5 janvier . — Suis chargé par Simon traiter avec dissidents. 
Acceptez-vous entrevue? Réponse télégraphique. Puis partir demain. » 

( Signé ) Yernon. 

Ce pseudonyme était alors le nom trimestriel deSophia Waî.ler; car, 
conformément à l’habitude de ceux des Inspecteurs et inspectrices du 
Palladium dont la mission est de voyager sans cesse* elle prend en 
voyage un nom qui est changé tous les trois mois. 

Après avoir consulté le Comité de Protestation d’Oxford-Strcel, le 
démissionnaire souverain poutile répondit, également par télégraphe : 

*■ Inutile venir. Voûte protestation est maintenue par Comité. Dites mes 
regrets personnels.Opposants sont unanimes contre toute transaction proposée 
par Simon. » 

» C’est à cette époque que je me joignis à mes compatriotes, les 
opposants italiens de la Fédération antilemniLte. 

Le F/. Militello, grand chancelier du Suprême Conseil Fédéral, 
m’écrivit : 

« Or.’. dePalerme, le 10 janvier IS91 (E.*. V/.) 

« Très illustre et très puissant F.*. Domcnîco Margiolla, 33% 

à l'or.*, de Palmi. 

* Vos baïustres nous sont très agrcablçs; car en vous ce Suprême Conseil 
reconnaît une vraie valeur pour la Féd.\ Mac.*. Italienne, vous qui, par vos 
moyens personnels et par voire intelligence, pouvez lui être d'un grand 
secours. 

«... Ici, il est utile de vous le déclarer, les Corps conlêâérés ne maintiennent 
aucune relation avec U Pessina de Naples. — Noire puissant grand-maître de 
retour de Rome, nous assure y avoir laissé les pouvoirs nécessaires pour y 
constituer une Loge à l obédience de notre fédération; ce gui donnera à 
réfléchir au grand pontife Lemmi . 

« Nous devons profiter des scissions qui se produisent d’avec Rome et nous 
rallier à tou3 les Suprêmes Conseils d Amérique en révolte contre Lemmi 
depuis le Congrès du 20 septembre. Et comme vous êtes en relations de fra¬ 
ternelle amitié avec plusieurs de ces Suprêmes Conseils, vous pourrez très 
bien, et avec certitude de réussite, les disposer à s’unir à nous, particuliè¬ 
rement votre puissante amie et très éclairée sœur Diana Vaughan. Nous nous 
coulions donc à vous pour disposer en notre faveur les âmes des FF.’. 
d’A»* tique. 

« Dans le Suprême Conseil de la vallée du Sebeto, grand orient de Naples, 
vous occuperez ta place due aux mérites non seulement maçonniques, mais 
aussi profanes, dont vous êtes orné. Quant à ce Supiême Conseil, grand 
orient. de Sicile, j’ai proposé pour le moment votre nomination comme 
membre d'honneur à vie, et je vous en envoie le décret... 

« Agréez la triple et mystérieuse acculade fraternelle. 

« Le Grand Chancelier : 

« ÜIVSEPPB JUlUTELLO, 33*. * 


(Ici le sceau du Sup. *. Con*. *. Fédéral) 



— 355 — 


Cette missive était accompagnée du décret rendu en mon honneur 
par le grand-maître général de la Fédération, agissant comme souverain 
commandeur grand-maître du Suprême Conseil de Palerme, grand orient 
de Sicile. 

SUP. *. CONS. *. REG. •. DE LA FED. *. MAC. •. ITALIENNE 

du Rite Ecossais Ancien Accepté, en la vallée de l’Oreto 

« Or.*, de Palerme.leX* jour du XP mois de l’an 000394 de la V.*. L.** 
(10janvier 489i, E.*. V.*.) 

« NOUS, Grand Commandeur ad vitam et Grand-Maître de cet antique et 
historique Sup.*. Cons.*. Rég.\ en la vallée de l'Oreto; 

« Considérant que le Très Illustre et Très Puissant F.*. Doraenico Margiotta, 
33% à J orient de Palmi, réunit toutes les qualUés etapLitudes qui le rendent 
digne dune distinolion spéciale; 

« Le nommons MEMBRE D'HONNEUR AD VITAM de cet historique Sup.'. 
Cons.*., avec l'autorité, le caractère, les titres et les privilèges inhérents au 
grade que nous lui confirmons et à la distinction spéciale que nous lui 
décrétons. 

« Notre Puissant F/. Grand Chancelier est chargé de l’exécution du présent 
décret et d’en donner connaissance à l'intéressé. 

« Donné aujourd’hui, au Palais de ce Suprême Conseil, grand orient de 
Palerme, le lü janvier 1894 (ère vulgaire). 

« Le Grand-Chancelier : « Le Grand-Maître : 

« G. Mjutello, 33*. » « Paolo Figlia, 33% » 

(Ici le sceau particulier du gtv. chancelier) (Ici le sceau du Suprême Conseil 

ggr Le 21 janvier,fête d’ordre palladique, Lemmi envoya aux77 pro¬ 
vinces triangulaires sa voûte encyclique, dont le principal but était de 
légitimer le Satanisme et de décréter que désormais on pourrait dans 
les triangles donner au Grand Architecte indifféremment le nom de 
« Lucifer » on celui de « Satan ». 11 disait respecter l’opinion de son 
éminent prédécesseur Albert Pike, mais atténuer la rigueur de ses 
prescriptions du 14 juillet 1889. 11 faisait un grand éloge du F.*. Gar- 
ducci, « qui a eu son Eurêka , le jour où l’inspiration divine a fait jaillir 
de son cerveau et de son cœur l'hymne immortel qui est sa gloire » ; et 
il invitait les poètes pal lad istes des divers pays à traduire en leur langue 
« les vers sublimes du Premier Grand Assistant Pontifical près le 
Suprême Très-Saint-Siège de la Haute-Maçonnerie. » 

Cette voûte aura sa place dans mon prochain ouvrage : le Satanisme 
dans la Ho ute-Maçonnerie . 

jgjÿ Le 2d janvier, le F.*. Findeî, dont la défection a été récompensée 
par la nomination au < cardinalat, palladiste », avec titre de Doyen du 
nouveau Sérênissime Grand Collège, se pose en conciliateur et propose 
une réunion au siège du Soudain Directoire Administratif à Berlin, 
* terrain neutre », dit-il. Les opposants de Londres acceptent d’y 
venir. 

Palacios et miss Vaughan, partant avec pleins pouvoirs du Comité 
permanent de la Protestation, et se rendant de Londres à Berlin, sont 
reçus, le 30 janvier, au Temple de M*dchisédech, à Hambourg, par le 
Souverain Conseil Patriarcal de la Confédération des Loges secrètes 
juives. S ance solennelle ; mais, malgré les honneurs qui leur sont 
rendus, Palacios et miss Vaughan reprochent, à la Confédération israé- 
lite la conduitede ses membres palladistes qui ontpiéparé déloyalement 
Détection de Lemmi. 

Aux réuniras qui ont eu lieu à Berlin, du 5 au 16 février, plusieurs 



— 356 — 


séances sont orageuses (voir la Revue Mensuelle^ n°4, datée d’avril Î894, 
qui en a rendu compte assez longuement). Les hauts-maçons de Leipzig 
proposent une nouvelle Constitution : le siège du Souverain Directoire 
Administratif serait transporté à Charleston, qui resterait la ville- 
saint* du Palladium et conserverait les archives, le Baphomet templier 
* et toutes les saintes reliques réunies au Sanctum Regnum depuis Isaac 
Long; le Souverain Directoire Administratif, réorganisé sur de nou¬ 
velles bases, aurait la gestion des fonds de la haute-maçonnerie; 
chaque année, une Commission serait élue par les quatre Grands 
Directoires Centraux de Washington, Montevideo, Naples et Calcutta, 
et réglerait le budget. D’autre part, le Souverain Directoire Exécutif 
deviendrait un sous-directoire dépendant directement du chef suprême,, 
et Lemmi demeurerait le souverain pontife définitivement reconnu par 
les 77 provinces triangulaires. A sa mort, l’élection de son successeur se 
ferait, non par les membres du Sérénissime Grand Collège, ni par un 
Convent Souverain non plus, mais par un plébiscite des Grands Triangles, 
avec recensement fait à Rome sous le contrôle de délégués ries quatre 
Grands Directoires Centraux et du Souverain Directoire Administratif. 

C’est ce projet qui est connu sous le nom de « combinaison Findel » 
ou bien « compromis de Leipzig », parce qu’il a été imaginé par Findel 
et élaboré au Parfait Triangle Lotus de Leipzig, avant d’ètre discuté à 
Berlin entre les partisans de Lemmi et les délégués du Comité protes¬ 
tataire d’Oxford-Street. Afin que la discussion ait lieu dans le calme, 
Findel avait invité la Sophia à se faire oublier momentanément, et en 
effet on ne la vit pas à Berlin ; mais il y eut néanmoins de vives 
altercations en séance, notamment entre Palacid.s et Juslus Hoffmann. 

Un article important du projet, qui fut adopté par les hauts-maçons 
allemands et bientôt sanctionné par les FF/, anglais, porte : 

« Le Chef Suprême, Souverain Pontife de la Haute-Maçonnerie, recevra du 
Souverain Directoire Administrai if, transporté à Charleston et seul déposi¬ 
taire des fonds centraux, une somme annuelle de 300.000 dollars (un million 
500.000 fr.), sur laquelle il est 60,000 dollars dont le Chef Suprême r/aura 
pas à rendre compte. Pour le reste, soit 20.000 dollars par mois, il devra en 
justifier l'emploi, effectué dans l’intérêt de la haute propagande. Au cas où 
cette allocation ne lui sulïffait pas, scs frais extraordinaires lui seraient rem¬ 
boursés, une fois son compte vérifié et approuvé par la commission du 
budget central. » 

D’autre part, il fut décidé qu’une rente viagère de 60.000 dollars 
(300.000 fr.) serait servie à Georges Mackey à titre de retraite. 

» Pendant que ces négociations avaient lieu à Berlin et motivaient 
l’échange de nombreux télégrammes avec les Anciens Emérites de 
Charleston, la Fédération des révoltés italiens ne désarmait pas. Lemmi, 
sans négliger de réclamer de meilleurs avantages pécuniaires, brûlait 
de se signaler aux Triangles, et, le 2 février, il déclarait qu’il fallait 
réagir contre le mouvement catholique en faveur de Jeanne d’Arc ; il 
annonça qu’il répondrait au décret de Léon XML du 27 janvier, ordon¬ 
nant l’introduction de la cause de la Pucelle d’Orléans en vue de la 
canonisation. 

Le 3 février, le grand-maître du Suprême Conseil de Naples m’écri¬ 
vait une lettre très importante que je publierai dans mon prochain 
volume et par laquelle Pessina est tout à fait démasqué. Aujourd’hui, je 
cite seulement un passage qui se rapporte à Lemmi ; 

• Nous avons le devoir def, descendre sur le champ de bataille, pour écraser 
la tête aussi à ce reptile de^Lemmi, qui a usurpé un litre glorieux et qui 4 
Rome occupe un siège que nous briserons, et nous ferons flotter à la place 



— 3S7 - 

le drapeau que tint avec des bras d’athlète le colosse Domenico Ànghéra, 
drapeau qui dnns nos mains ne pliera jamais... Oui, travaillons pour élever 
l'étendard de la victoire sur la chute des fripons Lemmi et Pessina. » 

Cette lettre accompagnait le décret qui me nommait Membre Actif de 
l'antique et orthodoxe Suprême Conseil de Naples. — Par l’article 2, 
j’étais dé’égué à l’inspection générale de toutes les Loges et de tous les 
Ateliers maçonniques du Rite Ecossais dans les trois Calabres. — Par 
l’article 3. je recevais mandat de créer partout de nouvelles Loges. — 
L’article 4 m'autorisait à initier des profanes jusqu’au 3* degré inclusi¬ 
vement ; <è^pour augmenter de lumière les FF.*, du 3 e jusqu’au 33* 
degré ; il suffira que le F.\ Margiotta en fasse la demande pour en 
obtenir immédiatement l’autorisation. » — Le décret est signé par les 
33 es Antonio Marando, souverain commandeur grand-maître, Raimondo 
di Salvatori, grand ministre d’état, Gennaro Abbate, grand garde des 
sceaux, et Lazzara Andrea, grand chancelier, et il porte les quatre 
sceaux réglementaires. 

Le 7 février, le Suprême Conseil de Catane (du Rite Egyptien de 
Memphis Réformé) faisait adhésion à la révolte de Figlia, Marando, etc., 
et était admis dans la Fédération. 

A cette époque, aussi, la Maçonnerie indépendante italienne, voulant 
donner un témoignage de haute estime à la sœur Diana Vaughan, me 
confia le soin de faire le rapport officiel rappelant ses mérites. 

Le 23 février, le compromis de Leipzig fut ratifié par le décret 
dit de conciliation du Souverain Directoire Administratif, lequel com¬ 
promis, bien accueilli par les anciens Emérites de Charlestou acceptant 
leur lionorariat, n’aurait force de loi, dit le décret, qu’après adoption, à 
la majorité, dans les Grands Triangles. 

Ce décret occasionna la dissolution du Comité protestataire de 
Londres, le grand nombre trouvant que la combinaison Findel arran¬ 
geait tout. « La malhonnêteté de Lemmi n’est p us à craindre, et c’est 
l’essentiel », a dit le F.*. Alexander Graveson, lorsqu’il a reçu commu¬ 
nication du texte définitif du projet. Le F.*. Palacios, lui, a déclaré qu’il 
se soumettrait, si le plébiscite des Grands Triangles ratifiait le nouveau 
Statut fondamental du Palladium. Ainsi finit le schisme des hauts- 
maçons américains ; car la consultation générale des provinces, effectuée 
dans le courant des mois de mai et juin, donna partout une très 
grande majorité au règlement ainsi fait de la nouvelle situation. 

Quant à miss Vaughan, en quittant Berlin après le décret, elle dispa¬ 
rut complètement, voyageant incognito en Allemagne, puis en Suisse, 
puis en Italie, jusqu'au jour où, tombant à l’ improviste chez Lemmi à 
Rome, elle lui remît sa démission complète et définitive. 

Pendant qu’on ne savait où elle se trouvait, le Suprême Conseil Fédé¬ 
ral de Palerme, — arrivant trop tard, comme les carabiniers d’Offen- 
bach, — rendit un décret à l’éloge de miss Diana Vaughan. Il la nom¬ 
mait Membre d’iîonneur et Protecteur du Suprême Conseil Fédéral de 
Palerme et stipulait, en outre, que son nom serait inscrit au Livre 
d’Or de tous les Suprêmes Conseils, Aréopages, Chapitres et Ateliers 
quelconques faisant partie de la Fédération Maçonnique Italienne 
(décret du 8 avril). En même temps, je fus chargé de transmettre à 
miss Vaughan ledit décret et le balustre du grand chancelier qui l’ac¬ 
compagnait, et je m'acquittai de ma mission, dès que je reçus les docu¬ 
ments, c’est-à-dire le 11 avril. 

Mais, ignorant alors, comme tout le monde, où se trouvait la grande- 
maîtresse de New-York, je lui expédiai les pièces à son adresse à Londres, 




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^ S^^Azx. JJ. \ yzCt-yAtyA Tp£zA^s£yzyy^ yyr rtytrrty' AyA-tAS***^' 

y ' '*Ty>Aï-Zy<Af TTA^zySlTl /T&*^*y* /TTy,y*ï£yt ïiJ y A? zyyytf STZaA. 


•fê/ùz lAsAn^ ^ Ay t<yAÀrey-*< 4 f yAzAiyrrxy y?AAl LJ cyzy* 7ty~Zf.*S ^AycPrï/^yz^Asrviy 



— 303 — 


Zje^rzjC^ ïcCg. Gé'rf'zr-rt^eC (C~ 

târ&'Ls t~z£^^'lJ <r-r?*^' sï'f (Cl f'C^2*-£s &C<zisp?<' - ^^^CéZ^Kt^r* rz.. it^cSttst^ë^CC^ 

< ~CC'z^C £^<iC- e^T-isrlC* < ' u 7 / C/f'l &r 1 t^C- — CCfr^/e^C ~^^ZZitâi^C +~T 

>Cfl CszdCs /* C(/>1 £2**<£^zjC.^CiCk sCl* 7 ZJ() (C^ VZïï 


,%& r^istmcg. «tjs £. c^?&rz>, <_y’/ r /****.47z^- o*sv* 
;/ zsi-irf /^5f £ ^lyr't. /C\ 


CC* ?* cCitje^ <900. tf 1 )^ 


V e 





— 364 — 


en ayant soin de faire l’envoi par lettre recommandée. Miss Vaughan 
ne put donc retirer le pli à la poste anglaise, qu’a près sa démission 
donnée à Lemmi. 11 est vrai que, toujours renseignée à merveille, elle 
sut sa nomination avant de reprendre la route d’Angleterre ; et, de 
Florence, Je surlendemain de sa démission, elle remercia Figîia, Batta- 
glia et moi-mcme, tout en nous déclarant à tous que, sa décision étant 
irrévocable, elle s’était retirée à jamais de la maçonnerie. 

Plus tard, après ma conversion, j’ai tenu à ce qu’il soit prouvé que 
je m’étais acquitté fidèlement de ma mission auprès de miss Vaughan ; 
c’est pourquoi je l’ai priée de vouloir bien me mettre en mesure de faire 
cette preuve publique. Miss a fait photographier alors l’enveloppe 
recommandée dans laquelle je lui ai transmis scs titres de nomination, 
ainsi que ces documents eux-mèmes, m’autorisant à publier le tout, 
aûn de montrer aussi qu’elle n’a pas été expulsée de la franc-maçon¬ 
nerie (comme Lemmi en a fait courir le bruitj, mais qu’il n’avait tenu 
qu’à elle d’y rester avec honneur. 

Je reproduis donc ces documents en fac-similé par réduction de pho¬ 
togravure. Page 318, on a la photographie de l'enveloppe de ma lettre 
recommandée du 11 avril, parvenue à Londres le 14; le n° 3726 est 
celui de l’enregistrement par la poste de Pal mi, et le n° 318 (qui, sur 
l’original, est au crayon bleu) est celui de l’enregistrement par la poste 
de Londres; il y a aussi sur l’original deux traits au crayon bleu, en 
croix, qui sont une marque des lettres recommandées en Angle erre. 
Miss Vaughan a elfacé le n° de la maison de son domicile d’Oxford- 
Streefc; par conséquent, je n’ai pas à le révéler. Je pense qu’avec la 
production de celle preuve authentique, personne de mes anciens amis 
de Palerme ne m’accusera de n'avoir pas rempli ma mission. Pages 358 
à 363, on a le fac-similé du décret et du baluslre que j’avais fidèlement 
transmis, et dont miss Vaughan a conservé les originaux à titre de bon 
souvenir de ses amis les maçons indépendants italiens. 

Le 7 avril, Lemmi envoyait aux 77 provinces triangulaires une 
ignoble voûte encyclique, où il vomit sa bave sur la pure mémoire de 
l’hcroïquc et sublime Jeanne d’Arc. Il y déclarai! que les maçons fran¬ 
çais, eux surtout, ont à prendre bien garde à ne pas la glorifier, « sous 
prétexte de patriotisme », parce que « ce serait tomber dans le piège 
clérical ». U faisait, par contre, l’éloge de Vollaire, et il invitait 
les bons francs-maçons à commémorer cette année-ci, au 21 novem¬ 
bre, dans tous les Ateliers, le deuxième centenaire de sa naissance, 
afm de répondre aux catholiques qui viennent encore d’exalter Pie IX, 
« pour délier de nouveau les hommes du progrès». 

jUÿ' Voici maintenant la traduction exacle de la démission définitive 
et complète de miss Diana Vaughan (l’original est en anglais): la date 
est le 19 avril 1894. 


Vallée du Tibre, orient de Rome. 

Le XIX* jour du II* mois, an 000894 de la Vraie Lumière, et sous l’œil de Notre 
Divin Maître Jiïxce/sus Excelsior. 

Moi, soussignée, Diana Vaughan, Maîtresse Templière Souveraine, ayant la 
connaissance réservée des nombres mystérieux 77 et 666, première et seule 
Souveraine en 796; Grande-Maîtresse du Parfait Triangle Pbcbé-fa-Rose, k 
l’orient de New-York; Grande*Maîtresse honoraire du Parfait Triangle les Onçe- 
Sept , à l’orient de Louisville ; membre d’honneur de la Loge-Mère le Lotus 
d’Angleterre , à l’orient de Londres ; membre d’honneur du Parfait Triangle 
Fiat Lux 3 à l'orient de Mexico ; membre d’honneur du Parfait Triangle 



Hocbmab-Kadescbrtou, à l’orient de Calcutta ; membre d’honneur du Parfait 
Triangle Tsedik’iou, à l’orient de Buenos-Ayres ; membre d’honneur de tous 
les Grands Triangtes et Triangles des provinces de Memphis, Baltimore, 
Philadelphie, Charleston, Cleveland et Boston ; Inspectrice Générale du Palla¬ 
dium Réformé Nouveau, en mission permanente ; déléguée de la Province 
Triangulaire de New-York et Brooklyn au Convent Souverain dit du 20 sep¬ 
tembre 1893 (ère vulgaire); Chevalière de l’Ordre d’Isis et Osiris et membre 
d'honneur de son Souverain Chapitre, à l’orient de Mexico; vice-présidente 
honoraire du Conseil de l’Ordre des Chevaliers du Temple (section des 
Bosquets), à l’orient de Philadelphie ; membre d’honneur du Grand Consistoire 
Directeur du Rite des Ecossaises de Perfection pour la Louisiane, à l’orient de 
la Nouvelle-Orléans ; 

Je déclare : 

i° Persister à tenir pour nulle et sans valeur la voûte circulaire illégitime¬ 
ment dénommée lettre encyclique, datée du 29 e jour du 7 e mois, an 000892 
de la Vraie Lumière, et signée par le Frère Adriano Lemmi, Grand-Maître du 
Souverain Directoire Exécutif, à l’orient de Rome, par laquelle voûte ledit 
Frère Lemmi se qualifie faussement de Souverain Pontife de la Franc-Maçon- 
neiie Universelle ; 

2 0 Persister à affirmer que le scrutin sur lequel ledit Frère Adriano Lemmî 
prétend fonder son usurpation a été irréguîîer et fiauduîeux, tant dans son 
essence et sa préparation que dans son accomplissement et sa proclamation ; 

2° Refuser d’accepter le projet de nouvelle Constitution fondamentale du 
Palladium, élaboré à Leipiigetadmis au vote de ratification des GrandsTriangles, 
en vertu du décret dît de conciliation du Souverain Directoire Administratif, 
daté du 23 e jour du 12® mois, an 00893 * a Vraie Lumière, orient de 
Berlin ; 

4 0 Refuser expressément et à jamais de reconnaître pour chef suprême de 
la Franc-Maçonnerie Universelle un homme condamné pour vol par les 
tribunaux profanes et dont les malversations innombrables au préjudice des 
loges italiennes auraient dû entraîner sa radiation absolue de l’Ordre; 

5 0 En conséquence, donner ma démission complète et définitive, absolue 
et irrévocable, de maçonne tant palladique qu’écossaise; renoncer à tous 
droits sur la caisse de prévoyance de Charleston ; abandonner, sans réserve ni 
restriction, toutes sommes avancées à titre de prêt amical pour fondation de 
Grands Triangles et Triangles dans les provinces de Memphis, Buffalo, 
Treinta-y Très, Tucuman, Caracas, Cuadalajara, Singapore, Dublin, Man¬ 
chester, Hambourg, Dresde, Strasbourg, Zurich, Budn-Pest, Porto, Yékatéri- 
noslaw et Stamboul, lesdites sommes remises par moi sur mes fonds per¬ 
sonnels aux Nobles Seigneurs Grands-Maîtres Mages Elus directeurs des 
dix-sept provinces triangulaires ci-dessus et dont les reçus en bonne et due 
forme m’ont été délivrés du 7® jour du 2 e mois 0008S9 au I er jour du 
12® mois, an 000895 de la Vraie Lumière, s’élevant ensemble à 48.350 dol¬ 
lars, et dont je me refuse à réclamer le remboursement. 

Que le Grand Architecte de l’Univers et mon Céleste Protecteur me soient 
toujours en aide 1 Point n*ai failli % point ne faillirai à ma foi . 

Signé : Diana VAUGHAN. * 

Cette dernière phrase, que j’ai mise en italiques , est en français dans 
le texte original. 

Apres cela, fl est bon de reproduire, pour la fixer d ms cet 
ouvrage, la lettre que miss Vaughan envoya de Florence aux FF.*. 
Figlia et mitaglia; c’est le manifeste que la grande-maîtresse démis¬ 
sionnaire lançait contre Lemmi en se retirant. U a été publié par les 
journaux, miss l’ayant communiqué à M, De la Rive dans ce but. 



Florence, 21 avril 1894. 

4 Aux très honorables Paolo Figlia , député au Parlement , 
et Aristide Bailagha , a Paîerme . 

Chers Amis, 

Je regrette de toute mon âme de ne plus pouvoir vous appeler Frères. 
J'avais remis à Rome ma démission signée, complète et irrévocable, lorsque 
vient de me parvenir l'avis de mon élection à fa dignité de Membre d'honneur 
et Protectrice du Suprême Conseil Général, puissance suprême de la Fédé¬ 
ration Maçonnique italienne. Absente de ma résidence, j'y retrouverai à mon 
retour le diplôme que vous avez bien voulu me faire expédier ; je le conser¬ 
verai en précieux souvenir. 

L'intervention des Maçons allemands a été funeste à notre juste rébellion ; 
vous en connaissez comme moi le triste résultat. Par une combinaison bysan- 
tine, on a pensé sauvegarder le coffre-fort, mettre l'argent à l’abri de la cupi¬ 
dité du voleur, tout en s'inclinant devant lui et lui conservant comme légi¬ 
time et pour toujours le titre de chef suprême. Us ont garanti la finance et 
piétiné l'honneur. C'est une abdication et une honte. 

Lorsque mes meilleurs camarades de combat n'ont pas compris le devoir, 
je ne pouvais que me retirer. C'est ce que j'ai fait, le cœur plein d’amertume, 
mais non sans avoir témoigné tout mon mépris à Barabbas-Simon, dans une 
dernière entrevue. 

Vous ne me tiendrez pas rancune de ma non-acceptation de la haute 
dignité que vous avez daigné me conférer; elle ne m'est plus acceptable 
aujourd’hui. 11 y aurait grande illusion à ne pas s'avouer la défaite. La vraie 
Maçonnerie est morte ; entendez les acclamations à la gloire du crime ponti¬ 
fiant : ce sera là toute l’oraison funèbre de l'assassinée. Puisse-t-elle ressus¬ 
citer, la Maçonnerie probe et libre, après cette épreuve de corruption, de 
trahison et de boue ! 

De cette lutte de sept mois je garde une leçon : c'est que la centralisation 
à outrance est fatale à l'honnêteté ; la centralisation crée la direction puis¬ 
sante, mais celle-ci finit toujours par susciter la convoitise et engendrer la 
tyrannie, et c'est le moins scrupuleux qui devient le tyran. 

Ma foi demeure intacte. J'en renouvelle le serment entre vos mains, chers 
anciens Frères; jamais je ne l’abjurerai, jamais ! Mais mon espoir n'est plus 
qu’en notre Dieu, 

Vous, Maçons italiens indépendants, vous êtes plus infortunés que tous 
autres, puisque vous aurez plus près sous les yeux le répugnant spectacle 
quotidien de l'improbité triomphante. Du moins, ne vous lassez pas de clamer 
à l'Elu de la fraude vos malédictions et sa turpitude. 

Nous avons démontré qu’Adriano Lernrni fut, le 22 mars 1844, condamné 
pour vol, par le tribunal coirectionnel de Marseille, à un an et un jour de 
prison et à cinq ans de surveillance de ïa haute police, et que, son empri¬ 
sonnement terminé, il quitta fuitivemcnt la France pour se réfugier en 
Turquie ; nous avons exhibé le texte du jugement, photographié sur le docu¬ 
ment du greffe, et celte condamnation infamante s’applique bien à lui. 

Malgré l’évidence, Lemmi nie, prétend qu’en 1844 il était établi à Cons¬ 
tantinople déjà, chef d'une impôt tante maison de commerce en affaires mari- 
simes ; mais il n’a pas pu taire la preuve de son dire. 

S'il avait cette importante situation, comment n’en est-il resté aucune 
trace? Comment. îoisque Kossuth vint en Turquie, en 1849, Lemmi, ce 
soi-disant grand commerçant dirigeant de brillantes affaires, se fit-il recueillir 
par le patriote hongrois pour êtie son copiste, son Jacchino y son domestique à 
petits gages? Et quand Kossuth, en octobre 1851, se rendant aux Etats Unis, 
'arrêta à Marseille, pourquoi Lemmi, au lieu d'accompagner son patron dans 



— 367 — 


la ville, demeura-t-il à bord du paquebot le Mississipi, se protégeant sous le 
pavillon américain ? « 

Redites cela à cet homme couvert d’opprobre, dont l’inirigue et la 
tricherie ont fait un chef suprême. Forcez à rougir ceux qui s’inclinent 
devant lui. 

Mes regrets sont vifs de ne pouvoir continuer la lutte; mais Charleston, 
pour conserver la gestion financière, a abaissé son drapeau ; demain, les 
capitulants glorifieront le Palais Borghèse. Je m’efface donc pour prier dans 
la retraite, l’àme abreuve'e de dégoût. 

Parla pensée, néanmoins, chers amis, je suis toujours avec vous. 

Mes mains dans les vôtres. 


Dr a wa VA UGH AN. 


La publicité donnée à la démission de la grande-maîtresse de 
New-York jeta un grand trouble dans la franc-maçonnerie ; car cette 
constatation de l’existence des Triangles n’était pas faite pour être 
agréable aux FF.*, gogos, apprenant ainsi qu’on les dirige à leur 
insu et qu’une partie de leur argent va alimenter une caisse étrangère. 
Alors, se produisirent partout des réclamations dans les Loges ; et cela 
a été signalé au nouveau chef suprême par cette voûte de grandes. 
lamentations du F.*. Goblet d’Aiviella, créé « cardinal palladiste > 
sous le tiire de Patriarche Maçon Emérite belge. 

Voici un extrait de sa Voûte d y urgence , n° 555, datée de l’orient 
de Bruxelles, le 30 juin 1894 (ère vulgaire). 

« Le Grand-Maître Provincial du Lotus 55 a encore la douleur de vous 
faire part des constatations fâcheuses qui ont été faites sur tous les points 
de la province, à l'occasion de la lête solsticiale. De partout il me revient * 
que lou murmure dans les Loges contre les Triangles et conLre toute direc¬ 
tion extra-nationale ; depuis deux mois, partout, aux tenues, le sac des pro¬ 
positions est plein d'interpellations au sujet de l’existence de la Haute- 
Maçonnerie. Quand le Vénérable n’est pas un pariait initié, il proteste et nie 
avec une énergie qui rend la confiance ; mais, quand il appartient d’autre 
part au Hite Suprême, il est arrivé parfois qu’il se soit trouvé embarrassé, 
ayant été pris a I hnprovistc, et alors des démissions ont suivi ses explica¬ 
tions jugées insuffisantes par les interpellateurs. 

<i Celle situation déplorable, qui s’aggrave de jour en jour, est le résultat 
de la démission de la sœur américaine 141 (c'est le nombre nominal de miss 
Diana Vaughan ). Cette femme, en communiquant sa démission à un de nos 
ennemis, à un misérable folliculaire français qui s’est empressé de la publier, 
a foulé aux pieds ses serments les plus sacrés, et elle ne mérite plus aucune 
pitié. Elle nous a fait un mal inouï. Or, comme la contagion gagne toutes 
les Loges belges, et qu’il doit en être de même dans les autres pays, je ne 
vois qu’un remède ; il faut s’entendre partout pour nier carrément. 
Donnez vite le mot d'ordre ; il n'est que temps de réagir. 

« A nos banquets solsliciaux, les abstentions ont été nombreuses ; ce n’est 
plus le zèle qui se ralentit, c’est la démission qui se multiplie dans des 
proportions inquiétantes. Dans trois Ateliers des grades inférieurs, on a 
voté un voeu tendant à la nomination d’une Commission de surveillance, 
dont même les Apprentis pourraient faire partie , et qui aurait pour mandat 

g ermanent de vérifier si les autorités supérieures du Kite transmettent, à 
harleslon ou ailleurs, une part proportionnelle quelconque des cotisations. 
Comment empêcher ce vœu d’avoir une suite? Ce serait ie renversement de 
la hiérarchie. 11 vous appartient d'aviser, mais réagissez immédiatement. » 

Ma démission, arrivant ensuite, et surtout ayant accompagné ma 
conversion, au palais Borghèse on a été plus bouleversé que jamais. Le 
bruit a couru q*?e Lemmi en a été malade ; mais je n’ose espérer l’avoir 
mis en émoi à ce point. Ah! si ma conversion pouvait le faire réfléchir, 



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lui aussi ! car il ne faut pas détester les hommes, même les méprisables 
comme celui-ci ; mais seulement il faut haïr leur méchanceté. 

Quoiqu’il en soit, un symptôme du détraquement de la secte, c’est 
le vote qui a eu lieu au récent eonvent du Grand Orient de France, 
tenu en septembre à Paris, lequel vote a produit le document que voici 
qui me servira à terminer ces notes : 

« Dans sa séance du 15 septembre 1 S 94 t et en réponse aux inventions 
fantaisistes des journaux cléricaux, lesquels affirment, contrairement à la 
vérité, que la Franc-Maçonnerie universelle est soumise à la direction de 
personnages reconnaissant pour chef le grand-maître du Grand Orient 
d'Italie, le F.*. Lemini ; 

« Vu la requête présentée par la Loge les Vrais Amis réunis, O.*, de Tou¬ 
louse ; 

« Et se référant au décret du Conseil de l'Ordre en date du 25 avril 1893 , 
décret aux termes duquel les Ateliers sont déliés exceptionnellement du 
secret maçonnique en ce qui concerne les questions, rétrospectives ou 
actuelles, ou le patriotisme de la Franc-Maçonnerie française se trouve mis 
en cause ; 

< L*Assemblée Générale du Grand Orient de France a déclaré et 
affirmé à la face du monde , certaine de n’être démentie par personne , 
que la fédération du Grand Orient de France n'est soumise à aucune 
direction ou inspiration étrangère , à aucune autorité constituée en dehors 
d'elle-même ; et que cette autonomie des poucoirs nationaux est la pre¬ 
mière règle des diverses Puissances Maçonniques à la surface du globe ; 

« A déridé que la présente déclaration serait exceptionnellement commu¬ 
niquée à la presse. » 

Je n’ai qu’un mot à ajouter pour et 'dure : — Les personnes sans 
parti-pris, qui liront ce livre, trouv ront que les FF,*, du Grand 
Orient de France ont un joli toupet, surtout si Ton veut bien constater 
que, la veille même de cette délibération, les membres du Convent 
avaient élu secrétaire du Conseil de VOrdre,., qui?... le représentant 
même de Lemmi auprès d’eux, le garant d’amitié d’Adriano-Simon ! 


FIN